Le Corset (1905)/10

A. Maloine (p. 118-181).

CHAPITRE XModifier

Certes, depuis longtemps, les médecins avaient fait connaître tous les dangers que peut occasionner chez la femme le port d'un corset ou trop serré ou mal ajusté, toujours ils avaient protesté'en vain ou à peu près. Or, voici que depuis quelques années, leurs réclamations répandues dans des articles de journaux, des thèses, des conférences, ont été écoutées du moins en partie, et nom-
Fig. 106. — La marchande de corsets de Deveria.
bre de fabricants oint lancé leurs corsets, non plus en vantant ce que ces corsets avaient d'élégant, mais, ce qu'ils avaient d'hygiénique, et d'aucuns même ont accolé aux œuvres sorties de leurs ateliers les épithètes médicales, hygiéniques ou physiologiques les plus variées. Il faut, il est vrai, reconnaître que souvent le corset créé par un cerveau en mal d'invention ou par un commerçant ingénieux, ne répond parfois que très peu, parfois même nullement à ce qu'annonce l'étiquette qui couvre la marchandise. Néanmoins, que le corset transformé soit véritablement plus hygiénique et s'adapte mieux aux exigences physiologiques du: corps féminin ou que le fabricant ayant peu ou pas modifié ses modèles se croit obligé pour mieux réussir sa vente de dénommer son corset d'une
Fig. 107.
Flatterie de corsetière. — C'est juste la taille de la Venus ! (Deveria).
appellation médicale, il n'en est pas moins vrai que dans tous ces cas se fait sentir l'influence des conseils des médecins, quelquefois en apparence écoutés, quelquefois réellement suivis.

C'est en raison de cette influence particulièrement accentuée dans les dernières années du XIXe siècle et actuellement encore de nos jours, que je veux décrire une sixième période de l'histoire du corset : la période médicale. Celle-ci j'en ai ainsi que je l'ai dit, fixé arbitrairement le début vers l'année 1880 et je vais passer maintenant en revue quelques-uns des modèles qui depuis une trentaine d'années ont été l'objet de descriptions, d'observations, de brevets, eî ont donné des résultats intéressants.

Peut-être le lecteur pensera-t-il que la rédaction de l'histoire du corset pour l'époque médicale doit constituer un travail des plus simples, et qu'il suffira à l'auteur de décrire dans leur ordre d'apparition les différents modèles de corsets créés pendant cette période ; rien n'est moins exact.

Certes, je m'efforcerai comme pour l'histoire des époques précédentes de suivre autant que possible l'ordre chronologique, mais parfois je serai obligé de ne pas respecter ce mode historique, quand il me paraîtra que l'intérêt du sujet exige le rapprochement de plusieurs types de corsets ; en effet, si les documents nécessaires pour écrire l'histoire du corset de nos jours sont faciles à se procurer, leur abondance est telle que le choix à faire parmi eux est des plus délicats.

Dans le rapport de la classe 86 (Industries diverses du vêtement) de l'Exposition universelle de 1900,par M. Julien Hayem, on lit que l'industrie du corset n'a véritablement existé en France qu'à partir de 1820. C'est à cette époque que se fonde à Paris la première fabrique de corsets en gros.

La fabrication du corset sur mesure a subi des vicissitudes variées. Après avoir dépassé pendant longtemps celle des corsets confectionnés, elle a notablement diminué depuis 1867 jusqu'en 1878 pour la. consommation courante. Ce résultat, qui s'est produit à Paris, disait M. Hartog, a eu pour cause unique la concentration de la vente dans les grands magasins de nouveautés. Mais les fabricants de corsets sur mesure se ressaisirent, ramenèrent la clientèle partie et conservèrent la clientèle prête à s'échapper. Le nombre des corsetières sur mesure s'est beaucoup augmenté dans ces dernières années, un fabricant des plus compétents évaluait récemment la production totale des corsets de 50 à 55 millions dont 12 à 14 millions pour les affaires d'exportation.

Jusqu'en 1828 on ne compte que deux brevets d'invention pris dans cette industrie ; de 1828 à 1848 on peut en signaler plus de soixante.,

Si le rapporteur avait indiqué quel est le chiffre de brevets publiés depuis cette dernière date, jusqu'en 1904, je suis persuadé que nombre de lecteurs crieraient à l'exagé ration, tant est grand le nombre de corsetiers ou de corsetières qui ont pris brevet pour les modèles de leur invention.

Cependant « la corset est un vêtement, d'un genre spécial il est vrai, mais c'est un vêtement et comme tel il n'est pas brevetable, et il ne l'est pas plus que les corsages de robe, les manches, etc., etc., il est même peu intelligent de restreindre ainsi ses moyens d'action étant donné, qu'une forme ne répond qu'à un très petit nombre de besoins et que la mode est vraiment trop capricieuse pour qu'une forme de corset puisse résister longtemps à ses caprices. »

Cette opinion sévère mais qui s'appuie à la fois sur une raison d'hygiène et sur une raison d'esthétique puisqu'elle envisage à la fois la conformation anatomique variable de chaque corps et le changement incessant de la mode, cette opinion, M. Léoty la développe dans une lettre ouverte adressée à M. Abadie Léotard.

« Le corset, n'est pas brevetable, c'est-à-dire que prendre un brevet pour une forme de corset est inutile étant donné que ces brevets sont souvent cassés par des jugements, jugements rendus certainement en toute conscience mais par des gens qui n'y connaissent rien.

Les brevets sont coûteux, les procès qu'ils provoquent ne le sont pas moins, la cause en est qu'en France malheureusement, on prend des brevets pour tout ce que l'on veut (la nomenclature en est même ridicule), l'on paie une redevance à l'Etat qui en échange ne nous donne aucune garantie, et en somme pour une chose aussi peu importante qu'une forme de corset qu'un rien peut changer, qu'une baleine de plus ou de moins peut défigurer ; d'où en cas de procès, erreur de la part des juges insuffisamment éclairés.

Pour bien se rendre compte si une chose est réellement brevetable, il faudrait demander un brevet dans un pays qui n'en délivre qu'avec garantie du gouvernement, mais je crois bien ne pas me tromper, en pensant que les demandes de brevets pour une forme de corset seraient rejetées.

Mais me direz-vous comment nous garantir de cette nuée de copieurs toujours à la recherche de nos nouveautés pour les exploiter.

Je regrette et vous regretterez avec moi sans doute que l'Académie qui vient de nous doter d'un mot nouveau soit totalement obligée par compensation sans doute d'en supprimer plusieurs autres, et parmi ceux-là peut-être le mot scrupule déjà si démodé et qui ne figurera plus que comme inusité avec la définition suivante, scrupule : sentiment ridicule que ressentaient autrefois les naïfs et les imbéciles quand ils pensaient que leurs agissements pouvaient nuire au prochain. »

Ce à quoi M. Abadie Léotard répondit :

« Vous trouvez, dites-vous qu’une forme de corset n’est pas brevetable : Je suis de votre avis si nous nous entendons sur le mot forme. Deux corsets peuvent avoir la même forme et cependant combien ils peuvent différer l’un de l’autre, quant au résultat et par leur coupe et par le nombre des pièces qui les composent et la manière de les assembler. L’un des corsets pourra être une merveille de fabrication et l’autre une non-valeur. Et cependant l’un et l’autre auront la forme à la mode. »

Fig. 108. — Pièces du corset Alibert rappelant la mode du règne de Louis XV

Il faut croire que tous les fabricants de corsets n’ont pas sur cette question les mêmes idées que MM. Léoty et Abadie Léotard, si j’en juge par la collection imposante de brevets que j’ai dû lire pour noter les particularités du corset pendant cette sixième période de son histoire ou période médicale.

Certes, je ne songe pas à publier tous ces brevets, mais seulement les plus curieux ; connaissant ainsi et les avis de ceux qui protestent contre le brevet et les productions de ceux qui en usent, le lecteur pourra se former une opinion en même temps qu’il apprendra à connaître quels sont les types intéressants de corset pendant la période que j'ai appelée médicale.

Il reste entendu que dans cette première partie de mon livre le Corset qui traite seulement d'historique, je ne donne que des descriptions, l'étude critique quand il y aura lieu de la faire, étant réservée pour la deuxième partie qui traite du corset aux points de vue anatomique, physiologique et hygiénique.

La grande caractéristique du corset à la sixième époque est la suppression de la saillie abdominale réelle ou apparente qui se produisait si nettement quand la femme était vêtue d'un corset cambré qui lui serrait la taille ou qu'elle s'habillait d'un corset faux ventre, de nos jours c'est le corset droit qui triomphe.

« Une chanson de Lep Houss et Lindex : Le Ventre en exil, et dont les lecteurs friands de grivois trouveront le texte complet dans les éditions du Rire, fait allusion à cette mode prohibitive de l'embonpoint abdominal qui avantage le haut et rétrécit le bas.

La femme, alors, supprima ses viscères,
Plus d'appétits, surtout plus de petits...
Ah ! sanglez bien vos entrailles de mères,
Dans les corsets de Monsieur Léoty !

Le crayon malicieux de E. Barcet, castigat ridendo le même ostracisme : Une cliente se plaint à son docteur de souffrir du ventre. « — Pourquoi, répond l'homme de l'art, n'essayez-vous pas du corset à la mode ? Il le supprime ! c'est plus simple ! »

Le premier corset droit fut, dit M. E. Léoty, créé par lui à l'instigation de M. Jean Worth, le grand couturier. Le premier corset droit date-de 1888, il y a, donc de cela exactement seize ans. Depuis il a, fait son chemin difficilement peut-être pour différentes causes : la routine d'abord et ensuite la gymnastique — si je puis m'exprimer ainsi — à laquelle ont dû s'astreindre les personnes qui devaient le porter.

