La Psychologie de la race allemande/1

A. Maloine et Fils, Éditeurs (p. 8-24).

L’objectivité anatomique de la race allemande

I


Les Allemands sont-ils les représentants d’une race spéciale, reconnaissable à des caractères physiques fixes et spécifiques, et, par ce fait, différente des autres races ? Les intéressés ont eux-mêmes donné la réponse. Non seulement les anthropologistes et les ethnographes allemands démontrent que les individus de leur pays se rattachent par des liens et des caractères communs à une race distincte, mais ils tirent de cette constatation un profond sentiment d’orgueil. Ils pensent que les particularités dont la nature a doté cette race doivent lui assurer la domination sur le monde.

L’orgueil national allemand n’attend pas que les mérites de la race germanique soient reconnus par les étrangers. Il se décerne à lui-même toutes les qualités d’intelligence, de moralité et même de bonté dont la réalité, il faut le dire, n’apparaît pas aussi clairement aux yeux des représentants des autres races.

Le seul point sur lequel n’insistent pas les panégyristes de la race allemande, c’est la beauté. Ils font preuve également d’une certaine réserve sur le chapitre de la distinction, de l’élégance et du bon goût. C’est que dans cet ordre d’idées, leurs affirmations ne pourraient illusionner que des aveugles.

Fait singulier : tandis que les Allemands se proclamaient les représentants d’une race spéciale, il n’était pas rare, il y a encore peu de temps, d’entendre des Français exprimer l’opinion suivante : « Mais les Allemands…, ce sont des gens comme nous ! » Ces ignorants ou ces savants trop spécialisés, justifiant ainsi l’opinion que « les extrêmes peuvent se toucher », ne se rendaient pas compte qu’ils raisonnaient comme s’ils avaient dit : « Mais les loups… ce sont des chiens comme les autres. »

En réalité, il y a plus de différence entre un Français et un Allemand qu’entre un chien et un loup, entre un chat et un tigre.

Pour admettre qu’un Allemand soit un homme comme un autre, il ne faut jamais avoir eu l’occasion de considérer, avec quelque attention un spécimen de sa race :

Si l’on examine le type allemand dans son ensemble on constate qu’il s’en dégage une impression de lourdeur. Le véritable caractère national des Allemands, c’est la lourdeur, elle paraît dans leur démarche, dans leurs façons, leurs récifs, leurs discours, leurs écrits.

Qui s’exprime ainsi ? — C’est un philosophe allemand : Schopenhauer. Mais ce n’est pas tout. L’opinion d’un autre philosophe : Nietzsche vient corroborer la précédente en l’accentuant :

La gaucherie, la rusticité du geste, la maladresse du doigté, ce sont là choses à tel point allemandes qu’à l’étranger on les confond avec la nature allemande.

Ce qu’ils n’ont pas dit, c’est que cette lourdeur choque encore plus par le manque de grâce que par le défaut d’agilité. Dans l’Allemand, tout est disgracieux, discordant, parce que ses gestes et ses mouvements s’effectuent avec la raideur d’un pantin mécanique. Les automates de Vaucanson avaient plus de souplesse et de naturel. À la mort de ce mécanicien de génie, l’Allemagne, qui avait acheté ses modèles les plus célèbres, ne sut même pas les imiter.

De ce premier coup d’œil sur la race allemande, il résulte que le type général est laid, disproportionné, et qu’il donne l’impression du mal dégrossi, du mal fini, du mal léché.

Je prévois d’ici l’objection : — « Mais il n’est pas rare de rencontrer en Allemagne des hommes bien faits, d’allure svelte et de tournure distinguée. » — Une enquête approfondie ne tarderait pas à apprendre que, dans ces cas là, il s’agit toujours de Slaves, de Polonais, de Tchèques, de Danois, de Lorrains, d’Alsaciens, de représentants des populations annexées, ou de ceux qui, d’origine française, descendent en ligne directe des réfugiés de l’Édit de Nantes.

Si de l’examen d’ensemble nous passons à l’observation des diverses régions, nous serons frappés de la prédominance et de la fixité de certains caractères anatomiques.


Le crâne. — Nous conformant à la méthode des anthropologistes, commençons par le crâne. À ce sujet nous ne pourrons mieux faire que de nous incliner devant les conclusions des savants allemands les plus autorisés. L’opinion admise par les plus compétents de leurs experts en craniométrie, c’est que la masse principale des véritables Allemands provient d’une race autochtone de dolichocéphales blonds (fig. 1).


