Le Témiscamingue à la Baie-d’Hudson/Préface


Préface

Latera Aquilonis Civitas Regis Magni.
Du côté de l’Aquilon, la Cité du Grand Roi.
(Ps. 41. l. IIe)


Monsieur le Ministre,

En sincère Canadien que je suis, j’ai toujours eu une haute opinion de l’avenir de mon pays ; mais jamais ne n’ai été plus frappé de l’idée de cette future grandeur qu’en parcourant d’un œil attentif la vaste et belle région qui s’étend vers le Nord depuis le bassin du Lac Témiskaming jusqu’au 52° parallèle qui forme la latitude d’Albani, sur la côte sud-ouest de la Baie James.

Quel pays immense ! Quelles plaines riches et fertiles ont été mises là en réserve pour les enfants et les petits enfants de notre génération contemporaine ! Oui, c’est là une réserve providentielle, une nouvelle terre-promise ; il n’y a pas à en douter.

Qu’un pays si beau, si fertile, si immense et tout près de nous soit resté jusqu’ici inconnu ?… voilà la grande question que l’on s’adresse et qui ferait peut-être douter de la véracité de mes paroles si à l’heure présente, des centaines de témoins n’étaient prêts à se lever pour raconter ce qu’ils ont vu et admiré de leurs propres yeux.

Je n’ai rien découvert. Je ne viens qu’en qualité d’humble missionnaire confirmer ce qu’ont écrit avant moi et le savant Docteur Bell et Mr Borron et tant d’autres intrépides voyageurs, qui n’avaient pas intérêt à enfouir dans l’ignorance et l’oubli les trésors que la main libérale du Bon Dieu a semés à profusion jusque dans les coins les plus reculés de notre cher Canada.

Il court malheureusement de vieux préjugés répandus par les traiteurs anciens et modernes sur le sol et surtout sur le climat de ce qu’on appelle ordinairement Le territoire de la Baie-d’Hudson !

Ces idées ont tellement pris racine chez notre peuple même parmi nos géographes, que le premier qui ait osé les contredire a été qualifié d’optimiste et d’exagéré. C’est toujours l’histoire des « quelques arpents de neige. »

Mais plus heureux qu’au temps de Louis XV et de la Pompadour, nous avons à la tête de notre Gouvernement des hommes qui ont à cœur l’agrandissement de notre nation et qui savent par expérience que c’est des frimas du Nord que sont toujours sorties les races vigoureuses appelées à regénérer les sociétés mourantes.

Canadiens-Français, descendants de Celtes, de Saxons ou de Scandinaves, le Nord est notre patrie, comme il fut celle de nos pères ; et si le Pôle a des rigueurs propres à repousser les lâches, il conservera toujours la vertu de l’aimant sur notre race au courage de fer et aux bras d’acier.

Mais après tout, ces épouvantails de gelées, de frimas et d’hivers interminables reposent-ils sur des données bien exactes ?

Jusqu’à ces dernières années comment connaissions-nous tout le Nord de l’Amérique, et même le Nord-Ouest devenu si fameux ? — Presqu’uniquement par les récits fabuleux de quelques voyageurs, ou sur les rapports intéressés d’une Compagnie séculaire dont la devise a toujours été « Pro pelle cutem. »

C’est l’intérêt qui gouverne le monde. Aussi, ne faut-il pas être trop sévère si ceux qui trouvaient leur compte dans la traité des pelleteries, n’ont jamais publié au son de la trompette que la patrie de la marte, du vison et du castor est, à la fois, le pays le plus riche peut-être qui soit au monde en ressources minérales, forestières et agricoles.

Le Nord-Ouest a fourni ses preuves, maintenant nous allons voir dans le cours de cet ouvrage que le Nord ne lui cède en rien sous tous les rapports. Examinons d’abord le sol et le climat à un point de vue général, ensuite nous parcourerons chaque zone en particulier, afin d’apprendre ce qui est propre à chacune d’elles.