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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/3-LLDA-Ch35

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 389-395).



CHAPITRE XXXV


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Vyâsa expose les expiations prescrites pour les différentes fautes.


1241. Vyâsa dit : S’il ne commet pas de nouvelles fautes, l’homme se purifie de son péché par l’ascétisme, les œuvres (prescrites), et la libéralité.

1242. Ne mangeant qu’une fois le jour, se servant soi-même, pratiquant la mendicité un crâne à la main et portant le khatvânga (bâton de moine mendiant, formé d’une triple tige et couronné d’un crâne), se faisant brahmacârin, toujours prêt à agir,

1243. Ne murmurant pas, couchant sur la terre, confessant son crime dans le monde, pendant douze années complètes, le brahmicide est délivré (de son péché).

1244. Ou bien (qu’il s’offre) de lui-même, comme but, à ceux qui exercent le métier des armes, sur l’avis de gens instruits, ou bien (encore), qu’il se jette trois fois, la tête la première, dans un feu allumé,

1245. Ou qu’il parcoure cent yojanas, en récitant successivement les védas, ou qu’il donne tout son bien à un brahmane instruit des védas.

1240. Ou bien (qu’il donne, à un brahmane instruit), assez de biens pour assurer sa vie, ou bien une maison avec le train de vie (qu’elle comporte), et (qu’il se fasse aussi) le protecteur des vaches et des brahmanes.

1247. L’homme qui a tué un brahmane, et qui (se soumet) au genre de vie de Kricchrabhogin (vivant péniblement), est purifié par six années (de cette pénitence). Celui qui (ne) mange (que) chaque mois, est délivré au bout de trois années.

1248. Celui qui ne mange qu’une fois par mois, se purifie (généralement) en une année, des (fautes qu’il a commises). Celui aussi, ô roi, qui observe un jeûne (complet), se purifie entres peu de temps.

1249. Il n’est pas douteux, qu’on se purifie par le sacrifice açvamedha. Quels qu’ils soient, les (meurtriers) de cette sorte, qui se sont plongés dans le bain açvabhrita (bain purifiant qui termine l’açvamedha),

1250. Ont tous leurs fautes effacées. Telle est la révélation suprême. Celui qui est tué en combattant dans l’intérêt des brahmanes, est purifié du meurtre d’un brahmane.

1251. Que le meurtrier d’un brahmane donne cent mille bœufs, à des personnes dignes de recevoir des dons, et il sera débarrassé de toutes ses fautes.

1252. Celui qui donnerait vingt-cinq mille vaches laitières, de l’espèce kapilâ (rouge brun), serait délivré de tous ses péchés.

1253. En donnant, (quand on est) en danger pour la vie, un millier de vaches laitières à des personnes pauvres, mais vertueuses, on peut se purifier de tous ses péchés.

1254. Ô protecteur de la terre, celui qui donne cent chevaux du Kamboja, à des brahmanes aux sens domptés, est délivré de ses fautes.

1255. Ô Bharatide, celui qui comble les désirs, (ne serait-ce que) d’une seule personne, et qui ne publie pas les dons qu’il a faits, est délivré de son péché.

1256. Celui qui, après avoir bu une (première) fois une liqueur enivrante, la boirait (de nouveau) toute brûlante, se purifierait dans ce monde et dans l’autre.

1257. En se précipitant du haut du mont Mérou, en entrant dans le feu, ou en se tenant prêt pour le grand voyage, on est délivré de ses péchés.

1258. Un brahmane adonné à la sourâ pourrait, néanmoins, se réunir à Brahma, après avoir offert le sacrifice de Vrihaspati. Cette expiation a été indiquée par Brahma (lui-même).

1259. Ô roi, celui qui, après avoir bu la sourâ, abandonne ses passions, ne boit plus, et fait un don de terre, est purifié, et sa faute est effacée.

1260. Que le profanateur du lit de son gourou, se place sur une plaque de fer brûlante, qu’il se coupe le pénis et qu’il aille en exil (dans les bois, en tenant constamment) les yeux levés au ciel 25

1261. Par la séparation de l’âme d’avec le corps, on est délivré des œuvres mauvaises. Les femmes qui ont dompté (leurs sens) pendant une année sont purifiées de leurs actions (impures) 26

1262. Celui qui accomplit un grand vœu, ou qui donne tout son bien, ou qui, dans un combat, est tué dans l’intérêt de son gourou, est purifié de ses actes coupables.

1263. Celui qui trahit la vérité, qui contredit son gourou, est délivré de son péché, après avoir offert à son précepteur, quelque chose qui lui soit agréable.

1264. Pour avoir violé le vœu de brahmacârin, qu’on fasse la pénitence du brahmicide, qu’on aille pendant six mois vêtu d’une peau de bœuf, et on est purifié de son péché.

1265. Celui qui a commis un adultère avec la femme d autrui, celui qui s’est approprié les richesses d’autrui, est purifié de son péché, après s’être soumis, pendant un an, à l’observance de vœux (ascétiques).