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Fig. 1. — Crâne dolichocéphale (long), crâne brachycéphale (rond).
(G. de Mortillet.)

Un fait qui tendrait à leur donner raison, c’est que les Allemands présentent, au plus haut degré, les deux disposions anatomiques qui, chez les individus blonds, accompagnent la dolichocéphale, c’est-à-dire l’épaisseur des attaches et la grosseur des extrémités. L’épaisseur et la longueur des mains expliquent pourquoi, depuis les époques les plus reculées, les dolichocéphales du Nord ont eu recours, dans les combats, à des armes d’un poids plus lourd que celles de leurs adversaires.

Il est hors de doute que les dolichocéphales occupent, en Allemagne, dans le gouvernement, dans le commandement de l’armée et dans l’administration, le rôle dominateur, les brachycéphales de Bavière ne jouant, par leur nombre et par leur autorité, qu’un rôle des plus restreints dans les conseils politiques.

En France, au contraire, la proportion est renversée. La presque totalité des Français appartient au type brachycéphale, et l’application du régime majoritaire, adopté par notre démocratie, lui assure la prépondérance.

Les chefs auxquels ont été confiées les destinées de la France, de l’Angleterre et de l’Italie présentent des conformations crâniennes ayant le plus de rapports avec la brachycéphalie.


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Fig. 2. — Crâne brachycéphale.
(De Quatrefages.)

Les Français actuels ont conservé d’ailleurs les principaux caractères de la race brachycéphale dont ils sont issus, et sont également reconnaissables par la finesse de leurs attaches ainsi que par les dimensions modérées de leurs mains et de leurs pieds.

D’où viennent ces brachycéphales qui, se fixant dans notre pays, ont constitué le fond de la population française ? À cette question, G. de Mortillet répond :

La petitesse des poignées de leurs épées et l’étroitesse de leurs bracelets de bronze montrent qu’ils avaient les mains étroites et les poignets assez grêles, caractères qu’on rencontre communément si on se dirige du côté de l’Inde.


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Fig. 3. — Crâne dolichocéphale. (De Quatrefages.)

La guerre actuelle entre la masse des Germains dolichocéphales et le groupement des Celtes brachycéphales n’est qu’un épisode de la lutte par laquelle les deux races antagonistes s’efforcent de faire prévaloir leurs conceptions diamétralement opposées de l’organisation sociale et de la civilisation (fig. 2 et 3).

La physionomie. — Sans nous arrêter plus longtemps aux caractères généraux fournis par la conformation du crâne, si nous procédons à un examen plus détaillé de la physionomie, nous trouvons une première indication dans les travaux de Lavaler. Cet observateur écrivait en 1806 :

Je reconnais l’Allemand aux plis qui entourent ses yeux et aux sillons qui entrecoupent ses joues.


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Fig. 4. — Allemand de Prusse (dolichocéphale blond).

Plus loin, il ajoute :

Les physionomies des Anglais, en général, sont dessinées à grands traits, mais elles n’ont pas cette variété de nuances, ni cette quantité de plis et de rides qui caractérisent les visages allemands.


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Fig. 5. — Allemand de Westphalie (dolichocéphale brun).

Une étude plus approfondie de la physionomie allemande est fournie par Desbarolles, dans son livre publié en 1866 sur le Caractère allemand par la physiologie. Avec la claire vision du génie, Desbarolles dépeint le type allemand tel qu’il nous apparaît dans les documents photographiques actuels.

Des yeux creux, dont le développement des arcades sourcilières et des pommettes augmente encore l’enfoncement, un nez court et souvent de travers, ordinairement déprimé à la racine, une bouche grande et garnie de dents mauvaises, des lèvres minces ou des lèvres plus fortes, dont l’inférieure est alors un peu pendante, la mâchoire large, le menton plat et osseux, mais sans signification, comme la bouche. Les oreilles sont longues, collées à la tête et mal bordées, les tempes creuses, le teint pâle ou plutôt plombé, même chez les femmes, car la fraîcheur accordée aux Allemandes est une erreur à ajouter à tant d’erreurs sur ce peuple peu connu.

