Le Comte de Sallenauve/Chapitre 11

L. de Potter (tome IIp. 141-174).


XI

Le dîner.


Le succès de l’audition dépassa toutes les espérances de Vautrin, et il n’y eut qu’une voix parmi les assistants pour l’engagement immédiat de la Luigia.

Si même on en eût cru sir Francis Drake, l’acte eût été signé séance tenante, et, le même jour, la virtuose se fût mise en route pour Londres où, par l’indisposition de la Serboni, her Majesty’s theatre était tenu en échec.

Mais, une fois sûr d’un des côtés de la question, Vautrin voulut voir plus clair dans l’affaire de la commandite, et au lieu de la signora Luigia, ce fut lui qui, escorté de son secrétaire, partit pour l’Angleterre avec l’impresario, dont il voulait examiner la position de plus près.

Dans les cas où il n’aurait pas jugé que la situation fût bonne, il se réservait in petto de retirer très cavalièrement sa parole, l’apport du capital qu’il s’était un moment décidé à exposer, ne faisant plus la condition du début de la diva.

Au moment de son départ, il dit à la Saint-Estève :

— Nous sommes aujourd’hui le 17 de mai ; le 21, à sept heures du soir, je serai de retour à Paris avec sir Francis Drake. Dans l’intervalle, prends tes mesures pour que notre protégée soit en possession d’un trousseau convenable. Pas de luxe ridicule comme s’il s’agissait de l’équipement d’une lorette, mais des choses riches, de bon goût, pas tapageuses, qui n’effarouchent pas la délicatesse de la signora ; bref, ce que tu ferais pour ta fille si tu en avais une et que tu fusses au moment de la marier. Pour le même jour du 21, tu auras eu soin de commander chez Chevet un dîner de quinze personnes ; les convives qui auront été racolés par ton client Bixiou, seront, d’abord, toutes les sommités de la presse ; toi ensuite, cela va sans dire, comme maîtresse de la maison, mais je t’en supplie, une toilette calme et qui n’ait rien d’ébouriffant. Il nous faudra aussi un homme d’affaires intelligent pour contrôler la rédaction des actes avant la signature et un pianiste pour accompagner la diva, à laquelle nous ferons chanter quelque chose après le dîner ; par toi, elle aura été préparée à l’idée de donner un avant-goût d’elle-même à tous ces dispensateurs de la renommée. Enfin, sir Francis Drake et moi compléterons le nombre de quinze. Inutile de te dire que c’est le comte Halphertius, ton ami, qui, n’ayant pas de maison à Paris, donne chez toi ce dîner où tout doit être fin, délicat, de manière à ce qu’il en soit beaucoup parlé.

À la suite de ces instructions, Vautrin était monté en chaise de poste, et il connaissait assez la Saint-Estève pour être sûr que ses ordres seraient exécutés avec intelligence et ponctualité.

Quand Vautrin avait désigné Bixiou à sa tante, comme le recruteur du personnel de son dîner, voilà ce qu’il avait entendu par ce titre de client dont il l’avait honoré.

Entre les sources secrètes servant à alimenter la fortune incessamment grossissante que Rastignac avait flairée sous la raison sociale Saint-Estève, on pense bien que l’usure n’était pas un moyen dédaigné. Si les économistes ont été jusqu’à soutenir que l’argent était une marchandise dont le prix était indûment fixé par la loi, pour des consciences aussi larges que celles de Vautrin et de sa tante, l’article du Code pénal ne devenait un obstacle qu’autant qu’il ne pouvait être éludé. Mais quels sont les sots qui se laissent prendre dans les griffes de cet article ? Il faut vraiment n’avoir jamais lu l’Avare de Molière pour ne pas s’aviser du Maître Simon que de temps immémorial les prêteurs à la petite semaine ont toujours eu soin d’interposer entre leur industrie et les tracasseries de la justice.

