Le Fond d’un lagon dans la mer de corail

LE FOND D’UN LAGON
DANS LA MER DE CORAIL.

Les polypiers prennent un développement considérable dans certaines parties de la mer de Corail ; on sait que ces « faiseurs de mondes, » ces ébauches animales font des œuvres de Titans ; l’esprit est saisi par le contraste qui existe entre l’exiguïté des moyens et l’énormité du résultat. Les plus actifs travailleurs de la mer sont les caryophyllées, les astrées, les dendrophyllées, les méandrines, etc., polypes désignés généralement sous le nom générique de madrépores. L’agrégation de toutes ces espèces constitue parfois de véritables républiques ; car les branches ne sont pas indépendantes les unes des autres ; de distance en distance elles se mêlent à des polypes semblables à des fleurs, dont les couleurs parcourent toute la gamme des tons des fleurs aériennes et toutes les nuances de la palette la plus luxuriante. C’est un spectacle féerique que de naviguer au-dessus de ces parterres sous-marins, dans les lagons si nombreux des récifs de la Nouvelle-Calédonie : on voit l’embarcation glisser doucement sur des bouquets de madrépores aux contours les plus fantaisistes ; on plane au-dessus de paysages sous-marins, dont les aspects variés se reflètent dans l’eau limpide comme du cristal. Au milieu de ces forêts submergées en miniature, nagent une foule de poissons inconnus dans les mers d’Europe qui tantôt par bandes nombreuses, tantôt solitaires, se faufilent dans tous les replis des coraux.

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Fond d’un lagon dans la mer de corail

Le développement prodigieux des polypiers ne joue pas seulement un rôle important dans la modification du fond des mers tropicales ; il exerce aussi une influence de salubrité sur les climats. On a remarqué que dans les îles où les coraux sont vivants, telles que la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, les Seychelles et la majeure partie de la Polynésie, les fièvres sont absentes ou ont un caractère bénin ; tandis que dans les parages entourés de coraux morts, tels que la Vera Cruz, les Antilles, les Nouvelles Hébrides, ces maladies présentent, au contraire, un caractère grave. N’y aurait-il pas lieu de supposer que leur élaboration détruit les miasmes pestilentiels ?

J. Girard.