Après avoir démontré que le sens de la comparaison, logé dans les lobes frontaux, manque au plus grand nombre des Allemands, il en indique la raison et la conséquence :

Ce salutaire organe manque si complètement à presque toutes les têtes allemandes, que les étudiants trouvent dans cette dépression une place toute faite pour la visière de leur casquette : ils la collent sur le milieu du front où elle s’adapte merveilleusement.

À cette description, forcément incomplète, de Desbarolles, j’ajouterai quelques observations personnelles : lorsqu’on regarde la tête d’un Allemand, si l’on trace par la pensée une ligne passant au-dessous du nez, on ne peut manquer d’être frappé de ce fait que, chez lui, la partie supérieure occupée par les organes des sens évocateurs de la pensée, les yeux, le nez et les oreilles, n’exige pas une place plus grande que la bouche et les mâchoires, dévolues aux appétits animaux.

Le front bas, rétréci, à l’arrière duquel s’élève ce dôme conique dans lequel l’Allemand place, avec tant d’orgueil, la localisation de la supériorité, intellectuelle, est bien la représentation de l’instrument grossier qu’il renferme. Son seul aspect fait comprendre pourquoi il ne se dégage de l’ensemble de cette physionomie ni élan de générosité, ni esprit de finesse, ni sentiment de justice ou de dignité.

C’est de la forme rectangulaire du crâne et du visage qu’est venu l’usage de désigner couramment les Allemands sous le nom de têtes carrées.

Il nous reste maintenant à envisager isolément chacun des organes de la face. Examinons :

Les yeux. — Arrêtons notre attention sur ces yeux, dont le manque d’expression et d’éclat apparaît comme le caractère le plus frappant ; ces yeux, que leur absence de vivacité et de mobilité a pu souvent faire comparer à des yeux de verre. Les magistrats et les fonctionnaires de la police judiciaire ont noté chez les assassins ce regard froid, terne, réalisant en quelque sorte l’absence du regard que l’on retrouve chez un si grand nombre de soldats allemands. Chez beaucoup d’entre eux, on observe le regard inquiet, oblique, sournois des voleurs. C’est le regard habituel de tous les prisonniers de guerre allemands que l’on peut voir actuellement défiler sur l’écran de nos cinématographes. C’est donc un fait d’observation courante que le regard de l’Allemand se dérobe, comme s’il redoutait qu’on puisse y trouver quelque impression de nature à renseigner sur ses pensées secrètes et sur ses véritables intentions (fig. 6 et 7).


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Fig. 6. — Allemand de Poméranie (le regard allemand).

Les oreilles. — Quant aux oreilles, il suffit d’avoir vu une fois ces deux cornets, allongés, mal bordés, plantés en saillie, se dressant comme des oreilles de loup ou de renard, pour en garder le souvenir.


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Fig. 7. — Allemand de Saxe (le regard allemand).

D’ailleurs, les oreilles allemandes ne semblent-elles pas faites pour faciliter la tâche des dessinateurs humoristes ?

Le nez. — Le nez des Allemands n’a pas été créé pour sentir : c’est le nez des races de chiens de garde, dépourvus de tact et de flair, uniquement préoccupés de mordre et d’aboyer.

Entre le nez du welche et le nez du boche un observateur attentif retrouverait les différences accusées qui séparent l’appareil olfactif du chien d’arrêt français de celui du dogue poméranien.


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Fig. 8. — Groupe d’officiers prussiens prisonniers (le regard allemand).

L’écrasement du nez à la partie supérieure, par sa fréquence, peut être considéré comme un signe de race, chez les Allemands. C’est à cet aplatissement qu’il faut attribuer la préférence qu’ils accordent aux lunettes, car leur nez ne serait pas capable de supporter le pince-nez. L’usage du lorgnon suffit à indiquer, lorsqu’on le rencontre en Allemagne, qu’on ne se trouve pas en présence d’un véritable Allemand, mais d’un Tchèque, d’un Alsacien-Lorrain, ou d’un descendant de réfugiés de l’Édit de Nantes.

La bouche. — Passons à la moitié inférieure de la face. L’ampleur et la saillie des joues, la profondeur du sillon naso-labial, l’étendue de la cavité buccale, l’épaisseur de la lèvre inférieure indiquent la prédominance de la fonction digestive.

