Le Prix “Vie heureuse”/Mme Th. Bentzon

Anonyme
Hachette et Cie (p. 4-5).

MADAME TH. BENTZON

L’œuvre de Mme Bentzon, née Marie-Thérèse de Solms, compte plus de quarante volumes. Sa variété, en même temps que le souci permanent de certaines questions où la vie des femmes a le premier rôle, lui donnent une importance considérable.

Très jeune, elle s’est préparée à écrire par des traductions de l’anglais. Depuis 1871, elle a fait connaître en France, Kipling, auparavant Ouida, les humoristes américains. Avant que Mme Bentzon ne les eût signalés, on ne lisait guère en France Henry James, Howells, etc. Depuis plus de trente ans, elle a donné ainsi à la Revue des Deux Mondes une série d’articles où l’information, l’analyse et l’appréciation étaient pareillement justes. C’est elle qui a signalé l’avènement de Mme Humphry Ward ; bien avant que ne fussent traduits Miss Brown de Vernon Lee et le roman social de Bellamy, deux articles, la Satire de l’Esthétisme et la Société de l’Avenir avaient appelé l’attention sur ces ouvrages. Le Roman étranger en Angleterre faisait connaître Stevenson et le Naturalisme aux États-Unis mettait à la mode la Bibliothèque du plein air. Mme Bentzon a suscité des traducteurs et des lecteurs à Mary William, à Sarah Jewett. Elle écrivait en même temps dans les revues américaines.

Deux voyages en Amérique — 1894 et 1897 — lui ont fait connaître la physionomie et les mœurs d’un pays dont la littérature lui était déjà si familière ; plusieurs séries d’études : Les Américaines chez elles, Choses et gens d’Amérique, Nouvelle France et Nouvelle Angleterre, Questions américaines, Femmes d’Amérique ont été le fruit de ces voyages.

Plus récemment, Mme Bentzon a fait un voyage en Russie. Elle a promené son clair regard sur cette vieille civilisation incomplète comme sur la civilisation toute neuve du nord de l’Amérique, et a publié au retour les réflexions et les observations qu’un séjour de quatre mois lui avait suggérées.

Enfin, une vingtaine de romans servent pour ainsi dire d’illustrations à l’œuvre et à la pensée de Mme Bentzon : tantôt ce sont des études où l’analyse psychologique s’unit au sens profond de la vie morale ; tel est ce Tony, où le sentiment d’avoir commis un crime bouleverse une âme d’enfant au point de la lancer par réaction, en plein héroïsme ; telle est encore la jolie histoire de Stella. Tantôt comme dans Au-dessus de l’abîme l’étude sociale l’emporte.


Madame Thérèse Benthson, photographie à son bureau.