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La Réorganisation de l'enseignement supérieur

La Réorganisation de l'enseignement supérieur
Revue des Deux Mondes3e période, tome 19 (p. 892-920).
LA REORGANISATION
DE
L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

« La question de l’enseignement a rarement été mise à l’ordre du jour de l’opinion pour elle-même, » dit un ancien professeur de la faculté de médecine de Strasbourg, M. Charles Schützenberger, en rééditant après six ans la brochure qu’il avait publiée au commencement de 1870 sur la Réforme de l’enseignement supérieur. Alors aussi on parlait de relever les hautes études : une commission avait été assemblée pour préparer un projet de loi ; mais à peine avait-elle commencé ses discussions, qu’il n’y fut plus parlé d’autre chose que du droit de conférer les grades. Quelques voix, comme celle de M. Renan, comme celle de M. Gaston Boissier, furent seules à protester contre le tour que prenaient les débats, et à rappeler que les facultés existent pour les études au moins autant que pour les diplômes. Bientôt le bruit de la guerre couvrit ces controverses ; mais on avait eu un avant-goût de ce que nous devions entendre cinq ans plus tard : la loi de la liberté de l’enseignement supérieur a fait reparaître les mêmes revendications, et elle nous a dotés d’institutions qui ne contribuent en rien à relever le niveau de la science. « La vérité est qu’en fait de réforme de l’enseignement supérieur, la France d’aujourd’hui, en 1876, a des universités catholiques de plus, et que rien du reste n’est changé dans l’ancien ordre universitaire... Je ne suis plus, ajoute le même écrivain, qu’un exilé dans ma patrie restreinte, et je ne veux pas mêler ma voix à la lutte des partis qui s’agitent en France; mais il me paraît impossible que le corps universitaire ne s’éveille pas de sa torpeur, et laisse tout faire, tout passer, avec l’indifférence de fonctionnaires sans responsabilité et sans initiative. »

C’est pour répondre à cet appel que nous prenons la parole. Il ne convient pas en effet que le corps enseignant s’en remette uniquement à son chef du soin de défendre ses intérêts : puisqu’une loi doit être présentée aux chambres, il est bon qu’il fasse entendre ses idées et ses vœux. Nous espérons que notre exemple sera imité par d’autres. Il ne s’agira pas, dans les pages qui suivent, de tracer le plan idéal d’un enseignement supérieur. Le problème qui s’impose aujourd’hui est celui-ci : en tenant compte des institutions qui existent, dont quelques-unes ne laissent pas que d’être un sérieux obstacle, sans trop rompre avec les habitudes reçues, organiser un enseignement supérieur qui soit le meilleur possible. Nous apporterons à cette recherche une entière franchise, prêt à dire la vérité sur nos amis comme sur nos adversaires. Ce ne serait pas la peine de traiter la question, si l’on en voulait déguiser les difficultés ou esquiver les côtés dangereux.


I.

Les difficultés sont de plus d’une sorte. La première c’est que la question n’est plus intacte. L’expérience se fera aujourd’hui dans des conditions moins favorables que si elle avait été commencée il y a deux ans. La loi dite de la liberté de l’enseignement supérieur est une entrave qu’on sentira partout, soit qu’il s’agisse des élèves, soit qu’on s’occupe des professeurs, soit qu’on veuille toucher aux examens. Cette loi tend à éteindre l’utile et salutaire concurrence des doctrines au sein d’un même corps pour y substituer la rivalité stérile des corporations ; elle énerve d’avance l’autorité de l’état, car elle permet aux étudians de s’y dérober en allant chercher dans les universités libres un régime plus à leur convenance ; elle éparpille les forces du pays, et elle est (il suffit de jeter les yeux sur la Belgique) un ferment de discorde pour l’avenir. Veut-on observer par le côté le plus matériel les effets de cet éparpillement, il est aisé d’en donner la preuve. Si l’on ajoute aux millions qui vont être demandés au pays et aux municipalités par le gouvernement pour les universités de l’état ceux qui sont recueillis par le clergé pour ses universités particulières, on arrive à un total considérable, supérieur sans doute à ce qu’aucun pays en Europe a jamais dépensé en une fois pour sa haute instruction; mais il s’en faut que l’effet utile de ces sommes doive s’additionner. La plus grande partie se perdra en doubles emplois et en inutiles répétitions. C’est le même examen de droit ou de médecine qui sera simultanément préparé à Lille dans la faculté de l’état et dans la faculté libre : la seule différence qu’on y pourra constater sera dans le mérite des professeurs. Comme les ressources du pays en savans ne sont pas illimitées, il faut bien se montrer moins exigeant sur la qualité des maîtres. Le nombre des étudians est lui-même limité par la force des choses : au sein d’une même province, parfois d’une même ville, la loi nouvelle distrait des établissemens de l’état, qui devraient être le commun foyer de la science, une portion de la jeunesse. Au lieu d’un mélange salutaire à tous et nécessaire à l’unité intellectuelle de la nation, on introduit le régime de la séparation, fertile en malentendus et en défiances, non moins nuisible dans le présent que dangereux pour l’avenir.

Ce n’est pas là une de ces émulations qui doublent l’activité et qui accroissent la fortune publique ; c’est plutôt une de ces concurrences qui ont pour principal effet d’abaisser la qualité des produits. L’épreuve est déjà commencée : ceux qui naguère avaient à la bouche les mots de liberté des méthodes et de féconde rivalité ne parlent plus aujourd’hui que de candidats reçus. « L’université libre d’Angers a fait recevoir 24 licenciés sur 30 candidats proposés... Tous les docteurs proposés par l’université libre de Paris ont été admis. » Voilà ce que nous devons nous attendre désormais à lire deux ou trois fois par an dans les journaux. Cette sorte de publicité, qui n’avait pas encore franchi l’enseignement secondaire, où elle fait déjà une assez triste impression, s’est emparée de l’instruction supérieure. Dans cette lutte, la partie n’est pas égale. L’université, quels que soient ses défauts, enseigne pour enseigner, tandis que le clergé, en donnant ses leçons et en préparant ses candidats, poursuit un autre but, qui est de consolider sa situation dans le pays et d’assurer son empire sur les esprits ; il n’est donc pas surprenant qu’il vise avant tout les succès à enregistrer dans les journaux. Partout où nous avons vu s’établir cette concurrence, elle a entraîné après elle une graduelle et irrésistible décadence des études. Espérons au moins que la concession qui a permis aux universités libres de s’installer jusque dans les jurys d’examen n’est pas définitive, et qu’un jour viendra où l’état reprendra la possession exclusive d’un droit dont il n’aurait jamais dû se dessaisir. On n’a pas de peine à comprendre quel obstacle l’existence de ces universités libres oppose à une réforme de l’enseignement supérieur. Tout ce qui tend à renouveler, à élargir les études va rencontrer l’opposition de ces maisons où l’on produit au meilleur marché et où, l’outillage une fois établi, on désire n’avoir pas à le modifier. Des programmes bien définis, des examens à organisation invariable, voilà ce que dès aujourd’hui elles demandent, et ce qu’elles réclameront de plus en plus dans l’avenir. Tandis que l’intérêt de l’état est de rendre les études plus fortes, les universités libres s’occupent surtout d’obtenir des grades, en sorte que ces deux puissances, qui désormais représentent l’une et l’autre chez nous l’enseignement supérieur, ne tendent pas au même but, mais ont plutôt des vues contraires. Si avec cela on songe que les chefs de ces universités délibèrent et votent au conseil supérieur de l’instruction publique, on aura une idée de l’étendue de cette première difficulté.

Une autre vient de cet ensemble de grandes écoles dont quelques-unes ont déjà trois quarts de siècle d’existence, et qui, avec nos facultés de droit et de médecine, constituent jusqu’à présent la partie principale de notre enseignement supérieur : il suffit de nommer l’École polytechnique, l’École normale, l’École des mines, l’École des ponts et chaussées, l’École centrale, l’École des langues orientales, l’École des chartes, sans parler d’autres institutions telles que le Collège de France, l’aîné de tous, lequel, avec ses professeurs et la variété de ses cours, est une sorte d’université au petit pied. Chacun de ces établissemens, à l’exception du dernier, a ses examens, ses diplômes, et certaines carrières viennent s’y embrancher, quelquefois à l’exclusion de tout autre mode d’accès. Non-seulement chaque école obéit à une autre direction; mais elles ne dépendent pas toutes du même ministère : ainsi l’École polytechnique, qui est comme une faculté des hautes mathématiques, relève de la guerre; l’École des mines et celle des ponts et chaussées appartiennent aux travaux publics. Nous sommes si loin de songer à nous arrêter dans cette voie, qu’on vient de fonder récemment un Institut agronomique, nouvelle école spéciale qui appartient au ministère de l’agriculture. C’est en grande partie dans ces établissements que se distribue la jeunesse et que se donne aujourd’hui notre instruction supérieure. Tandis qu’à l’étranger, en Allemagne par exemple, la plupart de ces cours se font à l’université, nous avons ouvert aux divers ordres de connaissances autant de sanctuaires distincts où l’on pourvoit à l’instruction et où l’on se charge de la carrière des élèves.

