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V. Giard & E. Brière (p. 93-96).


LES SUFFRAGISTES EN 1848


Quand en 1848 l’électorat fut accordé à tous les hommes, aux pauvres comme aux riches, aux ignorants comme aux instruits ; les femmes demandèrent à être englobées dans le suffrage universel.

Victor Considérant fut le seul des neuf cents membres de l’Assemblée Constituante qui soutint leurs prétentions, en proposant d’admettre les femmes à exercer leurs droits politiques.

Pierre Leroux présenta un amendement en faveur de l’électorat municipal des femmes.

Le pasteur Athanase Coquerel réclama lui, la loi d’exclusion, retranchant de la politique le sexe féminin.

La République avait été proclamée le 21 février, un mois après, le 23 mars, quatre déléguées des « Droits de la Femme » se présentèrent à l’Hôtel-de-Ville pour solliciter : la liberté de participer au gouvernement du pays. L'universalisation du suffrage. L’égalité de la femme et de l’homme devant la loi. Ce fut Marrast membre du gouvernement provisoire, qui reçut cette délégation féministe ; il répondit à sa requête en encourageant ses espérances.

Mme Alix Bourgeois professeur d'histoire naturelle et beaucoup d'autres dames, demandèrent individuellement au gouvernement, le droit électoral pour le sexe féminin.

À ce moment l’influence féminine était grande : George Sand rédigeait avec Jules Favre le Bulletin de la République ; et, il y avait dans la masse populaire un tel sens de l’égalité, que quant à la prière d’une revendicatrice, Cabet[1] posait dans un club qu’il présidait cette question : – La femme est-elle l'égale de l‘homme devant le droit social et politique ?

Le communiste Cabet était déconcerté (sic) de voir presque toutes les mains se lever pour l’affirmative.

Proud’hon disait : « La République tombe en quenouille. »

Pauline Roland, que Victor Hugo a qualifiée l’apôtre ; Jeanne Deroin, Anaïs Ségalas, Henriette Wild créèrent successivement trois journaux. La Politique des Femmes. La République des Femmes. L’opinion des Femmes. Les rédactrices de ces journaux s’entendirent avec Mmes Eugénie Niboyet, E. Foa, Louise Collet, Adèle Esquiros qui avaient fondé La Voix des Femmes, pour offrir à George Sand de porter sa candidature.

La grande romancière, répondit dans La Réforme : « qu’elle ne partageait point les idées des revendicatrices et ne connaissait pas les dames qui formaient des clubs et rédigeaient des journaux. »

Les femmes arrivées croient qu’elles n’appartiennent plus au sexe féminin.

Après George Sand refusant d’aider à l’affranchissement politique des Françaises, on a vu Clémence Boyer, la commentatrice de L’origine des Espèces de Darwin, ne point vouloir que les droits politiques soient conférés aux femmes et disant à M. Adolphe Brisson, rédacteur au journal Le Temps : « Du jour où les femmes voteront nous sommes perdus. »

Les dames obtenant difficilement la parole dans les clubs d’hommes créèrent des clubs féminins. Le plus renommé, fut le Club des Femmes, ouvert le 11 mai 1848 à la salle de spectacle du boulevard Bonne-Nouvelle. La foule rendit les séances tumultueuses. Les femmes ne purent bientôt plus parler dans ce club transformé en ménagerie ou les hommes aboyaient, miaulaient, beuglaient.

Eugénie Niboyet qui présidait, dit dans Le Vrai Livre des Femmes : « Une heure de pilori m’eût paru moins douloureuse que cinq minutes de cette violente lutte. Toutes les clubistes qui avaient promis de me seconder disparurent comme les feuilles sous le vent et laissèrent peser sur moi la responsabilité de notre tentative. » Jeanne Deroin avait posé sa candidature à l’Assemblée Constituante pour consacrer le principe de l’égalité politique des deux sexes ; mais, elle ne put parvenir à la faire admettre, partout les bureaux la rejetèrent comme étant inconstitutionnelle.

Les Françaises eurent de suite la preuve, que leur exclusion électorale faisait d’elles des parias dans la société. Aussitôt, en effet, après l’instauration de la République, les membres du gouvernement provisoire avaient créé des ateliers nationaux pour les ouvriers en chômage – électeurs – mais point pour les ouvrières en chômage non électrices.

Ces demi-réformateurs furent donc un peu gênés, quand de pauvres ouvrières en chômage vinrent à l’Hôtel-de-Ville demander si elles étaient comprises dans la proclamation du droit au travail ; et, où était l’atelier national des femmes ?

L’atelier national des femmes ?… Mais… Il n’existait pas !… Les femmes ne comptaient point en France puisqu’elles ne votaient pas !

  1. Jeanne DEROIN, Almanach des Femmes.