1266. Mais il faut que, par les divers moyens (en son pouvoir), il restitue à ceux à qui il les a pris, des biens pareils à ceux qu’il a volés, et alors, (seulement), il peut se purifier de sa faute.

1267. En se livrant pieusement pendant douze nuits à des pratiques religieuses, le cadet qui s’est marié avant son aîné est purifié ; il en est de même pour l’aîné dont le cadet s’est marié avant lui.

1268. Mais il faut renouveler le mariage (du cadet), pour sauver (la race de) ses ancêtres. Par ce (second mariage), il n’y a pas de faute pour la femme et elle n’est pas souillée.

1269. Une nourriture qui purifie l’âme, est indiquée dans le vœu câturmâsya (de quatre mois). Ceux qui connaissent la loi ont déclaré que, par ce (moyen), les femmes se purifiaient (de leurs fautes).

1270. Les femmes soupçonnées (d’être) coupables, ne doivent pas être approchées, par celui qui connaît (cette circonstance). Elles sont purifiées par leurs règles, comme un vase (l’est) parla cendre (qui le récure).

1271. Un vase d’airain abandonné par un coudra, ou flairé par une vache, ou contenant le reste d’une gorgée d’eau qui a servi à rincer la bouche, doit être purifié par les dix (substances qui sont : l’eau, le feu, la cendre, la terre, les acides et les cinq produits de la vache) 27.

1272. Le devoir imposé au brahmane est entier, et comprend quatre quarts. À la royauté on impose un devoir d’un quart inférieur.

1273. On accorde au vaiçya et au coudra, à chacun un quart en moins. On peut reconnaître ainsi l’importance relative (de chacun d’eux).

1274. Après avoir tué un animal, ou coupé de nombreux arbres, qu’un homme se nourrisse de vent pendant trois nuits, et confesse (sa faute).

1275. Pour avoir eu commerce avec une femme qu’on ne doit pas connaitre, il est indiqué, (à titre de pénitence), d’errer pendant six mois avec un vêtement humide, et de coucher sur la cendre .

1276. Voilà la règle relative à tout ce qui ne doit pas être fait, d’après la loi révélée par Brahma avec raison, tirée des écritures, (et appuyée) par des exemples.

1277. Que, vivant de peu, ne causant de dommage à aucun être vivant, (se conduisant avec) douceur, ne parlant pas, (un brahmane) enseigne le chant de la Sâvitrî, (et) il est purifié de tous ses péchés.

1278. Que, pendant le jour, il se tienne constamment en plein air, (y) dormant la nuit ; que, trois fois par jour et trois fois par nuit, il se baigne dans l’eau, revêtu de ses habits.

1279. Que, se livrant à de pieuses pratiques, il ne parle ni aux femmes, ni aux coudras, ni aux (hommes) déchus. Un brahmane qui a commis des péchés par ignorance, s’en purifie par cette pieuse conduite.

1280. On obtient, dans l’autre monde, le fruit du bien et du mal qui a eu pour témoins les êtres, de sorte que, quoi qu’on ait fait, on reçoit la rémunération de l’acte qu’on laisse derrière soi.

1281. La science, l’ascétisme, l’activité, portent de bons fruits. En accomplissant le mal, on le développe, de sorte que (son auteur en) ajoute (un nouveau à l’ancien).

1282. Il faut donc faire de bonnes actions, et s’abstenir des actes mauvais. Il faut (aussi) faire constamment des largesses. (En agissant) de la sorte, on est délivré de son péché.

1283. On impose la pénitence selon le péché. L’expiation est accordée (pour toutes les fautes), sauf pour les grands crimes (mahâpâtaka).

1284. Quant au fait de manger ce qui ne doit pas être mangé, et autres choses semblables, (comme) de dire ce qui ne doit pas être dit, ô roi, (ces péchés) sont répartis (en deux classes, selon qu’on les commet) par ignorance ou en connaissance de cause.

1285. Tout péché commis en connaissance de cause est grave. L’ignorance rend la faute très petite. La pénitence est déterminée (pour chacune de ces fautes).

1286, 1287. Le péché peut être effacé, selon les règles qui ont été prescrites, chez celui qui a la foi et qui craint la divinité. (Mais) ces règles ne s’appliquent, en aucune façon, à l’incrédule ou à l’impie, pas plus qu’aux hommes qui portent à l’excès l’hypocrisie et la haine.

1288. le plus vertueux des mortels, celui qui désire obtenir le bonheur, dans l’autre monde et ici-bas, doit avoir une bonne conduite, et pratiquer les devoirs commandés, ô tigre des hommes.

1289. Ô roi, tu seras purifié de ta faute, pour les raisons précédentes, ou bien (parce que tu as agi) pour sauver ta vie et ta fortune, ou bien (parce que tu as été contraint) par la conduite (injuste de tes ennemis, à agir comme tu l’as fait)

1290. Ou bien, (s’il te reste) quelques remords, tu feras pénitence ; mais ne t’achemine pas vers la mort, en l'abandonnant indignement au chagrin.

1291 . Vaiçampâyana dit : Youdhishthira, ayant entendu ces paroles de l’adorable (Vyâsa), réfléchit un instant et répondit à l’ascète.