La question se pose donc autrement chez nous que dans les pays où tout est à créer. Il ne s’agit pas d’organiser l’enseignement supérieur dans le Honduras ou dans le gouvernement de Kharkof. Nous sommes dans un pays de vieille culture qui a possédé des universités avant tous les autres pays de l’Europe, et qui, par suite des circonstances, en a dispersé l’héritage. Il faut retrouver une place pour nos nouvelles universités au milieu de ce réseau d’écoles qui se sont d’avance attribué le meilleur de leur instruction et le plus clair de leurs avantages. En demander la suppression (qu’on nous permette de répéter nos propres paroles), autant vaudrait inviter le fleuve à remonter vers sa source [1]. D’ailleurs, plus que jamais on doit prendre garde aujourd’hui de toucher à l’existence de ces maisons qui sont les derniers asiles où la jeunesse française, sans distinction d’opinion religieuse, soit obligée de se rencontrer et de se connaître. Essayer de concilier avec le régime des écoles spéciales le fonctionnement d’universités actives et vivaces : telle est la seconde donnée du problème qui va s’imposer au ministre et aux chambres.

Nous signalerons une troisième et dernière difficulté qui tient à l’organisation de notre système universitaire, et aux habitudes que cette organisation déjà ancienne a produites. Certains de nos professeurs, dès qu’ils voient paraître les idées sur lesquelles pivotent les projets de réforme, ne peuvent retenir leur indignation. — Faire payer les cours par les élèves? Y pensez-vous? Mais ce serait demander aux professeurs de tendre la sébile au public ! — Laisser enseigner dans les bâtimens de l’état des maîtres non rétribués sur le budget? Mais c’est changer la faculté en un caravansérail, en un marché public ! — Cette manière de voir, qui déconcerte les esprits que la vue des universités étrangères a familiarisés avec d’autres institutions, a pourtant, comme tous les préjugés, ses raisons d’être. On ne prend pas toujours garde que nos facultés de droit, de médecine, des lettres, des sciences, ont un double caractère : ce sont d’abord des établissemens d’instruction; mais, à la différence des universités étrangères, ce sont aussi de permanens jurys d’examen. Le mélange de ces deux fonctions a produit un esprit de corps d’une nature à part. En Allemagne, c’est seulement à la fin des études, dans un examen qui ne conduit directement à rien, le doctorat, que l’élève est interrogé et jugé par ses professeurs. Toutes les autres épreuves ont lieu plus tard, en dehors de l’université, devant des commissions spéciales. Pendant le triennium academicum, l’étudiant allemand ne connaît ses maîtres que comme des docteurs qui lui offrent-la science, et il ne met entre eux d’autre différence que celle du plus ou moins d’instruction qu’il espère retirer de leurs leçons. L’opinion publique consacre cette façon d’envisager les choses. Un professeur qui abuserait de sa situation officielle pour peser sur le libre choix des élèves serait mis à l’index : son propre intérêt lui commande l’impartialité.

Si l’on met en regard de cette organisation celle de nos facultés, où les professeurs, en délivrant des diplômes, exercent une délégation de l’état, on comprend qu’il s’élève de ce côté des répugnances et des objections. Peut-être d’autres motifs, de nature plus personnelle, viennent renforcer chez quelques-uns cette disposition d’esprit : plus d’un professeur qui supporte philosophiquement la concurrence lointaine d’une université libre, sent par avance qu’il ne prendra pas si aisément son parti de la concurrence, sous le même toit, d’un collègue et d’un émule. Il n’est pas à présumer qu’on rencontre d’opposition dans nos facultés aussi longtemps qu’il s’agira d’en augmenter les ressources matérielles, d’en doter les bibliothèques, d’en étendre les laboratoires; mais il est à craindre qu’on ne vienne se heurter à leur résistance quand on voudra faciliter l’accès des chaires, et quand on essaiera d’établir un système où les revenus du maître croîtraient en proportion de l’effort consacré par lui à ses leçons.

Ce n’est pas seulement chez les maîtres qu’une organisation nouvelle trouvera des habitudes à modifier. Les étudians se sont fait de l’enseignement supérieur une idée particulière. Ils y voient moins un moyen d’acquérir des connaissances qu’un acheminement vers une carrière. Comment en serait-il autrement? Ils viennent du lycée, où on leur a dit qu’avec la rhétorique et la philosophie les études générales sont closes. Parmi leurs camarades, ils voient les uns entrer dans les écoles spéciales, les autres passer de plain-pied dans des administrations où le certificat de bachelier est regardé comme une garantie suffisante de savoir. Ils se vouent donc à la préparation de leur état sans beaucoup chercher autour d’eux les occasions d’étendre leur horizon, ou de développer les connaissances acquises au lycée. Encore parlons-nous des meilleurs; mais un grand nombre semble croire que l’enseignement supérieur consiste dans le versement trimestriel d’une somme d’argent et dans un effort de mémoire à la veille des examens, opinion où ils sont fortifiés par le manque de contrôle, ainsi que par les dispenses de présence que l’administration leur délivre sans peine, dès qu’ils font valoir une apparence de motif. Ce n’est pas assez dire : nous verrons que dans les sciences et dans les lettres l’absence est exigée par l’état.

Chez les élèves comme chez les maîtres, il y aura donc des habitudes et des idées à rectifier. Ce sont là les difficultés; voyons maintenant à quelles conditions une réforme est possible.


II.

La première condition est ce qu’on est convenu d’appeler le groupement des facultés. Pour comprendre ce terme, un mot d’explication est nécessaire.

En vertu d’une ancienne habitude, nous parlons des quatre facultés, — droit, médecine, lettres, sciences, — comme formant un ensemble; mais en réalité ce sont, depuis la révolution, autant d’institutions distinctes. A vrai dire, il y faut voir aussi des écoles spéciales, avec cette différence que les élèves ne sont pas obligés à l’assiduité, et que les étrangers sont admis aux cours. Aussi les trouve-t-on les unes loin des autres. C’est seulement sur trois points de notre territoire, à Paris, à Lyon, à Nancy (autrefois à Strasbourg), qu’on a les quatre facultés installées dans la même ville. Quinze villes possèdent une faculté des lettres et une faculté des sciences, onze une faculté de droit, cinq une faculté de médecine [2]. Ajouter dans un certain nombre de villes aux facultés déjà établies celles qui manquent, c’est ce qu’on appelle opérer le groupement des facultés.

Il ne suffit pas d’assembler les quatre facultés dans la même ville, il faut encore qu’elles soient réunies entre elles par un certain nombre de liens. Si les traits généraux de cette association se devinent, les détails peuvent beaucoup varier : nous ne songeons pas à donner le plan d’une organisation. Il suffira de supposer (et en ceci tous les projets s’accordent) que le corps tout entier sera sous la direction d’un chef unique, électif, renouvelable, et qu’à côté de ce chef se trouvera un sénat académique composé des doyens des différentes facultés et d’un certain nombre de professeurs. Les affaires communes aux diverses facultés seront traitées dans ce sénat : nous verrons plus loin quelques-uns des objets soumis à ses délibérations. L’état, comme il est juste, auprès de cette assemblée aura son mandataire exerçant un droit de surveillance et de contrôle, soit que la loi crée un curateur ad hoc y soit qu’on ajoute ces attributions à celles de nos recteurs.

Aux facultés ainsi réunies sera donné, ou plutôt restitué, le nom d’université. Comme cette dénomination a causé des méprises et comme elle a soulevé des objections dans le corps enseignant, nous nous y arrêterons un instant. On dit l’université d’Oxford, l’université de Leipzig, de Leyde, d’Upsal, de Padoue, de Salamanque. Les universités de Paris, de Toulouse, d’Orléans, de Bourges étaient célèbres au moyen âge : en quoi donc le terme peut-il choquer aujourd’hui? Pour comprendre la raison de ce débat, il faut savoir que Napoléon Ier a détourné le mot d’université de la signification qu’il avait autrefois et qu’il a encore aujourd’hui chez toutes les nations de l’Europe : donnant au corps enseignant une cohésion extraordinaire, Napoléon en fit une administration, et à cette hiérarchie créée par lui il imposa le nom d’Université de France. Tandis que partout ailleurs le terme d’université désigne une corporation savante et enseignante établie dans un même lieu, nous disons, sans acception de lieu, sans distinction de degré, sans égard à la fonction, que le maître d’un collège communal ou le commis d’économat d’un lycée font partie de l’Université de France. Il ne faut pas dédaigner ce débat connue une puérile question de mots, c’est la grande discussion du passé et du présent que nous retrouvons ici, car l’Université de France, si bizarrement formé que soit son nom, est devenue chère au pays, grâce aux idées d’unité et de solidarité qu’elle rappelle, grâce aussi aux persévérantes attaques dont elle a eu à se défendre. Ce serait du reste une erreur de croire que l’Université de France n’eût été préparée par rien sous l’ancien régime. La vieille université de Paris, depuis plusieurs siècles, administrait l’enseignement dans un certain nombre de collèges de son ressort, et à partir du règne de Louis XIV elle était beaucoup plus occupée de cette surveillance que de ses propres leçons. Au XVIIIe siècle, l’université de Paris avait l’ambition d’étendre la même autorité sur la France tout entière; on voit déjà se dessiner vers 1763, dans les écrits du président Rolland, l’idée d’une administration unique enveloppant toute l’instruction française, A la révolution, les anciennes corporations privilégiées appelées universités étaient fort oubliées; il n’est donc pas surprenant qu’elles le soient encore davantage aujourd’hui. En 1871, lorsqu’il fut question de créer une université à Nancy, beaucoup d’habitans de la capitale lorraine s’imaginèrent qu’on y allait transporter le siège de l’Université de France. Comme il arrive souvent en histoire, l’héritier a pour lui la tradition, sinon celle des belles années, du moins celle de la vieillesse et du déclin.

