Le Devisement du monde/Livre 2 - 25 à 37

Edition de E. Groulleau (p. 142-155).


De quelz breuvages uſent ceulx de Cathay au lieu de vin.       Chap.     XXV.



Les habitans de la province de Cathay ont une maniere de breuvage faict de riz, avec diverſes eſpiceries, qui a le gouſt & ſaveur plus excellent & delicieux que le vin : & ceulx qui en boivent oultre meſure, & plus que leur naturel ne peult porter, & qu’ilz en ont beſoing, en ſeront pluſtoſt enyvrez, que ſ’ilz avoient beu du vin.


Des pierres qui bruſlent comme boys.
Chapitre       XXVI.



Par toute la province de Cathay es montaignes d’icelle ſe tirent certaines pierres noires, leſquelles miſes au feu bruſlent comme boys, & conſervent le feu aſſez long temps : en sorte que ſi au ſoir elles ſont embraſées, elles retiendront toute la nuict leur feu & braſier vif. Et pource qu’en pluſieurs endroictz ilz ont faulte de boys, la pluſpart des habitans d’icelle province ſe ſervent & uſent de ces pierres pour leur chauffaige au lieu de boys.


De la riviere de Pulisachniz, & d’un pont magnifique qui est sur icelle.
Chap.     XXVII.



Jusques icy en ce second livre nous avons descript l’assiette, grandeur & trafficque de la cité de Cambalu, ensemble avons incidemment & en passant, quelque peu traicté de la magnificence, pompe & opulence, du grand Cham. Maintenant l’ordre des choses requiert que nous declairions l’estat des regions circonvoysines, affin de descouvrir en peu de parolles les choses memorables d’icelles, & ce qui y est faict & trouvé. Or ainsi que moy Marc Paule estois par le commandement & commission du grand Cham, envoyé pour aucuns affaires concernans l’Empire, en certaines parties loingtaines, ou je fuz detenu par les chemins l’espace de quatre mois, en allant & venant j’ay curieusement recherché, Sollicitude de l’autheur. consideré & noté ce que je rencontrois par les chemins digne de memoire : & mesmement depuis mon partement de la ville de Cambalu a trois ou quatre lieues pres d’icelle, je trouvay un beau grand fleuve appellé Pulisachniz, qui se desgorgeLe fleuve de Pulisachnitz en la grand mer Occeane, & par la bouche d’iceluy plusieurs navires chargées de marchandises montent a mont, & entrent dedans le pays. Pont magnifique Aussi y trouvay un beau & sumptueux pont faict de marbre, de la longueur de trois cent pas, & huict de large, assis sur vingtquatre belles grandes arches bien voultées, & le dessus aorné & enrichy d’ouvraiges, mesmes de grans lyonseslevez en bosse d’une part & d’autre.


Des places situées oultre la riviere de Pulisachniz.
Chapitre       XXVIII.



Ayans passé ceste riviere oultre le pont de marbre, on trouve continuellement jusques a dix lieuës en avant, de beaulx chasteaulx & maisons de plaisance, ensemble des vignes & terres labourables, & jusques a ce qu’on vient a la ville de Geoguy, qui est une belle & grande ville, en laquelle y a plusieurs monasteres dediez aux idoles. On y faict d’excellens draps d’or & de soye, & des linges deliez fort exquis. Oultre en ceste ville y a plusieurs hostelleries publiques pour recevoir les estrangers & passans. Les habitans sont marchadz & artizans. Hors de la ville on trouve un carrefour ou le chemin est separé en deux, l’un tirant vers la province de Cathay, l’autre vers le pays de Mangy sur la coste de la mer. Au chemin qui tend en la province de Cathay on trouve plusieurs villes, chasteaux, jardins & bonnes terres bien fertiles, desquelles la pluspart des habitans sont marchandz & ingenieux artizans, oultre qu’ilz sont fort humains & affables aux estrangers, ne se ressentans aucunement de la ferité des autres Tartares.


Du royaulme de Tainfu.       Chap.     XXIX.



