Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore/13

Collectif
Le Monument de Marceline Desbordes-ValmoreImprimerie L. & G. Crépin (p. 47-Illus.).


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Poésie de Madame Poncelet-Dronsart


Madame ! un si grand mot m’épouvante et m’oppresse…
Laissez-moi vous nommer ma mère, simplement !
Ce nom, mieux que tout autre, exprime la tendresse.
S’il en est de plus beaux, aucun n’est plus aimant.

Ce nom fut le premier, sans doute, que ma lèvre
Tenta de prononcer dans un louable effort !
L’enfant bégaie encor quand sa mère le sèvre ;
Moi — beaucoup me l’ont dit — je balbutiais fort.

Mais les chers oiselets qui, dans leur nid de mousse
Se tiennent tout le jour frileusement blottis,
Attendant pour voler que leur jeune aile pousse,
Chantent aussi bien mal, lorsqu’ils sont tout petits.

J’étais, dans mon enfance, un tantinet gourmande,
J’avais un caractère inégal, … orageux ;
Rien ne me tourmentait tant qu’une réprimande,
Je haïssais l’étude et j’adorais les jeux.

Je ne le dis qu’à vous, si rêveuse, si tendre !…
Mère, n’avez-vous pas prévenu nos désirs
En faisant des récits qu’il est bien doux d’entendre ?
Ils guident notre cœur et charment nos loisirs,

Vos leçons m’ont appris à détester mes vices,
À chérir l’indigent, travailler, obéir ;
À mettre aux pieds de Dieu mes plus grands sacrifices.
Bref, cet essaim maudit tend à s’évanouir.

Je voudrais, comme vous, savoir chanter et rire,
Soupirer, pleurer même !… Oh ! que j’aime vos pleurs !
Ils brillent sur les mots que vous venez d’écrire
Comme des diamants épandus sur des fleurs !


Oui, vous avez pleuré !… puis, la Mort vous a prise
Et plongée, ô douleur ! en son morne séjour.
Mais, tout ce qu’ici bas le spectre effeuille ou brise
Sous le regard de Dieu, doit refleurir un jour.

Si le corps est captif, libre demeure l’âme ;
La vôtre, comme un aigle au vol audacieux,
Battit l’immensité de ses ailes de flamme
Et, d’un suprême effort, s’éleva jusqu’aux cieux !

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Entendez-vous tinter ces carillons de fête ?
Ils célèbrent en chœur votre aimable retour !
Nos drapeaux, des maisons embellissent le faîte,
La foule, autour de vous, se presse avec amour.

Mère, protégez-la…, protégez mes compagnes,
Leur mère, les petits dont le rire est si doux !
Protégez l’habitant des bourgs et des campagnes,
Qui, d’un pas tout joyeux, s’achemine vers vous.

Si, dans l’humanité, vos regards pouvaient lire,
Ils y verraient vibrer, émus et triomphants,
Comme les cordes d’or d’une immortelle lyre,
Bien des cœurs de vieillards et de petits enfants !

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Ce site verdoyant sied à votre visage ;
On chercherait en vain un plus charmant décor.
Oh ! pour que rien ne manque à ce gai paysage,
Mère, souriez-nous ! Mère, chantez encor !

Mais vous restez muette… Oh ! quel fut mon délire !
J’ai cru, de votre lèvre, entendre un chant d’adieu.
Mère, si vous partez, laissez-moi votre lyre :
Pour vous la rendre un jour j’irai voir le bon Dieu !


Berthe PONCELET-DRONSART.


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