Il faudra donc, selon toute apparence, conserver le mot dans les deux acceptions. L’inconvénient nous paraît peu de chose auprès du dommage qu’il y aurait, soit à supprimer un terme qui est devenu un symbole de l’unité nationale, soit à laisser à l’enseignement non officiel le privilège d’une expression qui rappelle de grands souvenirs historiques et qui a cours par toute l’Europe. Sans sortir de notre sujet, il serait aisé de trouver des exemples de mots employés en plusieurs sens : académie, par exemple, à toutes ses autres significations joint celle d’une circonscription territoriale de la France au point de vue de l’administration scolaire.

En combien de villes devra-t-on constituer ces centres d’enseignement supérieur appelés universités? La question est une des plus difficiles qui se présentent. Si l’on consulte les intérêts du trésor et les ressources que la France possède actuellement en personnel, on devra se borner à un très petit nombre; mais, d’autre part, si l’on se règle sur les vœux exprimés par les municipalités et en partie appuyés par des offres considérables, on sera conduit à en créer dans une assez grande quantité de villes. Laissons à l’administration le soin de décider une question pour laquelle elle possède seule les informations nécessaires. Nous souhaitons que l’organisation de ces universités ne se fasse pas simultanément sur trop de points du territoire, mais qu’elle soit échelonnée sur une série d’années, de sorte qu’on puisse mettre à profit l’expérience acquise. On n’essaie bien les choses nouvelles qu’en petit : les réformes étendues à toute une administration sont presque toujours destinées à échouer.

Quelques personnes ont pensé que la conséquence nécessaire de ces nouvelles créations était l’abolition de ce qu’on appelle les petites facultés, c’est-à-dire de celles qui ne seraient pas complétées et érigées en universités. Ainsi dans un projet de loi soumis en 1873 à l’assemblée nationale par M. Paul Bert, on lit : « Article 1er. Il est institué dans chacune des villes suivantes : Paris, Bordeaux, Lyon, Montpellier, Nantes, une université... Art. 3. Sont supprimées les facultés des lettres et des sciences de Besançon, de Clermont, de Grenoble, de Poitiers, de Rennes; les facultés de droit de Grenoble, de Poitiers et de Rennes; les écoles préparatoires de médecine d’Alger, d’Amiens, d’Angers, d’Arras, de Besançon, de Bordeaux, de Clermont, de Grenoble, de Limoges, de Lyon, de Nantes, de Poitiers, de Reims, de Rennes, de Rouen, de Tours. » Je ne crois pas que ces suppressions doivent être approuvées. Quels que soient les avantages des grands centres d’instruction, ne méprisons point les petits, qui leur préparent des élèves et des professeurs. Après un an, deux ans, l’étudiant de Grenoble ira chercher à Lyon un plus vaste théâtre; le jeune professeur qui aurait craint de s’essayer à côté des maîtres de la science aura d’abord dans une petite faculté un auditoire moins exigeant. Remarquons d’ailleurs que quinze universités, si dès à présent les ressources du pays en hommes et en argent y suffisaient, n’auraient rien d’excessif : l’Allemagne, — l’Autriche non comprise, — en possède vingt. Il faut donc considérer les petites facultés comme des universités en voie de formation, qui, au fur et à mesure des besoins, se compléteront et prendront les organes qui leur manquent. Ajoutons que si l’on se livrait à ces exécutions, dans les bâtimens devenus vides, nous verrions bientôt, à la faveur du mécontentement des municipalités, s’installer le personnel des universités libres.

Nous retournons auprès des grands centres pour continuer à en observer le développement. L’université sera reconnue personne juridique et morale : cela est nécessaire, si l’on ne veut pas qu’elle soit dans une situation inférieure à ses rivales, les universités créées par le clergé. Elle aura le droit de posséder, de recueillir des legs et des donations. Nous espérons que le parti libéral ne s’en remettra pas uniquement à l’état du soin de doter ces grands établissemens. S’il a renoncé avec raison, selon nous, à l’idée de former, de son initiative privée et sous la protection de la nouvelle loi, des universités qui fussent son œuvre et son instrument, il ne s’ensuit pas qu’il doive rester spectateur de la lutte. Chaires à créer, bourses et prix à fonder, collections à enrichir, bibliothèques et laboratoires à loger et à pourvoir, il s’ouvre ici un vaste champ au patriotisme. Il n’est sans doute pas de plus intelligent et de plus digne emploi de la fortune que d’attacher son nom à la fondation d’un enseignement ou de procurer les bienfaits d’une haute instruction à des jeunes gens d’un mérite déjà éprouvé. Parmi ces bienfaiteurs, nous comptons d’avance les villes et les départemens qui prouveront ainsi, non par des vœux, mais par des actes, leur attachement aux institutions libérales : déjà en 1875 le conseil municipal de Dijon créait des bourses auprès de la faculté des lettres et des sciences, et tout récemment le conseil municipal de Paris, par une inspiration qui l’honore, votait une subvention de 24,000 francs en faveur de jeunes gens adonnés aux hautes études. Ces sortes de dons ne seront après tout qu’un retour aux anciennes coutumes, car les collèges, qui étaient des établissemens d’instruction supérieure au moyen âge, n’avaient pas d’autre origine que la générosité des particuliers. En Russie, chaque université a des centaines de bourses. En Allemagne, un cinquième à peu près des étudians profite de fondations anciennes ou nouvelles [3]. La gestion des fonds mis ainsi à la disposition de l’université sera un premier objet de délibération pour le sénat académique dont nous parlions plus haut.


III.

Si maintenant nous voulons découvrir la meilleure organisation des futures universités, le vrai point de vue sera de nous supposer à la place de l’étudiant, puisque c’est à cause de lui et pour lui que cette organisation existe. L’intérêt de l’étudiant, c’est premièrement de trouver un ensemble de cours aussi complet que possible. Dans le domaine du droit, de la médecine, des sciences et des lettres, l’université doit posséder des professeurs en assez grand nombre pour que toutes les parties essentielles puissent être simultanément enseignées. Je prends comme exemple l’étudiant en lettres : ce sera peu pour lui de trouver un cours de grec, un cours de latin, un cours d’histoire. Le champ de ces études est si vaste que, si le professeur essaie de le parcourir en entier, il ne fera guère qu’en effleurer la surface, et s’il en détache une certaine portion, le reste sera non avenu pour ses auditeurs. Dans l’état où est notre enseignement supérieur, cet inconvénient frappe peu les yeux, parce que le professeur de littérature ou d’histoire a devant lui un auditoire peu exigeant sur le choix du sujet, qui accepte sans difficulté celui qu’on lui impose, et qui, s’il en désire un autre, a la patience d’attendre que son tour arrive; mais il n’en sera pas de même avec des jeunes gens dont les besoins d’instruction sont sérieux et dont le temps d’étude est limité. Encore supposons-nous le professeur en pleine activité de l’âge et du talent. Notre organisation actuelle n’a point prévu le cas où un maître ne serait point ou aurait cessé d’être à la hauteur de sa lâche; nous citerons sur ce sujet les justes paroles de M. Schützenberger : « Quand un des professeurs titulaires avance en âge, quand la fatigue ne lui permet plus des études assidues, il cesse d’être au courant de la science. Le professeur, ainsi en retard, devient un obstacle; la science spéciale dont il est le représentant et l’organe au sein de la faculté fait halte pour ainsi dire, et l’arrêt de développement d’un professeur titulaire frappe du même coup l’enseignement lui-même. Or il peut arriver, il est arrivé que plusieurs, voire la majorité des professeurs d’une faculté, restent simultanément stationnaires... Dès lors la décadence de l’institution elle-même est imminente; elle est certaine, si, par une intervention vigoureuse, mais difficile, le ministre ne fait admettre d’office à la retraite ceux qui peuvent y avoir des droits [4]; mais les professeurs moins âgés qui ont réussi à obtenir des chaires sans avoir le feu sacré du progrès scientifique, qu’en fera le ministre ? »

Il est donc nécessaire qu’à côté du cours principal fait par le professeur titulaire il y ait un ou plusieurs cours accessoires faits par des maîtres de conférence, qui seront rétribués par l’état et qui s’entendront avec le professeur pour qu’aucune portion importante de l’enseignement ne reste en souffrance. Si le professeur veut se réserver les vues d’ensemble, les maîtres de conférence se chargeront d’approfondir quelques parties difficiles et importantes du cours. Si le professeur aime mieux se renfermer dans un sujet restreint qui lui soit cher, un maître de conférence donnera l’enseignement général. Placés un peu plus près des étudians, ces maîtres connaîtront mieux leurs désirs. Ils auront encore une autre tâche. Dans aucune faculté, les leçons données du haut de la chaire ne suffisent : si, pour les sciences chimiques et physiques, il faut à la théorie joindre l’habitude des expériences, si en médecine la clinique est la moitié de l’enseignement, il n’est guère moins nécessaire d’habituer l’étudiant en droit à voir clair dans une question douteuse, ou l’étudiant en lettres à composer une dissertation ou à commenter un texte. Pour ces exercices pratiques, qui demandent du temps et causent souvent au professeur un notable surcroît de travail, le maître de conférence sera un précieux auxiliaire. On sait quel rôle capital ont pris en Allemagne depuis trente ans ces exercices pratiques; aux cours ordinaires viennent s’ajouter des conférences faites pour des élèves choisis, qui sont censés composer le « séminaire » historique, philologique, juridique.

