Le Prix “Vie heureuse”/Mme Georges de Peyrebrune

Anonyme
Hachette et Cie (p. 32-33).


MADAME GEORGES DE PEYREBRUNE


Dans un des romans de Georges de Peyrebrune, un jeune homme, esprit malade, indécis et désœuvré, et sa sœur, jeune femme assez mal mariée, qui n’a pas voulu se laisser mener dans le monde par son mari, discutent.

« Toute œuvre bonne, dit-elle, est un enseignement salutaire : Travaille.

— C’est ton dada.

— C’est mon idéal de sauvetage.

— Pour lequel tu te salis les mains à tripoter des glaises.

— Uniquement. Que ferais-je de mes journées, s’il te plait ? J’irais papoter dans les salons, perdre mes heures chez le couturier, flirter jusqu’à la faute, peut-être. Et après, quand l’heure de la retraite aurait sonné ? Les œuvres pies, les médisances et l’ennui… En travaillant je ne m’ennuierai jamais.

— Toutes les femmes ne peuvent cependant pas se consacrer à l’étude du fil à plomb et au maniement de l’ébauchoir.

— J’en sais qui brodent comme des fées, d’autres qui épistolent comme la Sévigné, d’autres qui peignent et décorent leur logis, d’autres qui soignent et élèvent leurs enfants, d’autres qui cultivent des fleurs, d’autres qui mouchent et débarbouillent les petits orphelins, d’autres enfin qui aident leurs maris dans leurs travaux. Celles-là sont des femmes dans le vrai sens de leur mission divine. Les autres, de vaines poupées, nuisibles au prochain comme à elles-mêmes. »

On dit que ce passage, qui donne bien une idée du tour et du dialogue de Mme de Peyrebrune, contient quelques-unes des idées qui lui sont les plus chères et, comme un reflet de son âme. Ses œuvres reflètent, affirme-t-on, la destinée de leur auteur, œuvres écrites, disait-elle un jour, parce qu’elle s’ennuyait et parce qu’elle souffrait.

Seulement on doit quelque reconnaissance à un ennui, qui nous a valu dans des décors bien vus, la peinture d’âmes, telles que la vie n’en montre guère de si hautes et de si tendres : Marco (1882), Femmes qui tombent, Galienne (1883), Jean Bernard (1883), Victoire la Rouge, qui évoque avec tant de puissance la beauté du Périgord noir, Une Séparation, Mademoiselle de Trémor, Les Roses d’Arlette, les Frères Colombes, la Margotte, Deux Amoureuses, Au pied du mât, Une Sentimentale, etc…


Madame Georges de Peyrebrune, photographie en buste de profil.