Dans le menton carré, en galoche, dans l’épaisse mâchoire inférieure, on retrouve le marteau et le meule propres à broyer les aliments.

L’exercice des muscles masticateurs, en les développant, a contribué à doter la physionomie de l’Allemand d’un de ses signes les plus saisissants. Dans toutes les races, aussi bien les races humaines que les races animales, l’ensemble des particularités aboutit en quelque sorte à la constitution d’un air de famille. Chez l’homme, cet air se trouve surtout constitué par la similitude des expressions de physionomie. Dans aucun cas elle n’apparaît avec plus de force que quand des groupes d’Allemands ont été réunis sur des photographies. C’est que, comme le fait remarquer Dugald Stewart, l’air de famille consiste plutôt dans la ressemblance des expressions que dans celle des traits. Cette ressemblance étant le résultat de tendances héréditaires identiques et d’habitudes communes à un grand nombre d’individus de même origine ethnique, il serait plus logique de le désigner sous le nom d’air de race.

C’est de cet air de race que se dégage, au simple aspect d’un Allemand, l’impression qu’on se trouve en présence du type humain qu’on a justement qualifié du nom de boche. Il se trouve exprimé de la façon la plus saisissante dans le cliché suivant, représentant un groupe d’officiers prussiens, et qui a été publié par l’Illustration (fig. 8).

À ceux qui seraient portés à considérer que le terme boche n’est pas scientifique, il suffirait de répondre qu’il correspond à celui de welche, dont les Allemands, depuis des centaines d’années, n’ont cessé de se servir, pour désigner avec quelque expression de dédain, les représentants des races de l’Europe occidentale.


Le tronc, le type sous-diaphragmatique. — En dehors de la physionomie, le corps de l’Allemand présente un certain nombre de particularités spécifiques capables de retenir l’attention de l’observateur.

Déjà Desbarolles n’avait pas manqué de signaler l’étroitesse du thorax contrastant d’une façon si frappante avec la proéminence exagérée de l’abdomen. Le célèbre chiromancien ayant constaté que chez les représentants de cette race le mont de Vénus (l’éminence thénar) n’est pas développé, tandis que le mont de la Lune (l’éminence hypothénar) présente un épaississement assez marqué, il en avait tiré les conclusions suivantes :


Vous ne trouverez chez ce peuple ni galanterie, ni gentillesse, ni grâce affectueuse, ni même affection sincère. C’est de la Lune qu’ils reçoivent leurs signatures corporelles, les yeux noyés, vagues et faibles, abrités derrière les lunettes, les épaules épaisses, le ventre gros, la poitrine étroite et le teint plombé. C’est la Lune qui gouverne l’Allemagne.


La prédominance des organes contenus dans l’abdomen et leur développement disproportionné, par rapport à ceux qui sont logés dans le thorax, permettent de définir d’un mot la constitution générale de l’Allemand. Il appartient au type sous-diaphragmatique, et c’est de là qu’il tire son caractère spécifique le plus tangible et le plus essentiel (fig. 9).

À toutes les époques de notre Histoire, cette proéminence du ventre avait frappé les Français qui s’étaient trouvés en contact avec les Allemands.

Le chevalier Bayard, devant Mézières, recevant, d’un général allemand une sommation offensante, lui répondit d’une façon aussi laconique que spirituelle :

Bayard de France
Ne craint ni roussin, ni panse.
D’Allemagne…

Il est encore plus intéressant de retrouver chez les Allemands eux-mêmes la reconnaissance, en quelque sorte officielle, de ce caractère de race. N’est-ce pas Luther qui disait :

Nous autres, Allemands, nous sommes de véritables panses à bière, compagnons joyeux, faisant goguette et ripaille, buvant et buvant toujours. Boire, en Allemagne, c’est boire non seulement à la façon des Grecs, qui ne soignent que leur ventre, mais s’en donner jusqu’au gosier et rendre ensuite tout ce qu’on a bu et mangé.


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Fig. 9.
Type allemand
(sous-diaphragmatique ou abdominal).
Type français
(sus-diaphragmatique ou thoracique).


