La Lanterne sourde/Le Chercheur d’or

Paul Ollendorff (p. 259-261).


LE CHERCHEUR D’OR


Harpagonnet avait dans sa bourse deux pièces d’or volées à son père. Fréquemment il tâtait sa poche, sentait les pièces, et, fidèle gardienne, sa main ne s’éloignait pas. Bientôt il n’y tint plus ; il voulut les contempler, ouvrit la bourse et les mania.

Et voici que les deux pièces tombèrent, roulèrent, folles, dépistèrent ses yeux lancés à leur poursuite, disparurent.

Harpagonnet, sans bouger de place, les pieds collés, s’accroupit et chercha. Il tremblait et suait, malade d’angoisse. Il épluchait le sable comme un plat de lentilles. Il eût ainsi retourné la Terre.

Quand il trouva la première pièce, son cœur battit moins fort. Il trouva la seconde et son cœur se tut. Il les compta, fit la preuve. Il les ravait bien toutes les deux, celle-ci, celle-là. Il les rentra dans sa bourse, serra les cordons comme on étrangle, et souffla.

Puis il ne se releva pas.

L’endroit était bon.

Et râtelant encore le sable avec ses ongles, Harpagonnet se mit à chercher d’autres pièces d’or.


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