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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 246-253).
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UN fics est une excroissance de chair spongieuse, & fibreuse, quelquefois en forme de poyreau : elle naist dans les pieds qui sont forts, élevez, & creux, & qui ont le talon large, & presque jamais aux pieds foibles minces & plats : les fics viennent presque toûjours à la fourchette au haut, ou à costé, & s’ils paroissent ailleurs, c’est ordinairement par nostre faute. Si on les laisse fort enviellir, où qu’on les desseche avec des onguents forts, on leur fait prendre une autre voye : ils coulent jusqu’au coin de la sole du talon, des quartiers ou de la pince. La mesme chose arrive quand on les panse mais on les fait estendre & s’attacher au tendon ou au petit pied, lors ils soufleront ou monteront au poil, & paroistront à la couronne, & toujours avec pourriture & puanteur. Les fics sont abreuvez & nourris d’une humeur qui vient des nerfs ; laquelle estant privée des esprits qui la maintenoient pendant qu’elle estoit dans le nerf, degenere en une tres-grande pourriture, qui donne beaucoup de peine à vaincre, & cause cette puanteur, parce que d’autant plus qu’une matiere a esté parfaite, quand elle degenere de cette perfection, & qu’elle vient à se corrompre, lors elle est infiniment plus corrompuë qu’une autre matiere qui auroit moins eu de perfection, & la difficulté de l’extirper est toujours plus grande, corruptio optimi pessima, en sorte qu’à moins que les remedes soient bien appropriez & appliquez à temps, le Cheval en demeure estropié.

Les fics qui paroissent dans les commancemens à la fourchette, rarement font boitter les Chevaux : mais s’ils sont mal pansez, desséchez, ou qu’on les aye laissé fort enviellir sans y donner Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/261 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/262 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/263 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/264 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/265 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/266 Chap.
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nette, belle & naturelle, lors il n’y a qu’à dessécher comme je l’ay enseigné.

Il y a des personnes qui approuvent plus cette methode que l’autre avec les onguents : il est vray aussi qu’elle va plus viste, mais les fics reviennent & repoussent ensuite, & le feu a tellement alteré le cartilage qui soûtient la fourchette, qu’on ne peut plus guerir les fics, ny avec le feu, ny autrement : c’est ce qui m’est arrivé, & c’est ce qui m’a fait quitter l’usage du feu aux fics, comme je l’avois enseigné dans les précédentes impressions de ce Livre.

Tout homme qui voudra traitter un fics avec des cauteres ou caustics violents, n’en viendra jamais à son honneur, il renvoyera l’humeur d’un costé à l’autre ; & quand il croira avoir extirpé le fics d’un costé, il le verra reverdir de l’autre costé du pied, & méme le fera attacher au tendon, ou au petit pied, ce qui ne seroit pas arrivé, s’il s’estoit servi des onguents qui servent pour arrester les eaux, desquels il y en a plusieurs dans ce Livre, ou autres, y melant de l’eau forte quand ils n’ont pas assez de force, mais jamais ne vous servez de cauteres ou caustics, ou assurement vous ne reüssirez pas.

Si le fics est attaché au petit pied, il faut faire tomber l’esquille, ensuite le mondificatif du Docteur, ou l’onguent Apostolorum dont vous vous servirez, & panserez le mal par en bas, resserrant toûjours le haut. Je pourrois alleguer beaucoup d’exemples des choses qui me sont arrivées en faisant panser des fics jmais ce que j’en ay dit suffit.