Le château de Beaumanoir/00

Mercier & Cie (p. v-vii).

PRÉFACE



« Notre origine française est assez noble pour que ceux qui ne la partagent pas dussent la respecter. Nous pouvons nous consoler à la pensée que ceux qui nous vilipendent tant, ne nous connaissent point. Faisons-nous connaître, non par les criailleries et les chants séditieux dans la rue, mais en forçant ceux mêmes qui ne parlent pas notre langue (malheureusement pour nous et pour eux, ils sont trop nombreux) à étudier l’histoire du Canada, non-seulement l’époque héroïque du Régime Français, mais bien aussi depuis la conquête. Notre histoire est toute enrichie de faits honorables pour nous ; aucun anglais de bon sens ne peut étudier cette histoire, sans voir se dissiper au moins une partie des préjugés que lui et les siens caressent avec complaisance. » [1]

Ces remarquables paroles de l’une des gloires de l’épiscopat canadien-français résument la pensée qui a présidée à ce livre. En face des insinuations malveillantes et des injures qui ont été dites et écrites depuis quelques mois contre la population canadienne-française, contre nos milices, il n’est pas de meilleure réponse, croyons-nous, de réfutation plus facile et plus complète, que de rappeler les actions héroïques de nos pères, leur courage dans l’adversité, leur vaillance sur le champ de bataille.

Une certaine presse francophobe, naguère encore, n’a pas craint de nous accuser de « lâcheté, » de « cruauté, » de « pillage. » Il suffit, pour venger notre honneur national outragé et faire repentir nos détracteurs, de mettre en regard les actions de nos pères et celles de leurs aïeux.

Nous sommes les fils de ces anciens preux, comme l’a prouvé la conduite des nôtres au Nord-Ouest en avril dernier, conduite qui a confirmé également une fois de plus la vérité de ce vieil adage : « Bon sang ne ment pas » !…

Voilà, en deux mots, l’unique but que nous nous sommes proposé en écrivant cet humble ouvrage. Dieu veuille que nous n’ayions pas été trop au-dessous de la tâche.

Edm. Rousseau.

Château-Richer, décembre 1885.



  1. Lettre en date du 7 décembre 1884 de Mgr Alex. Taché, sur La Situation.