Mais si nombreux que soient les maîtres de conférence nommés par l’état, ils ne suffiront pas encore aux intérêts divers et imprévus que l’université doit satisfaire. En effet, l’on ne peut demander à l’administration de salarier assez de maîtres de conférence pour qu’aucune lacune ne se trouve dans les programmes, ou pour que toute partie de l’enseignement qui menace de fléchir, que ce soit par la faute du professeur, ou à cause du développement excessif de la science, ou à cause du trop grand nombre des élevées, soit aussitôt renforcée. De là l’utilité d’une troisième sorte de maîtres qui entreprendront, en leur propre nom, de remplir les desiderata qui peuvent se produire et de pourvoir aux enseignemens non donnés par l’état. Ces maîtres, que nous appellerons les docteurs libres, et qui répondent aux privat-docenten de l’Allemagne, auront droit à une salle dans les bâtimens de l’université et à une place sur l’affiche des cours. Ils participeront dans une certaine mesure à l’élection des doyens et du sénat académique. Nous verrons tout à l’heure quelles garanties de savoir et de capacité l’état devra en retour exiger d’eux. Les docteurs libres auront le droit de se faire rétribuer par les étudians, d’après un taux uniforme, approuvé par le sénat académique, et proportionnel au nombre hebdomadaire des leçons. La rétribution sera versée par les étudians entre les mains du trésorier de l’université, qui l’inscrit à l’avoir du docteur. Le droit de faire des cours payans n’appartiendra d’ailleurs pas exclusivement aux docteurs libres : en sus des leçons réglementaires, les maîtres de conférence pourront faire des cours qui seront pareillement subventionnés par les élèves. Ce droit sera même étendu aux professeurs titulaires, à la condition qu’ils ne soient pas examinateurs sur les matières enseignées par eux dans des cours payans. Dès lors l’étudiant trouvera à sa disposition, sur telle matière qu’il a le désir d’apprendre, non pas un cours, mais deux ou trois, entre lesquels il pourra choisir, à moins qu’il ne préfère les suivre tous. Si un professeur vient à faiblir, l’étude qu’il représente sera soutenue par d’autres. Des spécialités que le ministère n’a pu prévoir se produiront, car il n’y a pas au monde deux esprits semblables, et une même matière, librement professée par deux hommes, prendra dans leurs cours un aspect tout différent : personne n’a plus à profiter à cette variété que le professeur titulaire, car au contact de ses collègues, qui suivent dans un autre esprit la même direction, il sent mieux ses propres aptitudes et sa propre originalité. Si des découvertes nouvelles se font, elles ne tarderont pas à trouver une place dans l’enseignement, et quelquefois c’est l’auteur même de la découverte qui viendra, comme docteur libre, la faire connaître à la jeunesse et en poursuivre avec eux les conséquences. Les professeurs ne seront plus confinés dans la spécialité pour laquelle le ministre les a choisis, mais si quelque travail récent les en a fait sortir, ils peuvent annoncer un cours accessoire sur ce sujet dont ils sont encore pleins : il arrivera que les étudians, s’entendant entre eux, prieront le docteur libre, ou le maître de conférence, ou le professeur titulaire, de leur délivrer, sur telle matière qui les intéresse et dont ils savent qu’il s’est occupé, une suite de leçons extraordinaires. Ainsi font à Paris les jeunes sculpteurs quand, voulant recevoir les leçons de quelque artiste, ils lui adressent une demande qui, d’après un ancien et louable usage, n’est jamais refusée. Combien de richesses intellectuelles paraîtront au jour qui, par une organisation imparfaite de l’enseignement, restent cachées, ou ne se montrent qu’incidemment, et dans les livres !

On trouvera peut-être que nous exagérons l’efficacité du système de la rétribution, qui la plupart du temps ne procurera que des sommes assez modiques, et qui, en supposant même d’assez forts émolumens, ne doit pas avoir tant de prise sur des esprits habitués à des visées plus hautes; mais ce serait se tromper que de chercher dans l’attrait du lucre le véritable moteur du système. On prouverait autant de connaissance du cœur humain en supposant que l’Académie française doit chez nous son prestige aux 1,200 francs qu’elle accorde à ses membres. Nous voyons en Allemagne des professeurs largement appointés, et quelquefois pourvus en outre d’une fortune personnelle, annoncer deux ou trois cours sur des matières qui peuvent attirer tout au plus une dizaine d’auditeurs, et parler avec complaisance des vingt ou trente frédérics d’or qu’ils ont touchés à la questure au bout du semestre. Pour le professeur titulaire, ces pièces d’or sont la représentation effective et non contestable d’un nombre égal d’élèves : là est le mérite, là est l’honneur professionnel. Pour le maître de conférence et pour le docteur libre, ces mêmes pièces d’or représentent en outre la lutte à conditions égales avec le titulaire, le succès obtenu et l’espoir d’une position plus haute. Enfin pour l’élève, elles représentent le droit, qui lui est reconnu, de mettre à contribution le savoir et le dévoûment de ses maîtres.

Tous ceux qui se sont occupés de ces questions sont d’accord pour expliquer par la présence des docteurs libres l’activité infatigable qui règne dans les universités allemandes. Il est intéressant de recueillir à ce sujet le témoignage d’un professeur titulaire, d’un doyen, d’un recteur de l’université de Berlin; voici en quels termes il parle de ses jeunes collègues : « Le double caractère du savant et du professeur ne se montre nulle part aussi vivace et aussi net que chez ces jeunes gens qui, sans mandat officiel, mais poussés par la vocation intérieure, avec des profits médiocres ou nuls, et ayant souvent à combattre contre les difficultés de la vie, animés par l’amour de la science et par le goût de l’enseignement, ne comptent que sur leurs propres forces pour participer et pour travailler à l’œuvre de l’université. En eux est le vrai levier de nos écoles, qu’on a retiré là où l’on ne voulait pas le progrès, et qu’on a dû remettre partout où, sous l’aiguillon de la concurrence, on a voulu rappeler le mouvement et la vie. Avec chaque jeune homme qui entre dans l’enseignement, se réveille et se répand par toute la corporation le sentiment de l’objet idéal de la science, et même les plus anciens ne peuvent s’empêcher de ressentir l’effet de ce stimulant [5]. »

A la situation de ces docteurs libres, qui entrent dans l’université le front haut, avec le sentiment fortifiant de la lutte et avec la conscience d’apporter à l’enseignement quelque chose de nouveau, qu’on veuille bien comparer la situation de nos suppléans, de nos chargés de cours, obligés d’attendre que la maladie ou la mort fasse une trouée dans le personnel, et contraints d’adapter justement leurs leçons à la lacune qui vient de se déclarer dans les programmes! Le système allemand est celui que suit la nature, qui n’attend pas que l’ancienne génération soit couchée dans le tombeau pour laisser se montrer la nouvelle. De cette façon, l’ardeur des années créatrices n’est point perdue, et l’on ne voit pas arriver à l’enseignement des hommes inexpérimentés, quoique vieux, et déjà fatigués par une longue et stérile attente. Le recrutement du professorat officiel se fera en connaissance de cause, et ce seront des maîtres familiarisés avec leur tâche, éprouvés à l’usage, connus de la jeunesse, qui monteront dans les chaires de l’état.

Nous avons dit que le système des docteurs libres produit une plus grande tension des forces. Rien ne vaut, pour fixer les idées, comme quelques chiffres : on nous permettra donc de prendre un ou deux exemples qui montreront quelles ressources d’instruction les universités allemandes mettent au service des étudians. Veut-on savoir par exemple combien l’Allemagne (sans y comprendre l’Autriche) a en ce moment, dans ses 20 universités, de professeurs d’histoire? — Elle en a 104, dont chacun fait de quatre à six leçons par semaine, quelques-uns davantage. Nos 16 facultés françaises comptent tout au plus une vingtaine de cours d’histoire, à deux leçons par semaine. — Veut-on savoir par combien de professeurs sont représentées la grammaire comparée et les langues orientales? Par 56 professeurs, dont chacun fait deux ou trois cours, chaque cours se composant de deux ou trois leçons [6]. Nos facultés n’en ont pas un seul, excepté Lyon, où un cours de grammaire comparée a été établi par le doyen.

Un tel ensemble de cours ne pouvant jamais être réalisé par l’initiative de l’administration, si bien disposée et si bien pourvue en ressources budgétaires qu’on l’imagine, il est indispensable, si nous voulons égaler nos voisins et si nous voulons avoir un haut enseignement digne de la France, d’introduire chez nous l’institution des docteurs libres. Quelques personnes paraissent craindre que, pour obtenir le succès, des moyens de mauvais aloi, tels que les généralités déclamatoires, les allusions politiques, ne soient quelquefois employés; mais, outre que tous les membres de l’université se trouveront placés sous l’autorité du sénat académique, il faudrait connaître peu l’effet surprenant qu’un cours rétribué exerce sur le professeur et sur l’auditoire. On a depuis longtemps remarqué que les cours payans sont plus condensés, plus clairs, plus pratiques que les autres. C’est dans les cours ouverts à tout venant qu’on a vu se former des popularités de nature contestable. Le danger serait plutôt que ces leçons ne dégénérassent parfois en préparation aux examens; mais le grand jour de l’université serait le meilleur remède contre ce défaut. Fions-nous à l’intelligence de ce public spécial, composé de maîtres et d’élèves, par qui les artifices, si l’on en essayait, seraient vite pénétrés, et auprès de qui le seul moyen de réussir d’une manière durable, c’est le talent et le travail.

