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La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres, et des arts/Mantoue

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MANTOUE (Mantua, Mantova). I. Ville. — Ville d’Italie, ch. l. de la province du même nom, sur le Mincio, à 42 kil. au N. du Po. C’est la ville la plus forte de toute l’Italie du Nord, grâce aux étangs dont elle est entourée.

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Cathédrale San Pietro, à Mantoue.

Au N. de la ville, le Mincio s’étale en trois lacs : supérieur, moyen, inférieur ; au S., un autre bras de la rivière forme de vastes marais. La ville a une enceinte bastionnée. Au N. et à l’E. sont la citadelle et le fort San Giorgio, commandant les digues fortifiées (Argine, Mulino, pont San Giorgio) qui franchissent les lacs ; à l’O. est la redoute de PradeIla ; au S., l’îlot fortifié de Cerese, le fort Miglioretto couvrant les ouvrages qui permettent d’inonder toute la zone marécageuse, le fort extérieur de Pietole. Mais l’air y est fiévreux et l’eau peu salubre, et la population y a diminué depuis le siècle dernier ; elle n’est plus que de 28, 048 hab. Elle en avait le double il y a un siècle et demi. Elle a encore des fabriques d’instruments agricoles, d’allumettes, d’objets de cuir, de fourrures, de draps et de soieries, des tanneries, corderies et imprimeries. Elle possède un port fluvial sur le canal qui la traverse ; des voies ferrées mènent à Vérone, Modène, Pavie, Monselice, des tramways à vapeur à Brescia, Asola, etc. Beaucoup de monuments rappellent son antique splendeur : la cathédrale San Pietro dont le caractère gothique a été à l’intérieur tout à fait transformé par Jules Romain, église à cinq nefs du XIVe siècle ; — Saint-André, commencé en 1472, sur les plans d’Alberti, achevé en 1782, avec une


belle façade en marbre blanc, une tour gothique et de nombreuses fresques ; c’est un des plus curieux édifices de la Renaissance ; — le palais ducal (Corte reale), bâti en 4302, décoré par Jules Romain, avec de belles salles, de superbes plafonds, des fresques, etc. ; la partie la plus ancienne forme le Castello di Corte, orné de tours, décoré de peintures murales de Mantegna sur la vie de Louis de Gonzague ; — le palais du Té (abréviation de Tejetto), construit par Jules Romain, avec la célèbre salle des géants, où la chute des géants est représentée dans une fresque dont les personnages ont 4m 50 de haut. Le musée contient des antiquités remarquables ; la bibliothèque est riche d’environ 80, 000 volumes et 4, 200 manuscrits. Mantoue a une académie (Virgiliana) des sciences et des beaux-arts, un jardin botanique, un lycée, un évêché et une synagogue bâtie depuis 48-113 ; on compte, en effet, dans cette ville, une assez forte proportion de juifs.

Mantoue, qui se targue surtout d’être la patrie de Virgile, a eu deux écoles de peintres célèbres : celle de Mantegna au xve siècle, celle de J. Romain au xvie siècle.

II. Province — La prov. de Mantoue fait partie de l’ancienne Lombardie ; elle est située sur les deux rives du Pô. Sa superficie est de 2, 363 kil. q. Sa population, en 1893, était de 310, 479 hab. Elle est limitée par les prov. de Crémone, Brescia, Vérone, Modène, Reggio d’Emilie et Parme. Elle est très marécageuse, couverte de rizières, de prairies et de petits bois. Elle est partagée en 14 circondari qui ont pour chefs-lieux : Asola, Bozzolo, Canneto suil’Oglio,


Castiglione delle Stiviere, Gonzaga Mantova, Ostiglia, Revere, Sermide, Viadana, et Volta Mantovana. H. Vast.