Au moyen d’un intermédiaire, monsieur Bixiou, que le grand laisser-aller de sa vie forçait souvent de recourir au crédit, s’était trouvé avec Jacqueline Collin en relations d’affaires, et, par son adresse de singe à fureter tous les mystères, ceux surtout qui pouvaient l’intéresser à travers toutes les ténèbres dont elle s’environnait, il avait fini par remonter jusqu’à sa créancière. Un jour, ne se trouvant pas en mesure d’acquitter un billet qui devait lui être présenté le lendemain, il s’était résolument risqué chez cette ogresse, avec la prétention d’opérer le miracle d’un renouvellement consenti à son profit.

La Saint-Estève aimait les gens d’esprit, et comme toutes bêtes féroces, elle avait ses heures de clémence. Inutile de dire que, pour l’apprivoiser, Bixiou avait fait des frais énormes. Il avait le malheur gai, le paradoxe éblouissant et des théories de joyeuse immoralité, avec lesquelles il avait si bien étourdi l’usurière, que, non contente de lui accorder le renouvellement demandé, elle avait fini par lui surprêter une autre somme, et dénouement non moins merveilleux, cette somme, il l’avait rendue.

De là entre l’artiste et l’agente matrimoniale une certaine suite de rapports bienveillants. Sans imaginer la terrible compagnone à laquelle il se frottait, Bixiou, parce qu’il la faisait rire et que, de temps à autre, dans des jours de désespoir, il parvenait à l’attendrir de quelques napoléons, se tenait pour un homme habile, mais il ne savait pas qu’il était le chien de la ménagerie dans la loge du lion, et que cette femme, sous le passé de laquelle il y avait de la Brinvillers, pouvait aller jusqu’à lui faire payer de sa vie ses insolentes familiarités et les intérêts de ses emprunts.

En attendant cette tragique conclusion, qui, du reste, était peu probable, Jacqueline Collin ne se faisait pas faute d’employer le jovial causeur dans ce métier de furet qu’il pratiquait d’une manière si supérieure, et souvent même, sans qu’il s’en doutât, elle lui donna des rôles au milieu des ténébreux imbroglios qui faisaient l’occupation de sa vie.

Dans l’affaire de la Luigia, le caricaturiste devenait d’une convenance merveilleuse ; par lui on était sûr que tout l’ébruitement nécessaire serait donné à l’apparition sur l’horizon parisien du comte Halphertius, à sa passion pour la cantatrice, aussi bien qu’aux grands sacrifices qu’il faisait pour elle.

Il faut ajouter que, par l’universalité de ses relations avec le Paris écrivant, chantant, dessinant, mangeant, vivant et grouillant, personne, comme lui, n’était capable d’amener au grand complet le contingent des bouches de la Renommée désiré par Vautrin.

Le 21, à sept heures précises du soir, tous les convives nommés précédemment par Desroches à Maxime, plus Desroches lui-même, étaient réunis dans le salon de la rue de Provence, quand le nègre annonça sir Francis Drake et Son Excellence le comte Halpherlius, qui n’avait pas voulu être nommé le premier.

La tenue du gentilhomme suédois était du dernier correct ; habilement noir, gilet blanc et cravate blanche sur laquelle se dessinait le ruban d’un nichan de fantaisie porté au cou. Ses autres décorations pendaient attachées à sa boutonnière par des chaînettes, mais il n’avait pas osé risquer la plaque brodée sur l’habit, ce que le vulgaire appelle un crachat.

Au premier coup-d’œil jeté sur l’ensemble de la réunion, Vautrin eut le désagrément de reconnaître que les habitudes et les instincts de la Saint-Estève avaient été plus puissants que sa recommandation spéciale et expresse, et une espèce de turban jaune et vert, dont il la trouva ridiculement affublée, lui aurait donné un mouvement de mauvaise humeur, si, grâce à la manière habile dont, pour tout le reste, ses intentions avaient été remplies, la malencontreuse coiffure n’avait trouvé grâce devant lui.

Quant à la Luigia, vêtue de noir, selon son habitude, et ayant eu le bon esprit de refuser les services d’un coiffeur, qui avaient vainement essayé de s’immiscer dans ce qu’il appelait bêtement le désordre de sa chevelure, elle était royalement belle, et par un air de mélancolique gravité répandu dans toute sa personne, imprimait un sentiment de respect dont s’étonnaient eux-mêmes ceux auxquels elle avait été annoncée par Bixiou comme une de leurs justiciables.

