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La france Foutue/Rapprochemens

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La France foutue (vers 1800)
en Foutro-manie, l’an des fouteurs (À Barbe-en-Con) (p. 166-179).

RAPPROCHEMENS

DE CIRCONSTANCES.


L’empereur Nerva n’était ni romain, ni originaire d’Italie, il n’était pas moins empereur de Rome.

Pourquoi les Français se plaindraient-ils d’être gouvernés par un étranger ? est-il plus coupable que ceux qui ont assassiné leur roi légitime ? son usurpation ne légitime pas plus leurs crimes, que leurs crimes légitiment son usurpation.


Alexandre fit courir le bruit qu’il était fils de Jupiter.

L’usurpateur du trône des Bourbons, a usurpé celui de Bonaparte : il se nomme Buonaparté.


Le grand Cromwel, le Cromwel de l’Angleterre, était fils d’un simple particulier.

Le petit Cromwel, le Cromwel de France, est le petit fils d’un huissier de Bastia.


Sénèque fut exilé en Corse, par Néron.

Pourquoi le premier consul ne s’est-il pas fait faire une généalogie semblable : il est encore en France des généalogistes, et le peuple, ami du merveilleux, y eût plutôt cru qu’à celle de Milan. Ce n’est point impunément qu’on en impose à son siècle.


L’empereur Nerva sévissait contre les délateurs : il y en avait à sa table, lorsque l’on parlait d’un, qui était mort. Que ferait-il aujourd’hui, dit Nerva, s’il vivait ? — Il mangerait avec nous, repartit un des convives.

Il serait à souhaiter que ces hommes fussent tous accablés du mépris public, et, comme ce convive, qu’on les accusât publiquement ; mais il semble qu’on les craint encore. Beaucoup de français ont oublié leurs malheurs passés avec des chansons, et ne se doutent point de ceux qui les menacent. Enfin, chacun semble être insouciant, lorsque nous marchons tous sur des volcans.


La loi de l’humanité met des bornes au droit rigoureux de la guerre.

Les révoltés français ont ignoré cette vertu de tous les peuples. Ouvrons les annales de l’Univers, et nous y verrons qu’aucune révolution n’a enfanté autant de crimes qu’ils s’en sont souillés. Malheur à celui qui entreprendra de les tracer : ou son cœur sera d’accord avec sa plume, ou il le poignardera à chaque ligne !


Tamerlan, ou Timour, a conquis, l’épée à la main, les trônes de vingt-sept rois ; il prodiguait à son armée l’or, les présens, les bijoux, les repas et les plaisirs.

C’est la tactique de tous les brigands qui ont ravagé la terre : ç’a été celle des meneurs de la révolution et de ses continuateurs. Malheur à celui qui a encore un couvert d’argent, une jolie femme, et de jeunes filles : le dernier mot n’est pas dit, et le dernier crime n’est pas consommé.


L’ambitieux Albéroni préféra la gloire affreuse de troubler les nations à la gloire tranquille de rendre un peuple heureux.

Quelle fausse gloire ! qu’avions nous besoin d’aller porter la guerre en Italie, de nous emparer de Venise pour l’Empereur ? Et quand la Suisse était notre alliée, pourquoi aller la ravager ? pour changer cette sage république en une caverne de scélérats, et l’assimiler à la nôtre. Qui donnera la paix à tant de peuples ? nous avons suscité leurs troubles, mais ils ne peuvent finir qu’avec les nôtres : et les nôtres ne peuvent finir qu’avec le légitime souverain. Qu’est-ce que les Égyptiens nous avaient fait, pour passer les mers, afin de nous procurer le barbare plaisir de les égorger ? ne sommes-nous pas plus barbares que ces hommes réputés tels ? Nous en est-il seulement revenu une botte d’oignons ? Quoi ! nous avions le grand Turc pour allié, et nous allons troubler ses états ! nous recevons son envoyé, et c’est pour avoir de lui le plan de la descente en Égypte, expédition qui devait être si mémorable, mais qui n’a valu que l’honneur du cordon au traître Musulman. Enfin, nous envoyons des officiers français au révolté Oglou. Ah ! pauvre peuple !… Que de gobes mouches en France !


