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La mort fervente[1].


Mourir dans la buée ardente de l’été,
Quand parfumé, penchant et lourd comme une grappe,
Le cœur que la rumeur de l’air balance et frappe
S’égrène en douloureuse et douce volupté.

Mourir baignant ses mains aux fraîcheurs du feuillage,
Joignant ses yeux aux yeux fleurissants des bois verts
Se mêlant à l’antique et naissant univers,
Ayant en même temps sa jeunesse et son âge.

S’en aller calmement avec la fin du jour :
Mourir des flèches d’or du tendre crépuscule,
Sentir que l’âme douce et paisible recule
Vers la terre profonde et l’immortel amour.

S’en aller pour goûter en elle ce mystère
D’être l’herbe, le grain, la chaleur et les eaux,
S’endormir dans la plaine aux verdoyants réseaux,
Mourir pour être encor plus proche de la terre…


  1. Extrait du recueil : Le Cœur innombrable (1901).