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Imprimerie de la Société Littéraire & Typographe (p. 79-81).

LE SOIR.


Du haut de ce rocher, le théâtre du monde
Paraît sombre et majestueux ;
L’ombre s’étend sur la plaine profonde,
Et s’élève en vapeur à la voûte des cieux.

Dans le creux de cette vallée,
J’entends gronder un noir torrent ;
Son bruit éveille au loin la nature troublée ;
Le vent du soir l’apporte en murmurant.

Élève-toi, mon âme, à la voûte azurée !
Prends des cieux la route ignorée,
Suis dans les airs la vapeur colorée
Par les derniers rayons du jour.
Dégage-toi d’un sein rebelle ;

Franchis ta barrière mortelle,
Vole ô mon âme, à la voûte éternelle,
Holocauste échappé des flammes de l’amour.

Te suivra-t-il aux cieux, ce souvenir terrible,
Spectre effrayant, et qui brave le jour ?
Planera-t-il, implacable Vautour,
Pour surprendre ton vol paisible
Que n’atteint pas le souvenir ?
Il s’élance d’une aile agile,
Dans les airs je l’entends frémir,
Il s’assied près de moi, sur le roc immobile ;
Il se penche sur le cyprès.
Triste oiseau des ténèbres,
je l’entends répéter les mêmes chants funèbres,
Et gémir les mêmes regrets.

Sombre mélancolie,
Tu mugis dans mon cœur, comme un torrent lointain ;
Je vois avec effroi le couchant de ma vie
Se rapprocher de son matin.
Étoile errante,
Je m’élevais dans un ciel pur ;
Un vaste champ d’azur,


S’offrait à ma course brillante ;
La tempête est venue, effrayant l’univers ;
Elle a voilé mon front de ces crêpes funèbres ;
Je brillais au milieu des airs,
Et je m’éteins dans les ténèbres.