Il est facile de se rendre compte des efforts qu'ont dû faire les corsetières et leurs clientes en regardant les diverses transformations qu'a subies la taille des femmes pendant ces dernières années pour arriver à la ligne qui la caractérise de nos jours.

On comprendra facilement que cette transformation n'ait pu se faire de suite et qu'il ait fallu une succession de maintiens différents, je dirais presque une suite d'éducation de tenue. « Quand j'ai fait le corset droit, je me suis inspiré des anciens modèles du XVIIIe siècle, corsets droits anciens.

La première difficulté fut de faire rentrer les ventres rendus trop proéminents par le port du corset trop cambré qui a fait les beaux jours d'une bonne partie du siècle dernier. Nous avons eu recours d'abord aux devants complètement baleinés, qui ressemblaient aux corsets Louis XV et quelquefois même à des rembourrages que nous étions obligés de glisser derrière le buse pour supprimer la cambrure de la taille. L'éducation de nos élégantes n'était pas alors suffisamment complète pour nous permettre comme aujourd'hui de supprimer tous ces subterfuges.

Il y a lieu d'être étonné malgré la date déjà éloignée de la première apparition du corset, droit, du résultat obtenu. Il y a en effet une telle différence entre les tailles cambrées et la silhouette d'aujourd'hui, qu'il semble que plus de temps aurait dû être nécessaire pour faire de la femme un être presque différent de ce qu'elle était alors. En disant cela je ne fais aucune allusion à l'exagération qui, je l'ai déjà dit, finirait par tuer cette mode si l'on n'y prenait garde.

Les difficultés que nous avons eu à vaincre pour faire adopter cette mode se reproduisent tous les jours ; elles sont nombreuses et nous ont forcés à créer non pas un, mais dix, vingt modèles de corsets absolument différents pour répondre aux divers genres de taille que nous rencontrons journellement et leur donner à toutes, à peu près la même ligne.

J'ai déjà parlé dans un article précédent de la plus grande difficulté que nous rencontrons et qui a rapport aux personnes pourvues d'un ventre énorme et qui n'ont pas de poitrine. On voit d'ici l'affreux effet d'un buse complètement droit sur un corps semblable. Fatalement le buse pointera du bas et rentrera du haut si bien que l'on aplatira la poitrine d'une personne qui en manque déjà et que le résultat sera diamétralement opposé au but qu'il faudrait atteindre.

Nous avons surmonté cette difficulté, en descendant d'une façon qui, à première vue semble exagérée, le devant du corset presque au-dessous du ventre, au risque de raccourcir un peu la taille, pour faire disparaître autant que possible ce malencontreux ventre cause de tout le mal. Cela ne se fait pas, hélas, sans gagner quelques centimètres de plus de tour de taille.

Une autre difficulté à vaincre qui a les mêmes causes que la précédente, est d'empêcher le corset de s'en aller au haut toujours vers le dos ; c'est-à-dire que, quoi que l'on fasse pour ramener la poitrine en avant et malgré l'aisance que l'on veut donner à la poitrine, celle-ci est toujours aplatie par le corset et le dos toujours large. Il y a là pour les gens non initiés, un problème difficile à. résoudre. Dans ce cas, ce n'est pas la poitrine qui doit être élargie, mais bien le dessous de bras, ceci afin de chasser le haut du corset en avant et en s'aidant dans cette circonstance par le baleinage pour donner assez de largeur à la poitrine sans agrandir trop le gousset ou les goussets du devant, qui doivent être presque réduits à néant dans les véritables corsets droits. Il est bien entendu que tout ceci s'applique aux corsets non aux ventrières où la poitrine est livrée complètement à toutes ses fantaisies.

Le baleinage du devant du corset droit devra être rigide cela se comprend et, cela n'a rien de dangereux bien au contraire. Il est facile de se rendre compte, qu'une baleine ferme ne rentrera pas dans la taille et par conséquent ne pourra jamais incommoder la personne qui en fait usage. » (E. Léoty).

Pour suivre la mode du corset droit, pour adapter celui-ci à toutes les anatomies, les fabricants de corsets ont été obligés de créer des modèles nombreux et variés, et tous ont voulu réaliser un corset qui ne fut pas une gêne pour le fonctionnement des organes thoraciques, qui ne provoquât aucune compression de La taille et qui maintînt les viscères abdominaux.

Si la solution du problème, faire un corset élégant dont l'usage- ne soit pas dangereux pour la femme, n'a pas été réalisée par tous avec un égal savoir ni avec, un égal succès, la conviction de chaque inventeur faisant le procès du corset de son voisin, est bien que son modèle réalise le dernier mot du confort et de l'élégance, le lecteur en jugera par le texte des brevets délivrés pour quelques-uns des modèles que je vais décrire.

En juillet 1887, Mme Peeters (de Bruxelles), crée un corset élastique composé de baleines insérées dans des gaines séparées et reliées entre elles par des élastiques placés à une certaine distance les uns des autres et combiné avec une ceinture non élastique servant à serrer la taille « le corset n'a, de rigide, dit l'auteur, que la ceinture, il s'applique donc admirablement à la forme du corps qu'il moule sans le gêner en aucune façon et sans le comprimer comme le font la plupart des corsets que l'on confectionne habituellement !»' Mme Louise Raoux en février 1888, revendique comme sa propriété et comme son invention l'application nouvelle dans les corsets de dames d'une étoffe ou tissu élastique formé de cordonnet de soie et d'élastiques (du genre de celui employé pour les bas à varices), en combinaison avec des ressorts incassables et des baleines qui ne sont que l'accessoire au lieu d'être le principal.

La poitrine et le bassin peuvent se développer librement et ce corset fait valoir la finesse de la taille dont les mouvements sont rendus plus libres.

Au mois de novembre de la même année , apparaît une curieuse et originale invention, le corset dit à constriction spiraloïdale et que son constructeur M. Péan décrit comme il suit :

« J'ai remarqué que le corset actuel peut être assimilé à une boîte mobile dans le sens vertical emprisonnant le corps entre des bandes de baleines ou d'acier qui n'ont de flexibilité que dans le sens de leur plat et qui appliquées verticalement sur la taille enserrent rigidement cette dernière. Cette construction verticale du corset est la cause de ses inconvénients surtout dans la marche, il gêne la respiration et la circulation du sang à chaque mouvement du corps, il 'produit une contrainte, la disgrâce qu'il amène constitue une hérésie esthétique.

«- Pour éviter ces inconvénients j'établis mon corset sous la forme d'une cage mobile dans le sens spiraloïdal enserrant agréablement la taille entre des bandes métalliques obliques qui, articulées les unes aux autres jouent avec le mouvement respiratoire, suivent le mouvement de la taille, se déplacent parallèlement à eux, quelle que soit la pose différente de la personne ; elles se tendent toujours et automatiquement au point naturel voulu. »

En 1889, de nombreux brevets, Bossé, Philip, etc., sont pris pour des corsets combinés avec des ceintures ventrières.

Le corset Garnier, en 1890, supprime d'après son créateur, les inconvénients et la fatigue dus au corset ordinaire parce qu'une ouverture a été réservée sous chaque bras,ce qui permet de resserrer plus ou moins ce vêtement au moyen d'un lacet ou de toute autre fermeture ; disposition qui est très précieuse, car elle permet d'adapter soi-même à sa taille un corset confectionné, et qui est très précieuse en outre au cas d'indisposition, palpitations de cœur, maladies du foie.

Pour rendre le corset souple tout en lui laissant son élégance, beaucoup de corsetières ont introduit dans la confection du corset le tissu caoutchouté.

Les unes ont seulement fait des goussets en caoutchouc, les autres ont introduit des bandes de caoutchouc intercalées avec des bandes de tissu ordinaires et cela en nombre variable, d'après les dispositifs variés ; d'autres enfin ont fait le corset tout en tissu caoutchouté soit avec coutures, soit sans coutures.

Fig. 109. — Corset Collomp de Lyon

Dans le corset Collomp, de Lyon, on a appliqué « un nouveau tissu élastique sur les deux côtés du corset à la place des ressorts d'acier ou des baleines qui se brisent facilement, blessent les hanches et déchirent l'étoffe du corset, c'est là un premier avantage pratique.

La bande élastique, représentée sur la figure, renferme à la fois, trois zones de force différente : La première force est très faible, parce qu'elle renferme des fils de gomme très fins. — Elle est appliquée à la hauteur des gorges ; il en résulte que le corset facilite le développement de la poitrine pendant la respiration, et exerce une très faible pression sur le cœur et sur le foie.

La deuxième force est extra-forte, parce qu'elle renferme des fils de gomme extra-gros. — Elle est appliquée à la hauteur de la ceinture, afin de cambrer la taille. Les dames pourront serrer leur corset, à volonté, car la bande élastique est précisément très renforcée à la taille, pour empêcher le corset de s'élargir sous la forte pression du lacet.

