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La Maison TellierLouis Conard, libraire-éditeur (p. 287-289).


OPINION DE LA PRESSE
sur
LA MAISON TELLIER.


Le Figaro, 11 juillet 1881 (Émile Zola).

« J’ai connu Maupassant chez Flaubert. C’était vers 1874. Il sortait à peine du collège, personne ne l’avait encore aperçu dans notre coin littéraire. Quand nous arrivions le dimanche, vers 2 heures, au petit appartement de la rue Murillo, ces pièces étroites dont les fenêtres donnaient sur les ombrages du parc Monceau, nous trouvions presque toujours Maupassant installé déjà, ayant parfois déjeuné avec le maître, auquel il venait lire ainsi chaque semaine ses essais, et qui lui faisait retravailler sévèrement les phrases d’une sonorité douteuse. Dès que nous étions là, il s’effaçait modestement, parlait peu, écoutait de l’air intelligent d’un gaillard qui se sent les reins solides et qui prend des notes…

« Maupassant a publié dernièrement un recueil de nouvelles, La Maison Tellier… Il s’agit de la propriétaire d’un certain établissement qui emmène 5 femmes à la première communion d’une de ses nièces, dans un village d’un département voisin ; et toute l’étude porte dès lors sur l’échappée de ces filles, sur leur jeunesse qui repousse au milieu des grandes herbes, sur l’attendrissement religieux qui les saisit dans la petite église, au point que leurs sanglots gagnent l’assistance. Rien ne saurait être d’une analyse plus fine, et l’histoire restera comme un document psychologique et physiologique très curieux, avec le retour des femmes, heureuses, rajeunies, embaumées de grand air.

« On dira : « Pourquoi choisir des sujets pareils ? ne peut-on prendre un milieu honnête ? » Sans doute, mais je pense que Maupassant a choisi ce sujet parce qu’il y a senti une note très humaine, remuant le fond même de la créature. Ces malheureuses agenouillées dans cette église et sanglotant l’ont tenté comme un bel exemple de l’éducation de jeunesse reparaissant sous les habitudes si abominables qu’elles puissent être. L’écrivain n’a pas eu l’idée de railler la religion ; il en a plutôt constaté la puissance.

« Parmi les autres nouvelles qui composent le volume, l’Histoire d’une fille de ferme surtout a un début superbe de largeur. Ce qui me ravit dans ces œuvres, c’est leur belle simplicité.

« En somme Maupassant reste, dans son nouveau livre, l’analyste pénétrant, l’écrivain solide de Boule de Suif. C’est à coup sûr un des tempéraments les plus équilibrés et les plus sains de notre jeune littérature. »


Gil Blas, 1er juillet 1883 (Théodore de Banville).

« On dévora cette Maison Tellier, où vous faites voir les filles telles qu’elles sont, bêtes et sentimentales, sans les relever ou les flétrir, et en ne les traînant pas dans la boue, ni dans les étoiles. »


Écrivains d’aujourd’hui (René Doumic). 1 vol. 3 fr. 30. Perrin, éditeur.

« L’Histoire d’une fille de ferme, En famille, dix autres que nous avons citées, vingt autres que nous pourrions citer, donnent cette impression qui est celle même qu’on cherche à produire en art : c’est l’impression de la plénitude et de la perfection du rendu, venant de ce que l’idée a été complètement réalisée et l’effet obtenu justement par les moyens appropriés. Il n’y a ni de manque ni d’excès, mais rien que justesse, harmonie, équilibre. »