Le Devisement du monde/Livre 3 - 13 à 24

Edition de E. Groulleau (p. 216-229).


De l’isle appellée Java la mineur.     Chap.   XIII.



Oultre l’isle de Petam, faisant voile selon le cours du vent Syroch, se recongnoist a trente lieuëes de distance l’isle de Java, appellée la mineur, qu’on estime avoir de tour & circuyt de six a sept cens lieuës. L’isle est divisée en huict royaumes, usans toutesfois d’un mesme langage. Elle produit diverses sortes d’espiceries, qui n’ont encore esté veuës ny cogneues en ces pays d’Occident. Les habitans adorent les idoles. Ceste isle s’estend si avant vers Midy, que lon n’y recongnoist point le pol artique, n’aucunes des estoilles circumadjacentes. Ce que moy Marc Paule puis asseurer pour avoir esté en ceste isle, rfequenté, circuy, & tournoyé les six royaumes d’icelle, assavoir Ferlech, Basmam, Samara, Dragoian, Lambri, & Fanfur. Quant aux deux autres royaumes, je n’y ay point esté.


Du royaume de Ferlech.     Chap.   XIIII.



Les habitans du royaume de Ferlech pour le regard de ceulx qui se retirent & habitent es montaignes, n’ont aucune loy ne civilité, mais vivent brutallement : & adorent la premiere chose qu’ilz rencontrent, & se preſente a eulx le matin. Oultre mangent la chair de toutes sortes de bestes indifferemment, soient des bestes immundes & salles, ou autres : mesmes mangent chair humaine. Et au regard de ceulx qui sont demeurans sur les rivages de la mer, ilz tiennent & observent la loy de Mahumet, laquelle ilz ont apprinse des marchans Sarrazins qui vont traffiquer en ces parties.


Du royaume de Basmam.       Chap.   XV.



Au royaume de Basmam le langaige est quelque peu different des autres : les habitans vivent bestiallement, & recognoissent le grand Cham pour souverain Seigneur, toutesfois ne luy payent aucuns tributz, sinon que quelquesfois ilz luy font present de bestes saulvages. On trouve en leur pays des Elephans & Licornes en grande quantité : lesquelles licornes sont quelque peu moindres en grandeur que les elephans : elles ont le poil comme un buffle, & les piedz comme l’elephant, la teste comme un porc sanglier : aussi elles se veaultrent voluntiers dedans les fanges & autres immundices a la maniere des porcz : Au mylieu du front elles portent une corne, assez grosse & noire, leur langue est fort rude & poignante, & de laquelle ilz blecent & les hommes & les bestes. Semblablement on trouve en ceste contrée diverses especes de singes, de grandz & petitz fort retirans a la semblance humaine. Les veneurs les prennent a la chaſſe, & leur oſtent entierement le poil de deſſus le corps, excepté es lieux de la barbe, & es parties honteuses : ce qu’ilz font de propos deliberé, pour plus amplement les faire repreſenter la figure humaine. Et les ayant ainſi du tout nettoyez de leur poil les embaſment avec drogues aromatiques, puis les font deſecher au ſoleil, & les vendent aux marchandz eſtrangers, qui les tranſportent en diverſes contrées & regions du monde, perſuadans & faiſans a croire que ce ſont eſpeces de petitz hommes qu’on trouve es iſles de la mer.


Du royaume de Samara.     Chap.   XVI.