Apres avoir cheminé par dix journées depuis la ville de Geoguy, on entre au royaume de Tainfu, lequel est grand, bien peuplé & cultivé, & y a grande quantité de vignes : combien qugen la province de Cathay ne croist aucun vin, mais on y en mene & transporte du royaume de Tainfu : auquel s’exercent plusieurs autres traffiques, mesmement y a de bons artisans & armeuriers, & toutes les armeures & instrumentz de guerre dont use le grand Cham en ses batailles y sont faictes & fabriquées. De la passans oultre, & tirans vers occident, on vient en une province plaisante & delectable, en laquelle y a plusieurs villes & chasteaux, ou lon faict de grandes traffiques de marchandise. Encores tirans oultre apres avoir cheminé sept journées, on vient en une belle grande cité appellée Pianfu.Pianfu, en laquelle y a grande abondance de soyes.


Du chasteau de Chincuy, & de la prinse du Roy d’iceluy.       Chapitre     XXX.



De la ville de Pianfu y a deux journées jusques a un beau & brave chasteau appellé Chincuy, lequel a esté construict & basty par un nommé Darius.Darius, qui estoit ennemy de ce grand seigneur qu’on appelle Prestejehan. Ce chasteau est si bien fortifié par art & par nature, que Darius estant dedans ne craignoit aucun, quelque puissant Roy ou seigneur que ce fust : dont Histoire. plusieurs grandz seigneurs & gouverneurs des provinces voisines se complaignoient, qu’il ne se trouvoit aucun qui le peult vaincre & surmonter. Or ce grand Roy Prestejehan avoit en sa court sept jeunes gentilz hommes vaillantz & hardiz a tout faire, lesquelz par serment solennel luy promisrent de luy livrer en ses mains ce Roy Darius, lequel semblablement leur promist de grandz biens en recompense, s’ilz accomplissoient leur promesse. Ce faict ilz partent & viennent a la court du Roy Darius, & luy presentent leur service, dissimulans leur malicieuse affection : lequel ne se donnant garde de leur cautelle & meschanceté, les receut en son service comme bons & fideles serviteurs, & toutesfois par deux ans entiers ne sceurent executer ce que de si long temps ilz avoient entreprins & deliberé. Or ce Roy desja se confiant en eulx, comme les ayant esprouvé fideles par le temps de deux ans, voulut aller s’esbatre & resjouyr aux champs, & sortit de son chasteau jusques à demie lieuë pres, ayant en sa compaignie seulement les sept jeunes hommes avec quelque petit nombre d’autres soldatz. Lors eulx voyans l’heure commode & opportune pour descouvrir leur trahison de long temps excogitée, desgainerent leurs espées sur luy, & finablement le prindrent captif, & l’amenerent à Prestejehan pour satisfaire a leur promesse, lequel en fut merveilleusement joyeulx, & le commist pour estre berger & gardien des bestes, & pour l’y contraindre, luy bailla bonnes gardes. Ayant ce Roy vescu l’espace de deux ans entre les bergers & pasteurs, Prestejehan commanda qu’on l’habillast de vestementz royaulx, & qu’en tel accoustrement il fust amené devant luy, auquel il dist : Harengue de Prestejehan.je cognois maintenant par experience combien est petite ta puissance, veu que je t’ay faict prendre en ton royaulme, & par deux ans faict vivre entre le bestail comme berger, & maintenant si je veulx je te puis faire mourir, & n’y a homme vivant qui te peust saulver de mes mains. A quoy il respondit qu’il disoit verité, & que ainsi estoit. Lors Prestejehan luy dict : Pource que t’es tant humilié que ne t’estimes rien au regard de moy, je veulx d’oresenavant te recognoistre pour amy : & pour toute victoire il me suffist d’avoir eu la puissance de te faire mourir si j’eusse voulu : & lors luy feit delivrer chevaulx & compaignie honorable pour le mener & conduire jusques en son chasteau. Et deslors ce Roy Darius tant qu’il à vescu à tousjours porté honneur & reverence a Prestejehan, & obey a tout ce qu’il luy à voulu commander.


