Le Prix “Vie heureuse”/Mme Félix-Faure-Goyau

Anonyme
Hachette et Cie (p. 22-23).


MADAME FELIX-FAURE-GOYAU


Quand Mme Goyau, qui était alors Mlle Lucie Félix-Faure, entreprit de publier, il y a cinq ans, son étude sur Newman, séduite par l’exemple d’un beau drame dans une âme généreuse, elle espérait donner aux âmes souffrantes la joie de se dire « De tels êtres ont réellement vécu sur notre terre : dans l’invisible ils vivent toujours. » Ces trois termes, la beauté, l’idéalisme et la foi soutiennent toute l’œuvre de Mme Goyau.

Une culture très délicate, très vaste, et très belle, le dépouillement complet de tout le trésor italien, et de tout ce qu’il y a de joyaux dans le trésor philosophique l’ont fournie de matière. Pour le goût d’écrire, elle l’a eu dès l’enfance.

C’est encore à la recherche de ce qu’il y a de plus pur dans les âmes qu’elle a rencontré et décrit Les Femmes dans l’Œuvre de Dante. Ce livre charmant, qui est un guide très sûr, nous mène vers toutes celles que le poète a rencontrées, dans les chemins de l’autre vie, l’âme de Francesca volant comme une colombe, et Béatrice et tant d’autres, et l’éternelle inconnue, la Pia, morte dans un château de Maremmes. Et tout le livre semble écrit pour exaucer la prière de la pauvre morte : « Souviens-toi de moi, quand tu seras revenu sur la terre. »

Des émotions d’un voyage qu’elle fit en 1894 en Égypte, en Terre-Sainte, en Grèce et en Italie parurent en 1903, sous le titre : Méditerranée. Il y a des impressions, des descriptions, des rêveries, de véritables poèmes en prose ; l’un d’eux est éclos à Schérée, l’ile de Nausicaa. La fille d’Alcinoos, quand Ulysse est parti, se rappelle ses gestes et ses paroles ; elle n’est point triste, elle sourit et se mêle aux jeux ; mais elle aime aussi rêver seule sur le rivage de la mer, et elle repousse l’hymen des jeunes Phéaciens : la mélancolie est née dans File de Schérée. C’est cet affinement tendre et un peu triste que Mme Faure-Goyau prête à l’âme grecque.

En 1903, encore, parut un recueil de poésies : La Vie nuancée, de la même délicatesse, et en 1906 : Vers la joie, Âmes païennes, Âmes chrétiennes. C’est encore une étude de quelques âmes très fines et très pures : Christina Rossetti, Eugénie de Guérin, sainte Catherine de Sienne, et c’est l’affirmation de cette sainte joie, qui naît de la sainteté même, et qui est, au milieu des pires épreuves, le rayonnement infiniment doux de ces belles âmes.


Madame Félix-Faure-Goyau, photographie en pied, en robe blanche à dentelle et à traîne, appuyée d'une main sur une balustre.