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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/2-LLDF-Ch05

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 126-128).



CHAPITRE V


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Parabole du brahmane égaré dans une forêt épouvantable et tombé dans un puits de cette forêt.



125. Dhritarâshtra dit : « Indique-moi eu détail ce chemin étroit du devoir, que la sagesse enseigne à suivre. (Explique-moi) tout ce qui concerne cette voie. »

126. Vidoura dit : Après avoir rendu hommage à Svayambhou (l’Être existant par lui-même), je vais dérouler (devant) tes (yeux), ce que les suprêmes rishis disent de la voie, difficile à suivre à travers ce monde.

127. Un certain brahmane, qui se trouvait dans ce vaste monde où l’on transmigre, atteignit un jour une grande forêt, d’un parcours difficile, remplie d’animaux carnassiers,

128. Où abondaient les lions, les tigres et les éléphants, qui, de toutes parts, par leurs puissants rugissements, remplissaient (l’espace de bruit) et rendaient ce séjour épouvantable. À la vue de (ce lieu), il est certain que Yama lui-même eût frissonné (de terreur).

129. En voyant ce bois, le cœur du (brahmane) fut extrêmement troublé. Il défaillit, et ses poils se hérissèrent, ô tourmenteur de l’ennemi.

130. Errant dans ce bois, courant de côté et d’autre, inspectant tous les points de l’horizon, il se demandait où (il pourrait trouver) un refuge.

131. Rempli de terreur, il se hâta (de tâcher de mettre) en défaut ces (bêtes terribles). Mais il ne (pouvait aller) bien loin et s’en délivrer.

132. Il vit ce bois effrayant couvert de toutes parts par un filet, et entouré par les deux bras d’une femme (à l’aspect des plus) terribles.

133. Cette vaste forêt fourmillait de grands et épouvantables serpents à cinq têtes, et qui (semblaient) toucher le ciel.

134. Au milieu du bois se trouve un puits caché, couvert de lianes solides, avec des herbes épaisses.

135. Le brahmane tomba dans ce puits, dont l’ouverture était ainsi dissimulée, et y resta étendu au milieu des lianes qui le remplissaient.

136. Il y demeura suspendu, les pieds en haut, et la tête en bas, comme un fruit volumineux de l’arbre à pain (jaka), qui tient encore à son pédicule.

137. Il lui arriva encore d’autres circonstances fâcheuses. Il aperçut au milieu du puits un grand et puissant serpent.

138. Il vit au bord de la couverture du puits un énorme éléphant, noir de couleur, ayant six têtes, et marchant sur six paires de pieds,

139. S’approchant lentement, couvert par un vallivriksha (shorea robusta), contre les branches duquel il s’appuyait. Dans les branches de cet (arbre),

140. Diverses sortes d’abeilles d’aspect terrible, et inspirant la crainte, ont jadis fixé leurs demeures, et elles y ont entassé leur miel.

141. Ô taureau des Bharatides, elles désirent constamment (goûter) ce miel, à la saveur agréable pour (tous) les êtres, et qui attire les enfants.

142. Les gouttes de ce miel s’écoulent sans cesse et sont sucées par cet homme suspendu (dans le puits).

143. Il a beau les boire, sa soif n’est pas apaisée, et, n’étant pas rassasié, il cherche continuellement à en aspirer.

144. Ô roi, le dégoût de la vie ne pénètre pas dans son âme, et dans cette (triste situation), cet homme espère fermement conserver son existence.

145, 146. Des souris noires et blanches coupent, (avec leurs dents, les racines de) l’arbre. (Plusieurs dangers menacent le brahmane), (soit) de la part des bêtes féroces, (soit) de celle de la femme effrayante placée à la limite des chemins difficiles de la forêt, (soit de la part) du serpent qui est au fond du puits, (soit de la part) de la trompe de l’éléphant qui se tient près de la couverture (de la fontaine). Un cinquième sujet de crainte est (la perspective) de la chute de l’arbre (rongé) par les souris.

147, 148. L’avidité des abeilles pour le miel lui présente un sixième grand danger. Tel est, établi dans une (semblable) demeure, l’homme précipité dans l’océan de la transmigration, qui n’en éprouve pas de dégoût, et dont les espérances ont la vie pour but.