En ce royaume de Samara, moy Marc Paule avec mes compaignons ay ſejourné, non ſans grand ennuy & faſcherie par l’eſpace de cinq moys, en attendans le temps opportun pour fairevoile en mer : car les habitans du pays ſont gens beſtiaux, vivans fort brutallement, oultre qu’ilz ſont cruelz & accouſtumez a manger chair humaine. Au moyen dequoy pour eviter leur frequentation & compaignie, nous dreſſaſmes ſur la coſte & rivage de la mer quelques loges faictes de bois que nous fortiffiaſmes de rempars & foſſez pour nous tenir ſur noz gardes & en ſeureté des habitans. En ce royaume on ne veoit point l’ourſe mineur ne la majeur qu’on appelle le grand chariot, tant ceſte iſle est pendente ſur le Midy, & reculée de septentrion. Les habitans sont idolatres. On y pesche de bons poissons, & en grande quantité. Il n’y provient aucun froment, mais ilz font leur pain avec la semence de riz. Semblablement ilz n’ont aucunes vignes, mais ilz font leur boyture d’une liqueur qu’ilz extrayent de certains arbres en ceste maniere. Ceste isle est peuplée de grande quantité de petitz arbres portans chacun quatre branches, lesquelles en certaine saison de l’an ilz incitent & en reçoyvent en quelque vaisseau une liqueur qui en decoulle en si grande abondance, que de chacune branche en moins d’un jour & d’une nuict ilz en recueillent un plein seau, lequel ilz vuident ou en remettant un autre, & consecutivement l’emplissent par tant de fois jusques a ce que la branche cesse de distiller, voyla leur maniere de vendanger. Oultre ilz provoquent les arbres a rendre & distiller ceste liqueur en plusgrande abondance en les arrosant d’eaue souventesfois, laquelle ilz repandent au pied & sur les racines de l’arbre, quand ilz voyent que bien peu & lentement il degoutte : toutesfois ceste liqueur forcée n’est pas si savoureuse, que celle qui distille naturellement de l’arbre. On y trouve encores en ceste contrée des noix Indiques en grande abondance.


Du royaume de Dragoiam.     Chap.   XVII.



Au Royaume de Dragoaim habitent gens brutaulx & saulvages qui adorent les idoles, & ont leur Roy particulier, & le langage different & separé. Ilz observent une coutume & usance, que quand aucun d’eulx tumbe en grande infirmité de maladie, ses voisins & parentz assemblent les Magiciens & enchanteurs, & s’enquierent d’ulx si le malade doibt recouvrer guarison : a quoy ilz repondnt ce qu’ilz en sçavent par la suggestion des diables : & s’ilz dient que le malade ne peult venir a convalescece, ains qu’il luy convient mourir de telle maladie : incontinent ilz s’approchent du malade, & luy ferment la bouche, en telle sorte qu’il ne pisse respirer, ainsi le suffoquent & font mourir au paravant que la maladie l’ayt grandement attenué, puis le divisent en pieces qu’ilz font cuyre, & le mangent en grande solénité, y assmblans tous les voisins & prochains parens du defunct. Car ilz dient que si la chair estoit par longue maladie reduicte a putrefaction, elle se convertiroit en vers, lesquelz finablement se consumeroient & mourroient de faim, dont l’ame du defunct souffriroit griefves peines & tormens. Et au regard des os du defunct ilz les ensepvelissent& enferment dans les creux des montaignes, ou les hommes ne bestes ne puissent attaindre. Et s’il advient qu’ilz prennent quelque homme d’estrange nation, s’il n’a a puissance de paye sa rançon & se rachepter par argent, ilz le tuent & mangent.


Du royaume de Lambri.   Cha. XVIII.



Il y a en ceste isle un autre royaume appellé Lambri, auquel provient grande quantité d’espiceries : mesmement certaines plantes qu’ilz appellent Byrces croissent en grande fertilité & abondance, lesquelz apres qu’ilz sont creuz, ilz transplantent & les laissent par trois ans en terre, puis les arrachent avec leurs racines. De ces byrces moy Marc Paule en apportay quelques uns en Italie, lesquelz je feiz semer soigneusemenet, mais a faulte d’avoir terre propre & commode selon la chaleur de la region, ilz ne peurent croistre. Les habitans de ce royaume sont semblablement idolatres. On y trouve aussi quelques habitans qui ont des queuës comme les chiens de la longueur d’une paulme, mais ceulx la n’habitent point en ville, ains se retirent es montaignes. Semblablement on y trouve des licornes, & plusieurs autres diverses especes de bestes sauvages.


Du royaume de Fanfur.     Chap.   XIX.



