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Le Mahâbhârata (traduction Ballin)/Volume 2/1-LDEAPLS-Ch12

Traduction par Ballin, L..
Paris E. Leroux (2p. 76-80).



CHAPITRE XII


ENTRETIEN DE YOUDHISHTHIRA ET DE KRISHNA


Argument : Krishna engage le roi à aller au secours de Bhîma, parce que le Dronide possède l’astra de la tête de Brahma, qui le rend redoutable. Récit des tentatives d’Açvatthâman, pour obtenir le disque de Krishna.


606. Vaiçampâyana dit : Quand ce (héros) terrible à affronter fut parti en avant, le chef des Yadouides (Krishna) Poundarîkâksha (aux yeux de lotus), dit à Youdhishthira, fils de Kountî :

607. Ô fils de Pândou, ce (guerrier), ton frère, ne songeant qu’au chagrin causé par la mort de (vos) fils, s’est mis en marche seul, pour combattre et tuer le fils de Drona.

608. De tous tes frères, Bhîma est celui qui t’est le plus cher, ô taureau des Bharatides. Pourquoi ne vas-tu pas à son secours, quand il est en danger ?

609. L’astra que Drona, ce vainqueur des villes ennemies, transmit à son fils, et qu’on appelle la tête de Brahma, est en état de consumer la terre entière.

610. Le magnanime et heureux précepteur, le chef de tous les porteurs d’arcs, le donna à Dhanañjaya (dont) il était satisfait.

611. Son fils unique, (dans) son impatience (habituelle). le lui demanda, et, quoique un peu à contre-cœur, (Drona) lui enseigna (la manière de s’en servir).

612. Car l’inconséquence de son méchant fils lui était connue. Le précepteur, qui connaissait tous ses devoirs, lui dit à ce sujet :

613. « Mon ami, tu ne dois pas employer cet astra dans les combats, surtout contre les hommes, quand bien même tu le trouverais réduit à la dernière extrémité. »

614. Voilà ce que lui dit le gourou. Drona dit ensuite à son fils : « Tu ne suis pas la voie des gens de bien. » (C’est) ainsi (qu’il lui parla), ô taureau des hommes.

615. Le méchant, ayant entendu ces dures paroles de son père, désespérant de rien (obtenir) d’avantageux, (se mit), dans son chagrin, à parcourir la terre.

616. Alors, ô Bhâratide, pendant que tu habitais les bois, il vint à Dvârakâ et y demeura, très respecté des Vrishniens,

617. Habitant tout près de Dvârâkâ, sur le bord de la mer. Un jour, nous nous rencontrâmes seul à seul, et il me dit en souriant :

618,619. « Ô Krishna, cet astra, appelé la tête de Brahma, respecté des dieux et des gandharvas, qu’en se livrant à un ascétisme terrible, mon père, à l’héroïsme véritable, précepteur des Bharatides , reçut d’ Agastya, est devenu ma propriété, aussi bien que celle de mon père, ô Dâçârhien.

620. Ô le plus grand des Yadouides, reçois de moi cet astre divin, et donne-moi (en échange) pour arme, le disque qui tue les ennemis dans les combats. »

621. Ô roi, ce fou ayant fait l’añjali, me demandait cette arme avec persistance. Je lui dis d’un ton bienveillant, ô taureau des Bharatides :

622. « Les dieux, les dânavas, les gandharvas, les hommes, les oiseaux, les serpents, réunis, n’ont pas même la centième partie de ma force.

623. Ô insensé, si tu désires l'une quelconque de mes armes, cet arc, cette lance, ce disque, cette massue, je te la donne .

624. Prends celle que tu pourras soulever et employer dans les combats, (et cela) sans me donner l'astra que tu désirais me communiquer. »

625. Ce fou, tout heureux, et (voulant) rivaliser avec moi, choisit le disque de fer aux mille rayons et au bel ombilic de diamant.

626. Quand je lui eus dit : « Prends le disque », il se leva aussitôt et le saisit sans tarder, de la main gauche.

627. Mais il ne put pas même le faire changer de place. Il s’approcha ensuite pour le prendre aussi de la main droite.

628, 629. Le saisissant ainsi, en y employant toute sa force et en faisant tous les efforts (dont il était capable), il ne put, ni le lever, ni même le mouvoir. Le fils de Drona, extrêmement affligé (de son insuccès), fatigué des efforts auxquels il s’était livré, se retira, ô Bharatide.

630. Quand il eut renoncé à son entreprise, je saluai Açvatthâman troublé et hors de lui, et je lui dis :

631. Ce héros qui a toujours obtenu les plus grands honneurs parmi les hommes, l’archer porteur de l’arc Gândîva, qui a un attelage de chevaux blancs et qui (porte) un singe sur son excellente bannière,

632. Qui, désireux de le vaincre en combat singulier, satisfit (par ses hommages) Çankara à la gorge noire, époux d’Oumâ, maître des maîtres des dieux, en présence de qui (il se trouvait),

633. Celui qui m’est le plus cher de tous les hommes, celui à qui je ne saurais rien refuser de ce que j’ai, fût-ce mes femmes et mes enfants,

634. Ce fils de Prithâ, aux œuvres incomparables et qui est mon ami, ô brahmane, ne m’a jamais tenu un langage semblable au tien.

635, 636. Celui que, me tenant sur les pentes de l’Himalaya, j’ai acquis au prix d’un ascétisme (terrible), en pratiquant le genre de vie de brahmacârin, ce fils engendré par moi dans (le sein de) Roukminî (mon épouse) qui se livrait à des austérités semblables aux miennes, Sanatkoumâra, appelé (aussi) Pradyoumna,

637. Ne m’a jamais demandé ce disque divin, incomparable dans les combats, que tu voulais obtenir de moi, ô insensé.

638. La demande que tu m’as faite ne m’a été adressée ni par le très fort Râma (mon frère aîné), ni par (mon jeune frère) Gada, ni par (mon fils) Çamba.

639. La demande que tu m’as faite ne m’avait jamais été soumise (non plus), par aucun des grands guerriers de Vrishni et d’Andhaka, qui habitent Dvârakâ.

640. Tu es le fils du précepteur des Bharatides, tu es honoré par tous les Yadouides. Qui donc veux-tu combattre avec le disque, ô le meilleur des maîtres de char ?

641. Après que je lui eus ainsi parlé, le fils de Drona me répondit : « Après t’avoir rendu hommage, ô Krishna, je comptais combattre contre toi.

642. Je t’ai demandé le disque respecté des dieux et des dânavas (en me disant) : « Je serai invincible. » Je te dis la vérité, ô Puissant.

643. N’ayant pas obtenu de toi (la satisfaction) d’un désir irréalisable, ô Keçava, je m’en irai (d’ici). Je te souhaite une bonne chance, ô Govinda.

644. Nul autre que toi, le possesseur de cette arme incomparable, ne peut posséder ici-bas le disque redoutable que tu portes, ô le plus terrible des hommes. »

645. Après m’avoir parlé en ces termes et avoir pris ses chevaux propres au joug et ses joyaux, le fils de Drona s’en alla à propos.

646. Il était sujet à l’irritation, méchant, cruel et inconsidéré. Il connait l’astra de la tête de Brahma ; Vrikodara doit être protégé contre lui.