Platon a dit : qu’il ne saurait y avoir de citoyens ni le gouvernement, heureux sans justice.

« Cet heureux temps n’est plus, il reviendra peut-être ». Astrée est au ciel[1], Thémis a fui[2], Pallas est sans égide[3] : nos crimes seuls nous restent.

Ménandre a dit : quand un méchant tire quelque profit de son crime, ce profit n’est qu’une arrhe sur l’infortune qui le menace.

Que les méchants lisent souvent, et se ressouviennent de cette sentence de Ménandre : Ils ne peuvent rester au faîte des grandeurs. Tout passe, le crime n’a qu’un temps.


Le royaume de Pergame fut fondé par Philétere, eunuque, qui avait appartenu à un officier de l’armée d’Antigone. Il suivit la fortune de son maître, lorsque changeant de parti, il s’attacha au service de Lysimaque. Ce dernier lui avait confié la garde de Pergame, où il avait déposé ses trésors. Les soupçons d’Arsinoé, et les démarches qu’elle fit pour le perdre, le portèrent à la révolte. Il se forma un trône, qu’il occupa vingt ans.

Le hasard, maître de tout, sert plus que le courage, les armées et les crimes. Que de héros ont péri comme Charles XII ; que d’armées ont été défaites, qui égalaient la bravoure des Grecs, au passage des Thermopyles : enfin, que de criminels ont subi la juste punition de leurs crimes ? Le hasard seul sauve les hommes ; il en fait des vainqueurs, mais non pas des héros. Que de Philétere dans notre révolution !


La vertu est si rare qu’elle semble ne pouvoir plus faire que de vains efforts. La corruption générale occasionne de fréquentes catastrophes, épouvantables et inutiles. L’écroulement d’un colosse n’est suivi d’aucun résultat propre à consoler et à secourir la race humaine. Ce ne sont que des nouveaux usurpateurs, ce ne sont que des furieux triomphans, qui se substituent à des furieux abattus ; et les hommes sont à-la-fois, superstitieux, impies, sots et fripons.

Tel est le tableau de la France depuis que l’on en a détruit l’autorité légitime ; et cette succession de criminels trouve des partisans : quel fanatisme !


La conjuration des tailleurs, en Corse, était ainsi appelée, parce que les conjurés, qui étaient à Marseille, se firent faire des habits brillans pour en imposer aux Corses. Ce fut un aventurier qui prit le nom de Saint-Elme, et qui était fils d’un marchand de drap de Nanci, qui était à la tête de cette conjuration, et qui passa en Portugal.

Que dirons-nous de nos révolutions françaises, de nos conjurés de tous pays, de notre costume sans-culotide et de nos avanturiers ? Que nous sommes des criminels, qu’il est par-tout des scélérats, que notre livrée républicaine était digne de notre avilissement, qu’un Français a voulu révolutionner la Corse ? et qu’un Corse s’est assis sans ambition, sur le premier trône du monde.


Machiavel s’élève contre la tyrannie, prétendant qu’elle rejaillit sur le tyran : il prêche la religion adoptée dans l’état.

Si Machiavel est le précepteur des tyrans, s’il n’est pas bon de le suivre en tout, je conseille aux gouvernemens de ne pas négliger cette pensée de Machiavel.

L’amour de la propriété naît avec nous. Dieu a dit : Possédez la terre, et soumettez-la ; mais il a dit aussi : Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu.


Sylla fit égorger les six mille prisonniers samnytes, dans le cirque à Rome, pendant qu’il haranguait le peuple au temple de Bellone.

Tandis qu’on pacifiait les chouans à Paris, l’on fusillait le brave général Frotté et son état-major.


César fut assassiné, parce qu’il prétendait au titre de roi ; ce mot seul lui suscita des assassins, car il en avait tous les honneurs et le pouvoir.

Le Consul ne trouvera en France ni des Brutus, ni des Cassius, à moins que ce ne soit parmi les Jacobins : quant à moi, j’eusse désiré le voir rendre le trône à son légitime prétendant, et lui, Buonaparté, le voir roi de Corse ; il ne pouvait être que l’égal et non le sujet de celui auquel il eût rendu la couronne. Cela s’appellerait aller droit à la gloire… Presque toujours l’ambition mène au but contraire de celui qu’on se propose.