Au royaume de Fanfur croist le Camphre fort exquis & singulier, tellement qu’on l’estime au pris de l’or. Les habitans ne font leur pain que de riz, par ce qu’ilz ne recueillent aucuns bledz. Ilz extrayent leur boiture des arbres en la forme cy dessus descripte. On trouve en ceste region certains gros arbres qui ont l’escorce tendre & deliée, soubz icelle se trouve une farine blanche & de bon goust avec laquelle ilz apprestent leurs viandes fort delicatement, & moymesmes ay quelquesfois prins plaisir a en manger, & en trouvoys la viande plus savoureuse.


De l’isle de Necuram.     Chapitre XX.



De l’isle de Java a cinquante lieües de distance on descouvre deux isles, assavoir Necuram & Anganiam. Les païsans de Necuram vivent fort brutallement. Ilz n’ont aucun Roy ne gouverneur sur eulx. Ilz vont tous nudz tant les hommes que les femmes, sans couvrir aucune partie de leurs corps. On trouve en ceste isle de grandes forestz peuplées d’arbres de sandaulx rouges, noix Indiques, & cloux de girofle : aussi y a grande abondance de byrces, é autres diverses espiceries aromatiques.


De l’isle d’Anganiam.     Chapitre   XXI.



L’isle d’Anganiam est de grande estendue, peuplée de gens fort cruelz & sauvages, vivantz en grande brutalité. Ilz adorent les idoles, & se nourrissent de riz, laictages & chairs, mesmement humaines. Ce sont gens difformes & hodeix a veoir, car ilz ont la teste quasi formée comme celle d’un chien, ayant les dentz & les yeulx entierement semblables a ceulx d’un chien. En ceste isle y a merveilleuse abondance de toutes sortes d’espiceries aromatiques, & diverses especes d’arbres, portantz fruictz estranges, & dont n’avons congnoissance es pays occidentaulx.


De la grande Isle de Seylam.     Chap.   XXII.



De ceste isle tirant selon le cours du vent de Garbin, jusques a la grande isle de Seylam, on y trouve de distance environ trois cens quarante lieuës. Laquelle isle de Seylam est estimée l’une des meilleures & plus fameuses isles du monde, ayant de tour & cricuit de six a sept cens lieuës, encores que autresfois elle ayt esté plus grande & spacieuse : car le bruit commun est au pays que au temps passé elle contenoit douze cens lieuës de circuit : mais que le vent septentrional par plusieurs années tellement esmeu la mer circonvoisine, que par les undes & flotz impetueux, elle à par succession de temps miné & retranché les rivaiges de l’isle, en sorte que mesmes les haultes montaignes ont esté ruinées & precipitées en l’eaue, & que de jour a autre grande espace de terre est abismée en la mer. Ceste isle est gouvernée par un Roy fort riche & opulent, & qui n’est tributaire ne subject a aucun. Les habitans sont idolatres, & vont tous nudz comme bestes, hors mis qu’ilz couvrent leurs parties honteuses d’un linge. Ilz n’ont aucuns bledz fors du riz dont ilz font leur pain, duquel vivent é de laictages. Ilz ont grande abondance de graine de Sosyme de laquelle ilz font de l’huille. Et au regard de leur vin & boytures ilz l’extrayent des arbres en la maniere cy dessus descripte. De ceste isle proviennent infinies pierres precieuses, comme rubis, saphirs, topases, amethistes & autres pierres exquises & de grand valeur. Le Roy du païs à un ruby qu’on juge n’avoir son pareil en prix & valeur en tout le monde : car il est grand comme la paulme de la main, & à d’espesseur trois doigtz, sans aucune tache ne macule, & reluist comme un charbon ardent. Le grand Cham luy à quelquefois présenté pour ceste noble pierre une belle & grande ville de son pays, laquelle toutesfois il à refusée, mesmement pource qu’il l’avoit comme par droict successif de ses predecesseurs. Les habitans de l’isle ne sont pas fort aguerris ne adextres aux armes : mais quand il leur convient mener guerre, ilz soldoyent gens estrangers pour ce faire : mesmement des Sarrazins.


Du royaume de Maabar situé es haultes Indes.
Chap.     XXIII.