La troisième force est moyenne, parce qu'elle renferme des fils de gomme de grosseur moyenne. — Elle est appliquée sur les hanches et ne gêne pas le développement de l'abdomen pendant la digestion. »

Ai-je besoin d'ajouter que pour l'auteur, le corset ainsi construit est non seulement hygiénique, mais encore élégant, et il n'est pas seul de son avis, si j'en crois un couplet d'une valse qui s'intitule Valse des Corsets :

La femme aimable et provocante
Suivant son rôle de charmer
Doit choisir la forme élégante
Avantageant, sans comprimer;
Voyant le corset qui dessine
Ses hanches, sa fine rondeur
Elle est heureuse et la coquine
Bénit « Collomp » son inventeur.

Le corset « le Rêve », créé par M. A. Claverie, est construit en un tissu élastique qui le rend très solide et très souple. La taille est prise par une bande de batiste brochée qui forme ceinture.

Cette préoccupation de ne pas serrer la taille pour ne pas comprimer les organes abdominaux se trouve bien indiquée dans le modèle de corset Sputz qui réalise le problème d'une façon un peu inattendue. Ce nouveau genre de corset est constitué par deux moitiés réunies à l'avant de la manière ordinaire, au moyen du buse de fermeture, chacune de ces deux moitiés étant divisée par une échancrure ménagée à peu près perpendiculairement au buse de fermeture en deux parties réunies à leur bord antérieur de manière que la taille se trouve libre et n'est exposée à subir aucune pression nuisible (septembre 1902.)

Si ces exemples ne suffisaient pas déjà à justifier l'épithète de médicale que j'ai donnée à la sixième période, la description du corset de mon confrère Mme le docteur Gaches-Sarraute et de ceux qui ont paru postérieurement m'autoriseraient encore amplement à donner cette dénomination à la dernière époque de l'histoire du corset.

Mme Gaches-Sarraute grâce à ses études spéciales a pu non seulement exposer nettement les termes du problème

Fig. 110. — Corset « Le Rêve »
à résoudre, mais encore en donner une solution raison-née et très caractéristique.
Fig. 111. — Corset Sputz.
Je conseille, dit mon confrère, d'abandonner le corset thoracique et je propose d'adopter ce qu'on pourrait appe
LA TOILETTE DE SOIRÉE, par DEVÉRIA
1er un corset abdominal, c'est-à-dire un corset embrassant le bassin tout entier sans le comprimer, car la compression sera impossible. Ici, en effet, les os entourent presque entièrement cette région ; ils sont fixes, larges, très résistants, ils emboîtent la masse intestinale en débordant au-devant d'elle dans les cas normaux et sont très suffisants pour la. protéger.

Le plan de la ligne d'appui de l'appareil sera oblique et incliné en avant de telle sorte que s'il existe une pression,

Fig. 112. — Femme avec corset cambré.

celle-ci se produise absolument au-dessous de tous les viscères importants, en un mot qu'elle agisse comme le font les ceintures abdominales.

De cette façon l'estomac reprendra sa position normale et si le corset le presse extérieurement, la pression, au lieu de venir d'en haut et d'annuler les efforts contractiles de l'organe, s'exercera d'en bas, s'ajoutera au contraire à l'action de la paroi abdominale, la doublera, et en fournissant à l'estomac un point d'appui au niveau de sa. grande courbure dans son point le plus déclive, facilitera les contractions que cet organe exécute pour triturer, digérer et expulser les aliments. Je prétends que si nos viscères sont ainsi soutenus et non plus comprimés et déformés, comme ils le sont actuellement, les fonctions digestives

Fig. 113. — Femme normale sans corset.

s'accompliront dans les meilleures conditions, l'atonie de l'estomac et de l'intestin disparaîtra et l'accumulation de gaz dans ces organes, la distension, la constipation enfin ne se produiront plus qu'à de très rares exceptions et pour des causes déterminées n'ayant rien de spécial à la femme

Après en avoir reconnu et expérimenté tous les avantages (je reviendrai dans la deuxième partie sur l'examen critique du modèle Gaches-Sarraute), je propose donc, dit mon confrère, l'emploi d'un corset abdominal ne dépassant pas en haut le niveau des fausses côtes, et descen dant en bas jusqu'à la ceinture osseuse du bassin, il faut pour qu'il reste fixe dans cette position que la face antérieure soit rectiligne et très légèrement dirigée en arrière et en bas ; que sur les côtés, on laisse pour la hanche un vaste espace comprenant toute la largeur de la crête iliaque qui sera simplement enveloppée et conservera sa saillie. Une courbe suivant la sinuosité normale à ce niveau rattachera la pièce de la hanche à celle du thorax. Enfin, en arrière, où l'extrémité postérieure de la crête iliaque est très saillante et à peine séparée par quelques centimètres des dernières fausses côtes, on profitera de ces saillies et de la dépression intermédiaire pour fixer définitivement le corset dans la position qu'il doit occuper. La partie correspondant au dos doit être suffisamment évasée et libre de telle façon que les bords postérieurs du corset restent parallèles lorsqu'il est appliqué et que la place réservée au dos soit largement ménagée dans les pièces qui forment le corset.

Fig. 114. — Une moitié du corset Gaches-Sarraute développé

Ce vêtement sera ajusté sur le torse presque sans écart en arrière et il épousera assez exactement la forme du corps pour pouvoir s'appliquer sans élargir le lacet.

L'armature de ce corset doit être réduite au minimum : un buse rigide en avant et quelques baleines en arrière, les hanches restant libres. Une légère brassière retiendra les seins et affirmera l'indépendance qui existe entre ces organes appliqués sur le thorax et l'estomac situé dans l'abdomen. (Ainsi se plaçaient séparément, comme je l'ai exposé, le strophium et le zona des grecques et des romaines.)

Depuis la prise du brevet Gâches-Barthélémy, c'est-àdire depuis le 2 avril 1895, nombreux sont les modèles qui ont été créés dans la pensée d'être des vêtements inoffensifs pour la femme, ou mieux d'être parfois de véritables appareils pouvant soulager la femme atteinte de certaines affections.

Fig. 115. — Femme dont l'abdomen saillant est soutenu par un corset Gaclies-Sarraule.

Ainsi Lei corset Pessaud est un corset droit amincissant la taille et ayant pour effet tout en comprimant le ventre, selon Les indications actuelles, de -dégager l'estomac et d'une façon générale la partie antérieure de la poitrine, au-dessus de la ceinture.

Ce corset présenterait en outre cet avantage, que comme il se lace latéralement de chaque côté, il peut permettre dans les affections du cœur en délaçant plus ou moins le côté gauche, de laisser plus libre le fonctionnement de cet organe.

De même, le modèle Streit de Bossy spécialement destiné aux personnes souffrant de l'estomac, du cœur, du foie, permettrait de maintenir complètement le rein mobile et serait également prescrit pour les affections de l'utérus et de ses annexes.

Quant au type de corset Gleary, ce serait un véritable redresseur de torse ayant des tampons gonflables dans les parties où le torse doit être rempli.

Enfla un brevet pris au nom de M. Van Heuverzwyn-Verkendere, annonce que le corset qu'il décrit, guérit à la fois l'abaissement, la descente, la chute de la matrice, protège contre toute hernie, facilite la grossesse et supprime les autres corsets destructeurs de tant de santés.

Fig. 116. — Femme normale avec le corset Gaches-Sarraute

Je crains qu'à trop vouloir prouver, les inventeurs de tant de mirifiques modèles ne prouvent rien, et je reviens à la description d'autres corsets intéressants de création récente.

En janvier 1901, Mme Vve Cadolle lance un modèle qui est la réunion dans un seul appareil du strophium et du zona des anciens ; « ce corset a pour but de laisser aux poumons et à l'estomac toute liberté de se dilater, tout en soutenant d'une manière parfaite les autres régions du thorax et de l'abdomen. »

Fig. 117. — Corset Cadolle fermé
Fig. 118. — Corset Cadolle ouvert

Un autre modèle de la même corsetière constitue un corset pour femmes enceintes ou pour femmes douées d'un embonpoint excessif ; il est caractérisé par des parties de dos s'élevant des reins jusqu'aux épaules ; des parties abdominales et des hanches reliées à la partie inférieure des parties de dos, et des parties thoraciques et de goussets reliés à la partie supérieure des dites parties de dos ;

Fig. 119. — Corset-ceinture fermé.

un intervalle libre existant entre les parties abdominales et de hanches, d'une part, et les parties thoraciques et de goussets d'autre part.

Fig. 120. — Corset-ceinture ouvert et développé.

Le corset-ceinture de grossesse ne recouvre pas l'estomac, il est muni d'épaulières ayant des parties latérales et abdominales en tissu extensible et très perméable à l'air. L'invention de Mme Maria Jolly date de mars 1901 et a pour objet un perfectionnement à la fabrication des corsets, destinés à faire porter seulement le laçage, et par suite le serrage, sur la longueur où ce serrage est utile, et à laisser ainsi la plus grande liberté à la poitrine et aux hanches, sans que, toutefois, le corset soit flottant aux endroits où il n'est pas serré à proprement parler.

Dans les corsets actuellement existants, dit l'inventeur, le lacet, qu'il soit disposé sur la partie postérieure ou sur les côtés, court sur toute la hauteur du corset.

Fig. 121. — Corset Maria Jolly.

C'est ainsi que le serrage, au lieu d'être localisé à la taille, s'exerce également sur la poitrine et sur les hanches, qu'il comprime inutilement, au point de vue de l'élégance, comme au point de vue de l'hygiène. On n'a pu réduire jusqu'ici la longueur sur laquelle s'exerçait le serrage qu'en laissant tout à fait flottantes les parties du corset qui n'étaient pais serrées, et, par suite, en enlevant tout soutien au corps, dans les parties non serrées. Mon invention remédie à ces inconvénients, car le serrage du corset ne s'exerce que' sur la longueur absolument nécessaire, et, cependant, les parties qui ne sont pas serrées restent appliquées sur le corps, avec une élasticité suffisante pour laisser toute liberté aux organes.

