Le Disciple de Pantagruel/1875/16

Attribué à
Texte établi par Paul LacroixLibrairie des bibliophiles (p. 34-41).

Comme on dancea ung bransle auquel une des damoyselles de la royne fist ung sault merveilleux, dont elle demoura pendue au hault de la salle, et de plusieurs aultres dances.

CHAPITRE XVI.


A première dance faite, les menestriers sonnerent ung bransle, auquel toutes les dames se mirent à dancer et trousserent toutes leurs robbes et cottes par devant. Lors se mirent à faire gambades et soubresaultz de sorte qu’elle jectoient les piedz jusques au plancher. Fallotz saultoient. Lanternes culbutoient cul par sur teste, comme si ce fussent tumbereaulx de verbrie. Je vous certifie que, si vous les eussiez veues comme nous, vous vous fussiez signez de la main gauche, de peur de la gresle. Elles s’entretenoyent par dessoubz les bras, et faisoient saulter les unes les aultres si hauit en l’ær qu’il y en eut une qui effondra le plancher de dessus la salle de sa teste, et demoura pendue par le menton, au moyen dequoy la feste fut toute troublée. Toutesfoys elle fut descrochée, et portée en sa chambre toute pasmée et esvanouye. Je ouy la royne qui la reprint et blasma de sa legiereté, car elle fut en danger que sa chandelle fust estaincte et qu’elle perdist sa lumière et sa clarté, et qu’elle demourast aveugle. Les cirurgiens de la royne luy mirent des huilles de roses, de lys et de mirtes, avec la laine à tout le suyf soubz la gorge, dont elle fut guérie.

Au moyen dequoy elles se prindrent toutes à dancer de rechief :

Les six visages,
La roagace,
Le trehory de Bretaigne,
Les crapaulx et les grues,
La gaillarde,
La marquise,
Si j’ay mon joly temps perdu,
L’espine,
C’est à grand tort,
La frisque.
Par trop je suis brunet,

De mon triste et desplaisir.
Quand my souvient,
La galiotte,
Lagotte,
Marry de par sa femme,
La gaye,
Malmaridade,
La pamyne,
Katherine,
Sainct Rach,
Sancerre,
Nevers,
Picardie la jolye,
Curé venez doncq,
Je demoure seule esgarée,
La meusque de Biscaye,
L’entrée du fol,
A la venue de Noël,
La Perronnelle,
 la bannye,
Governal,
Foix,
Verdure,
Princesse d’amour,
Le cueur est mien,
Le cueur est bon,
Jouyssance,
Chasteaubryant,
Beurre frays,
Elle s’en va,
La duccate,

Hors de soucy,
Jaqueline,
Le grand helas,
Tant ay d’ennuy,
Mon cueur sera d’aymer,
La signose,
Beau regard,
Les regretz du mors,
La doloreuse,
Sans elle ne puis,
Perichon,
Maulgré danger,
En l’umbre dung buyssonnet,
La douleur qui au cueur me blesse,
La fleurie,
Frère Pierre,
Les grandz regretz,
Vaten regrect,
Toute noble cité,
N’y boutez pas tout,
N’y boutez que le bout,
Les regretz de Taigneau,
Le bail d’Espaigne,
Crémone,
La mercière,
La tripière,
Mes enfans,
C’est simplement donné congé,
Mon con est devenu sergent,
Par faulx semblant,
La Valentinoyse,

Expec ung poc ou pauc,
Le renom d’ung esgaré,
Fortune a tort,
Testimoniou,
Calabre,
Qu’est devenue ma mignonne,
L’estrac,
Amours,
Espérance,
En attendant la grâce de ma mignonne,
Robinet,
Triste plaisir,
Regoron piony,
Loyselet,
Biscaye,
En elle n’ay plus de fiance,
En plainctz en pleurs je prend congé,
La douloureuse,
Ce qui sçavez,
Qu’il est bon,
Tire toy là Guillot,
Amours m’ont faict,
Desplaisir,
La patience du more,
Le petit helas,
Les souspirs du poulin,
A mon retour,
Je ne sçay pas pourquoy,
Je ne fais plus,
Pauvres gensd’armes,
Faisons la faisons,

Noire et tennée,
Le faucheron,
La belle Françoyse,
Ce n’est pas jeu,
C’est ma pensée,
Loyal espoir,
Beaulté,
Tegrafirius,
Patience,
C’est mon plaisir,
Navarre,
Hac bourdain,
Fortune l’allemande,
Les pensées de ma dame,
Penses tout la peur,
Regnault le fort,
Elle a grand tort,
Je ne sçay pas pourquoy,
Helas que vous a faict mon cueur,
Noblesse,
Tout au rebours,
Hé Dieu quelle femme j’avoye,
L’heure est venue de me plaindre,
Mon cueur sera d aymer,
Cauldal,
C’est mon mal,
Dulcis amica,
Qui est bon à ma semblance,
La chaulx,
Les chasteaulx,
La giroflée,

Vazammon,
Jure le poix,
Il est en bonne heure né,
La nuyct,
La douleur de l’esçuyer,
La douleur de la charte,
Le grand Âlemant,
A Dieu m’en voys,
Bon gouvernement,
Mi sou net,
Pampelune,
Hz ont menti,
Pour avoir faict au gré de mon mary,
Les manteaulx jausnes,
Ma joye,
Ma cousine.
Le mont de la vigne,
Toute semblable,
Elle revient,
A la moydé,
Tous les biens,
Ce qui yous plaira,
La marguerite,
Or faict il bon,
Puisqu’en amours suis malheureux,
A la verdure,
Sur toutes les couleurs,
La lesne,
En la bonne heure,
Or faict il bon aimer,
Le temps passé.

Le joly boys,
L’heure vient,
Le plus dolent,
Mes plaisirs chantz,
Mon joly cueur.
Bon pied bon œil,
Hau bergère m’amye,
Touche luy Tantiquaille,
Baille luy bransle à la tisserande,
La pavenne,


qui sont toutes danses pour saulter et pour gambader. Nous les regardasmes jusques en la fin. Puis la royne fist apporter le vin et les haplourdes confites en jus de gramelottes et de lambourdes, et force grimaces salées, rosties au raiz de la lune, de peur du halle, lesquelles sont fort savoureuses. Et quand chascun en eut prins ce qu’il luy pleut, la retraicte fut sonnée ; parquoy la royne print un fallot par dessoubz les bras, lequel avoit le semblant d’estre homme de bien. Je ne sçay pas si c’estoit son mary, mais tant il y a qu’il se retira quant et elle. Toutefois elle envoya grand nombre de fallotz pour nous convoyer jusques en nostre navire, et fist emplir tous noz fiascons et barraulx de bourbelot, qui est bruvaige fort exquis en Lanternoys. Je croy que, si un homme s’enyvroit, qu’il deviendroit Lanterne : j’en grand peur que mes gens ne s’en gastissent ; toutesfois, grâce à Dieu, tout se porta bien, et n’en vint aucun inconvénient.