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Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveauxSlatkine ReprintsIII. 1876 (p. 64-65).




HENRI CAZALIS

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FORÊT, LA NUIT



Silencieuse horreur des forêts sous la nuit,
Chênes, rochers muets qui vous dressez dans l’ombre,
Bleus abîmes du ciel, gouffre tranquille où luit
Le fourmillement clair des étoiles sans nombre !

J’erre terrifié, les yeux fixés sur vous,
Voulant percer toujours les ombres où nous sommes,
Mais tous vous demeurez, interrogés par nous,
Sans réponse jamais aux questions des hommes !

O fantômes, quelle âme habite en tous vos corps ?
Chênes, notre sang rouge est frère de vos séves ;
Vous qui vous nourrissez des débris de nos morts,
Que vous sert de dormir si vous dormez sans rêves ?


Univers éternel, arbre toujours vivant,
Yggdrasill, frêne énorme aux vibrantes ramures.
Quel esprit est en toi, quel grand souffle et quel vent,
Vient t’émouvoir sans fin, et t’emplir de murmures ?

Étoiles, floraison de cet arbre géant,
Qui ressemblez aux yeux terrestres de la femme,
Fleurs brûlantes du ciel, je songe à ce néant
Où vous vous éteindrez aussi comme mon âme !

J’ai peur, mortel chétif, en cette immensité ;
La ténébreuse horreur de ces bois me pénètre ;
J’ai peur quand, au travers de leur obscurité,
Je vois tout l’infini qui menace mon être !

Pourquoi suis-je donc seul saisi d’un tel émoi,
Seul atome pensant parmi tous les atomes,
Devant ces arbres noirs qui font autour de moi
Ce grand cercle muet d’immobiles fantômes ?

Dans ce monde avec eux pourquoi suis-je venu ?
O visions, avant que la mort ne nous fasse
Pêle-mêle rouler au fond de l’inconnu,
Regardons-nous une heure encore face à face !