Et pour que mon invention soit bien comprise, je vais l'exposer en détail en me référant au dessin annexé qui représente, vu de derrière, un corset muni de mon perfectionnement.

Le corset est lacé dans le dos. Le lacet a ne court pas sur toute la hauteur, mais il intéresse seulement la longueur de la taille. Les extrémités supérieure et inférieure des deux bords b du corset se trouvent donc libres. Pour que, néanmoins, le corset reste appliqué sur la poitrine et sur lea hanches, je réunis les parties libres des bords du corset par des liens élastiques. Au dessin annexé, on a représenté en haut et en bas des liens formés de deux rubans élastiques d, d1, croisés. Ainsi qu'il a été expliqué ci-dessus, le corset se trouve donc uniquement serré à la taille, et, tout en laissant un jeu, absolument libre aux hanches et à la poitrine, il reste cependant appliqué contre elles, grâce aux liens élastiques d, 'di. Ces liens doivent naturellement, être assez extensibles pour qu'ils ne s'opposent pas à la fermeture du corset.

Le but du corset de Mme Eugénie Lauclair breveté au mois d'avril 1901 est de maintenir les formes de la femme, de soutenir les organes, d'en combattre la ptôse, comme la laxité des téguments externes, sans gêner les importantes fonctions de la digestion et de la respiration. Il doit aussi fournir un point d'appui aux vêtements.

Il présente les caractéristiques suivantes :

1° Le corset est très long, il enserre les hanches, descend en avant jusqu'au niveau du pubis.

Il se termine en bas par une partie en étoffe inextensible matelassée, même baleinée, formant ceinture et destinée à maintenir et même à relever les parois et les organes abdominaux.

A noter que cette ceinture fait partie intégrante du corset et que sa forme et sa rigidité varient suivant l'importance des parties à soutenir.

L'avantage de ce corset faisant en même temps office de ceinture 'hypogastrique, c'est de maintenir en place normale des organes non soutenus naturellement sans les relever de façon à gêner les autres et sans déformer la femme. 2° Le corset est maintenu en bas par de fortes jarretelles, de façon à prendre son point d'appui sur le bassin.

3° Il est lacé en arrière et même lacé en deux fractions indépendantes. La fraction inférieure peut être très serrée pour prévenir la ptôse de l'abdomen, jusqu'au niveau de l'ombilic ; la fraction supérieure l'être beaucoup moins pour laisser plus de jeu au thorax et à l'estomac.

Fig. 122. — Corset Lauclair vu de face.

4° Le baleinage est solidement établi sur les côtés et dans le dos et supprimé en avant pour maintenir les goussets destinés à loger les seins. Le buse est supprimé et remplacé par des boutons sur la ligne médiane, en avant il peut être également remplacé par tout autre mode d'attache.

De cette façon, aucune partie métallique, aucun corps dur ne peut blesser, comprimer ou troubler dans leur fonctionnement les organes internes, aux parties molles correspond une gaine d'étoffe, aux parties dures un tissu baleiné. 5° Un large segment de tissu élastique est interposé des deux côtés en avant, de façon à laisser un libre jeu aux organes thoraciques et abdominaux, sa forme et son étendue varie suivant la conformation ot l'état pathologique de la femme.

Fig. 123. — Corset Lauclair vu de profil.

Il est terminé à la partie supérieure par une bordure d'étoffe plus ou moins large suivant le poids des seins.

M. Julius Lindauer, au mois de septembre de la même année, réalise un corset hygiénique par son modèle, dit corset Sanakor, il parle en ces termes de son invention :

On sait que jusqu'à présent, dans les, corsets ordinaires le buse s'étend généralement sur toute la région stomacale où il occasionne une pression nuisible reconnue par tout le monde. Pour obvier à cet inconvénient, on a employé des corsets-ceintures, mais ceux-ci ne remplissaient pas le but du corset, qui était de soutenir la poitrine en même temps que la taille et le vendre. On est alors arrivé à supprimer partiellement l'inconvénient de ces ceintures en y ajoutant un porte-buste reposant sur les épaules «au moyen de bretelles ou rubans, mais ces porte-bustes fatiguent les épaules et le dos et remplacent d'une façon très imparfaite le corset à cause de leur manque de rigidité,

Fig 1
Fig. 124. — Vue intérieure développée d'un corset Sanakor.

Le corset, qui fait l'objet de mon invention, obvie à tous ces inconvénients et présente, au point de vue de l'élégance, tous les avantages des autres corsets.

Il est caractérisé par le fait que la partie qui forme le devant n'est qu'une ceinture munie d'un buse et non baleinée, qui ne dépasse pas la région stomacale laissant ainsi l'estomac et les voies respiratoires absolument libres, tandis que tout le reste affecte la forme d'un corset baleiné dans toute sa hauteur et entièrement ouvert sur le devant.

En me référant aux figures qui représentent un modèle de corset avec laçage par devant, on voit que mon corset est formé par deux parties essentielles, l'une A, entourant tout le corps excepté dans sa partie antérieure, et l'autre B recouvrant seulement le ventre jusqu'à la hauteur de la région stomacale. Ces deux parties sont réunies par un laçage qui sert en même temps à régler l'ajustage du corset. La partie A, est baleinée dans toute sa hauteur, comme un corset ordinaire, tandis que la partie B est seulement munie d'un buse et n'est pas baleinée, excepté le long des
Fig. II

Fig. 125. — Deux modèles de corset Sanakor vus de face; l'un lacé devant, l'autre lacé dans le dos.

Fig. V

Fig. 125. — Deux modèles de corset Sanakor vus de face; l'un lacé devant, l'autre lacé dans le dos.

Fig. 125. — Deux modèles de corset Sanakor vus de face; l'un lacé devant, l'autre lacé dans le dos.
œillets. Cette partie qui affecte une forme allant en s'évasant vers le bas, comme on le voit au dessin, est constituée par deux pièces symétriques qui forment les bords libres du corset et qui se réunissent par agrafage comme tous les corsets.

Pour permettre au corset de bien soutenir la poitrine tout en laissant complètement découvert le creux de l'estomac et le devant du haut du buste, les baleines sont placées obliquement comme on le voit en a, de manière à ramener la poitrine en avant et lui donner tout le soutien nécessaire sans gêner en aucune façon les mouvements respiratoires.

Le laçage du corset peut se faire sur le devant ou par derrière. A la fig. 125, j'ai représenté un corset se laçant par devant. Dans ce cas, la partie B est indépendante de la

Fig. 126. — Corset Davin

partie A et est réunie à celle-ci par un laçage b b de chaque côté, et le dos du corset est entièrement fermé. Les deux pièces A et B sont réunies en outre par une bande élastique C placée à l'extérieur ou à l'intérieur. Mais il va de soi que l'on peut, si on le désire, ajouter un troisième laçage sur le dos pour avoir plus de latitude dans l'ajustage du corset. A la fig. 125 à droite, j'ai représenté un corset perfectionné fait pour être lacé seulement par derrière. Dans ce cas, la partie B est cousue à la partie A au lieu d'y être rattachée par un laçage.

Peu après, au mois d'octobre, Mme Davin, fabriquait un corset droit à ceinture ventrière ajustable, amincissant et maintenant le ventre sans épaissir la taille.

L'invention consiste essentiellement à laisser la ceinture souple, c'est-à-dire non baleinée et à prévoir, de chaque côté du buse de fermeture du corset, sur le devant, une longue incision, dont les bords munis d'œillets, peuvent être plus ou moins rapprochés ou écartés au moyen d'un laçage, de façon à permettre de serrer ou desserrer la partie formant ceinture, prenant le ventre et les hanches.

L'action de maintien et de contention de la ceinture est aidée par des jarretelles de devant et des jarretelles de hanche qui tiennent la ceinture en place.

Fig. 127. — Corset à ceinture ventrière étendu à plat

L'année suivante, en juillet 1902, Mi. Bayle fait breveter un corset à membrane abdominale libre ayant pour objet de maintenir la masse intestinale en la soutenant de bas en haut par un dispositif spécial (fig. 128 (1 et 2) faisant office de membrane encadrant l'abdomen.

A cet effet, la partie de devant du nouveau corset se trouve être détachée en A et B, pour laisser toute amplitude et le serrage ou contention s'opère par l'effet de deux pattes faisant corps avec ledit corset, baleinées ou non, se joignant par une laçure à œillets, broches, agrafes ou tout autre système équivalent.

Le serrage peut être indépendant sur le devant, c'est-à-dire s'opérer avec un seul lacet rapprochant les deux parties G D (type 2, fig. 128) ou bien obtenu avec le même
Fig. 128. — Corset Bayle.
lacet qui sert à serrer le dos (types 3 et 3 bis, fig. 129) de façon à >ce que le point de résistance au serrage soit porté sur les os iliaques compressibles sans danger et sans léser aucun organe essentiel. En ce cas, mon corset sera seulement ouvert en V dans le dos jusqu'à près de la moitié de sa hauteur, la partie
Fig. 129. — Corset Bayle.
inférieure s'appuyant sur la base de la colonne vertébrale sera rendue extensible en largeur par la présence d'une partie du tissu élastique A, B (figure 129 (type 3).