Du grand fleuve de Caromoran & pays circonvoisin.       Chapitre     XXXI.



Oultre le chasteau de Chincuy a sept ou huict lieuës on trouve le fleuve de Caromoram, lequel pour sa grande largeur & profondité n’a aucuns pontz, & vient tumber dedans la grande mer Occeane. Sur les rivages d’ iceluy sont basties & edifiées plusieurs belles villes & chasteaulx, esquelles s’exercent de grandes traffiques de marchandise : car le pays est fertil & abondant en gingembres, soyes & oyseaulx, mesmement de phaisans. Ce fleuve passé (apres avoir cheminé deux journées) on vient en la ville de Cianfu.Cianfu, qui est belle & gentille, & ou lon faict d’excellens draps d’or & de soye. Tous les habitans de la ville (comme semblablement de toute la province de Cathay) sont idolatres.


De la cité de Quenquinafu.       Chap.   XXXII.



Tirans oultre par dix journées, on trouve par les chemins plusieurs villes & bourgades, belles campaignes & jardins de plaisir. La region est abondante & copieuse en soyes : aussi y a de belles chasses pour les bestes & oyseaux. Et si tu passe oultre par huict journées tu parviendras a une grande cité appellée Quenquinafu.Quenquinafu, qui est la principale & capitale ville du Royaume, lequel du nom de ceste ville prend sa denomination, ayant esté anciennement fort riche & opulent, & de grand renom : à present le filz du grand Cham nommé Mangala en est roy & gouverneur. Ceste region produict grande quantité de soye, & toutes choses necessaires pour la conservation de la vie humaine. Il s’y faict plusieurs traffiques de marchandises : les habitans sont idolatres. Hors la cité en une belle plaine est situé le Palais Royal, ouquel Mangala avec ses gens & courtisans faict sa demourance. Semblablement au mylieu de la ville y a un autre beau & sumptueux palais, duquel les murailles & cloisons par dedans sont toutes dorées. Le Roy s’exerce ordinairement a la chasse & vennerie des bestes rousses, & au vol des oyseaulx, par ce qu’il y en a grande abondance au pays.


De la province de Cunchy.       Chap.   XXXIII.



Sortant de ceste ville & palays d’icelle, apres avoir cheminé par trois journées, on trouve une belle grande campaigne, en laquelle y a plusieurs villes & chasteaux, & grand abondance de soyes. Ceste campaigne à son estendue jusques on soit venu a un pays montueux, Pays bien peuplé.tellement peuplé que non seulement sur les coustaux on y trouve situées de belles villes & chasteaux, mais aussi es vallées & fondrieres d’icelle, & sont de la province de Cunchy. Les habitans sont idolatres & bons laboureurs. Il y a aussi en ce pays des chasses aux bestes saulvages, comme lyons, ours, cerfz, chevreux, dains & semblables bestes. Ceste province a d’estendue vingt journées, tant montaignes que vallées, & plusieurs forestz, toutesfois en tous endroictz se treuvent hostelleries pour recevoir & loger les passans, en sorte que par le chemin ilz ne seuffrent aucune incommodité de vivres.


De la province Achalechmangi. Chap.   XXXIIII.



A Cunchy est contigue & joignante une autre province appellée Achalechmangi, qui est sur la coste d’Occident, & contient plusieurs citez, villes & chasteaux, mais la capitale est appellée Achalechmangi, pour ce qu’elle est limitrophe de la province de Mangi. Ceste province à une grande plaine, contenant troys journées de chemin, apres laquelle on trouve plusieurs montaignes & vallées, ensemble quelques forestz : & contient vingt journées d’estendue, assez bien peuplée de villes & chasteaux. Au demourant n’est en rien differente a l’autre province de Cunchi : car il y a aussi des marchands, artisans, laboureurs, & des venneurs aux bestes sauvages. Oultre y a des bestes qui portent le musq : d’avantage le gingembre y croist en aussi grande abondance comme le bled & le riz.


