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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/1-LDEAPLS-Ch4

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 18-22).



CHAPITRE IV


SUITE DU PRÉCÉDENT


Argument : Discours de Kripa. Réponse d’Açvatthâman.


141. Kripa dit : homme sans péché, grâce au ciel tu songes à payer nos dettes (de vengeance). Le porteur de la foudre, lui-même, n’est pas capable de t’arrêter.

142. Au point du jour, nous nous joindrons tous les deux à toi et te suivrons. Maintenant, délace ta cuirasse, abats ton étendard et repose-toi pendant la nuit,

143. Moi et le Sattvatide Kritavarman, revêtus de nos armures et montés sur nos chars, nous te suivrons quand tu marcheras contre les ennemis.

144. Ô le meilleur des maîtres de char, demain, avec le secours de nous deux, tu attaqueras les Pâncâlas avec leurs suivants, et tu tueras les ennemis dans le combat.

145. Les ayant attaqués à toi (seul), tu serais capable de les vaincre. Ô mon cher, repose-toi cette nuit. Il y a longtemps que tu veilles, consacre cette nuit au sommeil.

146. homme qui distribue les honneurs, quand tu seras reposé, quand tu n’auras plus sommeil et que tes pensées seront bien (lucides), ayant rencontré les ennemis dans la bataille, tu les tueras, ce n’est pas douteux.

147. Car, ô le meilleur des maîtres de char, jamais. parmi les dieux, Vâsava lui-même ne serait capable de te vaincre, quand tu as saisi tes excellentes armes.

148. Qui donc, fût-ce le roi des dieux, pourrait combattre le fils de Drona, enragé au combat, accompagné de Kripa et aidé par Kritavarman ?

149. Quand nous nous serons reposés pendant la nuit, quand nous n’éprouverons plus le besoin de dormir, et quand la fièvre (de fatigue qui nous dévore) nous aura quittés, quand (enfin) la nuit fera place au crépuscule, nous tuerons les ennemis.

150. Il est certain que tes astras et les miens sont divins. Le grand archer Sattvatide a aussi toujours été habile au combat.

151. Ô mon cher, nous tuerons de vive force les ennemis dans la bataille. Alors, notre satisfaction sera extrême.

152, 153. Repose-toi, ne songe qu’à dormir agréablement cette nuit, (et à la passer) sans trouble. Nous deux, Kritavarman et moi, porteurs de nos arcs, revêtus de nos armures, tourmenteurs de nos ennemis, nous nous réunirons à toi, qui es le plus éminent des hommes, et un guerrier pourvu d’un char, et nous te suivrons, lorsque, monté sur ton char, tu t’avanceras avec rapidité (contre les ennemis),

154. Tu iras vers leur camp, tu crieras à haute voix ton nom au milieu de la bataille, et alors tu feras un grand carnage des adversaires que tu auras à combattre.

155. Et, après en avoir fait un grand massacre au point du jour et en pleine lumière, tu te réjouiras, comme (le fit) Çakra après avoir tué les grands asouras.

156. Car tu es capable de vaincre l’armée des Pâñcâlas, comme le destructeur de tous les dânavas (était capable d anéantir), dans sa colère, l’armée des daityas.

157. Le puissant (Indra), la foudre à la main, lui-même, ne saurait remporter sur toi une victoire décisive, quand tu seras accompagné par moi et aidé par Kritavarman.

158. Ô mon ami, ni Kritavarman ni moi, n’irons jamais à (un autre) combat, (avant) d’avoir vaincu les Pândouides dans la bataille.

159. Nous reviendrons, après avoir tué dans le combat les Pâñcâlas furieux, ainsi que les Pândouides, ou, (si nous sommes) tués, nous irons au Svarga.

160. Ô guerrier aux grands bras, au point du jour, nous nous associerons à toi pour combattre, et nous ferons tous nos efforts (pour t’aider à détruire les ennemis). Ce que je te dis est la vérité, ô homme sans péché.

161. Ô roi, le fils de Drona, à qui son oncle maternel venait d’adresser de bonnes paroles, les yeux rouges de colère, répondit au frère de sa mère :

162. D’où l’envie de dormir pourrait-elle venir à un homme malade, à celui que l’impatience dévore, à celui qui réfléchit à ses entreprises, ou bien encore à celui qui est engagé dans des désirs (violents) ?

163. Vois. Ces quatre causes (d’insomnie) se trouvent réunies chez moi, et une d’elles seulement me priverait instantanément de sommeil.

164. Quel chagrin, en ce monde, que de se rappeler qu’on a eu son père tué ! (Cette peine) me broie le cœur et ne me laisse de repos ni jour ni nuit.

165. D’autant plus que mon père a été tué par des méchants, sous tes yeux même. Tout cela déchire mon cœur.

166. Comment un homme, dans ma situation, peut-il vivre un instant ici-bas ? « Drona est tué ! » cette parole des Pâñcâlas résonne (sans cesse) à mon oreille.

167. Je ne saurais vivre sans tuer Dhrishtadyoumna. Après avoir ôté la vie à mon père, il doit mourir, ainsi que (tous) les Pâñcâlas qui sont réunis.

168. Quel est (l’homme assez) dur pour n’avoir par le cœur brûlé par les lamentations du roi, dont les cuisses sont brisées, et que j’ai entendues ?

169. Qui serait assez impitoyable pour n’avoir pas les yeux remplis de larmes, après avoir entendu de telles paroles, prononcées par le roi aux cuisses rompues ?

170. Et, moi vivant, celui qui était du parti de mes amis est vaincu ! Cela accroit encore mon chagrin, comme les vagues des eaux (gonflent) la mer.

171, 172. D’où pourrait me venir le sommeil et le plaisir, à moi qui ai toujours l’esprit dirigé sur ce seul point ? Ô très puissants, je pense que les (ennemis), protégés par le Vasoudevide et par Arjouna, seraient irrésistibles pour (qui les attaquerait sans surprise), même pour le grand Indra, et je ne suis pas maître de maîtriser la colère qui s’élève (en moi).

173. Je ne vois pas, en ce monde, celui qui pourrait me détourner (de mon dessein). (Je vous ai dit) l’idée à laquelle je me suis arrêté, et ma résolution me semble bonne.

174. La défaite de mes amis et la victoire des fils de Pândou, qui m’ont été racontées par les messagers, me brûlent en quelque sorte le cœur.

175. Mais, quand j’aurai massacré les ennemis endormis, mon chagrin s’évanouira, je me reposerai et je dormirai.