Oultre Seylam a vingt lieuës de distance est la province de Maabar, qui autrement est appellée Inde la majeur, qui est en terre ferme & non point esle. En ceste province y à cinq Roys, chacun desquelz est riche & opulent. Au premier royaume d’icelle, nommé Var, est Roy & gouverneur un nommé Senderba : en ce royaume de Var le Roy à moyen de recouvrer quand il luy plaist grande quantité & abondance de perles, car en ceste province passe & reflue entre la terre ferme & une isle voysine un petit bras de mer, qui se peut quasi passer a gué car la plusgrande profondité d’iceluy n’est que de cinq toises, & ordinairement n’a qu’une toise ou toise & demie, & en ces endroictz on pesche les perles. Et pour ceste cause les marchandz estrangers s’y transportent & frequentent souvent, & en grand nombre, & conduisent leurs navires & basteaux en ce destroict, puis conviennent avec des paisans qu’ilz louent & salarient moyennant certain pris, & les font plonger en la mer & pescher les grandes huistres, dedans lesquelles ilz trouvent les perles. Or ces pescheurs apres avoir esté quelque espace soubz l’eaue quand ilz ne rencontrent riens, & ne peuvent plus soustenir l’eaue sans prendre vent, retournent sur l’eaue pour reprendre haleine, puis de rechef se plongent & precipitent en mer, & cela reiterent par plusieurs fois le jour jusques a ce qu’ilz ayent trouvé ce qu’ilz demandent. Semblablement en ceste isle de mer se trouvent de grandz poissons qui facilement submergeroient & tueroient les hommes, s’ilz n’avoient l’industrie d’y obvier & eviter le peril en ceste maniere. Les marchandz qui font ceste pesche & traffique s’adressent a certains enchanteurs qu’ilz appellent. Abraiamin, & moyennant certains pris qu’ilz leurs donnent, par leurs enchantemens & art diabolique conjurent ces poissons, en sorte qu’ilz n’ont la puissance de nuyre ne blesser aucune personne. Mais quand la nuict s’approche & qu’on remet la pescherie au lendemain, les enchanteurs relaschent & font cesser leur conjuration pour obvier a ce que pendant la nuict ne viennent aucuns larrons se plonger dans la mer sachans le peril en estre hors, & transporter les huistres avec leurs perles & en frustrer les marchandz. Et d’avantaiges n’y à en tout le pays gens qui puissent enchanter ces poissons, ne qui sachent les motz de la conjuration, sinon les magiciens appellez Abraiamin. Telle pescherie ne se faict pas en toutes les saisons de l’annee, ains seulement es moys d’Apvril & May. Toutesfois en ce peu de temps on en retire une infinité de perles. Et au regard des marchandz ilz en payent au Roy du pays dix pour cent, qui est la dixiesme partie : mais aux enchanteurs ilz en baillent la vingtiesme partie : & aux pescheurs aussi en baillent portion raisonnable. Or depuis la my may ne se trouvent plus en cest endroict ne d’huistres ne de perles, mais en certain autre lieu qui est a distance de cent lieuës on en pesche es moys de Septembre & Octobre. Les habitans de ceste province cheminent en tout temps nudz, sinon qu’ilz couvrent de quelque linge leurs parties honteuses. Le Roy mesmes va tout nud comme les autres, ayant en son col une chesne d’or enrichie de plusieurs saphirs esmerauldes, rubis & autres pierres precieuses. Oultre a pendu a son col le nombre de cent quatre grosses perles enfilées en un cordon de soye, en forme de patenostres, pour l’advertir & admonnester de dire par chacun jour cent quatre oraisons en l’honneur & reverence de leurs dieux, & les barboter tant au matin qu’au soir : d’avantage il porte en ses deux bras & es deux cuisses des brasseletz & cercles d’or, esquelz sont enchassez plusieurs & diverses pierres, precieuses & de grabd valeur. Encores es doigtz des mains & des piedz il porte plusieurs anneaux & joyaux d’or, garniz & enrichiz de pierres exquises & de grand pris. Il a environ cinq cens femmes, mesmes dernierement il osta & ravit la femme d’un de ses freres : lequel toutesfois n’a osé contredire, mais fut contrainct dissimuler l’injure.