Nous rencontrons ici une objection : comme l’étudiant français paie déjà le droit d’assister aux cours sous la forme d’un impôt trimestriel appelé inscriptions, il aura, s’il veut suivre les cours rétribués, à porter une double charge pécuniaire. Ce serait une opération risquée et difficile de remanier le système financier de nos facultés et de supprimer un impôt qui a sa raison d’être, puisqu’il représente la part que perçoit l’état en échange des cours publics fails par les professeurs et par les maîtres de conférence. Remarquons toutefois que, d’une manière plus ou moins ostensible, la double charge existe déjà. Ainsi dans la faculté de médecine, aux leçons professées à la faculté viennent s’ajouter de nombreux cours faits à l’école pratique, et d’autres cours professés à domicile par des savans sans mandat officiel et enseignant pour leur propre compte. Bon nombre d’étudians se forment dans ces cours payans, où les leçons sont plus fréquentes, les communications avec le maître plus aisées. Pour l’étude du droit, on trouve aussi des répétiteurs, quelquefois des hommes instruits et distingués, faisant chez eux un cours qui à tous égards serait plus convenablement placé à l’université. On ne fera donc que régulariser et entourer de plus de garanties une pratique qui, dans le droit et dans la médecine, existe déjà. A l’imitation de ce qui se passe en Allemagne, les étudians sans fortune pourraient obtenir dispense ou ajournement de tout ou partie des honoraires. Quant aux élèves en sciences et en lettres, qui d’ordinaire sont les moins favorisés de la fortune et qui jusqu’à présent étaient aussi les moins nombreux, on pourrait douter avec raison qu’ils fussent en état de soutenir par leurs subsides l’existence des cours libres. Mais, outre que les bourses accordées par le ministère et par les villes interviendront ici fort à propos, nous verrons bientôt comment ces facultés, jusqu’à présent déshéritées, doivent peu à peu prendre vie et se recruter en élèves.

Pouvons-nous aller plus loin? Pour que le fair play entre docteurs libres et professeurs appointés fût pleinement assuré, ne faudrait-il pas encore quelque chose? Il existe dans les universités allemandes un article de règlement dont généralement on parle très peu, qui n’est même pas consigné dans les nombreux recueils où se trouvent coordonnés les lois et statuts relatifs à l’enseignement supérieur, et dont le sens est que les étudians ne seront admis à l’examen final que si, durant tout leur séjour à l’université, ils se sont fait inscrire chaque semestre au moins à deux cours privés (c’est-à-dire payans). La conséquence de cette disposition, c’est que peu à peu toutes les parties importantes de l’enseignement ont été transportées dans les cours payans, tandis que pour les cours publics on garde les expositions brillantes et sans application immédiate. Il est si vrai que le centre de gravité est placé dans les cours privés, qu’un professeur qui ne voudrait faire que des cours gratuits éveillerait une certaine défiance et qu’il rencontrerait des difficultés dans les règlemens. Grâce à ce système, qui est aujourd’hui sous la protection de la tradition, le nouveau venu que recommandent ses connaissances et ses talens est exactement, vis-à-vis du public des étudians, sur le même pied que le professeur en titre. Rien ne s’oppose à ce qu’il groupe autour de sa chaire les auditeurs, puisque son cours s’offre avec les mêmes avantages et dans les mêmes conditions, et puisqu’il compte pour l’examen final aussi bien que celui des plus anciens professeurs de l’université.

C’est là cette Lehr und Lernfreiheit (liberté du maître et de l’étudiant) dont il est si souvent parlé. Je crois que sur ce point il serait prématuré d’imiter une organisation qui ne s’est établie chez nos voisins que peu à peu. Laissons d’abord les cours payans prendre racine à l’université: ils auront à lutter contre les cours publics ; mais mieux vaut des commencemens difficiles qu’une révolution qui choquerait les idées reçues et qui aurait contre elle la coalition des intérêts et des préjugés.

Il est à supposer que dans le principe la rétribution des cours ne produira que des sommes assez faibles. Si pourtant en de certaines spécialités, comme dans le droit et dans la médecine, quelques professeurs, par un succès plus qu’ordinaire, venaient à récolter des émolumens considérables, le devoir de l’état serait de protéger ces maîtres contre les motions, qui ne manqueraient pas d’être faites, de prélever une partie de ces sommes au nom de l’université ou de la faculté. De tels prélèvemens seraient la cause de récriminations sans fin, et ils auraient pour effet de couper le nerf de la concurrence. Ne voyons-nous pas aussi la vogue porter des avocats, des médecins, des écrivains, des artistes? Ne vaut-il pas mieux que ce mouvement se produise dans le sein de l’université, qui indirectement en reçoit l’impulsion et en garde le reflet? Sans doute on verra des inégalités. S’il est inadmissible que parmi un tel public il y ait des succès sans motif, on peut cependant prévoir que le cours le plus solide ou le plus original ne sera pas toujours le plus couru. Mais qui, parmi les collègues, oserait s’en faire juge? La lutte, avec ses chances et ses retours, contient en elle-même un correctif. D’ailleurs l’état, en témoin éclairé, réservera ses récompenses pour le mérite délaissé par la foule, comme il distingue l’éminent artiste qui ne songe ni aux commandes, ni aux succès de Salon.

Une question capitale est de savoir comment seront nommés les docteurs libres. Tous ceux qui désirent la réussite de cette institution tomberont d’accord qu’une trop grande facilité dans les choix serait le plus sûr moyen de la ruiner. M. Duruy, dans les dernières années de son ministère, avait fondé auprès de la Sorbonne ce qu’on appelait la petite Sorbonne, et ce qui n’était pas autre chose que les docteurs libres, mais mis dans un bâtiment à part, sur des affiches à part. Quoiqu’il y eût au nombre de ces maîtres de la petite Sorbonne des hommes d’un vrai mérite, qui enseignent aujourd’hui au Collège de France, à l’École des langues orientales, dans les facultés de province, il a suffi de quelques choix malheureux pour compromettre l’institution, et à la première occasion l’administration fit fermer la petite Sorbonne. Si nous nous rappelons que, selon toutes les vraisemblances, le recrutement des maîtres de conférence et des professeurs se fera principalement parmi les docteurs libres, nous sentirons encore mieux la nécessité d’étouffer dès le principe des prétentions mal justifiées qu’on aurait de la peine à contenir ou à écarter plus tard. Le moment ne nous paraît pas encore venu de laisser aux universités le droit de s’adjoindre des docteurs libres à leur guise. Une commission scientifique siégeant à Paris et accordant la venia docendi aux candidats qui se présenteront devant elle nous paraît le meilleur moyen de protéger l’institution à ses débuts : il n’est pas question d’imposer aux candidats des épreuves uniformes, encore moins de les faire argumenter les uns contre les autres, comme cela s’est vu autrefois, comme cela se pratique encore en certains examens. A tel homme connu et désigné à l’avance par ses travaux, la commission ouvrirait sans autre formalité les portes de l’université. D’autres fois elle pourrait exiger des épreuves, telles qu’une leçon d’essai, une thèse. En général, le diplôme de docteur serait demandé; cependant, dans les premiers temps, il y aurait peut-être lieu d’en dispenser les savans adonnés à des recherches qui étaient exclues jusqu’à présent des programmes universitaires.

Une fois pourvu de la venia docendi, le jeune professeur choisira parmi les universités celle où il veut essayer ses forces. Seulement l’attrait qu’exerce Paris est si grand que la plupart, on peut le craindre, voudraient rester dans la capitale : déjà en Allemagne, au commencement du siècle, on remarquait que les privat-docenten s’entassent dans les grandes villes, où on en a le moins besoin, et que souvent on en manque dans les petites. Cet inconvénient avait frappé Meiners en 1801. Des expériences trop nombreuses peuvent donner à penser que plus d’un jeune homme aimerait mieux rester simple docteur pendant une suite d’années à Paris, que d’aller à Bordeaux où à Lyon même avec l’espoir d’y arriver bientôt au titre de maître de conférence et de professeur. N’en déplaise aux partisans d’une liberté absolue, je crois qu’un régime spécial devra être établi à cet égard, et qu’on devra poser comme règle, qu’un stage d’une durée déterminée auprès d’une université de province est la condition pour obtenir le droit d’enseigner à l’université de Paris. Les instrumens de travail qu’une organisation prévoyante aura accumulés en province empêcheront nos jeunes savans de regarder ce stage comme un exil.

Rien en effet ne sera plus propre à couper court aux éternelles plaintes sur la difficulté de travailler en province, rien ne pourra plus sûrement attacher aux universités ceux de leurs maîtres qu’elles auront le plus d’intérêt à retenir, aucune dépense, par conséquent, ne sera plus productive et mieux entendue que les sommes employées à créer ou à développer ces instrumens indispensables d’un enseignement supérieur, tels que bibliothèque, laboratoires de physique et de chimie, cliniques, collections d’histoire naturelle, jardin botanique. Plus d’un docteur, venu avec l’idée de retourner à Paris, se laissera prendre aux attraits d’expériences commencées ou de collections accrues sous sa direction. Parmi ces divers établissemens, l’un des plus importans est la bibliothèque, parce qu’elle sert également à toutes les facultés, et qu’elle doit être comme les pénates de l’université. Je me souviens encore de l’impression que je ressentis, il y a vingt ans, quand je parcourus la bibliothèque de Göttingue, où à une admirable collection de livres venaient s’ajouter tous les recueils savans, tous les journaux principaux de l’Europe, aussitôt mis à la disposition des professeurs et des étudians. C’est par cette bibliothèque qu’a vécu et grandi l’université, c’est elle qui permet à une ville de 12,000 habitans de garder ses professeurs, que lui disputent vainement les grandes capitales. L’isolement où ont vécu jusqu’à présent nos facultés n’a permis de rien fonder de semblable, et tel est l’esprit d’exclusion nourri par cet isolement, qu’on entend des voix recommander le système des bibliothèques à part pour la médecine, pour le droit, pour les sciences, sans égard à la dispersion qui en serait la conséquence, ni aux doubles et triples emplois que ce morcellement entraîne dans les acquisitions, dans les installations, dans le personnel.

