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Le Vingtième Siècle. La vie électrique/II/1

Librairie illustrée (p. 114-135).


i

Préparatifs d’installation. — La féodalité de l’or. — Quelques figures de l’aristocratie nouvelle. — La nouvelle architecture du fer, du pyrogranit, du carton, du verre. — Les photo-picto-mécaniciens et les progrès du grand art. — Messieurs les ingénieurs culinaires.

« Êtes-vous brouillés ? demanda Philox Lorris, lorsque son fils se présenta devant lui au retour du Voyage de fiançailles.

— Pas le moins du monde ; au contraire, je…

— Ta ta ta ! Vous ne vous êtes pas éprouvés sérieusement, vous êtes restés tous les deux, toi surtout, la bouche en cœur, à soupirer des gentillesses ; ce n’est pas ainsi qu’on éprouve celle dont on veut faire la compagne de sa vie… Ce n’est pas loyal, je trouve que tu as manqué tout à fait de bonne foi…


— Bigre ! quand je serai le mari de cette dame !

— Comment ! j’ai manqué de bonne foi ?

— Certainement ! Et ta fiancée aussi, de son côté ! Tu n’es pas autrement bâti que tous les autres hommes, parbleu ! et ta fiancée ne diffère pas du reste du genre féminin. Tu devais te montrer comme tu seras pendant le reste de ta vie — ainsi du reste que tous les hommes occupés — rude, distrait, grincheux souvent, emporté, violent même… Nous sommes tous comme cela dans la vie ; elle est si courte, la vie ; une fois mariés, est-ce qu’on a du temps à perdre en manières ?

— J’ai pourtant bien l’intention de ne pas me montrer aussi désagréable que cela…


— Attention ! quand je serai la femme de ce monsieur !

— Certainement, parbleu ! des bonnes intentions, ça ne prend pas de temps, on en a tant que l’on veut… mais les rapports journaliers, la vie enfin… C’est là que je t’attends ! De même une fiancée, pour que le Voyage de fiançailles constitue un essai vraiment loyal de la vie conjugale, devrait tout de suite se montrer futile, légère, contrariante, souvent revêche, portée à la domination, etc., etc., enfin, telle qu’elle sera plus tard dans le ménage. Alors, on se juge franchement, et l’on décide en parfaite connaissance de cause si la vie commune est possible : « Attention ! Quand je serai la femme de ce monsieur, je l’aurai toujours devant moi ! — Bigre ! Quand je serai le mari de cette dame, songeons-y, ce sera à perpétuité… » Voilà les sages réflexions que les personnes raisonnables doivent faire ! »

Georges se mit à rire.

« Est-ce que tu me peindrais l’éminente doctoresse Bardoz et la sénatrice Coupard, de la Sarthe, avec les mêmes couleurs ? demanda-t-il à son père.

— Pas tout à fait ! Si je les ai distinguées, c’est qu’elles sont de vraies exceptions… Et puis elles seraient si occupées elles-mêmes ! Enfin ! concluons ! Tu persistes vraiment ?

— Je persiste à voir le bonheur de ma vie dans l’union avec…

— Bon ! bon ! pas de phrases ! C’est ton ancêtre l’artiste, le poète qui te travaille… Laisse-le dormir ! Nous verrons ; mais avant de donner mon consentement définitif, je veux étudier ta fiancée… Tu connais mes principes : pas de femme inoccupée. Je propose à Mlle Lacombe d’entrer à mon grand laboratoire, section des recherches ; elle travaillera sous mes yeux, à côté de toi… Ne crains rien, pas de surmenage, un petit travail doux ! Et, entre temps, vous monterez votre maison et nous causerons ménage quand le nid sera achevé. »

Georges, comptant bien abréger le plus vite possible cette dernière période d’épreuves, se déclara satisfait de l’arrangement et porta la proposition de son père à Estelle. Tout fut vite entendu. D’ailleurs, Philox Lorris n’eut qu’un mot à dire aux Phares alpins pour faire passer M. Lacombe aux bureaux de Paris de cette administration : les parents d’Estelle purent venir habiter Paris, au grand plaisir de Mme Lacombe, qui voyait ainsi se réaliser un de ses rêves.

Georges Lorris et Estelle s’occupaient de leur installation future avec Mme Lacombe, mais sur les idées de Philox Lorris. Celui-ci négocia en quelques jours l’achat pour son fils, au centre de l’ancien Paris, sur les hauteurs de Passy, d’un petit hôtel que désirait céder, pour s’installer dans un vaste domaine dans le Midi, un banquier milliardaire d’Australie qui venait de réaliser dans les bourses du Nouveau Monde un krach fabuleusement fructueux et qui voulait, avec l’immense fortune récoltée dans sa magnifique opération, fonder, assez loin des désagréables criailleries des anciens actionnaires et dans un pays plus aristocratique que la terre australienne, une puissante famille seigneuriale.

