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Gervais Clouzier, 1680 (1 / 2, pp. 46-50).
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PRenez un boisseau graines de geniévre meures & noires, cueillies entre les deux Nostre-Dame d’Aoust & Septembre, pilez-les & les mettez dans un chauderon avec huit à neuf pintes d’eau pour faire bouillir le tout, remuant quelquefois, lors que le tout s’épaissira passez au travers un linge, pressez & reservez le bouillon, passez le marc au travers un tamis comme on passe la casse, jettez les grains & écorce qui ne pourront passer, & remettez la poulpe qui aura passé avec le bouillon cy-dessus reservé : faites bouillir le tout à feu clair, remuant par fois jusques à ce que le tout soit réduit en consistance de boüillie, lors ostez du feu, & à demy froid mélez toute la dose de la poudre cordialle cy-devant avec ladite boüillie dans le mortier, & adjoûtez une livre graine de Kermes en poudre, formez des pilulles pesant douze dragmes, que vous ferez secher sur des tamis renversez, ces plottes durciront fort & diminueront ; il faut faire cette composition en été, car elles font tres difficiles à secher, & moisissent l’hyver, si elles ne font dans un étuve, ou poîle, estant seches elles ne perdent pas leurs facultez, & l’addition des mucilages du genévre qui sert de liaison à la poudre augmente de beaucoup sa vertu, car le genévre contient seul des vertus admirables : il est pectoral, stomachique, & divretique, c’est le theriaque des Allemans. On peut sans se servir de mucilages pour faire la liaison des poudres & former des plottes, prendre de bonne eau cordialle, de scorsonere ou d’autre, & mettre toutes les poudres dans un grand mortier, puis y méler de l’eau cordiale, piler & méler le tout avec le pilon, remettre encore un peu d’eau, & ainsi peu à peu piler & méler, & adjoûter suffisamment de ces eaux jufques à ce que le tout se puisse lier & en former des plottes, comme cy-devant.

Ces sortes de plottes seront plûtost seches que les autres, & ne seront pas si difficiles à faire secher, mais comme les mucilages de genévre donnent beaucoup de vertu aux plottes, il faut adjoûter à toute la composition demie livre de genévre qui se pilera avec le reste de la composition, dans le temps qu’on les méle & bat pour les faire lier, & si on y a adjoûté sur le tout une livre graine de Kermes comme je l’ay ordonné, elles seront meilleures; quand vous en voulez donner il faut piler les pilulles, car si on les donnoit entieres, le Cheval les rejetteroit peut-estre entieres Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/61 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/62 Page:Solleysel - Parfait mareschal - 5è éd., 1680 - tome 1.djvu/63 Chap.
ⅹⅶ
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Le tout pilé à part, & passé par le tamis de crin, bien meslé ensemble, & gardé dans un sac de cuir bien bouché & pressé.

La prise est de deux onces dans du vin, infusé toute la nuit.

On en peut donner seulement une once dans chopine de vin d’Espagne elle reussira tres-bien.

Il n’y a qu’à voir cy-devant les effets & l’usage de la poudre cordialle ; celle-cy a les mesmes effets, hors qu’elle luy est de beaucoup inférieure.

La poudre cordiale des Mareschaux est composée d’anis, fenoüil, commin, regalisse, bayes de laurier, & rapure d’yvoire, parce que le tout est à bon marché ; véritablement elle est bonne ; mais il y à dire cent pour cent qu’elle puisse faire les mesmes effets que la nostre, outre qu’ils n’en donnent qu’une prise à un Cheval, & souvent il en faut donner cinq ou six jours de suitte: ils l’appellent un breuvage cordial, l’expérience fera voir la verité de ce que j’avance ; les Mareschaux appellent les quatre poudres cordiales, l’anis, le fenouil, coriandre & regaIisse, ils en donnent de chacun demy once, jugez si cela peut faire l’effet des nostres cy-devant.