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La Guirlande des dunes/Un dimanche

Toute la Flandre
Deman (La Guirlande des dunesp. 86-88).

Un Dimanche


La vie en mer, par le dimanche, est dénouée :
Sur les grèves, on voit se prolonger,
Avec leur lourde quille et leurs haubans légers,
La ligne à l’infini des barques échouées.

Ricochent,
Dès le matin, de loin en loin, les sons des cloches.

Et les hommes en sarraux bleus
Et les femmes en bonnets lisses,
Silencieux,
Vont aux offices.

Lorsque de l’horizon tout à coup sombre,
Des nuages sans nombre
Montent, se massent
Et passent,
En galops d’ombres,
Sur les églises.

Et le sonneur et le bedeau
Et ceux que la prière immobilise,
À deux genoux sur les carreaux,
Les regardent venir, brusques et amples,
Et largement couvrir le temple,
Et comme entrer par les fenêtres,
Jusqu’à l’autel et jusqu’au prêtre.

Ô ! les rages du vent, son vol, ses cris, ses bonds,
Et ses sifflets aigus à travers les cloisons :
Entre leurs mailles
Les ors éteints des vieux vitraux
Tressaillent
Et les bateaux en ex-voto
Qu’on suspendit, avec un fil,
Sous les voûtes étroites,
Tournent, légers et puérils,
De gauche à droite.

Toute la menace des flots géants
Est rappelée ainsi aux pauvres gens :
Le vent ! Le vent !
Le champ des eaux qu’il creuse,
Le craquement des mâts
Et le péril soudain des flottilles, là-bas,
Entre deux vagues monstrueuses.

Heureusement la vie en mer est dénouée :
Les mains du Christ restent dûment clouées
À sa croix d’or près des autels ;
Sur ces mains là, les vents mortels
N’ont point de prise,
Disent les vieux pêcheurs et les aïeules grises ;
Les cierges brillent blancs et clairs,
L’évangile chanté, le prêtre monte en chaire,
Les tempêtes, là-haut, précipitent leur marche,
Mais le curé,
Bonhomme et doux, se compare à Noé
Et son église, à l’arche.