Ce richissime ex-banquier, Arthur Pigott, traitant M. Philox Lorris en homme digne de le comprendre, exposa ses plans avec tranquillité quand il fit visiter son petit hôtel à son acheteur.

« Votre vieille aristocratie territoriale est morte d’inanition, illustre monsieur, ou elle achève de s’éteindre, dit-il ; soufflons donc dessus et remplaçons-la, car il faut la remplacer, c’est le vœu de la nature ; vous savez bien qu’une aristocratie a son rôle dans la vie sociale et qu’on n’en a pas plutôt jeté une à terre, — vos révolutions l’ont prouvé — qu’une autre apparaît. À l’origine de toutes les grandes et hautes familles, monsieur, que voyez-vous ? Un fondateur malin, plus riche et, par conséquent, plus puissant que ses voisins ! Je dédaigne de rechercher comment il a ramassé cette fortune : il l’a, c’est le principal !… Les historiens passent assez légèrement là-dessus comme détail négligeable…

— Des chevauchées la lance au poing en pays ennemi, fit M. Philox Lorris, la conquête de quelque territoire ; autrement dit, l’expulsion violente ou l’oppression des occupants, venus jadis de la même façon…


sur les hauteurs de passy.

— Autrement dit des rapines de soudards, de brutales rapines, continua M. Pigott, hideuses violences des temps barbares ! Eh bien ! qu’on nie encore le progrès ! J’ose prétendre que, plus tard, les historiens qui regarderont à l’origine de la noble famille fondée par moi en mon duché sur la Dordogne, où j’aurai, j’espère, le plaisir de vous avoir à mes grandes chasses, distingueront autre chose ! Pas de violences, pas de soudards brutaux ! Ils pourront dire : L’ancêtre Pigott, le fondateur, fut tout autre chose qu’un vulgaire Montmorency ; ce fut un doux malin, un combattant de l’intelligence qui sut prélever sur des créatures inférieures la dune de l’intelligence.....

— Deux ou trois cent mille actions de 5,000 francs, n’est-ce pas, dans vos dernières affaires ?

— Plus quelques petites choses, pour compenser les frais très sérieux… Je reprends ! Voici ce qu’ils diront, les historiens : Il sut prélever la dîme de l’intelligence et vint, apportant la richesse en notre belle province, fonder une illustre maison, planter l’arbre seigneurial dont les rameaux s’étendent aujourd’hui si largement, abritant nos têtes sous leur ombre, et contribuer puissamment au relèvement des principes d’autorité et des saines idées de hiérarchie sociale trop longtemps ébranlées par nos révolutions..... Voilà ! ainsi se fonde la nouvelle aristocratie ! »

Et M. Pigott avait raison.

Sur les ruines bientôt déblayées de l’ancien monde, une aristocratie nouvelle se fonde. Que devient l’ancienne ? Les vieilles races en décadence semblent fondre et disparaître de jour en jour avec plus de rapidité. Nous voyons leurs descendants appauvris, éloignés par la défiance des masses des affaires publiques, peu aptes à la pratique des sciences, impropres aux grandes affaires industrielles et commerciales, tirer la langue dans leurs châteaux délabrés, qu’ils ne peuvent entretenir et réparer, ou végéter dans de misérables petites places sans ouvertures d’avenir.

Leurs terres, leurs châteaux, et leurs noms mêmes avec, s’en vont à la nouvelle aristocratie, aux seigneurs des nouvelles couches, aux Crésus de la Bourse, enrichis par l’épargne des autres, aux notabilités de la grande industrie ou de la productive politique, et, à côté de ces illustres débris heureux d’obtenir de maigres emplois en des bureaux de ministère ou d’usine, où le sang actif des anciens chevaucheurs croupit dans une stagnation lamentable, nous voyons tels grands industriels, gigantesques coffres-forts, planter le drapeau de Plutus sur les anciens domaines de l’ex-noblesse, reconstituer peu à peu les vastes fiefs d’autrefois sur des bases plus solides. Quelques exemples, en outre de celui fourni par le milliardaire Pigott :

Le célèbre marquis Marius Capourlès, fondateur d’une centaine d’usines, organisateur de syndicats accaparant toutes les féculeries et distilleries d’une immense région. Avec ses bénéfices, dont il sait à peine le compte, Marius Capourlès a peu à peu aggloméré un noyau de vastes domaines comprenant l’étendue d’un département et récemment érigés en marquisat.


m. arthur pigott.

Ajoutons bien vite que, parmi les simples petits commis d’une de ses agences, Marius Capourlès compte un duc authentique, descendant des rois de Sicile et de Jérusalem, et trois ou quatre pauvres diables couverts de blasons, dont les pères ont eu terres et châteaux, gardé, casque en tête, des marches de frontières et arrosé de leur sang tous les champs de bataille de l’ancienne France.