Histoire. — Mantoue est une ville très ancienne, les avantages de sa position ayant été aperçus de bonne heure. Les Etrusques s’y établirent et s’y maintinrent au point de

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Palais Bonnacolsi (xiiie siècle), à Mantoue.


constituer, encore au temps de Pline, le fond de la population. Le nom a été rapproché de celui du dieu étrusque Mantus, et, par Virgile, de celui de la prophétesse Manto (V. ci-dessus). Après l’invasion gauloise, elle fut comprise dans le pays des Cénomans, mais il n’en est pas fait mention avant l’époque impériale. Elle passa comme les autres cités cénomanes de l’alliance dans la sujétion romaine. Au temps du triumvirat, Octave qui avait assigné à ses vétérans le territoire de Crémone y joignit une partie de celui de Mantoue. A cette occasion Virgile fut expulsé de son patrimoine qu’Auguste lui rendit (V. Virgile). Le poète fit la gloire de sa cité natale, que les poètes suivants célébrèrent à l’envi. Quand vinrent les invasions des Barbares, Mantoue prit une grande importance stratégique. Le roi lombard Agilulf s’en empara. Elle fut le chef-lieu d’un comté, lequel vint au xe siècle aux mains de la maison de Canossa. Après la mort de la comtesse Mathilde (1415), la ville acquit ses libertés municipales ; elle accéda en 1167 à la ligue lombarde, fut prise en 1236 par Frédéric II, mais plus tard repoussa Ezzelio da Romano. A partir de 1268, elle fut en proie aux discordes civiles. Celles-ci aboutirent à la dictature de Pinamonte Bonnacolsi, qui se fit nommer capitaine général à vie (1274). Son fils Bardellone lui succéda (1293), mais fut chassé par son neveu Guido Bonnacolsi, dit Bottigella, chef des gibelins (1299). Le frère de ce dernier, Rinaldo Bonnacolsi, dit Passerino, obtint de Henri VII le titre de vicaire impérial, s’empara de Modène, mais s’aliéna le peuple par ses cruautés et fut tué dans un soulèvement (1318). Ses fils ayant été faits prisonniers, l’autorité passa à Luigi Gonzaga, capitaine du gouvernement, lequel se fit nommer vicaire impérial par Louis IV (1329). Ce fut le fondateur d’une nouvelle dynastie.

Louis Ier, né en 1267, mort le 18 janv. 1360, s’allia aux Scaliger de Vérone qui lui cédèrent Reggio (1335), puis aux Vénitiens contre les Scaliger, les Visconti et Ferrare. Les fils de Luigi, Filippino († 1356) et Guido, défirent les Milanais à Bosgoforte (1348). L’empereur Charles IV confirma à Luigi et à ses descendants la souveraineté de Mantoue et Reggio (4354). Une nouvelle attaque des Milanais fut repoussée en 1357. — Guido, né en 1291, mort en 1369, succéda à son père ; l’autorité fut exercée par ses fils, Louis et François, qui firent périr leur aîné Ugolin (1362), gendre de Matteo Visconti. — Louis fit tuer François et régna ensuite jusqu’en oct. 1382. — Son fils


Francois Ier, né en 1363, mort en mars 1407, fut mélé aux intrigues et aux guerres des Visconti, tour à tour allié avec eux et Venise contre les Carrara de Padoue, avec Bologne contre eux.

Jean-François Ier, né en 1394, mort le 23 sept. 1444, est le premier des Mécènes qui ont illustré la famille de Gonzague. Ce fut lui qui appela à Mantoue le fameux éducateur Vittorino de Feltre. Il eut d’abord pour tuteur son oncle maternel Caries Malatesta. Le pape Jean XXIII le prit pour général des troupes de l’Eglise contre le roi de Naples Ladislas. Il défendit Bologne contre Malatesta, commanda l’armée de la coalition (Venise, Florence, Este, Montferrat) contre Milan (4425-33). Il reçut à Mantoue l’empereur Sigismond qui lui donna le titre de marquis. Passé aux Milanais, il détitFrançoisSforza, général des troupes vénitiennes, florentines et génoises (1438-M). De sa femme Paola Malatesta ( 1452), naquirent Louis III, Carles, seigneur deBozzolo ; Alexandre, seigneur de Castillon ; Jean-Louis, seigneur de Rovigo et Capriana ; la savante Cécile.