De la province de Cindinfu. Chap. XXXV.



Semblablement à ceste derniere province est voisine & contigue la province de Sindinfu qui aussi est limitrophe à la province de Mangi. La ville capitale d’icelle s’appelle Sindinfu, laquelle autres fois a esté grande & opulente, ayant six lieuës de tour. Aussi avoit un Roy fort riche & puissant, lequel de laissa trois enfans ses heritiers & successeurs en son royaulme, qui diviserent en trois parties ceste ville de Sindinfu, faisans clorre de haultes murailles chascune portion de la ville, combien que le tout fust dedans l’enclos des premiers murailles : mais le grand Cham à depuis reduict & assubjecty a son empire & la ville & le royaulme. Au travers de la ville passe un Le fleuve Quianfu.fleuve appellé Quianfu, qui a de largeur environ un quart de lieuë, & est fort profond & de bonne pescherie. Sur les rivages d’iceluy sont assiz plusieurs villes & chasteaux. La bouche de ce fleuve des l’endroict ou il se desgorge en la mer est a distance de la ville de Sindinfu de quatre vingtz dix journées : au moyen de quoy par iceluy grande quantité de navires chargées de marchandises sont conduictes à mont. Aussi y à sur iceluy en la ville de Sindinfu un pont de pierre, ayant de longueur un grand quart de lieuë & plus, & de largeur quatre toises : sur lequel au matin les artisans dressent plusieurs estaux & boutiques, lesquelles sur le soir ilz ostent & transportent. Bien y à sur iceluy une maison bastie, en laquelle demeurent les officiers de l’Empereur qui reçoivent des passans les portz & peages. En passant oultre par cinq journées on trouve une belle grand plaine, en laquelle il y à plusieurs villes chasteaux & villaiges, dont les habitans font trafique de grande quantité de linges deliez : on y veoit aussi grand nombre de bestes sauvages.


De la province de Thebeth. Chap. XXXVI.



Apres ceste grande plaine dont j’ay parlé, icelle passée on vient en la province de Thebeth, province destruicte.Thebeth, laquelle le grand Cham a gastée & destruicte, car il y a plusieurs villes ruynées & chasteaulx rasez. Elle contient en longueur l’espace de vingt journées de chemin. Et pource que maintenant a cause de ces ruynes elles est totalement deserte & non habitée, il est necessaire à ceulx qui y passent de porter avec eulx des vivres à suffire pour vingt journées de chemin. Oultre ce que depuis qu’elle a esté delaissée & abandonnée des hommes, les bestes sauvaiges s’y sont retirées & y repairent à present en si grande quantité qu’elles rendent le chemin fort perilleux & dangereux aux passans, mesmement de nuict. Toutefois pour remedier a ce danger les marchandz & autres viateurs ont inventé ceste Cautelle des marchandz.cautelle. En ce pays croissent de grandz rouseaux qui ont sept ou huict toyses de longueur, & de grosseur tant qu’on peult circuir de trois empans, & ont trois autres empans de distance entre les deux neudz. Donc quand les marchandz & autres se veulent reposer de nuict, ilz font de gros fagotz de ces rouseaux qu’ilz assemblent en un tas, ou apres ilz mettent le feu : & si tost qu’ilz viennent à sentir le feu ilz commencent à peter & faire si grand bruit qu’on le peult entendre d’une grande demye lieuë alentour : tellement que les bestes sauvaiges oyans ce bruit en sont si espouventées, qu’elles ne cessent de fuir tant qu’elles ne l’oyent plus : par ce moyen les marchandz & viateurs ayans ainsi abusé les bestes, peuvent en seureté reposer & passer toute ceste province : mesmes les chevaux & autres bestes dont s’aydent les marchandz en leur voyage s’effrayent merveilleusement de ce bruit : dont est advenu que aucunes se sont mises en fuitte & ont esté perdues : mais les prudens viateurs sçavent bien a cela remedier en mettant des entraves es jambes de leurs bestes affin de les retenir par force, & empescher qu’elles ne s’enfuyent.