M. Jules Pommard est non moins célèbre que le marquis Marius. Lancé sur le terrain giboyeux de la politique, M. Jules Pommard n’est pas de ceux qui restent bredouilles. Il a eu des hauts et des bas ; accusé jadis de trafics et de malversations, mais amnistié par le succès, il s’est, après avoir purgé quelques petites condamnations, taillé dans sa province un véritable petit royaume où il tient tout, dirige tout, commande à tous et plane sur tous du haut de sa sereine majesté d’homme arrivé, qu’encadre noblement un grand château historique ayant fait partie du domaine royal, château dont il compte bien faire porter le nom à ses héritiers.

Voici une illustration plus haute encore, M. Malbousquet, autre grand industriel, roi du fer et prince de la fonte, maître et possesseur de formidables établissements métallurgiques, propriétaire de tubes et de nombreuses lignes d’aéronefs, à la tête de trois cent mille ouvriers et du plus titanique outillage qu’il soit possible de rêver, immense réunion d’engins terrifiants, grinçant, tournant, virant, frappant, hurlant effroyablement en des usines monstres, colossales cités de fer aux architectures étranges, où les marteaux-pilons géants s’élèvent comme d’extraordinaires monuments mobiles et féroces, parmi des ouragans de vacarmes métalliques et des tourbillons d’acres fumées, au-dessus de rouges fournaises attisées par des cohues d’hommes hâves et demi-nus, roussis, grillés et charbonneux.

Le maître de ce royaume, véritablement infernal, n’a garde de l’habiter ; il domine de loin, il commande et dirige, loin de l’infernal mouvement, loin des rivières de fonte incandescente et des hauts fourneaux soufflant des haleines de feu ; il règne sur ses esclaves de chair et de fer du fond d’un somptueux cabinet relié par Télé au cabinet de l’ingénieur-directeur des usines, dans un castel resplendissant, grand comme Chambord et Coucy réunis, élevé à coups de millions dans un site charmant, avec un fleuve à ses pieds, filant vers la mer, et de belles forêts, sévèrement gardées, se déroulant aux divers horizons.

À perte de vue, tout ici appartient à M. Malbousquet, déjà comte romain, devenu duc tout récemment, par la grâce du milliard ; dans cette terre, érigée pour lui en duché par les Chambres, tout est à lui, le sol et aussi les gens, tenus et bridés par mille liens.

C’est pourtant le domaine actuel du roi du fer, le grand centre métallurgique qui fut, en 1922, le principal foyer de la révolution sociale et qui vit, lors du triomphe momentané des doctrines collectivistes, le plus complet bouleversement.

Ici, pendant qu’une effroyable lutte éclatait à Paris, pendant que se déroulaient des scènes de sauvagerie épouvantables, où le peuple énervé et halluciné, dans l’impossibilité de réaliser les rêves insensés des révoltés et des utopistes, des naïfs farouches et des hâbleurs, accumulait ruines sur ruines et se ruait à la folie furieuse et à l’effondrement universel, pendant ce déchaînement de tous les délires, dans le grand centre métallurgique saisi au nom de la collectivité, s’appliquaient à peu près pacifiquement les théories socialistes.


embarcadère de l’hôtel georges lorris.

Les meneurs, au jour du triomphe, avaient ici trouvé un organisme bien complet, en bon état de fonctionnement, et ils avaient pensé que tout devait continuer à marcher comme par le passé et même beaucoup mieux, simplement par la bonne volonté de tous, moyennant la simple suppression des directeurs et des actionnaires, et le partage égal entre tous du produit intégral du travail de tous.

Le programme était simple, clair, à la portée des moins larges intelligences, mais l’application, au grand étonnement de chacun, donna lieu pourtant, dès la première heure, à de rudes frottements. L’égalité des droits décrétée — la Sainte Égalité — pouvait-elle s’accommoder de l’inégalité des fonctions et des travaux ? On laissait les ingénieurs à leurs travaux forcément, parce que le simple manœuvre ne pouvait songer à prendre leur place ; mais les autres, bureaucrates, contremaîtres, chefs ouvriers, ne devaient-ils pas rentrer dans le rang ? Comment procéder à la distribution du travail, avec toutes ces inégalités, qui semblaient apparaître pour la première fois aux yeux de tous ? Personne ne voulait plus du travail rude, du travail dangereux ; chacun, naturellement, réclama le travail le plus facile et le plus doux, les postes les plus tranquilles.

Dès le premier jour, les heurts violents se produisirent, les discussions éclatèrent et s’envenimèrent très vite. Au milieu des tiraillements, des désordres et même des grèves de certaines spécialités, les usines marchèrent quelque temps cahin-caha, dévorant les stocks de minerais amassés et les fonds saisis dans les caisses. Puis, brusquement, tout s’arrêta, les machines poussèrent leur dernier râle, les hauts fourneaux s’éteignirent, tout tomba dans une confusion épouvantable.