Louis III, dit le Turc, né le 5 juin 1414, mort à Goito le l2 juin 4478, élève de Vittorino de Feltre et du condottiere Piceinino, eut à combattre son frère Caries († 1456). Il entretint une belle armée qu’il louait aux princes voisins ; il embellit Mantoue. De sa femme Barbe de Brandebourg il eut plusieurs fils, fondateurs de lignes princières (V. {{sc|Gonzague). — Son fils Frédéric Ier, né en 1439, mort le 15 juil. 1484, guerroya au service du duc de Milan. — Son fils Jean-François II, quatrième marquis de Mantoue, né le 40 août 4466, mort le 29 mars 1519, servit les Vénitiens (1494), devint leur généralissime, puis capitaine général de l’empereur, puis commandant en chef des troupes de Ludovic Sforza (1498), servit ensuite le roi de France Louis XII (1500) dont il fut vice-roi à Naples (1503) ; il soumit Bologne pour le compte du pape Jules II (1506), Gènes pour celui de XII, se brouilla avec celui-ci qui lui avait pris Peschiera (1509), fut battu par les Vénitiens devant Vérone, fait prisonnier (9 août 1509), relàché à la demande de Jules II qui le nomma gonfalonier de l’Eglise. Il avait épousé en 1490 Isabelle d’Este († 1539) et forma avec elle un couple princier célèbre parmi les souverains de la Renaissance par son amabilité, son goût et son jugement éclairé ; si la modicité de leurs ressources n’autorisait pas de grandes libéralités, ils accordèrent aux lettres et aux artistes une entière liberté. Isabelle composa une superbe collection d’œuvres d’art, fit faire son portrait par Léonard de Vinci et deux fois par le Titien, fut consultée par les principaux écrivains du temps, l’Arioste, Bembo, etc.

Son fils Frédéric II, né le 47 mai 1500, mort le 28 juin 1540, fut capitaine général des forces de Léon X, s’entendit avec Charles-Quint (1529), qui le fit duc (4530) et lui donna en 1536 le Montferrat (V. ce mot). Il avait épousé en 1531 Marguerite, fille de Guillaume VI Paléologue (marquis de Montferrat) ; de cette union naquirent : outre ses deux successeurs, le duc de Nevers, le cardinal Frédéric (1540-65). — François II, né le 10 mars 1533, mort le 21 févr. 1550, régna sous la tutelle de son oncle, le cardinal Hercule ; il avait épousé Catherine d’Autriche, fille du roi des Romains, Ferdinand (1549). — Son frère, Guillaume, né en 1536, mort à Bozzolo le 14 août 4587, eut à combattre une révolte des gens de Casale (1567) et fit ériger le Montferrat en duché (1574) ; il avait épousé (156.1) Eléonore (1534-94), fille de l’empereur Ferdinand. — Leur fils, Vincent Ier, né le 21 sept. 1562, mort le 18 févr. 4612, fit bâtir la citadelle de Casale, divorça d’avec Marguerite Farnèse (1580) pour épouser (1581) Eléonore de Medici (1566-1611), fille du grand-duc François, dont il eut outre ses trois fils (successivement ducs de Mantoue), Marguerite, mariée à Henri, duc de Lorraine, et Eléonore, mariée à l’empereur Ferdinand II (1622). — François III, né le 7 mai 1586, mort le 22 déc. 4612. — Son frère, Ferdinand, né le 24 mai 1587, mort le 29 oct. 1626, cardinal de 1605 à 4615, se vit disputer le Montferrat par le duc de Savoie (1613-17). — Vincent II, né le 7 janv. 4594, mort le 26 déc. 4627, cardinal de 4615 à 1696, frère des précédents, mourut comme eux sans héritier mâle.

