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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 47).



LE MEURTRIER



Le meurtrier cosaque avait pour lent supplice
D’être avec la victime enseveli vivant :
— Près Kharkov une vierge aux portes d’un couvent
Fut tuée étant prête à vêtir le cilice.

Sur la bière on a peint dans l’or le blanc calice ;
Le jeune meurtrier pieds nus marche devant,
Et les guerriers amis, graves en le suivant,
Sentent leur cœur faiblir sans que leur front pâlisse.

Dans la fosse encor vide il se couche, — et ses yeux
Un moment ne voient plus du monde que les cieux :
Puis sur l’homme on descend le cercueil, et la terre

Tombe avec un bruit sourd ; — et les durs compagnons,
Respectant cet amour sanglant et solitaire,
Sur la pierre ont, selon ses vœux, inscrit deux noms.