Le collectivisme mourait de son triomphe. Tant bien que mal, l’organisme qu’il avait trouvé en fonctions avait encore marché quelques semaines, produisant — suivant les comptes rigoureusement tenus par les bureaux — tout à perte, pour diverses causes, par suite de l’immense gâchis d’abord, du labeur mal conduit et mollement soutenu pendant les heures de travail diminuées de moitié, — et laissant, au lieu de fabuleux bénéfices à répartir, comme tous l’espéraient, un déficit à combler, gouffre énorme, s’élargissant d’heure en heure.

Six mois d’anarchie épouvantable, avec la tristesse amère des beaux rêves écroulés, les lugubres désespoirs, les colères impuissantes, avec la ruine, la fureur et la faim partout !

Le grand centre industriel resta comme un immense tas de ferrailles inutiles, autour duquel peu à peu la solitude se faisait et que les affamés abandonnaient en colonnes lamentables.

Quand, après bien d’autres catastrophes, l’anarchie de Paris, s’éteignant peu à peu dans le sang des sectes socialistes qui s’entre-dévoraient, fut écrasée définitivement par un retour du bon sens, puissamment aidé par la force passée aux mains des meneurs satisfaits, gorgés des dépouilles de l’ancienne société, il n’y avait plus de désordres à réprimer dans le royaume du fer, il n’y avait plus que des ruines.

Édouard Malbousquet, jeune alors, ex-petit ingénieur des usines, riche de quelques petits bénéfices recueillis dans l’eau trouble de la révolution sociale, eut alors l’habileté de grouper quelques amis parmi les nouveaux capitalistes éclos dans la tourmente et de racheter, pour un morceau de pain jeté aux actionnaires survivants, ces tristes ruines inutiles, et de tout recommencer.


La nouvelle féodalité : Monsieur le duc Malbousquet.

Le résultat, le voici : tout en haut, le puissant seigneur suzerain ; tout en bas, la tourbe des humbles vassaux ; d’un côté, une haute personnalité politique, financière et industrielle, comblée de richesses, de titres et d’honneurs ; et, de l’autre, la noire fourmilière des travailleurs du fer, revenus au travail avec de la misère et de cruelles désillusions en plus.

Notre haute civilisation scientifique, l’excès du machinisme, l’industrialisme écrasant l’homme sous l’engin ou changeant cet homme, non pas en machine même, mais en simple fragment de rouage de machine, ont donc, en définitive, abouti à ramener le monde en arrière et à créer au-dessus des masses travailleuses une nouvelle féodalité, aussi puissante, aussi orgueilleuse et aussi rude en sa domination que l’ancienne, si ce n’est plus !

Serfs des enfers industriels rivés aux plus dures besognes, petits employés cloués à leur pupitre, petits ingénieurs, rouages un peu plus fins de la grande machine, petits commerçants, laminés et broyés par les gigantesques syndicats, paysans cultivant, suivant les nouvelles méthodes scientifiques, la terre des nouveaux seigneurs, dites-nous si le sort des manants du Moyen âge, des siècles où l’on avait au moins le temps de respirer, était plus rude que le vôtre ? Certes, la main humaine, même recouverte du gantelet de fer des hauts barons, le poing de la féodalité de fer était moins lourd que le marteau-pilon d’aujourd’hui, symbole écrasant de la nouvelle féodalité de l’or !…

Le petit hôtel acheté par M. Philox Lorris, à l’un de ces potentats de la finance et de l’industrie, avoisiné par d’autres hôtels d’un luxe babylonien, résidences urbaines appartenant à de non moins notables seigneurs, allait donc être transformé complètement pour le fils du grand ingénieur ; toutes les innovations, toutes les applications de la science moderne devaient y faire régner un confort scientifique absolument digne du siècle éclairé où nous avons le bonheur de vivre et du grand Philox Lorris lui-même.


forêts d’appartement.

Il y avait naturellement très peu de jardins, un simple cadre de verdure, sertissant les différents bâtiments, — l’espace est si mesuré à Paris ! — mais on s’était rattrapé sur les terrasses, les petites plates-formes et les balcons suspendus, transformés en véritables forêts, en forêts vues par le gros bout de la lorgnette, avec des arbres nains japonais suivant la mode actuelle.

Il n’y a pas que Paris qui soit étroit et resserré, on se sent tellement pressé aujourd’hui sur notre globe archi-plein, dans le coude à coude des continents bondés, qu’il faut tâcher de gagner un peu de place, de toutes les façons possibles, par d’ingénieux subterfuges.


le sol de paris.

