Le Dhammapada/XIII


Traduction par Fernand Hû.
Ernest Leroux (Bibliothèque orientale elzévirienne, XXIp. 43-44).

CHAPITRE XIII




LE MONDE


167 Ne suivez point une loi de perdition ; ne vous cantonnez point dans la négligence ; ne suivez point une loi de fausseté ; ne faites rien par égard pour le monde.

168 Levez-vous ; ne soyez point négligents ; agissez conformément à la Loi. Celui qui observe la Loi vit heureux en ce monde et dans l’autre.

169 Agissez conformément, et non contrairement à la Loi. Celui qui observe la Loi vit heureux en ce monde et dans l’autre.

170 Celui qui regarde ce monde du même œil qu’on regarde une bulle d’air, du même œil qu’on regarde un rayon de lumière, celui-là, le roi de la mort (Mâra) ne le voit pas.

171 Venez, contemplez ce monde, multicolore comme les chars royaux, dans lequel les sots se plongent, et avec lequel les sages ne conservent point d’attaches.

172 Celui qui, d’abord négligent, cesse ensuite de l’être, celui-là répand en ce monde un éclat pareil à celui de la lune débarrassée de nuages.

173 Celui dont les mauvaises actions disparaissent sous les bonnes, celui-là répand en ce monde un éclat pareil à celui de la lune débarrassée de nuages.

174 Dans les ténèbres est ce monde. Peu d’hommes voient clair ici-bas. Peu d’hommes s’élèvent vers le ciel comme l’oiseau délivré du filet.

175 Les oies suivent la route du soleil. Elles s’avancent dans l’air, grâce à leur pouvoir surnaturel. Grâce à leur victoire sur Mâra et sa suite, les sages s’élèvent au-dessus de ce monde.

176 L’homme qui a transgressé un seul précepte, qui ment, qui fait peu de cas de l’autre monde, — il n’est point de péché qu’il ne soit capable de commettre.

177 Les avares ne vont point dans le monde des dieux. Les sots ne font point l’éloge de la libéralité, dans laquelle, au contraire, se complait le sage. Aussi, grâce à elle, est-il heureux dans l’autre monde.

178 Bien supérieur au souverain pouvoir sur la terre, à l’entrée dans le ciel, à la domination suprême sur tous les mondes, est le fruit qu’on retire de la « srôtâpatti[1]. »

  1. La srôtâpatti, l’entrée dans le courant, le premier degré de perfection de l’Arya.