La carte postale (Dandurand)/Scène III

C. O. Beauchemin & Fils (p. 12-13).

SCÈNE III.

Paul seul.

En mangeant il va flâner à la fenêtre, puis s’approche du secrétaire, aperçoit la carte postale et la prend d’une main.

Une carte postale pour Tantine ! C’est papa qui envoie le mot promis. (Il va pour lire.) Est-ce qu’on peut lire une carte postale adressée à un autre !… Oui ; ce n’est pas une lettre fermée ; le facteur l’a déjà lue probablement. Tout le monde peut en faire autant et la remettre là. À quoi cela m’aurait-il servi d’être plus discret que les autres ? (Il lit.) « Arriverons lundi soir à sept heures. » (Avec joie.) C’est aujourd’hui ! c’est aujourd’hui ! (Croyant entendre du bruit, il dépose vivement la carte sur le secrétaire.) J’aurais peut-être mieux fait de ne pas la lire… Oh !… une grosse tache de confitures ! (Il reprend la carte et l’essuie avec son mouchoir.) Ça ne veut pas s’en aller ! (Avec inquiétude.) On va bien voir que je l’ai lue… (Regardant autour de lui, il aperçoit le bain de la poupée.) Si j’essayais de la laver… (Avec l’éponge il essaie d’enlever la tache.) Malheur ! J’ai tout barbouillé l’écriture. Comment faire ? (Il frotte avec son mouchoir.) Ah ! mon Dieu ! plus moyen de lire un mot (Il regarde autour de lui avec désolation.) Où cacher ça ! que va-t-il arriver ? Tantine ne pourra pas savoir… (Regardant la carte et tout près de pleurer.) Ah ! si j’avais su ! Ça me le disait que j’avais tort. (Entendant Margot revenir, il froisse la carte et la cache dans une corbeille à ouvrage qui est sur la table. Il s’éloigne vivement en tournant le dos à la porte et s’essuie les yeux d’une main, tout en feignant de chanter.)