Voulez-vous des forêts ombreuses avec de vieux chênes aux ramures puissantes, tordant leurs racines comme un nid de serpents et lançant au loin de grosses branches à l’épais feuillage ? Voulez-vous des pins fantastiques, hérissés de pointes et cramponnés à des blocs de rochers moussus ? Voulez-vous des arbres exotiques, des fourrés étranges, dominés par des baobabs monstrueux ?

En voici sur votre balcon, dans de jolis bacs de faïence japonaise, voici sur votre véranda la forêt vivante en réduction, les géants nains, les arbres centenaires, les colosses végétaux, maintenus, par l’art inouï du jardinier de Yeddo, à des proportions de plantes d’appartement. C’est la forêt minuscule, mais c’est la forêt tout de même, avec ses fourrés touffus, ses dessous tapissés de bruyères naines, avec ses profondeurs mystérieuses, qui vous donnent le vertige et le frisson des solitudes, avec ses rochers, ses ravins même, au-dessus desquels se dressent de vieux troncs dépouillés, tordus et déchiquetés par les siècles, ravagés par les ouragans ; ce sont de vastes paysages factices, absolument illusionnants, devant lesquels, en y mettant un atome de bonne volonté, on peut chercher la poésie du rêve, tout comme si l’on errait dans les quelques coins de nature sauvage qui nous restent, éparpillés çà et là par le monde et sur le point de disparaître à jamais.

Ne cherchez pas d’autres feuillées à Paris, en dehors de ces futaies factices et des maigres jardinets entretenus à grand’peine autour des maisons riches.

Le sol de Paris n’en peut guère produire, puisqu’il n’existe plus, puisque la vraie terre y a disparu ou à peu près, remplacée par un lacis embrouillé de tunnels, de canalisations diverses, de tubes métropolitains réunissant les quartiers, de tubes d’expansion au dehors, d’égouts, de caniveaux, de conduits pour les innombrables fils des divers Télés et des services électriques divers, force, lumière, théâtre, musique, etc., entrecroisés à travers un massif de béton et de pierrailles, où les racines des pauvres diables d’arbres que leur malheur a exilés dans ce conglomérat rocailleux, saturé de fluides divers, ne peuvent, même en s’allongeant et s’échevelant outre mesure, puiser qu’une bien maigre nourriture.

Mais si la villa parisienne de Georges Lorris ne pouvait guère montrer d’autres verdures que les arbres comprimés et rabougris de ces forêts d’appartement, elle possédait une annexe un peu plus loin, dans les montagnes du Limousin, à trente-cinq minutes de tube et deux heures d’aéronef à peine, une maison de campagne, petite, mais commode, agréablement placée dans un fort beau paysage, à mi-côte d’une colline rocheuse, avec des arbres de proportions naturelles et des coins de véritables bois sous ses fenêtres.

Par une heureuse idée de l’architecte, la partie supérieure de la maison, sorte de tourelle carrée dominant le corps de bâtiment principal, était mobile et pouvait monter, faisant cage d’ascenseur, jusqu’à la crête de la colline voisine et stationner ainsi, pendant les belles journées, à 80 mètres au-dessus de la maison.

De là, le pays se découvrait plus vaste, pittoresque et tourmenté, coupé de ravins, sillonné de rivières, et montrait au loin, sur des roches isolées ou sur les différentes croupes de collines, cinq ou six ruines de vieux châteaux et seulement, l’industrie étant encore peu développée dans la région, une vingtaine de groupes d’usines fumeuses à l’horizon.

Pour revenir à l’hôtel parisien abandonné par le banquier milliardaire comme trop simple et ne convenant plus à sa haute situation, il n’en était pas moins un somptueux petit bijou d’architecture moderne en délicieuse situation.

On jouissait d’une vue admirable et très étendue des loggias du grand salon du dixième étage au-dessus du sol, c’est-à-dire du premier, comme on a l’habitude de dire, maintenant que l’entrée principale d’une maison est sur les toits, à l’embarcadère aérien. De cette loggia, ainsi que des miradors vitrés suspendus aux façades, on apercevait tout Paris, l’immense agglomération quasi-internationale de 11 millions d’habitants qui fait battre sur les rives de la Seine le cœur de l’Europe et presque le cœur du monde, en raison des nombreuses colonies asiatiques, africaines ou américaines fixées dans nos murs ; on planait au-dessus des plus anciens quartiers, ceux de la vieille Lutèce, bouleversés par les embellissements et les transformations, par delà lesquels d’autres quartiers plus beaux, les quartiers modernes, si étonnamment développés déjà, projetaient au loin d’immenses boulevards en construction.

