Le courage

Jean Baptiste Tartière
De tout un peu; livre de lecture courante
Paris Larousse (p. 276-277).

7. — Le Courage.

Le courage n’est pas seulement au soldat ;
Il n’est pas seulement à l’homme qui se bat.
Pour défendre un pays qui pense et qui travaille,
La vie est elle-même un vrai champ de bataille,
Où chaque travailleur a son courage à lui.
Fuir le travail qu’on doit, c’est encore avoir fui !
Tout le monde partout travaille dans le monde ;
Le pêcheur ne craint pas le vent qui souffle et gronde,
Il lutte avec la mer pour prendre le poisson.
Parfois le soleil tue au temps de la moisson ;
Le carrier meurt rongé de poussières malsaines ;
Le bûcheron parfois tombe du haut des chênes ;
Le maçon, le couvreur, du faîte des maisons ;
Le pauvre balayeur respire des poisons.
Mais il fait son devoir quand même en temps de peste[1] !
Le petit mousse grimpe au haut des mâts, plus leste
Qu’un singe, et quelquefois, les deux bras grands ouverts,
Tombe, en criant : « Ma mère ! » au fond des grandes mers.

Et moi, moi qui n’ai pas beaucoup de peine à vivre,
N’ayant qu’à fatiguer mes bons yeux sur mon livre,
Pour apprendre à chérir ceux qui travaillent tant.
Je dirais toujours : « Non ! » je serais mécontent !
La vie est un combat. Je veux remplir ma tâche.
Celui qui fuit le champ du travail est un lâche.

Jean Aicard[2], Le Livre des petits (Deldigrave).

LE COURAGE N’EST PAS SEULEMENT UNE VERTU, C’EST LA DE TOUTES LES AUTRES. (LOCKE.)

  1. Peste, maladie épidémique qui cause une grande mortalité. La peste, qui a presque disparu d’Europe, est très fréquente dans certaines contrées de l’Inde.
  2. Jean Aicard, poète et auteur dramatique français contemporain. Écrivain délicat, poète tendre et familial. Il n’est pas un écolier français qui ne sache un ou plusieurs de ses poèmes, où la finesse de la leçon le dispute à l’attrait de la forme.