Du royaume de Var, & des erreurs des habitans d’iceluy.     Chapitre   XXIIII.



Les habitans du royaume de Var sont tous idolatres, & la plupart d’entre eulx adorent un beuf comme une chose sacrée & saincte, au moyen de quoy jamais ne tuent aucun beuf. Et quand il advient qu’un beuf meurt, ilz frotent & enduisent leurs maisons de sa gresse. Toutesfois y en à aucuns qui ores qu’ilz ne voulsissent tuer un beuf, neantmoins ne delaissent a en manger, si par autres ont esté tuez. Ilz disent que le benoist sainct Thomas apostre a esté martyrizé en ce pays, & que son corps est encores soigneusement gardé en certaine eglise du pays. En ceste province y a grande quantité de Magiciens & enchanteurs, s’adonnans entierement a pronostiquer & predire les choses futures. Semblablement y a plusieurs monasteres, esquelz on faict sacrifices & adorations aux idoles. En iceulx aucuns habitans dedient & consacrent leurs filles, lesquelles toutesfois ilz retiennent en leurs maisons : mais quand les prestres & sacrificateurs des idoles veulent celebrer quelques festes & sacrifices, ilz y appellent les filles qui y ont esté consacrées, & avec elles font des danses & tripudiations en la presence de leurs idoles, chantans & crians a haulte voix sans ordre ne mesure. D’avantage ces filles portent avec elles des viandes, qu’elles dressent & apprestent sur une table devant leur idole, mesmement respandent devant luy le just & potage de la chair, estimans qu’en cela il en soit merveilleusement contenté & resjouy. Ces ceremonies parachevées les filles retournent en la maison de leurs parens, & servent en ceste maniere aux temples des idoles jusques a ce qu’elles soient mariées. Oultre est observée telle coustume en ceste province, que quand le Roy est decedé, & son corps porté au feu pour brusler (qui est la forme de leur sepulture) plusieurs chevaliers qui ont esté en sa grace, & de son vivant conservé familierement avec luy, se jectent tous vifz apres luy dedans le feu, estimans que telle amytié se continuera en l’autre monde sans aucune separation. Autant en font les femmes quand on brusle le corps de leurs mariz defunctz, soubz espoir qu’elles ont d’estre encores leurs femmes en l’autre monde : & celles qui ne veulent ce faire sont dejectées, & en nulle estime & reputation entre eulx. Encores y a une autre coustume detestable en ce pays : que quand aucun pour faultes & delictz par luy commis est punissable, & en voye d’estre condemné a mourir publiquement par juſtice, il repute qu’on luy faict grand grace & misericorde, si le Roy luy permet de se faire mourir en l’honneur de quelqu’un de leurs idoles. Et si telle grace luy est octroyée par le prince, incontinent ses proches parens s’assemblent, viennent au criminel, & luy pendent au col dix ou douze cousteaux bien aguz & acerez, puis le mettent en une chaire, & le pourmenent en tous les endroictz de la ville crians a haulte voix : cest homme icy, en l’honneur d’un tel, ou tel dieu se doibt au jourd’huy faire mourir : puis le menent au lieu auquel se faict la justice & execution des malfaicteurs : auquel arrivez, le criminel tenant en sa main l’un de ces cousteaux dira a haulte voix : Cest moy qui pour l’honneur & reverence d’un tel dieu me tue presentement, & lors se frappera d’un cousteai dedans le corps, puis en prendra un autre, duquel semblablement il se blecera, & consecutivement se donnera tant de coups, que finablement il tumbera mort : & fault que pour chacun coup il prenne nouveau cousteau, sans se frapper deux coups d’un mesme cousteau. Puis les parens prennent le corps mort, & en grand joye le bruslent & reduisent en cendre. Oultre les habitans du pays sont si ordz & abominables en leurs vilaines affections de paillardise, qu’ilz ne reputent a peché aucune espece de luxure.