Là-bas, derrière les hauts fourneaux, les grandes cheminées et les coupoles de réservoirs électriques du grand musée industriel des Tuileries, se dressent, au centre du berceau de Lutèce, flottant entre les deux bras de la Seine, — de la vieille Lutèce agrandie et transformée, allongée, grossie, gonflée et hypertrophiée — les tours de Notre-Dame, la vieille cathédrale, surmontées d’un transparent édifice en fer, simple carcasse aérienne de style ogival comme l’église, portant, à 80 mètres au-dessus de la plateforme des tours, une seconde plate-forme avec bureau central d’aéronefs omnibus, commissariat, restaurant et salle de concert de musique religieuse. La tour Saint-Jacques se montre non loin de là, surmontée, elle aussi, à 30 mètres, d’un immense cadran électrique et d’une seconde plate-forme autour de laquelle voltigent, à différentes hauteurs, les aérocabs d’une station.

Des édifices aériens pointent très nombreux au-dessus des cent mille embarcadères des maisons, au-dessus des toits où s’étalent, de cime en cime, de gigantesques réclames pour mille produits divers. On distingue d’abord les embarcadères des grandes lignes d’aéronefs omnibus, les wharfs d’aéronefs transatlantiques, — ces constructions de toutes les formes et de tous les styles, monumentales, mais très légères, portées sur de transparentes armatures de fer, — le grand embarcadère central des Tubes, plus massif, projetant dans toutes les directions des tubes, portés parfois sur de longues arcatures de fer ou traversant en tunnels les collines chargées de maisons, — puis bien d’autres édifices divers, plus ou moins turriformes : phares de quartier, commissariats et postes aériens pour la surveillance de l’atmosphère, si difficile pendant la nuit, malgré les flots de lumière électrique répandus par les phares, embarcadères de grands établissements ou de magasins.


petite maison de campagne, avec ascenseur et pavillon mobile.

Quelques quartiers apparaissent voilés par un treillis serré et embrouillé de fils électriques qui semblent les envelopper d’une gigantesque toile d’araignée. Trop de fils ! Ces réseaux courant en tous sens sont, à certains endroits, un obstacle à la circulation aérienne ; bien des accidents ont été causés par eux aux heures nocturnes, malgré l’éclat des phares et des lampadaires de toits, et l’on a vu maintes fois des passagers d’aérocabs foudroyés au passage, ou blessés et presque décapités par la rencontre d’un fil inaperçu.


la bonne à tout faire.

Tout près de l’hôtel Lorris se montre le plus ancien de ces légers édifices escaladant les nuées construit jadis par un ingénieur qui pressentait la grande circulation aérienne de notre temps, l’antique et bien vénérable tour Eiffel, élevée au siècle dernier, un peu rouillée et déversée.

Cette vieille tour a reçu récemment, au cours d’une complète restauration bien nécessaire, de considérables adjonctions ; ses deux étages inférieurs sont enserrés dans de magnifiques et décoratives plates-formes d’une contenance de plusieurs hectares, organisées en jardins d’hiver, supportées par deux ceintures d’arcs de fer d’un grand style. Comme pendant, de l’autre côté du fleuve, montent et se perdent, dans l’atmosphère des coupoles, les terrasses et les pointes de Nuage-Palace, le grand hôtel international aux architectures étranges, construit au sommet de l’ancien Arc de Triomphe, par une société financière qui a, par toutes ces splendeurs, ruiné deux séries d’actionnaires, mais qui, sur l’Arc de Triomphe à elle vendu par l’État en un moment de gêne après notre douzième révolution, a superposé de véritables merveilles.

Plus loin, au-dessus du bois de Boulogne, découpé en petits squares, s’élève Carton-Ville, un quartier ainsi baptisé à cause de ses élégantes et vastes maisons de rapport entièrement construites en pâte de papier aggloméré, rendue plus solide que l’acier et plus résistante que la pierre aux intempéries des saisons, avec des épaisseurs bien moindres, ce qui économise la place. L’avenir est là ; dans la construction moderne, on n’emploie plus beaucoup les lourds matériaux d’autrefois : la pierre est à peu près dédaignée, le Pyrogranit en tient lieu dans les constructions monumentales, disposé en cubes fondus d’une bien autre résistance que la pierre et appliqué de mille façons à la décoration des façades. On n’a plus recours au fer que dans certains cas, lorsqu’on a besoin de supports solides, colonnes ou colonnettes, et partout maintenant le carton-pâte est employé concurremment avec les plaques de verre, murailles transparentes, qui laissent les pièces d’apparat des maisons se pénétrer de lumière.

Les grands magasins, certains établissements, comme les banques, sont maintenant construits entièrement en plaques de verre ; l’industrie est même parvenue à fondre d’une seule pièce des cubes de 10 mètres de côté, à cloisons intérieures pour bureaux, et des belvédères également d’une seule pièce.

De son petit hôtel si merveilleusement situé, M. Philox Lorris veut faire un modèle d’arrangement intérieur ; le chef de son bureau d’ingénieurs-constructeurs est à l’œuvre. Georges Lorris donne ses idées et ses plans, qui sont un peu les idées et les plans d’Estelle et, par conséquent, ceux de Mme Lacombe ; mais son père les met imperturbablement de côté ou les modifie si complètement que Georges ne les reconnaît plus. N’importe, ce sera bien.