D’une region qu’on trouve oultre Thebeth, &
des villaines coustumes d’icelle.
Chap.     XXXVII.



Ayans cheminé par vingt journées, & passé ceste province de Thebeth, on trouve plusieurs villes & villages : esquelz à l’occasion de leur grande idolatrie est observée une tresvillaine & meschante coustume : car il n’y a homme au pays qui jamais espouse & prenne à femme une Filles prostituées au paravant qu’estre mariées.fille pucelle : mais s’il se veult marier à quelqu’une, il fault premierement qu’elle ayt esté violée par plusieurs hommes : car ilz disent qu’une fille n’est bonne à marier si premierement elle n’a esté despucellée : pour ceste cause quand a quelques marchandz ou gens estrangers leur chemin s’adonne a passer & loger en ceste contrée, les femmes du pays qui ont des filles à marier, Prostitution de filles.les amenent à ces hostes estrangers, aucunesfois vingt, quelques fois trente ou plus, selon le nombre des hostes : lesquelz elles prient affectueusement que chascun d’eulx prenne une de leurs filles, & de coucher avec elles, & en faire a leur plaisir tant qu’ilz delibereront sejourner au pays. A quoy les hostes vaincuz par les prieres de ces honnestes matrones, facilement obtemperent, & choisissent chascun une jeune fille à leur gré, quilz rendent apte & idoine pour estre mariée : & quand ilz s’en veullent aller on ne leur permet jamais d’en emmener aucune, mais fidelement les fault rendre à leurs parens. Bien prendra la fille quelque petit don ou joyau de celuy qui l’aura despucellée pour luy servir d’enseigne & indice à monstrer qu’elle n’est plus vierge. Et celle qui aura esté aymée & violée par plus grand nombre d’amoureux, & qui pourra monstrer à ceulx qui la demandent en mariage plus grand nombre de telz joyaux, sera estimée la plus noble, & en sera plus haultement & honorablement mariée. Et si une fille se veult bravement parer pour se monstrer en compaignie, elle pendra a son col tous les presens & joyaulx que luy ont donnés ses amoureux : & d’autant qu’elle a esté agreable & aymée de plusieurs personnes, d’autant sera jugée de plus grand honneur & louenge. Mais aussi depuis qu’elles sont entrées au lien de mariage, il ne leur est plus permis d’avoir aucune communication ne accointance avec les estrangers, mais sont contrainctes garder leur foy inviolable à leurs mariz. Et sur toutes choses les hommes du pays se donnent garde de se faire tort en cela l’un a l’autre. Ce sont gens idolatres & fort cruelz, qui n’estiment faire peché ne offence s’ilz pillent & desrobent. Ilz vivent des chasses & des fruictz de la terre. Ilz ont en leur pays grande quantité de bestes qui portent le musc, qu’ilz appellent Gadderi bestes portans musc.Gadderi. Ilz chassent souvent a ces bestes & les prennent avec leurs chiens, au moyen de quoy ilz ont grand abondance de musc. Ilz ont langaige propre & distinct des autres, & leur monnoye particuliere, & sont habillez de peaulx de bestes ou de gros chanvre rude. Ceste contrée est de la province de Thebeth, qui est une ample province & de grand estendue, divisée en huict royaulmes assez bien peuplez de villes & bourgades. Le pays est bossu & montueux. On y trouve de l’or en quelques endroictz, mesmes en certaines rivieres. Ilz usent pour leur Monnoye de coural.monnoye de certaines pieces de coral, qui est une pierre fort exquise & de grand pris entre eulx : mesmes les femmes en sont des chesnes & carquans alentour de leur col, & en parent leurs idoles comme de chose singuliere & precieuse. En ce païs y a des chiens aussi grans que asnes, & servent a la chasse des bestes sauvages : aussi y à grand nombre de faulcons & autres oyseaulx de proye. Il y croist grande quantité de canelle & autres espiceries aromatiques. Ceste province est subjecte & tributaire au grand Cham.