C’est également dans de nombreux documents dus aux crayons d’artistes allemands que se révèle la description figurée et, en quelque sorte, enregistrée de l’hypertrophie spécifique du ventre allemand. La reproduction d’un certain nombre de ces pièces suffira pour en fournir l’irréfutable démonstration. Parmi ces figures, les moins expressives ne sont pas les portraits de Hans Immerdurst, capitaine de la compagnie des buveurs de bière (fig. 10), de Lisell, la colonelle de l’escadron des buveurs de café (fig. 11) et du roi Frédéric de Wurtemberg, exposé sur son lit de mort (fig. 12).


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Fig. 10. — La panse allemande : Hans Immedurst [1], le capitaine de la compagnie des buveurs de bière (xviie siècle).

D’ailleurs, une autre preuve de l’exagération habituelle de la panse allemande se trouve dans ce détail macabre : chez les marchands d’objets funéraires, les cercueils faits d’avance, selon l’usage courant en Allemagne, présentent une hauteur qui nous parait toujours exagérée. S’il vous prend la fantaisie d’entrer et de demander au marchand la cause de celle surélévation, il sera étonné de votre demande et vous répondra que cette dimension est nécessaire si l’on veut que le ventre du défunt puisse s’y loger.

Après cet examen de la face antérieure du tronc, faites retourner le sujet. Trois faits vous frapperont immédiatement : la largeur considérable de la nuque ; l’épaississement de la taille, qui a souvent donné l’impression de la carrure dorsale du gorille, et, enfin, le développement exagéré de la région fessière.

La seconde de ces particularités explique l’emploi si fréquent des corsets de contention chez les officiers et chez les étudiants.


Bérillon - La psychologie de la race allemande, 1917 (page 21 crop).jpg

Fig. 11. — Lisell, la colonelle de l’escadron des buveurs de café (xviie siècle).

La troisième est si manifeste que dans nombre de nos villes de province, quand l’idée vient d’aller se promener dans les parages où des prisonniers allemands sont employés, on dit à son voisin : « Ne venez-vous pas avec nous voir les gros… derrières ? » Pour être exprimée sous une forme plaisante, cette idée n’en correspond pas moins à l’objectivité d’une disposition anatomique spéciale. C’est assurément à la même constatation que remonte l’habitude, déjà ancienne dans beaucoup de pays, de désigner la région fessière sous le nom de prussien.

La main. — Les anthropologistes, trop préoccupés de déceler par l’observation crânienne les signes distinctifs des races, ne paraissent pas avoir accordé à l’examen des membres, et en particulier de la main et du pied, une attention suffisante. Cependant des caractères révélateurs s’y inscrivent en traits assez significatifs.


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Fig. 12. — La panse, allemande : Frédéric 1er, roi de Wurtemberg, sur son lit de parade.

Lorsqu’Ovide, dans l’Art d’aimer, indique à son élève les compliments par lesquels il pourra se concilier les faveurs de celle qu’il aime, il l’engage à ne pas oublier de louer son petit pied et ses doigts effilés :

Nec faciem, nec te pigeat laudare capillos
Nec teretes digitos, exiguem que pedem.

C’est qu’en effet l’élégance des extrémités, aussi bien chez l’homme que chez le cheval, constitue le signe le plus évident de la distinction de la race.

Un très grand nombre d’auteurs ont exprimé l’opinion que la forme de la pensée exerce la plus grande influence sur la forme de la main. Charles Richet, dans sa préface du livre de Vaschide sur la Psychologie de la main, l’exprime avec force :


L’âme se reflète dans la structure de notre être, dans la physionomie, les traits du visage et la configuration des mains. Ce n’est pas un préjugé que d’attacher quelque importance, pour juger le caractère, à l’aspect extérieur de l’être. Pour moi, au risque d’être accusé de puérilité, je me sentirais incapable d’accorder ma confiance à un homme dont les mains seraient tortueuses, dys-harmoniques et grossières.

D’Arpentigny, qui a décrit sept types auxquels on peut rattacher toutes les variétés de la main, désigne sous le nom de main élémentaire ou grande paume une forme large, épaisse, aux doigts forts et gros, au pouce recourbé en dehors.

C’est assurément en Allemagne que l’on rencontre le plus fréquemment des mains de cette allure. D’Arpentigny et, après lui, Vaschide, s’étant livrés à une étude approfondie des diverses écoles de peinture, ont signalé combien les différences de races, dans la représentation de la main, sont appréciables dans les œuvres d’art. Les mains peintes par Fra Filippo Lipi, Fra Angelico, Lorenzo di Credi, Antonio Pollajuolo, Raphaël et tous les peintres de l’école italienne, sont absolument différentes de celles qui ont été dessinées par Lucas Cranach, Christophe Amberger ou Martin Schafner.