On comprend qu'avec ce nouveau, dispositif le serrage soit rationnel et proportionné puisqu'il agit directement en s'appuyant sur l'ossature même, latéralement pour maintenir les seins et de bas en haut pour l'abdomen ainsi qu'il est montré fig. 130 (type 4). De cette façon la masse intestinale au lieu d'être refoulée vers la matrice par le serrage dorsal simple, comprimant les organes de gestation, si délicats chez la femme, se trouve soutenue et remontée pour ainsi dire, sans aucune fatigue, à tel point que le corset de mon invention par son mode de serrage pourra servir jusqu'au terme extrême de la grossesse, puisque le ventre se trouvera sous la partie libre G (fig. 128) et ne sera comprimé que suivant le désir de la personne qui le porte à l'aide des parties C D (fig. 128), il pourra aussi bien servir à la contention des hernies (ombilicales, je suppose) ou remplacer avantageusement les ceintures abdominales.

Fig. 130. — Corset à membrane abdominale

Je me réserve de changer la forme de ces pattes et leur nombre suivant la masse intestinale à maintenir ; il pourra être de trois par exemple avec une double laçure, comme il est indiqué figure 130, type 5.

Le corset de la maison Notelle, non seulement est fait pour maintenir les organes abdominaux mais pour les relever en même temps — d'où son nom de corset à compression abdominale ascendante — au moyen de la traction opérée par des rubans, pièces en tissu ou lacets attachés au bas du corset.

Ces rubans, pièces en tissu ou lacets sont rabattus sur l'envers du corset et ramenés ensuite à l'extérieur en faisant passer leurs extrémités supérieures par des ouvertures pratiquées à cet effet dans le corset ; l'extrémité supérieure de ces rubans, pièces en tissu, ou lacets est fixée au corset par un moyen quelconque boucles, agrafes, boutons, nœuds. La traction opérée doit appliquer le bas du corset contre la partie inférieure de l'abdomen en la poussant de bas en haut.

Ce maintien des organes abdominaux est encore réalisé par deux-types de corset, le corset-ceinture du Dr Genevet et le corset sangle Lamarre.

Le corset du Dr Genevet est une réunion du corset thoracique et de la ceinture abdominale.

M. E. Léoty en donne la description suivante :

Fig. 131. — Corset-ceinture Genevet.

Ce corset-ceinture est muni à sa base d'une vraie ceinture abdominale. Cette dernière ne peut donc pas remonter, ni se déplacer, comme elles le font toutes d'habitude, plus ou moins, et n'empêche pas le corset d'aller, puisqu'elle fait corps avec lui.

Le bas, sur le devant du corset, est remplacé par la ceinture dans toutes les parties abdominales ; sur les côtés, cette ceinture est absolument indépendante et se fixe derrière par un système de pattes et de boucles formant mouffle. De cette façon, elle ne peut se déplacer et rend absolument tous les services de la ceinture ordinaire, sans en avoir les inconvénients signalés plus haut, c'est-à-dire que non seulement cette ceinture ne se déplace pas, mais elle n'a pas besoin, pour rester en place, de ces affreux et incommodes sous-cuisses qui donnent toujours à la personne les portant, l'allure d'une personne blessée et qui sont souvent cause d'inflammations.

Le corset-sangle Lamarre, dit son inventeur, ne permet pas de comprimer la base du thorax ; il ne touche même pas la région épigastrique. Il pourrait s'appeler presque anticorset. Cet appareil prend son point d'appui sur les hanches, fait supporter le poids des jupes par les os du bassin et empêche la ceinture de ces vêtements de comprimer la région épigastrique.

En outre par sa. forme même, et surtout par la sangle, élastique, que l'on y ajoute, il tend à remonter les viscères abdominaux dont il supporte le poids.

Fig. 132 — Corset-sangle Lamarre.

On a déjà tenté, ajoute M. Lamarre dans une lettre qu'il m'adresse, d'obtenir une partie de ces résultats, mais, les ceintures abdominales dénommées à tort corsets-bas ne sont pas des corsets. Elles ne montent pas assez pour soutenir les seins, et ne permettent pas l'usage de vêtements ajustés ; elles se déforment rapidement à l'usage par défaut même de leur fabrication ; elles comportent un buse court qui devient une gêne dans certains mouvements, et qui comprime certains; organes abdominaux, et arrivent à produire de sérieux désordres.

Mon corset sangle se compose de deux parties bien distinctes.

1° Le tissu, 2° les laçures d'acier (baleines). Le tissu, coutil ou autre étoffe ,est coupé en pièces dont la forme et le sens varient suivant la conformation de la personne appelée à le porter.

Les pièces réunies forment un objet de lingerie qui peut être facilement, lavé si on sépare les laçures d'acier.

Fig. 133. — Corset-sangle fermé

Celles-ci, y sont fixées, par une disposition spéciale et nouvelle, qui permet de les enlever et de les replacer sans difficulté. La face interne du corset porte, à cet effet, des gaines d'étoffe, dont chacune correspond à une laçure. — Ces gaines sont incomplètes, c'est-à-dire qu'elles sont ouvertes, ou interrompues dans leur partie moyenne ; elles sont solidement fermées à leurs parties

Fig. 134. — Sangle Lamarre.

terminales. On y introduit facilement les extrémités de la laçures d'abord! dans la partie inférieure, qui est la plus longue, puis dans la 'partie supérieure, en la faisant glisser dans la partie ouverte vers l'extrémité fermée. Les laçures sont en nombre variable, suivant les cas (environ 20 à 22 de différentes longueurs). Il n'y a aucun buse sur le devant.

Le corset Lamarre peut se porter sans la sangle ou avec la sangle (cette dernière façon est la plus recommandée). Sans bretelles ou avec bretelles (ce dernier genre n'exclut pas la sangle).

En décembre 1902, fut publié le brevet de Mme Feramus, pour un corset dit corset de l'Académie.

Fig. 135. — Corset' dit de l'Académie.

La nouvelle disposition de ce corset lui donne certains avantages au point de vue de la santé de la femme, tout en lui laissant la forme désirée par la mode actuelle, c'est-à-dire aplatissement du ventre, dégagement de la région thoracique et des hanches.

Par sa fermeture unique antérieure, en forme de V, qui supprime le buse au niveau du diaphragme (creux épigastrique), ce corset facilite les mouvements de ce muscle (si indispensables pour la respiration), dégage la région du pylore, de l'estomac et du foie et le rend par ce fait, précieux toutes les fois qu'il y a maladie ou sensibilité anormale de ces organes.

Dans la partie supérieure de cette fermeture (comme l'indique le dessin) des bandes élastiques superposées de moitié et cousues les unes aux autres permettent par leur souplesse et leur mobilité tous les mouvements de la respiration et empêchent le corset de gêner en aucune façon la fonction des poumons.

Fig. 136. — Corset Féramus

Les deux parties de l'extrémité inférieure du buse sont armées de petits anneaux dans lesquels un lacet passera pour permettre d'amincir la taille en prenant point d'appui sur la colonne vertébrale et en maintenant la. paroi abdominale. L'intestin est donc maintenu à sa place et, par conséquent, les reins, l'estomac et le foie ne peuvent s'abaisser et la compression de tous les organes contenus dans le bassin est absolument évitée.

Je n'aurais garde de ne pas citer ici, puisque je viens de parler d'un corset à fermeture antérieure, le nom de M. Guillot, et de ne pas reproduire le texte de celui de ses brevets publié en novembre 1902.

Les perfectionnements que j'ai apportés, dit-il, à la confection des corsets et notamment à celui pour lequel j'ai bus un brevet le 3 octobre 1899, ont pour but (en outre des avantages décrits dans ce premier brevet).

Premièrement d'amincir les hanches par la suppression de la pièce ronde de côté.

Fig. 137. — Corset avec deux laçures antérieures

Deuxièmement d'éviter que le baleinage des laçures vienne tomber dans les seins, à cet effet, il existe à la partie supérieure du corset deux pattes b en forme de fichu, rapportées ou non, sans baleine qui permettent simplement de soutenir la poitrine et de serrer plus ou moins.

Troisièmement, j'ai complété ma ceinture médicale faisant corps avec ledit corset) en lui donnant une nouvelle forme et en ajoutant derrière deux petites pattes c avec agrafes et œillets ou n'importe quel autre dispositif d'agrafage, pour permettre à la femme de se serrer à volonté et de bien lui relever le ventre tout en le dissimulant ; ces pattes c peuvent être cousues à la pièce d'étoffe formant ceinture ou adaptées par tous les moyens convenables ; par l'adaptation de ces deux pattes qui sera faite à volonté selon la conformation de la femme, je remplace avec avantage la ceinture orthopédique qui fait généralement souffrir la femme.

Fig. 138. — Corset Guillot (variante du corset dit « corset-mystère »).

J'ai représenté sur le dessin joint à la présente demande de brevet mon corset perfectionné.

La figure 138 est une vue en perspective :

La figure 139 montre à plat le corset développé :

Fig. 139. — Le même corset développé.

Dans le but d'amincir le plus possible les hanches, j'ai représenté figure 139 une variante de mon. corset perfectionné dit « corset mystère » dans lequel, la partie des hanches est entaillée et remplacée par une pièce de tricot E ou tout autre tissu léger ayant la même élasticité, laquelle épousera n'importe quelle forme et sera baleinée ou non suivant la conformation de la femme ; cette pièce pourra passer sur le dos, dans ce cas, en remplacement des pattes de derrière G, je me réserve de lacer le tricot ou d'employer tout autre système d'attache approprié pour cet usage ; je me réserve en outre de faire descendre le tricot plus bas, de manière à former des jambières qui pourront servir de maillot, pour bien maintenir le corset.