L’embarcadère, à 12 mètres au-dessus du toit, est tout en verre, supporté par une gracieuse et artistique arcature de fer. Une coupole, surmontée d’un phare électrique, abrite quatre ascenseurs desservant les appartements particuliers de Monsieur et de Madame, les appartements de réception et l’aile des laboratoires et cabinets de travail. Sur l’un des côtés de la plate-forme de l’embarcadère débouche le grand ascenseur de service, près de la remise des aéronefs, haute tour rectangulaire sur un angle de la maison, ayant place pour dix véhicules superposés, avec les ouvertures de ses dix étages sur un des côtés.

Les salons de réception sont tout à fait somptueux ; le précédent propriétaire en avait fait une galerie de photo-peinture. M. Philox Lorris a remplacé les tableaux partis par quatre grands panneaux décoratifs : l’Eau, l’Air, le Feu, l’Électricité, panneaux animés, vivants pour ainsi dire, et non froides peintures.

Dans chacune de ces grandes décorations, par un procédé tout nouveau, autour de la statue allégorique de l’élément représenté, cet élément lui-même joue son rôle. Sur le panneau consacré à l’Élément humide, l’eau ruisselle et cascade véritablement sur un fond de rochers et de coquillages, animé par des échantillons des plus remarquables habitants de l’onde, des poissons vrais ou faux, vrais pour les races de petite taille et, dans le lointain, représentations minuscules, à mouvements automatiques bien réglés, des plus formidables espèces.

Le panneau consacré au Feu est le pendant naturel de l’Eau. Le feu est allégoriquement représenté par une figure à buste de femme sur un corps de salamandre à longue queue contournée ; autour de cette figure des flammes véritables, mais sans chaleur, dessinent d’étincelantes volutes et, dans le fond, un volcan en éruption laisse couler des rivières de lave flamboyante dont on peut à volonté varier les couleurs. On devine quel magnifique thème les deux autres éléments, l’Air et l’Électricité, ont pu fournir à l’artiste décorateur ; dans le panneau de l’Air, au milieu de magnifiques effets de nuage, produits, avec l’inépuisable variété de la nature elle-même, par un procédé particulier, passent les habitants de l’atmosphère, de charmantes réductions d’aéronefs aux contours atténués par les vapeurs, absolument comme dans la nature. Tout ce panneau est admirablement réglé : les aspects changent à volonté, on a de ravissants levers et couchers de soleil, et même de superbes effets de véritables nuits constellées d’étoiles, réduction de notre ciel nocturne aux chemins azurés, poudrés de sable d’or, comme disent les poètes.

Quant à l’Électricité, l’artiste mécanicien a tiré un bon effet décoratif des si curieux appareils producteurs et transmetteurs, et M. Philox Lorris a mis la grande plaque de Télé comme motif central au-dessus de la figure allégorique. Nous voyons donc ici vraiment l’art de l’avenir. Après la peinture d’autrefois, les timides essais artistiques des Raphaël, Titien, Rubens, David, Delacroix, Carolus Duran et autres primitifs, nous avons eu la photo-peinture, qui représentait déjà un immense progrès ; les photo-peintres d’aujourd’hui seront dépassés par les photo-picto-mécaniciens de demain. Ainsi l’art va toujours progressant.


un peu d’hygiène.

Est-il besoin de dire que le laboratoire-cabinet de travail de Monsieur et celui de Madame, aménagés par les soins de M. Philos Lorris, qui n’a pas craint de sacrifier une bonne demi-heure à en tracer de sa main le plan détaillé, sont pourvus de tous les instruments et appareils perfectionnés indispensables pour les hautes études ?

Mme Lacombe, qui suivait les travaux d’installation avec un intérêt que l’on comprend, pendant que sa fille était occupée au grand laboratoire Philox Lorris, ne ménageait ni son admiration lorsqu’elle la croyait légitimement méritée, ni ses critiques quand il y avait lieu. Mais il ne lui était pas très facile de faire part de ses observations au père de son futur gendre. M. Philox Lorris, horriblement avare de son temps, avait chargé un simple phonographe de recevoir ses observations, auxquelles ce même phonographe répondait seulement le lendemain… quand il daignait répondre.

« Ma première opinion sur cet original de Philox Lorris était la bonne ! se disait Mme Lacombe, en se gardant bien cependant de penser tout haut ; ce Philox Lorris est un ours ! Enfin, ce n’est pas lui que nous épousons. Sa pauvre femme est une martyre ; heureusement, Georges est doux et charmant, ma fille sera heureuse ! »

Une chose inquiétait Mme Lacombe : elle ne voyait pas de cuisine dans cette maison si bien montée ; elle se hasarda un jour à en témoigner son étonnement au phono du savant.