Un point auquel on ne saurait trop attacher d’importance, ce sont les règlemens relatifs à l’usage de ces instrumens de travail. On a trop oublié que l’université existe pour les élève<s : en vain construirait-on les plus beaux laboratoires, amasserait-on les plus belles collections de livres, établirait-on les plus riches jardins botaniques, s’ils sont d’un accès difficile et rare, ou si les étudians, une fois admis dans ces asiles du travail, ne peuvent pas s’y livrer à leurs recherches avec liberté et recueillement. Plus d’un esprit original a senti la vocation s’éveiller au milieu des collections. Pour connaître l’histoire d’une science (chose si nécessaire), il faut le facile accès des livres. Le plus sûr indice d’établissemens qui ont oublié leur propre raison d’être sont ces collections qui ne servent qu’aux maîtres et dont les élèves quelquefois ignorent jusqu’à l’existence. Ce n’est pas assez que les étudians aient l’entrée de la bibliothèque et des laboratoires. Il faut que, dans les cours, ils ne soient pas obligés de défendre leur place contre les oisifs. Nous touchons ici à une plaie de nos facultés françaises, où l’étudiant, qui paie pourtant ses leçons puisqu’il acquitte des droits d’inscription considérables, est confondu dans la foule. « Les leçons, dit le décret du 21 septembre 1804, seront publiques, et, pendant leur durée, l’entrée ne pourra être refusée à personne. » De là ce va-et-vient d’amateurs désœuvrés, connu de tous ceux qui ont passé une heure à la Sorbonne. L’installation matérielle est à l’avenant; on ne sait, dans nos facultés des lettres, ce que c’est que des tables pour écrire; les élèves des écoles communales sont mieux pourvus. Impossible à la Sorbonne d’avoir une salle de rechange; le lecteur croira difficilement que les cours de notre faculté des lettres se font tous à la suite les uns des autres dans le même local, en sorte qu’on voit les auditeurs d’une leçon faire irruption, se chercher, se grouper, pendant que la leçon précédente dure encore. Un bon nombre de moyennes et de petites salles commodément disposées pour entendre, pour voir et pour écrire, voilà ce qu’il faut demander aux architectes de nos futures universités; espérons qu’à la porte de ces salles se trouvera l’appariteur avec le registre de présence où les étudians, et les étudians seuls, inscriront, à chaque leçon, leurs noms.

Il faut enfin, pour entretenir l’activité parmi les maîtres et les élèves, de fréquentes occasions de se produire en public. Je n’entends point par là les harangues officielles, mais les moyens de publier des travaux. A l’étranger, chaque fête universitaire est un prétexte pour imprimer quelque mémoire : fête du souverain, fête du prince royal, centenaire de la naissance de Niebuhr, centenaire de la mort de Winckelmann, cinquantième année du doctorat de M. le recteur, les occasions ne manquent pas de publier gratuitement des travaux de science ou d’érudition que les universités échangent entre elles. Beaucoup de villes comme Heidelberg, Göttingue, Iéna, ont en outre des recueils périodiques justement célèbres [7]. Ainsi se forme l’atmosphère scientifique que respire l’élève, et qui lui permet de vivre, pendant trois ans, hors des conditions ordinaires et banales de l’existence. Aussi le temps de l’université reste-t-il dans la mémoire du plus grand nombre comme un rêve doré qui illumine la vie entière.

Les patrons des universités catholiques n’attendent pas tant le succès de leurs maisons de la supériorité des leçons que de la surveillance exercée sur les jeunes gens, et de la sécurité plus grande offerte aux familles. Il n’est que trop vrai que souvent l’étudiant est abandonné à lui-même, et qu’il passe sans intermédiaire de la claustration excessive du lycée à la liberté absolue. En d’autres pays, les jeunes gens trouvent dans les lois de l’université, dans l’autorité exercée par les chefs de la faculté ou par des magistrats spéciaux, un utile et paternel appui. C’est même de ce régime à part, qui existait pour les professeurs, pour les étudians et pour tous ceux qui étaient en rapport avec la corporation, que les anciennes universités ont tiré leur nom et leurs privilèges. Nous ne demandons pas qu’on relève ces antiques barrières ; mais à la loi commune que l’étudiant, comme tout Français, doit invoquer et subir, pourrait s’ajouter une juridiction universitaire, qui, à l’occasion, entrerait dans les considérations qu’avec raison le droit commun ignore. Grâce à ces tribunaux particuliers, les officiers, les avocats ont maintenu leurs traditions et gardé leur point d’honneur professionnel. L’étudiant, en tout ce qui se rapporte au travail et à la conduite, trouverait dans ses professeurs des juges éclairés et respectés, des conseillers sûrs et fermes. Ce serait une grande faute de croire que nos futures universités dussent chercher le succès dans une liberté entière laissée aux élèves. Sans parler des autres raisons, comme ces élèves dépendent de leurs parens, le séjour qui offrira le plus de garanties aux familles sera, toutes choses étant égales ou à peu près, celui que toujours elles préféreront. Qu’on me permette de citer ici le témoignage d’un homme qui ne sera pas suspect à la jeunesse. Le regrettable docteur Lorain, décrivant la vie de nos étudians, s’écriait : « L’étudiant français a la liberté du bien et du mal, il paie l’instruction comme toute denrée, en use ou n’en use pas, à son gré. Où donc est l’alma mater, l’université? »

Parmi les moyens d’assurer l’autorité des professeurs et de stimuler le travail des élèves, un des plus recommandables me paraît la limitation du droit de se représenter à un même examen. « La faculté indéfinie de se faire refuser, dit M. Ernest Dubois, est une des causes les plus évidentes de la faiblesse des examens de droit. Le mot refus est inconnu dans la langue universitaire, qui n’emploie que l’euphémisme ajournement : c’est, il est vrai, la seule expression qui soit exacte dans l’état actuel des choses. Mais il y a là un abus auquel il faut mettre un terme, dans d’autres facultés sans doute autant que dans celle de droit... Il faut fixer une limite, et ce ne serait pas, ce me semble, en fixer une trop étroite que de borner à trois le nombre de fois qu’il serait permis de se présenter à un même examen. L’élévation des frais à acquitter pour la seconde et la troisième fois serait un avertissement de la déchéance fort grave qui serait encourue à la suite du troisième échec. Ce système de sévérité progressive serait plus efficace pour faire travailler les étudians que tous ceux dont ou a essayé jusqu’à présent [8]. » Nous voudrions qu’une limitation de ce genre fût introduite dans le règlement de tous nos examens, même pour les écoles spéciales, et qu’elle remplaçât la règle de la limite d’âge.

Quand on lit les ouvrages étrangers qui traitent de l’organisation des universités, on éprouve un sentiment de surprise, et on se sent comme transporté dans un monde différent, en voyant que parmi les accessoires ordinaires de l’université sont mentionnés soigneusement un ou plusieurs manèges, un tir, des salles de gymnastique, des salles d’armes, une école de natation, un jeu de paume. C’est parce qu’elles n’ont dédaigné aucun de leurs devoirs que ces corporations ont survécu à tous les changemens et gardé leur influence. Tout le monde sait quelle place les universités d’Oxford et de Cambridge laissent aux exercices physiques : la moitié de l’éducation anglaise, et non la moins bonne, se donne dans le canot ou sur la prairie; là le jeune Anglais aguerrit son corps, forme son caractère, exerce sa volonté. Telle était aussi autrefois notre éducation en France. Ces noms du jeu de paume et du mail, qui dans la plupart de nos villes restent attachés à des rues où à des promenades, sont comme un reproche à la génération nouvelle, oublieuse de ces nobles et utiles récréations. Heureusement le volontariat d’un an est venu rappeler ces devoirs à la jeunesse ! La législation militaire prussienne, en général si rigide, fournit aux étudians des facilités spéciales pour remplir leurs obligations envers l’état. Elle leur laisse, entre dix-sept et vingt-trois ans, le droit de choisir l’année qui leur paraît la moins incommode; dans les villes d’université sont placés en garnison des régimens où ils peuvent entrer, et par faveur particulière ces régimens ont la permission de dépasser la limite maxima de volontaires indiquée dans les règlemens.


IV.