Fig. 140. — Corset Fedra maintenu fermé par des épaulettes

Ayant ainsi décrit les perfectionnements que j'ai apportés à la confection des corsets, il sera bien compris que je me réserve de baleiner jusqu'en haut et de donner n'importe quelle forme aux pattes de derrière selon la conformation de la femme.

En résumé, je revendique : Les perfectionnements ci-dessus décrits que j'ai apportés à la confection des corsets caractérisés en ce que : la partie supérieure à l'endroit des seins n'est pas baleinée et est munie de deux pattes en forme de fichu pour soutenir la poitrine ; la pièce de côté est supprimée dans le but
Fig. 141. — Légende : a, ceinture ; d, barrette postérieure ; e, bretelles externes; f, bretelles internes.

d'amincir davantage les hanches. Je revendique également l'application des pattes de derrière en combinaison avec la ceinture médicale faisant corps avec le corset et remplaçant la ceinture orthopédique.

Fig. 142. — Légende: a, ceinture; b, double barrette d'en bas; c, barrette antérieure d'en haut; e, bretelles externes; f, bretelles internes; i, coussinets.

Le tout dans son ensemble constituant un modèle nouveau. Afin de laisser toute liberté au fonctionnement des poumons, de l'estomac et des intestins, tout en maintenant l'abdomen et tout en soutenant les seins on a créé des dispositifs tels que l'appareil de soutien thoracique destiné aux seins est complètement séparé de l'appareil de soutien abdominal, de telle sorte que le soutien gorge peut même être employé seul.

Je mentionnerai dans cet ordre d'idées :

Le modèle du Dr A. Aubeau, et dont l'auteur expose les avantages dans une très intéressante étude sur les stigmates de la maternité, publiée en janvier 1902 dans la Clinique générale de chirurgie :

Le corselet de Mme le Docteur de Griniewitch (fig. 141, 142) :

Fig. 143. — a, b, goussets: f, g, côtés en élastique réunissant les goussets aux épaulières; h, k, m, baleines.

« Ce nouvel article de vêtement, baptisé Callimaste (du grec, beauté des seins), a pour but de soutenir d'une façon hygiénique les seins. Il est le complément naturel de toute espèce de corset bas qui, construit en vue de rendre la liberté à l'estomac et aux poumons, ne remonte pas assez haut pour pouvoir soutenir les mamelles.

En retenant les seins, ce corselet laisse en dehors de toute pression les mamelons, qui si fréquemment, avec les corsets ordinaires, comme avec les diverses espèces de brassières, qu'on rencontre dans le commerce, sont comprimés, refoulés sur eux-mêmes et atrophiés. Son emploi se recommande donc particulièrement dans tous les cas où la glande mammaire se trouve très développée, soit pour cause de grossesse ou d'allaitement, soit par complexion naturelle. »

La ceinture-corselet de Mlle Bergerat essentiellement caractérisée par la combinaison de deux goussets de forme triangulaire avec une ceinture qui embrasse la base, de la poitrine immédiatement au-dessous des seins.

Et enfin le corselet-gorge de Mme Cadolle et dont les figures ci-jointes donnent une idée très nette (fig. 143, 144).

Fig. 144. — d, e, épaulières; o, o’, baleines.

Ces modèles de corsets et de corselets dont je viens de donner la description et la reproduction sont des appareils destinés à vêtir la femme normale, mais ne sauraient convenir sans modifications aux femmes dans certains cas d'affection de l'estomac, de l'intestin et surtout des organes génitaux, non plus qu'aux femmes en état de grossesse.

Sans m'attarder à décrire ici les corsets faits pour des femmes dont l'abdomen présentait des déplacements d'organes, où était le siège de kystes, tumeurs, etc. (car, chaque cas pathologique nécessitant un appareil spécial, je serais-obligé tout en étant incomplet, de décrire un très grand nombre de types, travail à la fois insuffisant et fastidieux) je parlerai avec quelque soin de la ceinture spéciale dite sangle de Glénard.

« Cette ceinture se distingue de toutes celles qui ont été préconisées avant elle par son extrême simplicité, par la fermeté de son tissu élastique, par sa forme de sangle, c'est-à-dire de bande plate à axe rectiligne et à bords parallèles, par son mode d'application. Au lieu de passer

Fig. 145. — Ceinture abdominale, vue de profil.

tout entière au-dessus des hanches comme presque toutes les ceintures, la sangle de Glénard les embrasse largement et prend sur elles leur point d'appui. C'est pour bien indiquer cette application de l'appareil contentif sur le bassin, que l'auteur a proposé la dénomination de sangle pelvienne. »

Elle se compose d'une bande droite de tissu élastique de 14 centimètres de large et de 68 à 75 centimètres de long qui se termine en arrière d'une part par trois bandelettes

Fig. 146. — Ceinture abdominale, vue de lace.

de tissu non élastique de 4 centimètres et demi de large, et de l'autre par trois boucles. La sangle doit être appliquée juste au-dessus du pubis et assez bas pour qu'après avoir contourné la région pelvi trochantérienne, son bord supérieur ne dépasse pas la crête iliaque de plus de deux travers de doigt. Le bord supérieur de la sangle doit dépasser l'épine et la crête iliaque afin que ce rebord osseux servant de poulie de renvoi, l'action de relever l'hypogastre soit ainsi combinée avec l'action compressive de la sangle. Chaque bandelette de la ceinture, dit Glenard, est bouclée isolément sur le malade, en commençant par l'inférieure et la constriction sera poussée jusqu'à la limite d'élasticité du tissu. Cette constriction est très généralement différente pour les trois bandelettes et c'est là à côté de sa forme plane et à bords parallèles, un des traits les plus caractéristiques en même temps qu'une puissante cause d'efficacité de la sangle pelvienne que cette indépendance de constriction de ses bords supérieur et inférieur.

Fig. 147 Principe de la sangle pelvienne du Dr Glénard (Lyon médical 1885).

Pour assurer la fixité de la sangle dans la zone où on l'a placée, il est indispensable de la retenir à l'aide de sous-cuisses.

Si j'ai insisté sur la sangle de Glénard c'est que le Dr Glénard peut être considéré comme l'un des principaux auteurs de la transformation de l'ancienne mode en la mode actuelle et que son appareil répondant parfaitement à la double indication de soutenir et de relever le ventre, tous les corsetiers se sont plus ou moins recommandés de cette invention pour créer ou prôner certains de leurs modèles les plus récents, et parmi eux, quelques-uns de ceux que j'ai décrits, précédemment.

Au début même la sangle de Glénard fut adaptée purement et simplement au corset, et même à un corset cambré, ainsi qu'il résulte des lignes suivantes que m'a communiquées M. Abadie Léotard en y joignant les clichés qui s'y rapportent. « Pour notre part, c'est un devoir de le reconnaître, nous avions présents à l'esprit les préceptes et les leçons du Dr Glénard, quand pour la première fois, en juin 1886, nous appliquâmes au bas du corset une bande élastique selon le principe de la sangle pelvienne (fig. 147).

De persistantes recherches nous ont amené Mme Abadie-Léotard et moi à créer d'abord le corset Colibri en rubans et enfin le corset Ligne.

C'est en 1889, qu'à la suite des applications si heureuses que nous fîmes de la sangle de Glénard, au bas du corset que généralisant cette première ébauche nous créâmes le corset curviligne, puis le corset ligne.

Fig. 148. — Corset cambré devant avec application du principe de la sangle pelvienne.

Il nous fallut d'abord faire abandonner le corset cambré, pour cela nos clientes acceptèrent de porter des corsets dont le buse était droit devant et qui surtout descendait plus au-devant de l'abdomen, tendant à l'envelopper et à devenir ainsi de véritables corsets abdomino-thoraciques.

Ce perfectionnement incomplet marque cependant l'extrême limite des concessions que quelques dames voulaient faire à l'hygiène.

C'est en 1898 que la forme et l'aspect définitif du corset ligne furent enfin fixés.

Si nous pouvons à bon droit revendiquer une part dans l'heureuse réforme du corset, nous nous faisons un plaisir de reconnaître que nos confrères ont lutté pour la même cause. Le corset ligne s'adapte à la paroi abdominale qui est presque rectiligne grâce à la rectitude absolue de son buse et de tout son devant, la cambrure antérieure de l'ancien corset est délibérément et complètement abandonnée. Non seulement le buse est droit, mais aussi les pièces d'étoffes juxtaposées.

D'autre part, le buse en raison de la forme du corset et de son mode de serrage ne peut exercer aucune compression par la partie supérieure, cela lui permet sans incon-
Fig. 149. — Le corset curviligne droit devant.
vénient de remonter juste assez haut pour maintenir la partie supérieure du corset sur laquelle les seins peuvent se reposer, quand ce soutien est nécessaire, de la sorte la gorge n'est jamais surélevée comme avec le corset cambré.

En bas le buse du corset ligne descend ainsi que les pièces du devant du corset jusqu'au bord supérieur du pubis, toute la paroi abdominale est donc enveloppée d'une forte doublure, d'une sangle agissant comme celle du Dr Glénard et c'est pourquoi j'ai supprimé au bas du corset ligne actuel qui n'en a pas besoin, la ceinture abdominale du corset de 1886 déjà diminuée sur le modèle de 1889.