La réponse vint le lendemain.

« Une cuisine ! s’écria le phono, y pensez-vous, chère madame ? C’est bon pour les rétrogrades et tardigrades réfractaires au progrès ! D’ici vingt ans, il n’y aura plus de maisons à cuisines que dans les malheureux hameaux perdus au fond des campagnes ! L’économie sociale bien entendue proscrit les petites cuisines particulières où l’élaboration des petits plats est forcément et de toutes façons plus dispendieuse que l’élaboration en grand des mêmes plats dans une cuisine centrale. Il n’y aura pas plus de cuisine chez mon fils que chez moi. Nous sommes abonnés à la Grande Compagnie d’alimentation et les repas nous arrivent tout préparés par une série de tubes et tuyaux spéciaux. On n’a donc à s’occuper de rien. Économie de temps, ce qui est précieux, et, de plus, très notable économie d’argent !


« … ce n’est jamais que de la confection ! »

— Merci ! fit Mme Lacombe, vous me traiterez de tardigrade si vous voulez, mais je préfère notre petite cuisine de ménage, où je puis combiner des petites douceurs agréables quand il me plait ! Votre cuisine de la Grande Compagnie d’alimentation, tenez, ce n’est jamais que de la confection !

— Je vous assure, dit le phono, qui semblait avoir prévu des objections, que la cuisine est succulente et que les menus sont très variés. Ce ne sont pas de vulgaires marmitons, madame, ou d’ignorants cordons bleus qui préparent nos repas, ce sont des cuisiniers instruits, diplômés, des ingénieurs culinaires ayant poussé très loin leurs études ! Ils sont sous la direction d’un comité d’hygiénistes des plus distingués, qui savent ordonner nos repas selon les lois d’une bonne hygiène et nous fournir une alimentation rationnelle… Au lieu de plats combinés par des chefs sans responsabilité médicale, au hasard de l’inspiration, à tort et à travers, la Compagnie fournit la nourriture qui convient à la saison, aux circonstances, rafraîchissante ou tonifiante, abondante en viandes fortes ou en légumes quand elle le juge bon pour la santé générale… Et l’on a constaté, parmi les abonnés, une forte amélioration des gouttes, gastralgies, dyspepsies, etc. »

Le phono s’arrêta, semblant attendre des objections que Mme Lacombe, qui se défiait, se garda bien de formuler.

Après un instant, le phono continua avec une nuance d’ironie dans la voix :

« Dans tous les cas, il est honteux pour des gens de notre époque de se montrer trop préoccupés des satisfactions de l’estomac ! Cet insignifiant organe ne doit pas primer et opprimer le cerveau, l’organe roi, madame ! D’ailleurs, ces questions sont sans importance ; vous savez bien que, de nos jours, on n’a plus d’appétit ! »

Mme Lacombe soupira :

« Bon ! il est avare, je m’en doutais ! »

Ce fut aussi M. Philox Lorris qui se chargea d’engager le personnel nécessaire. Mme Lacombe fut terriblement surprise quand elle sut que ce personnel devait se composer seulement d’un concierge, d’un mécanicien breveté et d’un aide-mécanicien. Pas plus de femme de chambre ou de valet de chambre que de cuisinière.

« Heureusement ma fille aura Grettly ! » pensa-t-elle.

M. Philox Lorris avait chargé son phono de recevoir les candidatures des gens.

Ce fut un véritable défilé pendant quelques jours. L’appareil enregistrait les déclarations, photographiait les candidats. M. Philox Lorris, de cette façon, put fixer ses choix sans bavardages oiseux et sans perte de temps. Il eut à écarter de nombreux candidats ne pouvant justifier d’études complètes et bons à servir seulement dans la petite bourgeoisie, moins exigeante sur les titres ; il lui fallut même repousser aussi des polytechniciens dont certaines circonstances avaient entravé la carrière :

« Quels sont vos titres ? demandait le phonographe aux candidats ; parlez et veuillez remettre vos brevets. »

Le concierge engagé avait, ainsi que sa femme, outre les meilleures références, les brevets des baccalauréats ès sciences ; quant aux mécaniciens, ils sortaient dans les bons numéros de l’École centrale. On pouvait leur remettre en toute confiance la direction des forces électriques de la maison.

C’est ainsi que fut organisée la maison destinée aux deux jeunes gens. Malgré les hauts cris de Mme Lacombe, Philox Lorris tint bon et fit accepter son programme sans y apporter aucune modification. Il sut fournir la maison de tous les perfectionnements que la mécanique a de nos jours apportés dans la vie habituelle, perfectionnements qui permettent de se passer des bonnes, des domestiques et du nombreux personnel que nos aïeux devaient entretenir autour d’eux.


réception des solliciteurs.