Chez Cazals & Ferrand, Libraires (p. 99-100).

LE PSEAUTIER.


Du pieux Roi David que les Pſeaumes ſont beaux !
Ma fille en vous couchant faites-en la lecture,
Éclairez-vous de ces flambeaux,
Votre ame ſera toujours pure.
Je vous prête mon grand Pſeautier ;
Plût à Dieu, ma chere Iſabelle,
Que vous le ſçuſſiez tout entier !
Oui, Maman. Voici donc la belle
Qui prend le ſaint Livre, & le met,
Sans trop grand deſir de le lire
Très-promptement ſous ſon chevet.

Or elle attendoit un beau Sire.
Il vint, & les tendres ébats
Agitant draps & couverture,
Le Pſeautier deſcendu plus bas
Se trouve au fort de l’avanture.
Bien plus, car du prudent ami
La relieure toute neuve,
D’un plaiſir qui n’eſt qu’à demi
Reçut une abondante épreuve.

Le matin la Mere arriva,
Et ne vit pas l’Amant ſans doute,
Mais ſon cher volume trouva
Tout maculé, tout en déroute,
À l’œil, au tact, à l’odorat,
Elle frémir, elle ſoupçonne.
Mon Pſeautier eſt en bel état !
Parlez-moi, petite friponne ?
Je ne ſçais pas d’où vient cela,
En faute aſſurément je ne ſuis point tombée,
Sinon que j’ai rêvé que David étoit là
Qui me prenoit pour Bethzabée.

Grécourt.