Lamento (Verlaine)

Œuvres posthumesMesseinPremier volume (p. 60-61).
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LAMENTO



Ma mie est morte.
Plourez, mes yeux.

Vieux poète du XVIe siècle
dont le nom m'échappe.


 
La ville dresse ses hauts toits
Aux mille dentelures folles.
Un bruit de joyeuses paroles
Monte au ciel, rassurante voix.
— Que me fait cette gaîté vile
De la ville !

Quelle paix vaste règne aux champs !
L’oiseau chante dans le grand chêne,
Les midis font blanche la plaine
Que dorent les soleils couchants.
— Peu m’importe ta gloire pure,
Ô nature !


Avec les signes de ses flots,
Avec sa plainte solennelle,
La mer immense nous appelle,
Nous tous, rêveurs et matelots.
— Qu’est ce que tu me veux encore,
Mer sonore ?
 
— Ah ! ni les flots des Océans,
Ni les campagnes et leur ombre,
Ni les cités aux bruits sans nombre,
Qu’édifièrent des géants,
Rien ne réveillera ma mie
Tant endormie.