Le Prix “Vie heureuse”/Mme Séverine

Anonyme
Hachette et Cie (p. 38-39).


MADAME SÉVERINE


Madame Séverine est née à Paris, 24, rue du Helder, à l’angle aujourd’hui disparu de cette rue et de la rue Taitbout, le 27 avril 1855. Il serait curieux de démêler ce qu’elle doit à l’hérédité qui s’est exercée sur elle avec une simplicité qui redouble la force de ses effets : du côté paternel aussi bien que maternel, tous les hommes de sa famille sont Lorrains ; dans les deux lignées pareillement, toutes les femmes sont Parisiennes. C’est d’elles assurément que Mme Séverine tient cette verve, cette indépendance, cette générosité de cœur du peuple de Paris, affinées pendant des générations à travers des esprits et des cœurs de femmes. Les hommes au contraire étaient des paysans, des maîtres d’école et des soldats. Mme Séverine, pacifiste et subversive est la nièce de deux capitaines tués à l’ennemi et fille de fonctionnaire.

Son éducation fut rigide, classique — et patriote. C’est ici que l’esprit parisien sans doute intervint, et, par réaction, fit une libertaire. Le véritable maître et père intellectuel de Mme Séverine fut Jules Vallès, l’auteur de Jacques Vingtras, celui qu’on a qualifié d’un mot : l’Insurgé. Que chez Mme Séverine, cette révolte ait toujours été celle d’un cœur qui ne peut supporter l’injustice faite aux faibles, et la misère qui écrase les humbles, qu’elle ait employé toute la passion de son talent à émouvoir ses lecteurs pour des êtres souffrants, c’est assez pour ennoblir une carrière d’écrivain.

Son œuvre est considérable : Pages rouges (1893), Notes d’une Frondeuse (1891), Pays mystiques (1893), En marche (1896), Vers la lumière (1900), À Sainte-Hélène (un acte en 1903), et enfin ce joli livre de pitié pour nos frères inférieurs, qui lui valut une médaille d’or de la Société protectrice des animaux, Sac à tout, histoire touchante et véridique d’un petit chien (1906).

Il faut y ajouter l’œuvre de dix-sept ans de journalisme, qui ferait peut-être la matière d’une cinquantaine de volumes. L’éloquence de quelques-uns de ces articles n’est point encore oubliée ; telle est cette série, intitulée au Pays noir, qui est le récit d’une descente dans la mine, à Saint-Étienne, entre deux coups de grisou ; ou la Grève des casseuses de sucre. D’autres pages ont été à leur jour des événements politiques, comme l’interview que Mme Séverine a prise au Vatican du pape Léon XIII.


Madame Séverine, photographie en buste.