Un jour que j’exposais à un professeur de mes amis, homme au langage un peu vif, cette organisation des maîtres de conférence et des docteurs libres : « A quoi bon? » me dit-il en m’interrompant brusquement. Et comme je le priais de s’expliquer, il reprit ; « A quoi bon des chevaux de renfort pour tirer une voiture vide? » — C’est l’objection que pour deux de nos facultés, les sciences et les lettres, on trouvera chez tous les hommes au courant de la matière. Notre enseignement des lettres et des sciences ressemble à une agence de transport qui n’aurait pas de voyageurs : le plus surprenant, c’est que l’état, qui a été longtemps l’unique propriétaire de l’agence, prenait des mesures pour tenir les voyageurs au loin. Quoi de plus naturel, par exemple, que de placer auprès de nos facultés, comme étudians en sciences et en lettres, les futurs professeurs de nos lycées et collèges, dont le plus petit nombre seulement sort de l’École normale? Il n’en est rien. Par une disposition malencontreuse qui les oblige de passer cinq ans en qualité de maîtres d’étude ou d-e chargés d’une classe dans un lycée ou dans un collège avant d’avoir le droit de se présenter au concours de l’agrégation, on leur rend la présence auprès des facultés impossible : en d’autres termes, on les oblige à enseigner avant d’avoir appris, et l’on sacrifie les intérêts de l’instruction aux exigences de l’internat. La disposition qu’il s’agit d’abroger porte écrite à son front la date de l’année où elle a été prise. Elle fait partie de la loi de 1852, c’est-à-dire qu’elle remonte à un temps où le savoir était en suspicion, et où les hommes politiques qui tenaient entre leurs mains les destinées de l’enseignement auraient volontiers borné les maîtres à un maximum de connaissances [9]. Comme nous le disions plus haut, de ceux qui formeraient l’auditoire naturel de nos facultés des sciences et des lettres, l’état exige l’absence.

Personne n’est admis à tenir une classe en Allemagne, s’il n’a passé au moins trois ans comme étudiant dans une université : de cette façon, quel que soit plus tard le poids de la vie, on a connu la joie de l’étude désintéressée et l’on garde une ouverture sur les grandes questions de la science. Entre l’enseignement supérieur et l’enseignement secondaire, il existe, par les professeurs des gymnases (c’est-à-dire des lycées et collèges), une communication constante. Mais nos malheureux candidats à la licence et à l’agrégation, confinés au fond d’une cour de collège, réduits pour toute instruction aux conférences faites par un professeur du lycée, ne connaissent la faculté des sciences et des lettres que par les inscriptions dont ils vont verser en une fois le montant entre les mains du secrétaire, ou par la demande de dispense des frais qu’avant l’examen ils adressent au doyen. La conséquence de cet état de choses, c’est que les juges de la licence et de l’agrégation sont obligés d’abaisser le niveau pour ne pas le rendre inaccessible aux candidats. Sauf la petite élite formée par l’École normale, le personnel de l’enseignement secondaire vit sur les notions qu’il a acquises dans l’enseignement secondaire, tandis que les facultés des sciences et des lettres, privées de leur auditoire véritable, sont obligées de s’en chercher un parmi les amateurs et les dilettantes. La meilleure solution serait de prendre le contre-pied de la loi de 1852, et de dire que nul ne sera reçu agrégé sans le certificat de scolarité, c’est-à-dire sans la preuve qu’il a passé trois ans comme élève en sciences ou en lettres auprès d’une université. Mais comme la transition serait peut-être un peu brusque, nous nous contenterons d’une concession à coup sûr bien modeste, savoir que le certificat de scolarité puisse tenir lieu du stage fait dans un lycée ou collège en qualité de maître d’étude ou de chargé d’une classe.

Il est vrai que cette mesure, qui amènera au plus une centaine d’étudians dans les amphithéâtres des sciences et autant dans ceux des lettres, ne les peuplera pas encore beaucoup. Mais il n’est pas nécessaire, pour rendre la vie à ces cours, de leur fournir un nombreux auditoire : tout dépend de la qualité des élèves. C’est ce qu’a montré jusqu’à l’évidence l’expérience faite depuis huit ans à l’École des hautes études ; a on y a pu voir qu’il suffit qu’un cours supérieur soit soustrait au public de hasard pour qu’immédiatement les études s’y relèvent, et pour qu’il forme des savans dignes d’être comparés à ceux qui sortent des meilleures universités étrangères [10]. »

Cependant des moyens plus radicaux ont été mis en avant : quelques réformateurs ont proposé de supprimer dans nos lycées les classes de philosophie et de mathématiques spéciales, pour en transporter les leçons et pour en introduire les élèves dans l’université. Mais je ne pense pas qu’une mesure qui ne ferait que déplacer ce qui existe puisse compter pour une réforme. Jeter des lycéens dans l’enseignement supérieur avant l’achèvement de leurs classes n’en fait pas pour cela de véritables étudians. On déprimerait l’enseignement des facultés et l’on aurait décapité sans compensation notre enseignement secondaire. Partout où l’étudiant arrive trop jeune ou avec des connaissances insuffisantes, l’enseignement supérieur dégénère rapidement : telle a été l’histoire de notre faculté des arts au moyen âge ; tel est aujourd’hui le sort de l’enseignement supérieur en Espagne.

Une idée plus heureuse est celle qui a été récemment développée par M. E. Boutmy, le directeur de la jeune École libre des sciences politiques. Il propose que dans certains examens, aux matières actuellement demandées (lesquelles sont maintenues et continuent à être les mêmes pour tous) soit jointe la matière de deux cours librement choisis par le candidat en dehors du programme. Il y aurait donc obligatoirement dans ces examens : 1er une partie invariable imposée à tous; 2° une partie variable comprenant deux cours laissés au choix de l’étudiant. Non-seulement l’élève en droit pourrait se faire interroger sur certaines parties accessoires du droit, mais même il pourrait faire porter les questions sur un cours de la faculté des lettres ou des sciences. Toutefois, pour prévenir des choix peu judicieux ou d’une utilité trop lointaine, l’autorité universitaire publierait tous les ans une liste des cours pouvant servir à la partie variable de chaque examen. Non-seulement les cours des docteurs libres auraient le droit de figurer sur cette liste, mais à Paris certains cours professés en dehors de l’université, comme les leçons du Collège de France, de l’École des chartes, de l’École des hautes études, de l’École des mines, pourraient y être inscrits, et les professeurs seraient appelés à faire partie du jury d’examen. On aperçoit sans peine les avantages de cette disposition, qui procurerait une utilité immédiate à une quantité de cours qui aujourd’hui sont en l’air, qui permettrait aux différentes facultés de contracter entre elles une union plus intime, et qui apporterait dans les études des élèves une variété profitable à tout le monde. « Quel mal y aurait-il à ce qu’un aspirant à la licence ès-sciences naturelles suivît à l’École de médecine un cours de pathologie ou de micrographie, — à ce qu’un étudiant en droit suivît à sa faculté le cours d’un privat-docent sur le droit canonique, ou au Collège de France le cours de M. de Rozière? — D’autres lois le droit sera combiné avec la partie correspondante de la médecine, ou la médecine avec certaines sciences. Au lieu de types d’instruction fermés et invariables, on commencera à avoir des types multiples créés au gré des aptitudes individuelles, devinés et composés par l’instinct des vocations. » Même les écoles fermées, comme l’École normale, l’École polytechnique, se trouveraient peu à peu conduites à entr’ouvrir leurs portes, à laisser entrer les élèves du dehors, et leurs professeurs auraient occasion de se mêler aux autres. C’est seulement à la condition de ne laisser en dehors d’elle aucune force vive que la future université de Paris répondra aux grandes espérances qu’un tel corps est en droit de faire concevoir. Enfin nos facultés des sciences et des lettres donneront peu à peu l’hospitalité à des cours pour lesquels jusqu’à présent elles n’avaient point de place, et qui cependant sont contenus en Allemagne dans le cadre élastique de la faculté de philosophie. Comme le propose déjà M. Ernest Dubois, les diplômes obtenus par le candidat diront de quelles connaissances spéciales il a fait preuve dans la partie variable des examens.

M. Boutmy fait observer que sa proposition ne change rien aux règlemens établis et qu’elle y introduit seulement une latitude dont l’expérience démontrera l’utilité. Nous souscrivons à ces justes déductions, sauf sur un point. Parmi les examens ainsi modifiés, il met aussi le baccalauréat ès-lettres et ès-sciences. Je crois que ces examens, qui appartiennent à l’enseignement secondaire, doivent rester étrangers au projet. L’auteur dit que « la règle des deux cours donnera aux facultés des lettres et des sciences un auditoire tout nouveau, pris sur les 15,000 jeunes gens qui se présentent chaque année aux deux baccalauréats. » Ce seul chiffre eût dû lui montrer le danger qu’il y aurait à introduire subitement dans les salles de cours de nos facultés un public qui, au lieu de relever l’enseignement supérieur, l’écraserait sous une charge qu’il n’est pas préparé à recevoir. Mais, dans le programme de la licence, et plus encore dans celui du doctorat, une place faite aux aptitudes spéciales des candidats sera sans danger. Par la règle des deux cours, nous rectifierons peu à peu l’idée qu’on doit se faire de ces épreuves finales, qui, tout en exigeant un fonds de connaissances indispensables, doivent déjà inviter le jeune homme à essayer ses forces et à déployer son initiative. Ajoutons qu’une relation plus étroite entre les facultés est depuis longtemps le but poursuivi par nos ministres : il y a déjà 25 ans que les étudians en droit sont obligés de s’inscrire à deux cours de la faculté des lettres. La mesure proposée ne ferait donc que consacrer et assurer par un contrôle efficace ce qui est resté jusqu’à présent une simple perception fiscale. Ne perdons pas de vue que, sans quelque mesure de ce genre, le renom des plus éminens professeurs ne suffira pas pour attirer des étudians à qui la fréquentation des cours n’apporterait aucun avantage effectif. Je recommande aux réflexions du lecteur les lignes suivantes de M. Gabriel Monod : « J’ai suivi pendant une année un cours de droit historique professé au Collège de France par un savant de premier ordre. Je pensais que parmi les 3,000 étudians en droit, il y en aurait bien une centaine désireux de profiter de cette occasion unique de compléter leurs études. Il n’en était rien. Nous étions une soixantaine d’auditeurs, sur lesquels il y avait tout au plus dix jeunes gens, dont quatre prenaient des notes; le reste de l’assistance se composait de dix dames, de dix hommes d’âge mûr, et d’une trentaine de vieillards. »