En haut et en arrière, le corset ligne monte assez haut pour que la femme se sente légèrement maintenue en se rejetant en arrière.

Sur les côtés le corset ligne suit d'une façon précise les contours normaux, c'est pourquoi il se trouve amené à modifier la forme et la place de la taille. La taille n'est pas toujours augmentée, mais elle est toujours abaissée, en effet, tandis qu'avec le corset cambré elle se trouvait à six centimètres au-dessus des crêtes iliaques, avec le corset ligne elle se trouve seulement à trois centimètres.

Fig. 150. — Le Corset-Ligne.

Enfin un mode de serrage (et M. Abadie-Léotard le décrit avec grand soin dans son travail Le bon corset) résoud le difficile problème, de serrer, non seulement sans dommage, mais encore en produisant des effets utiles. Ce serrage se fait en deux temps, le premier fixe la. partie inférieure du corset autour de la ceinture pelvienne et agissant comme une ceinture hypogastrique, contribue particulièrement au maintien des organes.

Fig. 151. — Le laçage oblique.

Le deuxième temps applique simplement la partie supérieure du corset le long du buste. »

La sangle de Glénard aussitôt, trouvée fut mise de suite dans le domaine public, créée d'abord en vue de soutenir les ventres malades, principalement ceux atteints d'entéroptose, c'est-à-dire de chute de la masse intestinale, elle fut appliquée, ou du moins son principe fut appliqué par les corsetiers, même aux corsets destinés à habiller des femmes en bonne santé et bien faites, car la loi actuelle de la mode veut que la saillie abdominale, même de dimensions normales soit réduite à sa plus simple expression. C'est ainsi qu'une importante maison de corsets de Paris présente parmi différents types un modèle dont le tissu est fait de soie et de caoutchouc (à raison de sept fils de soie pour un de caoutchouc) et qui porte un nom caractéristiquedes tendances actuelles désireuses d'allier l'élégance et l'hygiène : corset expansible antiptosique.

Fig. 152. — Corps pour les femmes enceintes se laçant sur les deux côtés (Encyclopédie de Diderot).

Fig. 153. — Corset de grossesse, par Rainal.

L'on ne s'étonnera donc pas que les corsetiers qui ont créé tant de types différents pour revêtir la femme plus ou moins bien constituée se soient ingéniés à créer des corsets spéciaux pour la femme enceinte. Ce type particulier n'est certes pas nouveau, c'est le corset dit corset de grossesse.

Fig. 154. — Corset de grossesse vu de côté

Les corsets de grossesse présentés par les fabricants modernes ne constituent pas toujours une création nouvelle, car ils ne sont parfois qu'une simple modification du type vendu couramment pour la femme qui n'est pas en état de gestation, je ne les décrirai donc pas spécialement, je me contenterai seulement de reproduire ici quelques figures de corsets de grossesse suffisamment nettes pour que le lecteur puisse juger de leur originalité.

En 1826, pour maintenir la forme des mamelons pendant la grossesse Dewees recommande de pratiquer de chaque côté du corset une ouverture qui, disait-il, donne aux mamelons un point d'appui vers leur base et toute liberté de s'allonger.

C'est en raison de cette augmentation du volume des glandes mammaires et des nécessités de l'allaitement que l'on a fait des corsets spéciaux pour nourrices, permettant aux femmes de découvrir leur sein afin de le présenter facilement à leurs enfants.

Quant aux corsets pour enfants ce sont ou des brassières plus ou moins baleinées, ou des corsets coupés comme ceux des adultes mais d'une rigidité moindre.

Je ne saurais décrire cette troisième période de l'histoire du corset sans parler des matières premières servant à sa confection.

Les principales matières sont les coutils de Flers et d'Evreux ; les coutils doublures de Lille, de Commines (Nord) et de Rouen ; les soieries de Lyon ; les tissus de laine de Bradford, de Roubaix, de Guise, d'Amiens ; les

Fig. 155. — Le Peri-Corset pour femmes enceintes.

satins de coton de Manchester et des Vosges ; les tulles de Caudry ; les broderies de Saint-Quentin et des Vosges ; les dentelles de Nottingham et de Calais ; les rubans, les lacets et les galons de Saint-Etienne ; les rubans et sergés de coton de Commines et de Normandie, les cotons, fils et soies à coudre, à broder et à éventailler de Lille et de Paris ; les peluches d'Amiens ; les valenciennes ; les buses, les ressorts ; les œillets et agrafes ; la baleine corne de Paris ; la, baleine véritable travaillée soit à Paris, soit en Allemagne, etc.

Ce sur quoi je désire surtout attirer l'attention en cet endroit de la période médicale de l'histoire du corset, c'est sur les modèles de quelques inventeurs qui, toujours dans un intérêt hygiénique ont voulu sortir des sentiers battus et utiliser des matières premières que l'on peut parfois s'étonner de trouver dans la constitution d'un corset (naturellement, je ne dirai plus rien des corsets en tissu plus ou moins caoutchouté).

C'est ainsi qu'en août 1887, un brevet Roberti est pris pour un corset en grillage métallique, et qu'en janvier 1888 le corset Bonneval d'Abrigeon se proclame hygiénique « car aux divers tissus employés, dit l'auteur, a été ajoutée une mince membrane d'amiante poreux déposée

Fig. 156. — Corset de grossesse, modèle Barreiros.

entre les étoffes, retenue par des piqûres et des œillets, ventouses permettant à l'air chaud dégagé par la partie thoracique de se renouveler plus facilement et d'amincir le tronc du corps qui est l'enveloppe essentielle des organes respiratoires, c'est pourquoi ce corset est appelé corset compensateur à l'amiante poreux, il permet à la transsudation de s'effectuer plus librement au dehors, préservant ainsi plus facilement des brusques variations de la température, il empêche la compression des côtes ; par la propriété absorbante de l'amiante, il facilite le trop abondant dégagement de chaleur qui s'échappe par les ventouses, enfin il n'offre aucun bourrelet dur et gênant sur le buste, il y a donc une amélioration apportée dans cette partie du vêtement qui constitue un progrès et un grand avantage dans l'intérêt de l'hygiène ».

En 1889 la société Meiffre Neveu et Cie fabrique un corset hygiénique avec le tissu gaze en soie déjà employé pour garnir les bluteries et les tamis.

En 1891 paraît le dynamo-corset, « une des plus heureuses applications de l'électricité et de la métallothérapie, pour combattre l'obésité et le développement du ventre, des hanches et de la poitrine qui en sont la conséquence ! »

Fig. 157. — La Vierge, par Jean Fouquet (Musée d'Anvers).

Ai-je besoin de dire que c'est l'inventeur qui parle, il continue comme suit, décrivant son invention: c'est un corset ordinaire à l'intérieur duquel se trouve des garnitures dynamoplastiques qui constituent des réservoirs inépuisables de fluide électrique (!) lequel se développe d'une façon toute naturelle par suite de la chaleur du corps et de la moiteur de la peau lorsque les garnitures sont en contact avec elles ; il agit d'une façon douce sur la graisse accumulée dans l'organisme en facilitant la circulation du sang. Je veux croire l'inventeur convaincu de l'excellence thérapeutique de son corset et lui souhaite beaucoup de commandes, ainsi qu'au créateur de l'électric corselet Vénus du Dr de la Touche qui chante ainsi son modèle. « Ce corselet est fait de deux minces couches de feutre entre lesquelles sont incorporés différents métaux, dont les petites parcelles constituent de véritables couples voltaïques. Sous l'influence de la moiteur de la peau, ces agents métalliques produisent de faibles courants électriques, qui ont une action bienfaisante sur la peau et secondement sur la gorge entière.

Il est absolument irréfutable, en principe, que les courants électriques ont pour effet de fortifier les tissus de la chair ; un muscle atrophié reprend de la vigueur et de la fermeté sous l'influence du courant ; ceci est un fait certain.

En portant ce corselet quelques heures à leur lever, avant de terminer leur toilette, les femmes remplaceront avantageusement les bienfaisantes applications électriques car vous n'êtes pas sans savoir qu'elles sont du domaine médical,qu'elles demandent une certaine pratique, et que bien des femmes emportées par le torrent des occupations journalières, ne trouveraient pas le temps de les pratiquer. » C'est pourquoi le Dr de la Touche a appelé ce corselet : Conservateur de la Beauté.

Plus près de nous, en 1893, M. Warzée propose l'intercalation d'une feuille d'étain, d'aluminium ou de tout autre métal dans les corsets dans le but d'intercepter toute transpiration ou humidité, et plus récemment encore en 1898, M. Petit fils, crée un corset fait d'une série de fils d'acier ou de laiton enroulés en ressort.

J'arrête ici cette courte revue, elle suffit à témoigner de la richesse imaginative de nos inventeurs, je veux terminer en consacrant quelques lignes au mode de fixation du corset moderne dit droit devant.

En décrivant la sangle de Glénard, j'ai dit qu'elle devait être maintenue par des sous-cuisses ; il faut empêcher en effet cette ceinture de remonter ; il en est de même, du corset et c'est pourquoi l'on a inventé différents appareils de fixation de corset.