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Fig. 13.
Main de Czerny. Main du prof. Mikuliez. Main du prof. Bergmann.

D’Arpentigny écrit :

Le peintre Ribera, que sa nature entraînait vers l’expression du laid, a donné, comme Murillo et Zurbaran, des doigts plus ou moins pointus à tous ses personnages, ce qu’il n’eût, certes, pas fait si la généralité des mains de son pays ne lui en eût pas fait une loi. Les gros doigts carrés et en spatule abondent, au contraire, sur les toiles des maîtres hollandais et flamands.

Vaschide complète cette impression en disant :

Lucas Cranach peint, en général, des mains élémentaires.


Si nous avons recours à une documentation plus récente, nous constatons, jusqu’à l’évidence, que la main des Allemands contemporains n’a pas cessé d’être la grande paume. La démonstration nous en est fournie, non seulement par les artistes contemporains, mais surtout par les documents photographiques.

Il y a quelques années, le docteur Scheich a publié dans une revue de Berlin, Die Woche, une étude sur les mains des principaux chirurgiens allemands de l’époque contemporaine. Leur examen nous apprend qu’elles sont larges, courtes, aux doigts épais et que leurs formes manquent de beauté. À elles seules, ces mains sélectionnées suffiraient pour nous renseigner sur l’absence de distinction qui caractérise la main allemande (fig. 13). En effet, cette main est lourde, massive, elle correspond à la lenteur de l’imagination et à la préoccupation intéressée. Là où elle se pose, elle demeure fixée par son poids ; il faut plaindre ceux sur lesquels cette paume s’appesantit de sa lourde masse. Tous ceux qui l’ont touchée ont gardé l’impression de cette chair molle, humide et grasse, de ces doigts boudinés et sans flexion. À retenir également l’aspect de ces ongles larges, courts et plats. Un fait qui démontré que la largeur des mains est bien la caractéristique de la main allemande est le suivant. Au cours du pillage des magasins en Belgique et dans le nord de la France, les officiers recherchaient surtout les gants d’homme pour les envoyer… à leurs femmes. D’ailleurs le mot qui correspond à la désignation des gants n’existe pas en allemand, on les appelle des handshue, des souliers pour les mains.

Les croyances populaires ne sont pas toutes absurdes. Il en est même qui reposent sur des observations très fondées. En Angleterre, lorsque chez une personne on constate une certaine lourdeur des mains associée à de la mollesse et à de l’humidité permanente, on considère cette disposition comme un signe fâcheux. Ces mains sont désignées sous le nom de helpless hands et elles présagent peu de chances de succès dans les entreprises. En réalité, cette mollesse de la peau résulte d’un trouble dans l’activité fonctionnelle des vaso-moteurs. Elle correspond au tempérament lymphatique et constitue l’hyperhydrose palmaire. Or, par la multiplicité des publications allemandes sur cet état pathologique, on peut se rendre compte de sa fréquence en Allemagne. C’est à cette hyperhydrose qu’il faut attribuer l’habitude, chez les individus de race allemande, de substituer à la poignée de main franche et loyale la poignée de doigts, qui exprime la défiance. C’est que l’Allemand, peu enclin à la franchise, redoute les contacts par lesquels pourraient se révéler les secrets de la pensée. Il ne livre ni ses yeux, ni sa main.


Le pied. — La vue du pied allemand donne une impression désagréable. C’est qu’il est laid, lourd, long, épais, plat, totalement dépourvu de grâce et de souplesse.

La lourdeur et la grosseur du pied des Allemands et surtout des Allemandes ont donné lieu à de nombreuses épigrammes. Henri Heine, dans son Voyage au Hartz, leur a consacré quelques lignes des plus piquantes :

Je me suis promené, écrit-il, des heures durant dans la Weenderstrasse, pour étudier les pieds des dames qui passaient. Dans la dissertation savante où sont consignés les résultats de mes observations, je parle : 1o des pieds en général ; 2o des pieds chez les anciens : 3o des pieds d’éléphant ; 4o des pieds de femmes de Goettingue ; 5o de tout ce qui s’est dit déjà au sujet de ces pieds dans le cabaret d’Ulrich ; 6o de ces mêmes pieds considérés dans leurs rapports et, à cette occasion, je m’étends sur les mollets, les genoux ; 7o si je puis trouver, dit-il en terminant, un papier d’assez grand format, je joindrai à mon travail quelques gravures donnant le fac-similé des pieds de quelques dames de Goettingue.