La seule présentation spéciale qui fut faite à Vautrin fut celle de Desroches, que Bixiou mit en rapport avec lui en se servant de cette formule gaîment emphatique :

— Maître Desroches, l’avoué le plus intelligent des temps modernes.

Quant à sir Francis Drake, ce qui pouvait le faire supposer un peu moins dédaigneux qu’il n’avait voulu le paraître de l’influence des journaux de théâtre appliquée à la surexcitation des capitaux, c’est qu’il se trouva de connaissance avec Félicien Vernou et Lousteau deux hommes de cette presse secondaire avec lesquels il échangea de chaleureuses poignées de main.

Avant qu’on annonçât le dîner, le comte Halphertius se crut dans le devoir de formuler un petit speech, et, après avoir un instant causé à voix basse avec la signora Luigia, dont il avait le bon goût de ne s’approcher que quelques minutes après son arrivée, ayant l’air de s’adresser à la Saint-Estève, mais élevant suffisamment la voix pour être entendu de toute l’assistance :

— Chère madame, dit-il à sa tante, vous êtes vraiment miraculeuse ; la première fois que je me trouve dans un salon de Paris, pour ce que vous m’y faites rencontrer avec tout ce que la littérature, les arts et les affaires peuvent offrir en échantillon le plus distingué. Moi qui ne suis qu’un barbare du Nord, quoique cependant, notre pays a aussi ses célébrités, Linnée, Berzelius, le grand Thorwaldsen, Tegnen, Franzen, Geier et la charmante romancière Frédérique Bremer, je me trouve ici tout étonné et confondu, et ne sais comment vous adresser le sentiment de mon extraordinaire gratitude.

— Mais par Bernadotte, répondit la Saint-Estève, dont l’érudition historique allait jusque-là, la France et la Suède se donnent la main.

— Il est certain, répondit Vautrin, que notre bien-aimé souverain Charles XIV

La parole lui fut coupée par un maître d’hôtel, qui ouvrit les portes du salon en annonçant le dîner.

La Saint-Estève prit le bras de Vautrin, auquel elle dit en chemin :

— Trouves-tu les choses assez bien ficelées ?

— Oui. répondit Jacques Collin, tout a très bon air ; il n’y a que ton diable de turban couleur perroquet qui m’a d’abord effarouché.

— Mais non, dit Jacqueline, avec ma figure javanaise, (elle était née en effet à Java) quelque chose d’oriental me chausse assez bien.

La Saint-Estève fit asseoir à sa droite sir Francis Drake et Desroches ; occupant en face d’elle le milieu de la table, Vautrin fut flanqué d’Émile Blondet des Débats, et de la Luigia, qui, elle-même, eut à côté d’elle Théodore Gaillard. Les vingt-cinq mille abonnés du journal dirigé par cet habile industriel appelaient bien sur lui cette distinction. Les autres convives se placèrent à leur fantaisie.

En somme, le dîner fut peu animé ; plus d’une fois, la Comédie humaine a eu l’occasion de montrer dans le jour éclatant du triclinium la joyeuse espèce de convives que nous trouvons réunie ici ; mais en ces rencontres, on ne lui avait pas, comme dans celle-ci, mis une muselière. De la part de Saint-Estève, Bixiou avait recommandé à tous les invités de ne rien risquer qui pût inquiéter les chastes oreilles de la pieuse Italienne. Forcés de s’observer, tous ces gens, de plus ou moins d’esprit et de cœur, comme dit un célèbre critique, avaient perdu leur verve, et se retirant sur la chère qui était excellente, ils causaient à voix basse, ou laissaient la conversation se traîner dans les banalités bourgeoises. On mangeait donc, et l’on buvait sourdement, pour ainsi parler ; mais en réalité, on ne dînait pas.