Un citoyen de Sicyone, nommé Euphron, profitant des divisions de sa patrie, réunit l’autorité entre ses mains. Il fut assassiné en présence des magistrats d’Athènes, dont il avait imploré la protection.

Si le hasard sert les hommes, il ne faut point que les hommes se fient trop au hasard ; se reposer sur sa fortune, c’est abuser des faveurs d’une coquette : elle abandonna César, César, était digne d’elle : mais tous les hommes ne sont pas dignes de la fortune de César.


Dès que la confiance est entamée, elle est bientôt détruite.

La confiance ne se donne point, elle s’acquiert ; rien ne coûte si cher à acquérir, rien n’est plus fragile. Tremblez donc, vous, qui nous gouvernez malgré nous, et qui promettez au peuple une paix que les souverains ne peuvent vous donner… La patience irritée devient fureur.


« Toujours la tyrannie a d’heureuses prémices,
De Rome, pour un tems, Caïus fit les délices. »
De Rome, po(Racine, Britannicus, acte premier, scène première.)


Ainsi le peuple Français a t-il vu Buonaparté faire son entrée au château des Tuileries ; ainsi a-t-il entendu les cris de vive Bonaparte ; ainsi a-t-il fait l’espérance des sots de toute espèce, tant républicains, que royalistes ; ainsi… de Rome, pour un temps, Caïus fit les délices.


Vers de l’exposition de Bajazet, dont le maréchal de Villars cita les derniers avec tant d’énergie, quand il alla commander les armées en Italie, à l’âge de quatre-vingts ans.


« Que faisaient cependant nos braves janissaires ?
Rendent-ils au sultan des hommages sincères ?
Dans le secret des cœurs, Osmin n’as-tu rien lu ?
Amurat jouit-il d’un pouvoir absolu ?


OSMIN.

Amurat est content, si nous le voulons croire,
Il semblait se promettre une heureuse victoire ;
Mais en vain par ce calme il croit les éblouir ;
Il affecte un repos dont il ne peut jouir.
C’est en vain qu’en forçant ses soupçons ordinaires,
Il se rend accessible à tous les janissaires.
Ils regrettent le tems à leur grand cœur si doux,
Lorsqu’assurés de vaincre ils combattaient sous vous.


ACOMAT.

Quoi ! tu crois, cher Osmin, que ma gloire passée
Flatte encor leur valeur, et vit dans leur pensée !
Tu crois qu’ils me suivraient encore avec plaisir,
Et qu’ils reconnaîtraient la voix de leur visir, » etc.


PARODIE.


LE PRINCE DE CONDÉ.

Que disent cependant nos braves militaires ?
Rendent-ils au tyran des hommages sincères ?
Dans le secret des cœurs, dis-moi, n’as-tu rien lu ?
Ce Consul jouit-il d’un pouvoir absolu ?


UN FRANÇOIS.

Le Consul est content, si nous le voulons croire,
Et semble se promettre une heureuse victoire,
Mais en vain, par ce calme, il croit nous éblouir ;
Il affecte un repos dont il ne peut jouir.
C’est en vain qu’en forçant ses soupçons ordinaires,
Il se rend accessible à tous les militaires,
Ils regrettent le temps, à leur grand cœur si doux ;
Lorsqu’assurés de vaincre ils combattaient sous vous.


LE PRINCE DE CONDÉ.

Tu crois, brave Français, que ma gloire passée
Flatte encor leur valeur et vit dans leur pensée ?
Que ma gloire présente allume leur desir ?
Tu crois qu’ils me suivraient encore avec plaisir ? etc.

Le soldat est la machine des gouvernemens : mais les armées françaises ne sont plus composées de soldats ordinaires, et plus on fera la guerre, plus elles seront royalistes. Encore une levée d’hommes, encore une campagne, encore quelques fourberies, encore des impôts, encore des mécontentemens :

Encore une victoire, et mon trône est en poudre.
Encore une victoir(M. de Voltaire, Henriade.)


La puissance des princes fonde leurs droits, il en est de même des tyrans : mais l’antiquité des lois doit les faire respecter. La race de l’usurpateur devient légitime par l’antiquité de l’usurpation.

