Le Premier livre illustré de mes petits enfants/XV

LE DÎNER DE FAMILLE


Quant à vous, Mlle Lucie, vous faites bien de baisser les yeux, une jeune fille qui s’abandonne à la colère et qui jette le trouble dans une maison n’a pas le droit de se moquer de son prochain.

Il circule une belle histoire sur votre compte.

C’était, s’il m’en souvient, le jour de la fête de votre bonne maman. Vos oncles, vos tantes, vos cousins et quelques amis s’étaient réunis chez vos parents pour dîner en famille.

Le couvert était déjà mis et l’on allait s’attabler.

C’est à ce moment que vous vous rendîtes auprès de Gertrude et que vous lui demandâtes un verre d’eau. La cuisinière trop affairée, refusa de vous servir et vous laissa trépigner d’impatience. Alors, cédant à votre funeste penchant, vous eûtes un accès de colère et dans vos transports vous renversâtes la rôtissoire dans le foyer.

Gertrude se précipita vers le rôti qui déjà flambait. Dans son empressement, elle trébucha contre le pied du fourneau qui se brisa : Le fourneau, manquant de point d’appui, s’inclina fortement et les casseroles, les plats, les coquemars, tombèrent avec fracas.

Les convives accoururent en entendant ce vacarme : Jugez de leur déception lorsqu’ils virent le dîner par terre !

Les parents de Mlle Lucie étaient désespérés et ne savaient comment s’excuser auprès de leurs invités, qui s’éloignèrent assez peu satisfaits et l’estomac creux.

Ne pleurez pas, Mlle Lucie, je sais que depuis ce jour de scandaleuse mémoire, vous faites de louables efforts pour vous corriger : persistez et vous serez bientôt maîtresse de vous-même. Avec de la persévérance et de la bonne volonté on vient à bout de tout : vous m’entendez, mesdemoiselles ?

Les petites filles s’inclinèrent en silence.