Le moyen le plus répandu actuellement c'est l'emploi des jarretelles qui fixées d'une part à la partie antérieure du corset, de l'autre au bas par des agrafes ou des systèmes variés, ont à la fois l'avantage d'empêcher le corset de remonter, celui de tenir le bas tendu, celui de supprimer la jarretière gênante pour la circulation du sang dans les membres inférieurs et celui d'aider, de compléter le mode d'action de la partie inférieure du corset qui appuie sur l'abdomen dont on veut effacer la saillie.

Nombre d'élégantes même écrasent la saillie de leurs hanches, surtout lorsqu'elles présentent une surcharge graisseuse au moyen d'une seconde paire de jarretelles placées latéralement.

Les jarretelles étant le plus souvent fort tendues — le Docteur Lücke les a même accusées non sans exagération de provoquer de la courbure des membres inférieurs — il en résulte parfois une certaine gêne pour la femme. Pour supprimer cette gêne, plusieurs systèmes de fixation du corset ont été préconisés, je citerai celui de M. Wagner, consistant en deux bandes (a) et (b) en tissu élastique, fixées l'une à l'autre en (c) par une couture ou par tout autre mode de fixation approprié.

FIG.2. Fig. 158. — Le système Wagner pour fixer le corset. Grâce à cette fixation en (c), les deux bandes (a) et (b) sont croisées près de l'une de leurs extrémités.

Ces bandes (a) et (b) sont terminées à chacune de leurs extrémités par des anneaux (d),(d) (d’) (d’).

Les anneaux (d) (d) viennent se fixer en avant du corset dans des crochets ou agrafes disposés à cet endroit pour les recevoir.

Les anneaux (d’) (d’) viennent au contraire, se fixer sur les côtés du corset vers l'arrière et les bandes entourent alors les cuisses, empêchant ainsi le corset de remonter.

Grâce à l'élasticité dos bandes (a)(b), l'emploi de ce système pour empêcher le corset de remonter ne procure aucune gêne à la personne qui le porte. Le système Oliver lancé en mars 1903 procède d'une idée analogue, le corset est maintenu étroitement appliqué sur l'abdomen par une bande qui, pour chaque côté, est fixée à la partie inférieure du corset et vient entourer la cuisse du côté correspondant.

L'appareil Butler qui date de 1902 maintenait le corset par une combinaison de jarretelles et de sous-cuisses.

Fig. 159. — Sous-cuisse double à jarretelles

Quoiqu'il en soit de l'ingéniosité de ces systèmes, les jarretelles comme appareil simple et bon marché constituent le mode de fixation du corset adopté par la grande majorité des femmes tout au moins pour celui de leur modèle de corset qu'elles portent d'une façon habituelle.

C'est qu'en effet si j'ai décrit plusieurs types de corsets, si je me suis arrêté longuement sur quelques types de corsets droits, j'ai toujours eu en vue le corset ordinaire pour la ville, et je n'ai fait aucune mention des corsets qui créés dans un but bien déterminé constituent des catégories bien spéciales de corsets. « Une femme vraiment élégante ne peut se contenter d'une seule forme de corset. Il est certain qu'on ne peut porter avec une robe décolletée, le corset fait pour une robe tailleur pas plus qu'avec une amazone qui demandera encore un corset spécial. D'autres corsets sont nécessaires aussi pour la bicyclette, la robe de chambre, même pour la nuit (!) quand la nature vous a un peu avantagée du côté de la poitrine et enfin il faut le corset pour soutenir un emponboint passager. »

Fig. 160. — Appareil Butler vu de côté.

Mais quel que soit le corset porté par la femme moderne au commencement du xxe siècle, toujours le but cherché est d'amincir la silhouette féminine, en paraissant faire disparaître les saillies de la gorge, de l'abdomen, et des hanches, sans entraver le fonctionnement des organes respiratoire, digestifs et génitaux.

« La nouvelle esthétique, dit Mme de Mirecourt, veut les femmes aussi sveltes et longues que possible. Elle n'admet des reliefs naturels que ce qu'il est impossible de dissimuler. Elle transpose même parfois les rondeurs anatomiques sans qu'il paraisse y avoir à cela grand danger et, en fin de compte, leur donne une allure plus légère et plus jeune, infiniment plus naturelle et par cela même plus artistique. L'hygiène trouve également son compte à cette nouvelle conbinaison puisque le corset modern style laisse toute liberté de fonctionnement à l'estomac, et maintient en respect les organes vitaux qui autrefois, étaient refoulés de dangereuse façon par la cambrure du buse, ce qui, pour beaucoup de femmes, nécessitait le port de la ceinture hypogastrique d'une élégance très contestable.

Fig. 161. — Système Butler, vu de dos.

Ces précieux avantages désormais reconnus, il n'est pas de femme,,sensée en sa coquetterie,qui puisse résister longtemps à la séduisante perspective d'une idéale transformation. Pourvu qu'elle ait l'allure du jour et ce joli mouvement en avant qui caractérise les Parisiennes élégantes, il n'est plus nécessaire, aujourd'hui, qu'une femme soit jolie. Que mes aimables lectrices me fassent la grâce de croire qu'en rendant hommage à la silhouette moderne, je ne songe pas à applaudir aux grossières déformations dont,

Fig. 162. — Corset-ceinture de repos (1). Fig. 163. — Corset Barreïros (1).

il y a quelque trois ans, nombre de femmes firent la lamentable expérience, alors que des tâtonnements


(1) Les corsets représentés, figures 162, 163, 164, portent des baleines extérieures en papier d'étain et une bordure en fil métallique surajoutées pour les radiographies ainsi qu'il sera expliqué dans de second volume de cet ouvrage. nombreux tendaient à trouver une formule parfaite de ce que doit être l'harmonie du buste féminin. »

Nombre de corsetières ont atteint le but désiré et je ne pourrai citer, tous les fabricants, dont les modèles peuvent actuellement satisfaire à la fois les exigences de l'élégance et celles de l'hygiène.

Fig. 164. — Le même corset vu de profil.

C'est à de tels travailleurs, c'est à de telles corsetières, véritablement éprises de leur métier, que la femme doit la grâce de son maintien, et l'élégance de son costume. Les dernières années du XIXe siècle parmi toutes les modes qu'elles ont vu éclore ne légueront à l'histoire du costume, qu'un type aujourd'hui catalogué et accepté, le costume tailleur, avec lequel la femme peut, à la ville, se vêtir d'une façon simple, pratique et élégante.

Est-ce l'adoption du costume tailleur qui en plus des conseils des médecins a progressivement poussé les cor-setiers à adopter le type du corset effaçant l'abdomen ; est-ce au contraire le corset abdominal qui a mis en faveur la mode du costume tailleur, il n’importe, le costume tailleur et le corset droit appartiennent à l’histoire du vêtement féminin ?

Fig. 165. — Corset droit 1904.

Plus tard, prochainement, demain peut-être, quels chapitres ajouteront à l’historique de la mode les couturières et les modistes, c'est ce que raconteront ceux qui voudront continuer le travail de Racinet : quels modèles ingénieux vont prochainement créer nos corsetiers et nos corsetières, c'est ce que décriront ceux qui voudront après moi reprendre l'histoire du corset.

Fig. 166. — Corset droit 1904.

Cette histoire, toutefois, ne saurait être bien longue maintenant, si toutes les nations suivaient l'exemple de la Russie et de la Roumanie qui proscrivent le corset. En effet, aux termes d'une ordonnance du commencement de l'année 1898, le ministre de l'Instruction publique, M. Bogoljewow interdit le port du corset aux élèves des écoles supérieures, des gymnases de jeunes filles, des conservatoires de musique et des beaux-arts. Par contre, il paraîtrait que l'impératrice du Japon aurait, il y a quelques années, imposé le corset à toutes les dames de la cour.

Fig. 167. — Copie d’un assignat de 3 livres (Musée Carnavalet).

En Roumanie, comme en Russie, le ministre de l'Instruction publique a adressé aux directeurs des écoles de jeunes filles, la circulaire suivante : « Les expériences basées sur la science et la pratique ayant établi que le corset est nuisible à la santé, qu'il est un obstacle permanent au développement du corps et à l'activité des organes de la respiration, j'arrête que vous devez interdire strictement l'usage du corset aux élèves de votre établissement ».

Malgré ces circulaires, malgré ces arrêtés, le corset n'est pas prêt de disparaître. J'en donnerai les raisons dans la deuxième partie de cet ouvrage, qui traitera du corset au point de vue de l'hygiène et de la physiologie, mais déjà je puis penser que « les corsetiers doivent se rassurer et que leur gagne-pain n'est pas prêt de disparaître », si j'en juge par ce fait que l'Ecole municipale Jacquard ouvrait, il y a peu de temps, encore (en janvier 1903), un concours pour un emploi de « maîtresse corsetière » et dont voici le programme : Leçon orale après une demi-heure de préparation. — Confection du coutil blanc. — Coupe, baleinage, essayage, rectification, finission, garniture d'un corset sur mesure. — Corset sur mannequin d'après une forme déterminée par un dessin, une gravure ou une description écrite. — Interrogations sur l'histoire du corset, son origine, ses avantages, ses perfectionnements, etc.

Je terminerai ce chapitre en reproduisant, à titre de curiosité, un passage des Costumes Historiques de Paul Lacroix :

« Sous le règne du papier-monnaie en France, on appe-
« lait Corset un assignat de cent sous, parce qu'il était
« signé Corset, du nom de l'employé préposé à son émis-
« sion...

« On raconte que les libertins l'offraient à leurs faciles
« conquêtes en disant : « Corset contre Corset ». La figure
« 167 est une reproduction de cette assignation (1er no-
« vembre 1791). »