L’on a reproché à la race Capétienne l’usurpation du trône. Qui a suscité ce reproche à Louis XVI ? d’Orléans et ses soutiens : mais qu’importait au peuple que ses aïeux eussent usurpé ? n’était-il pas légitime souverain ? Fallait-il, par des crimes, préparer la voie à une usurpation bien plus odieuse ? Si le duc d’Orléans eût eu le courage de devenir roi, quel échange eussiez-vous fait ? Aujourd’hui, qui vous gouverne ? Louis XVI s’est laissé égorger, parce qu’il a voulu ménager le sang ; Buonaparté n’est parvenu au consulat, que parce qu’il a mitraillé Paris les 13, 14 et 15 vendémiaire, l’an 3 de la fameuse république. Pendant ces trois jours, il menait, par centaine, des parisiens aux Quatre-Nations, et aujourd’hui, ce sont des parisiens qui le gardent. Voici les parisiens.


La vanité est si enracinée dans le cœur de l’homme, qu’un goujat, un marmiton, un crocheteur, se vante et veut avoir ses admirateurs. Les philosophes mêmes en veulent : ceux qui écrivent pour la gloire, veulent avoir la gloire d’avoir bien écrit, et ceux qui les lisent, veulent avoir la gloire de les avoir lus.

Chacun travaille pour la gloire et l’immortalité, et nul ne travaille pour la gloire d’autrui. Laissons donc chacun marcher à la gloire. Tous les chemins mènent à Rome, dit le proverbe ; tous mènent aussi à l’immortalité, mais l’immortalité n’est pas la gloire. Un seul chemin y mène : c’est celui de l’honneur.


Le temps console de tout, dit Démocrite.

Le temps peut alléger nos peines, le temps peut cicatriser la plaie du cœur, le temps peut nous donner de nouvelles forces, le temps a détruit la république des Jacobins, le temps détruira l’aristocratie actuelle, le temps ramènera la royauté, le temps éteindra les vengeances, mais le temps ne doit ni ne peut effacer le souvenir.


Junius Brutus, et Collatinus, mari de Lucrèce, furent les premiers consuls qui furent élus à Rome. Ils avaient les mêmes marques de dignités que les rois, excepté la couronne et le sceptre.


L’on n’est p(Air : de Sorgine.)

L’on n’est pas roi dans son pays ;
Quelqu’un peut-il s’y méconnaître,
Lorsqu’au palais de Médicis
Buonaparté règne en maître.
À sa guise, il nous fait des lois,
Puis, en despote, il nous les donne.
Petit-fils d’un petit bourgeois,
Assis sur le trône des rois,
 Que lui manque-t-il ?
 Que lui manque-t-il ? La couronne.
 Que lui manque-t-il ? La couronne.



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Un Mot sur mon Poëme.

Beaucoup de gens me blâmeront : tampis ; l’estime des gens honnêtes est précieuse, mais voici mon excuse. J’ai écrit mon poëme avec une plume libidine, et j’ai fait une priapée, d’événemens tragiques : 1°. parce que le français s’ennuie de tout, et qu’ennuyé de lire, il faut quelque chose qui le stimule ; 2°. je ne demande point à être lu par des convertis, mais bien par des gens dont l’opinion est erronée ; 3°. l’on m’ignore : ce n’est point assez, me dira-t-on, votre cœur ignore-t-il ce que votre plume a tracé ? avez-vous écrit pour n’être pas lu ? et votre poëme ne peut-il pas se trouver entre des mains… Je défie que la jeune fille qui lira ma tragédie ait des mains chastes ; quant aux oreilles, elle ne se la laissera jamais lire ; tant qu’à son cœur, ne craignez rien, la Nouvelle Héloïse est plus dangereuse que les Thérèse Philosophe, que les Piron, que les Grégourt, que les la Fontaine, etc. ; 4°. enfin, j’ai écrit pour les libertins, parce que ce sont ceux-là que je veux qui me lisent. Lorsqu’il s’agit du bien, qu’importe comment on l’opère ? N’avez-vous jamais pris du poison pour vous guérir ?

  1. La Reine.
  2. Le Parlement.
  3. La Noblesse.