Incapable de supporter longtemps un pareil régime, Bixiou, au milieu de cette torpeur, voulut au moins se ménager une récréation. L’intimité d’un grand seigneur étranger avec la Saint-Estève n’avait pas laissé de lui donner à penser ; il avait également été frappé d’une certaine insuffisance de Vautrin comme amphitryon, et s’était dit qu’un vrai gentilhomme, à moins de frais, aurait trouvé le moyen de donner de la vie à une réunion. Voulant donc tâter son homme, il imagina de lui donner la question par la Suède, vers le commencement du second service, du bas bout de la table où il était placé :

— Monsieur le comte, lui cria-t-il, vous êtes trop jeune pour avoir connu Gustave III, que Scribe et Aubert ont arrangé en opéra, et qui chez nous a donné son glorieux nom à un galop.

— Je vous demande pardon, répondit Vautrin se jetant sur l’occasion qui venait de lui être faite, j’ai près de soixante ans, ce qui fait treize ans en 1792, quand notre bien-aimé souverain est tué par la main de l’assassin Ankastroëm ; je puis donc bien me rappeler tout ce temps.

Cela dit, au moyen d’un volume intitulé : Caractères et anecdotes de la cour de Suède, paru en 1808, sans nom d’auteur, chez le libraire Arthus Bertrand, et que depuis son incarnation suédoise, il avait acheté à l’étalage d’un bouquiniste, le chef de la police de sûreté fut en mesure d’esquiver le guet-apens. Il fit mieux encore : comme un homme qui n’attend que le moment d’être mis sur un texte qui lui soit familier pour se montrer avec tous ses avantages, une fois le robinet ouvert, il fut sur tous les grands noms de son prétendu pays d’une telle abondance d’érudition et d’une telle pertinence, donna tant de détails circonstanciés, raconta tant d’anecdotes curieuses et secrètes ; notamment dans l’histoire du fameux coup d’État par lequel en 1772 Gustave III avait émancipé sa couronne, il fut si précis et si intéressant, qu’en sortant de table Émile Blondet dit à Bixiou :

— J’étais comme toi : un comte étranger, de la main de cette entrepreneuse de mariages, m’avait d’abord paru suspect ; mais outre que le dîner était vraiment princier, cet homme sait sa cour de Suède comme il est impossible de l’apprendre dans les livres. C’est décidément un homme très bien né, et, si l’on était de loisir, il y aurait une brochure pleine d’intérêt à faire avec tout ce qu’il nous a conté.

Un peu après le café pris, sir Francis Drake, Vautrin et Desroches passèrent dans une pièce voisine du salon, où furent discutés l’acte de la commandite et l’engagement de la prima-dona. Toutes les clauses arrêtées, Vautrin vint prendre la diva pour apposer sa signature.

— C’est un fin renard, dit Desroches à Bixiou en sortant de la conférence. Il doit être colossalement riche, il a compté à l’Anglais, séance tenante, cent mille écus en billet de Banque, et comme je voulais faire insérer dans l’engagement un article un peu raide relativement au paiement des appointements que sir Francis Drake n’a pas la réputation, comme dit Léon de Lora, de payer rubis sur l’ongle, notre gentilhomme s’est opposé à l’expression écrite de cette défiance, d’où je conclus qu’il n’a rien obtenu encore de la belle Italienne, et qu’il n’est pas fâché, par un arriéré de solde, de la tenir dans sa dépendance.

— Et tes honoraires ! dit Bixiou, t’a-t-il parlé de quelque chose ? J’ai dit à la Saint-Estève que des gens d’affaires de ton importance ne se dérangeaient pas pour la soupe et le bouilli, et qu’il fallait du persil autour.

— Tiens, dit Desroches en tirant de sa poche une boîte en or de forme oblongue et très richement ciselée, tout fa l’heure, pendant que je lisais les actes, ayant remarqué que j’avais placé près de moi, sur la table, ma tabatière en corne d’Irlande, qui vaut bien dix francs, notre homme m’interrompit pour me prier de la lui passer. Quand j’eus terminé la lecture, je voulus prendre une prise, et à la place de ma boîte, qui avait disparu, je trouvai ce bijou.

