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Le Banquet des Muses/A monsieur, monsieur, maistre charles magnard

Mertens et fils (p. 3-4).


A MONSIEUR,

MONSIEUR, MAISTRE CHARLES MAGNARD

Ecuyer, conseiller du Roy en ses conseils d’Estat et privé, president en sa cour de Parlement de Rouen, sieur de Bernieres, Cailletot, Tibouville, La Ferté, la Riviere, etc.

Monsieur, votre illustre maison, les dons et belles parties dont Nature et Fortune vous ont advantageusement enrichy, et le rang que vous tenez an célèbre Parlement de cette province, sont qualitez de tel poids, que les plus rares chefs-d’œuvre du Parnasse sont assez honorez de porter sur le front vostre nom spécieux ; toutes fois, rien ne m’a tant stimulé à vous donner cet meslanges pœtiques que la réputation que vous avez de chérir naturellement let Muses ; et si quelque jaloux m’acuse d’imprudence, d’offrir des ouvragei tant scurriles et comiques à un si grave et si prudent senateur, je luy diray que ce n’est pas l’inceste de Mars et de Venus, ny le matricide d’Oreste, que nous loüons en un tableau, mais les vives couleurs, carations, draperies et traicts hardis du peintre, itidem in poëtis elocutionem imitabimur, rem execrabimur. Joinct que la gravité dégenere souvent en une fastueuse morosité et boufissure, si elle n’est assaisonnée d’une gayeté ouverte et debonnaire, ce que vous savez très-bien pratiquer, et ce qui m’enhardit aujourd’hui à me dire.

Monsieur,

Vostre très humble et très

affectionné serviteur,

J. AUVRAY.