Le Retour (Armand Silvestre)

Les Ailes d’or : poésies nouvelles, 1878-1880Bibliothèque-Charpentier (p. 43-44).
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LE RETOUR

J’ai respiré dans l’air une ivresse connue,
Et la matière inerte elle même a chanté
L’hymne qui, du néant, monte vers la Beauté,
Et le soleil m’a dit qu’elle était revenue.

Elle vient du pays des Couchants, et la Mer,
Pour que, dans sa splendeur, toute splendeur renaisse,
Dans un flot de lumière a trempé sa jeunesse
Et de charmes nouveaux fait mon deuil plus amer.

Que ne suis-je perdu dans le vague des choses
Dont le désir muet l’entoure sans affront !
Heureux l’orgueil des lis triomphant sur son front !
Heureuse sous ses pas la mort lente des roses !

Voici que le printemps effeuille, sous sa main,
Des bois et des jardins l’espérance sacrée,
Et, de l’océan morne à la plaine enivrée,
L’universelle joie a fleuri son chemin.

Car ma peine est la seule à quoi son cœur consente ;
Du ciel que ses beautés sans nombre ont étoilé,
Sa volonté m’a fait l’immortel exilé
Et pour moi seul, hélas ! elle est toujours absente !