C’est ici le lieu de rappeler qu’une source à laquelle s’alimentent les cours des lettres en d’autres pays a été détournée. A l’étranger, les étudians en théologie se mêlent aux étudians en lettres, avec lesquels, par la nature de leurs occupations, ils ont de nombreuses affinités. On sait quelle place les jeunes clergymen occupent dans les universités anglaises; mais en France les futurs prêtres catholiques sont depuis le commencement du siècle renfermés dans les séminaires diocésains. Il est vrai que l’état entretient à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Rouen, à Aix, des facultés de théologie; mais par une exception particulière à la France, elles ne sont pas reconnues du Saint-Siège, et elles décernent des grades qui n’ont point de valeur canonique. La loi du 13 mars 1804, l’ordonnance du 25 décembre 1830, qui exigent ces grades pour les hautes fonctions ecclésiastiques, n’ont pas été observées. Tout le monde se rappelle à quels débats donna lieu dernièrement dans les chambres la suppression proposée de ces facultés de théologie. Le ministre s’y opposa, selon nous avec raison, car si le divorce entre un parti extrême et la société s’accuse tous les jours davantage, il ne faut point que la cause en puisse être reportée sur l’état.

Outre les cinq facultés de théologie catholique, l’état entretenait autrefois deux facultés de théologie protestante à Strasbourg et à Montauban. Tout aspirant au ministère pastoral doit avoir suivi les cours pendant un temps déterminé et justifier, entre autres conditions, du grade de bachelier en théologie. La faculté de Strasbourg a été détruite par la guerre, et jusqu’à présent on ne l’a point relevée. Nous espérons qu’elle viendra prendre sa place dans l’université de Paris : combien d’éminens savans, — philologues, orientalistes, historiens, — les universités allemandes et hollandaises n’ont-elles pas dus à leur faculté de théologie! L’alliance entre ces études s’est encore vérifiée depuis la guerre, car notre enseignement supérieur et secondaire doit quelques-uns de ses meilleurs maîtres aux débris de la faculté et du séminaire protestant de Strasbourg.

Nous avons réservé pour la fin une grave question : le mode de nomination des professeurs. Prévenir la brigue, empêcher les influences, choisir le mérite, c’est le but qu’on a espéré atteindre tour à tour par les moyens les plus divers, tels que concours, élection, présentation par des corps différens, décision laissée au chef de l’état ou au conseil supérieur. Comme les modes de nomination sont appliqués par les hommes, il ne faut pas une grande pénétration pour discerner que l’esprit qui anime les hommes fait la valeur du mode de nomination. Je pourrais citer tel canton suisse où les choix sont faits exclusivement par un conseiller d’état, et où, malgré le danger de cette concentration de pouvoir, l’université présente toujours un ensemble remarquable d’hommes distingués en tout genre; mais le conseiller, qui est épris de son université, voyage par toute l’Europe comme un impresario, s’assied dans les salles de cours, et après avoir écouté les professeurs, va leur proposer, s’il les trouve à son goût et s’il espère les convaincre, un engagement avantageux pour quelques années. Il arrive ainsi à composer une troupe un peu bigarrée et un peu changeante, car les meilleurs ne tardent pas à être rappelés dans leur patrie, mais aussi toujours brillante et active. En d’autres contrées, le vote souverain des professeurs, qui devraient être les plus intéressés à maintenir l’éclat du corps, a fonctionné au profit de la médiocrité et de l’esprit de coterie. Si l’on prend l’avis de ceux qui ont le plus manié les choses de l’enseignement, on voit qu’en général les professeurs préfèrent que les nominations soient faites par l’état, tandis que l’état, quand il a la conscience de ses devoirs, aime mieux laisser la responsabilité aux corporations. Dans la plupart des universités allemandes, qui ont à ce sujet une longue expérience, le pouvoir central reste investi du droit de choisir les professeurs; mais il faut remarquer que dans un pays où l’institution des docteurs libres et des maîtres de conférence est depuis longtemps en vigueur, et où des gouvernemens différens se disputent les hommes en renom, les choix sont à peu près indiqués par l’opinion. Chez nous, un système mixte est sans doute celui qui offrira le moins d’inconvéniens. Une présentation faite par l’université pourrait avoir pour contrôle une autre présentation faite par un conseil inamovible siégeant auprès du ministre : le chef de l’état, sur l’avis du ministre, choisirait en cas de dissentiment. Il est à souhaiter d’ailleurs que le nombre des professeurs titulaires soit assez limité, tandis qu’on augmenterait avec avantage celui des maîtres de conférence, dont la nomination, selon nous, doit au moins dans le présent appartenir à l’état.


Si incomplète que soit cette esquisse, elle suffira pour montrer la nécessité d’une réorganisation. Nous avons parlé surtout au nom de l’intérêt scientifique; mais d’autres intérêts encore commandent à la France de s’appliquer avec énergie et avec persévérance à cette tâche. Depuis trente ans, c’est surtout vers les universités allemandes que se dirige cette partie de la jeunesse du monde entier qui, ses premières études achevées, va chercher au dehors un complément d’instruction. Quand on consulte les statistiques publiées par les universités d’Allemagne, on est surpris de voir à quel point l’élément étranger y est représenté. Or il est certain qu’un enseignement solidement constitué est un moyen d’influence extérieure : qui ne sait l’importance qu’ont pour la vie entière ces années où l’esprit se forme et où se contractent les belles amitiés de la jeunesse? Il suffira que la France, qui a toujours conservé sa force attractive dans le domaine des arts, le veuille sérieusement pour qu’elle la retrouve aussi en d’autres régions de l’intelligence; à peine l’École des hautes études était-elle fondée qu’on y a vu se présenter des étudians de toutes les contrées de l’Europe. Demandons donc à l’état de former, non pas seulement à Paris, mais sur divers points du territoire, de grands établissemens d’instruction, que les écoles spéciales, avec leur base trop étroite et leur accès trop difficile, ne pourront jamais remplacer. On a lu en ces dernières années dans les journaux le récit des fêtes qu’à l’occasion de l’anniversaire séculaire de leur fondation ont tour à tour célébrées Prague, Vienne, Munich, Leyde : les députés des universités étrangères y étaient convoqués; les villes, les provinces s’y faisaient représenter par leurs premiers magistrats. Toute l’Europe saluait de sa sympathie les vénérables et toujours actives centenaires. Quand reverrons-nous en France pareilles solennités? Ces grands corps, qui prennent pour recteurs des hommes d’état, qui honorent les personnages les plus éminens en leur envoyant des diplômes, que le gouvernement consulte sur les questions difficiles et qui ont leur représentation officielle au parlement, sont devenus pour nous presqu’une légende; mais, sans aller si loin, sous la forme appropriée à notre société moderne, nous pouvons constituer des universités qui soient, sur notre sol favorisé du ciel en tant de manières, cher à tous ceux qui l’ont assez vu pour le bien connaître, d’heureux et féconds ateliers de travail. Il ne faut pas moins le désirer pour notre relèvement intérieur. Autrefois la France avait une aristocratie qui, malgré ses défauts, a passé pour la plus éclairée de l’Europe : elle formait son jugement par les voyages lointains, par les hauts emplois dans la diplomatie, dans la marine, dans les colonies. La cour, à cause des grands et multiples intérêts qui y venaient con- verger, fournissait aussi, pour qui en savait profiter, d’admirables occasions d’apprendre. Aujourd’hui nos classes élevées et moyennes se contentent trop des notions acquises au collège, et, si elles n’ont pas toute l’influence qu’elles ambitionnent, cela tient en partie sans doute à ce qu’elles ne justifient plus assez leurs prétentions par la supériorité de la raison et du savoir. Nous abandonnons les études générales au moment où elles commenceraient à être fructueuses. Laissons nos futurs citoyens chercher ce qui est juste et vrai parmi la diversité d’opinions qui régnera nécessairement dans ce milieu vivant et actif. Il n’est pas de meilleur préservatif contre nos passe-temps futiles. Ranimer la haute vie intellectuelle sur les points où elle menaçait de s’éteindre, il ne se peut concevoir une plus belle tâche pour un ministre et pour un gouvernement.


MICHEL BREAL.

  1. Quelques Mots sur l’instruction publique en France, p. 363.
  2. Nous ne parlons pas en ce moment des facultés de théologie; mais nous y reviendrons à la fin de cette étude.
  3. Le nom de Bursche, que se donnent familièrement les étudians allemands, est notre français boursier.
  4. Il y a trois ans, un vote de l’assemblée nationale a retiré ce pouvoir au gouvernement.
  5. A. Trendelenburg, Die überkommene Aufgabe unserer Universität.
  6. Voyez il Bollettino italiano degli studii orientali, dirigé par M. de Gubernatis 1876, p. 211.
  7. Notre École des chartes, notre École des hautes études ont pareillement des recueils qui sont estimés des juges compétens en Europe.
  8. Réforme et liberté de l’enseignement supérieur et en particulier de l’enseignement du droit, par M. Ernest Dubois, professeur à la faculté de droit de Nancy (1871).
  9. On lira avec intérêt sur cette question la brochure de M. Gabriel Monod, de la Possibilité d’une réforme de l’enseignement supérieur (1876).
  10. F. Baudry, Questions scolaires, p. 96.