Henri Heine, auparavant, a pris soin de nous indiquer que cette ville est la synthèse de tout ce qu’il y a de beau en Germanie et que chacune des tribus germaniques y a laissé un exemplaire brut de son type.

Dans son Voyage au pays des milliards, Victor Tissot relate les doléances que lui fit un cordonnier de Nuremberg, qui le prenait pour un collègue. Il se vantait d’avoir fait des petites bottes aux gentilles Parisiennes. En France, la chaussure demande moins de cuir et on paye mieux ; ici on use beaucoup plus de marchandise et on reçoit moins. Il trouvait que le bon Dieu n’avait pas été juste en faisant de si grands pieds aux Allemands.


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Fig. 14.
a et b, empreintes de pieds normaux ; c et d, empreintes de pieds plats allemands.
(D’après Volkmann.)

La longueur des pieds des dames allemandes se démontre aussi par ce fait que lorsque vous vous arrêtez devant la devanture d’un marchand de chaussures, vous constatez que les pointures pour les dames sont exactement les mêmes que celles des hommes dans notre pays. D’ailleurs, au fur et à mesure de l’immigration allemande en Alsace-Lorraine, les cordonniers ont dû augmenter la longueur et la largeur des formes courantes.

Reste la question de la platitude des pieds. Ce détail de l’anatomie des Allemands est tellement connu que dans tous les pays annexés on les désigne couramment sous le nom de plattfuss. La fréquence du pied plat a suscité l’éclosion de nombreux travaux et justifié l’institution d’une spécialité médicale très florissante.

Récemment, un de ces spécialistes renommés, Scheffer, a donné de l’existence du pied plat une explication lumineuse. Il l’attribue à l’atrophie des muscles gastrocnémiens, c’est-à-dire des muscles du mollet. Selon lui, c’est parce que les gens n’ont pas de mollets et que leurs jambes ressemblent à des poteaux qu’ils ont les pieds plats. Il est vrai que d’autres spécialistes ont également fait avancer la science allemande en soutenant la thèse diamétralement opposée.

Un de leurs auteurs, qui s’est spécialisé dans l’étude de la beauté féminine, le Dr Stratz, ne fait pas difficulté d’avouer que chez l’Allemande c’est la moitié inférieure du corps qui laisse le plus à désirer : les hanches étant anguleuses et les extrémités inférieures plutôt trop grosses (fig. 14).

Quant au pied, il reconnaît qu’une légère courbure est au moins nécessaire. Selon sa poétique expression, il est désirable qu’on constate sous le pied l’existence d’une concavité assez marquée

Pour qu’un oiseau, si petit qu’il soit, puisse s’y loger.

Un Alsacien auquel je soumettais cette formule pittoresque me répondit incontinent : « Un petit oiseau ! qu’irait-il faire sous un pied allemand ? il y serait immédiatement asphyxié ! »

Les empreintes laissées sur le sol par le pied mouillé révèlent la platitude du pied chez l’Allemand. Cette empreinte est parfois si accentuée, comme on peut s’en assurer par des photographies documentaires, qu’on se demande si la partie médiane ne creuserait pas un trou dans un sol meuble.

À cette description, forcément rapide, du pied allemand, j’ajouterai quelques détails : le plus souvent, le gros orteil est en retrait d’une façon appréciable sur le second orteil, et les extrémités des doigts du pied, au lieu de se raccourcir en courbe décroissante, sont à peu près sur la même ligne.

Si l’on ajoute à cela que le pied allemand est surmonté d’attaches lourdes, de chevilles épaisses, que l’affaissement du mollet donne aux jambes l’apparence de poteaux cylindriques, on comprendra que de l’extrémité inférieure de l’Allemand ne se dégage qu’une impression de laideur et de grossièreté.

Après ces constatations tirées de l’objectivité anatomique, il me serait facile de m’étendre dans de longues considérations. Il me paraît plus utile de m’en rapporter simplement à la démonstration et à l’éloquence des faits.

  1. Qui a toujours soif.