Ma tante, dit Bixiou, prêterait dessus trois ou quatre cents francs, ce qui suppose une valeur d’un billet de mille.

— Comme je me récriais, continua Desroches, sur cette substitution : C’est moi, me répondit galamment notre homme, qui gagne au change ; je possède maintenant une relique, la tabatière du Napoléon des avoués.

— C’est très gentilhomme, répondit Bixiou, et, s’il plaît à Dieu et à la Saint-Estève, je cultiverai cette connaissance. Hein ! dis donc, si je faisais sa charge dans un des prochains numéros du Charivari ?

— Il faudrait savoir, repartit Desroches, s’il a l’esprit assez français pour être charmé de se voir en caricature.

À ce moment, un accord de piano annonça que la signora Luigia allait paraître sur la brèche.

Elle chanta la romance du Saule avec une profondeur d’expression qui émut toute l’assistance, bien que l’épreuve eût lieu devant un aréopage de jugeurs occupés à digérer un dîner où personne ne s’était beaucoup ménagé.

Émile Blondet, qui passait plutôt pour un penseur politique que pour un homme d’imagination, fut surpris dans l’entraînement de son enthousiasme, à battre la mesure. Il est vrai de dire qu’il la battait à faux, mais l’émotion n’en était pas moins constatée. Le morceau fini, Félicien Vernou et Lousteau, allant à sir Francis Drake, lui dirent avec un semblant d’indignation fait pour flatter à la fois son habileté et ses espérances de directeur :

— Il faut que vous soyez un grand misérable, avoir engagé un talent pareil pour cinquante mille francs, un morceau de pain !

La Luigia chanta encore un air de la Nina, de Paesiello et, dans ce personnage si vivement accentué, elle révéla un talent de comédienne qui ne le cédait en rien à son talent de cantatrice.

— Elle m’a fait peur ! dit tout bas la Saint-Estève à Vautrin : j’ai cru voir la fille à Peyrade.

Allusion à une épouvantable histoire accessoire à celle du banquier Nucingen, et dans laquelle cette terrible jouteuse avait joué le principal rôle ; et elle avait rendu folle une malheureuse créature, en la faisant, par une atroce vengeance, conduire dans un lieu de prostitution. (Voir Splendeur et Misère des courtisanes.)

Ce qui compléta le succès de la Luigia et lui devint, auprès de ses juges, une singulière recommandation, ce fut sa modestie et une sorte d’ignorance où elle restait de son prodigieux talent, au milieu des éloges qui, de toute part, lui étaient prodigués. Habitué aux amours-propres forcenés et aux insolentes prétentions des moindres roitelettes de théâtre, tout ce monde de journalistes ne revenait pas de l’humilité et de la simplicité de cette impératrice, paraissant tout étonnée de l’effet qu’elle avait produit. Par quelques paroles adroitement jetées, avant qu’on se séparât, à chacun de ces grands hommes, et par une carte que le lendemain il eut soin de faire remettre à leur domicile, le comte Halphertius, pour le premier moment du moins, assura à sa protégée un chœur d’admiration qui devait retentir au-delà de la Manche et devenir presque l’équivalent d’un brillant début au Théâtre-Italien de Paris.

Le départ de la signora, sans plus de délai, demeura fixé au lendemain ; il fut convenu qu’elle partirait dans la compagnie de sir Francis Drake. Pour rompre le tête-à-tête, la Saint-Estève avait eu le soin d’arrêter une femme de chambre, et, contre son usage quand elle se mêlait de domestiques, elle avait eu soin de la choisir honnête.

Le comte Halphertius donna de ses intentions désintéressées un témoignage qui fut vivement apprécié. Il annonça, ce qui était vrai, que ses affaires le retenaient à Paris, se réservant, s’il était assez heureux pour les avoir terminées avant un mois à six semaines, de faire une échappée vers Londres, afin d’aller jouir du triomphe qui pour lui ne faisait plus un doute et dont il se félicitait d’avoir pu être l’organisateur et l’instrument.