La succession du Mantouan et du Montferrat donna lieu à une guerre acharnée. L’héritier légitime était Charles, fils de Louis de Gonzague, duc de Nevers, petit-fils de Frédéric II, duc de Mantoue. Il se vit disputer l’héritage par Ferdinand, puis César de Gonzague, ducs de Guastalla, et par le duc de Savoie qui revendiquait le Montferrat. L’empereur Ferdinand II, en qualité de suzerain, mit la succession sous séquestre en attendant sa décision. Charles de Nevers fit occuper Mantoue par son fils, du même nom, et fut alors mis au ban de l’empire. Ferdinand II ne voulait pas laisser de prince français s’établir dans les formidables places fortes de Casale et Mantoue. La France et Venise soutinrent le duc de Nevers. Louis XIII et Richelieu forcèrent le Pas de Suze et débloquèrent Casale assiégé par les Savoyards et les Espagnols (4629). Le maréchal d’Estrées s’enferma dans Mantoue, mais la peste se déclara dans la ville, assiégée par les Impériaux. Le 18 juil. 1630, elle fut enlevée par surprise et saccagée trois jours durant ; ses trésors artistiques furent dispersés. A la diète de Ratisbonne ; en présence des progrès des Suédois en Allemagne, l’empereur céda. Il s’engagea à investir Charles de Nevers des duchés ; l’Espagne refusa d’abord d’accéder au pacte, puis y consentit par le traité de Cherasco (1631). Mais il fallut céder une partie du Montferrat au duc de Savoie. Le duc Charles Ier, mort le 22 sept. 1637, avait fait épouser en 1627 à son fils Charles II, duc de Rethel († 1631), la princesse Marie (1609-60), fille du duc François III. De ce mariage naquirent le duc Charles III et Eléonore, troisième femme de l’empereur Ferdinand III (1651). Charles Ier avait eu trois filles : Marie-Louise, femme des rois de Pologne Ladislas VI et Jean-Casimir II ; Anne dite la princesse palatine, épouse d’Edouard de Bavière, prince palatin (1645) ; Bénédicte, abbesse d’Avenay.

Charles III, 9e duc de Mantoue, né le 31 oct. 1629, mort le 44 août 1655, eut d’abord sa mère pour tutrice, épousa Isabelle-Claire, fille de l’archiduc Léopold (1649), et s’allia à l’Espagne contre la France (1652-58) ; il vendit à Mazarin en 1639 ses domaines français (duchés de Nevers, Rethel, Mayenne, etc.). — Son fils Charles IV, né le 31 août 1652, mort à Padoue le 5 juil. 1708, aida l’empereur contre les Turcs (1687), mais prit parti pour Louis XIV dans la guerre de succession d’Espagne et reçut des garni-


sons françaises dans Casale et Mantoue. Il fut chassé de ses Etats, mis au ban de l’empire (1708). Il mourut bientôt après sans enfants. Le duché de Mantoue fut alors confisqué par l’empereur Joseph Ier, malgré les prétentions du duc de Guastalla et du duc de Savoie qui fut dédommagé par le Montferrat, la Lomelline, le val de Sesia et Alexandrie. — En 1785, le Mantouan fut réuni au Milanais pour constituer la province autrichienne de Lombardie.

La place forte de Mantoue, devenue la clef de la Haute-Italie, a joué un rôle prépondérant dans la fameuse campagne de Bonaparte. Huit mois, elle résista aux assiégeants français, donnant le temps aux armées successivement envoyées d’Autriche de descendre les Alpes. Wurmser ne se rendit que le 2 févr. 1797. Mantoue fut incorporée à la république cisalpine, puis italienne ; investie par le général autrichien Kray en mai 1799 ; le général Foissac-Latour la rendit le 28 juil. après un simple bombardement de quatre jours. Le traité de Lunéville l’attribua à la république cisalpine. Elle passa au royaume d’Italie, puis à l’Autriche (1814). Elle fit partie du fameux quadrilatère (Vérone, Peschiera, Legnago, Mantoue), qui était le boulevard de la domination autrichienne, brava de mars à juil. 1848 les attaques des Piémontais, vaincus sous ses murs le 18 juil. La paix de Villafranca la laissa à l’Autriche qui ne la céda qu’en 1866 avec la Vénétie.

Vase de Mantoue — Vase formé d’un onyx taillé en carnée de 45cm 4/2 de haut sur 64/2 d’épaisseur. Trouvé lors du sac de Mantoue (1630), il fut vendu à un officier, Sirot, qui le donna à son colonel, le duc de Saxe-Lauenbourg ; il passa aux ducs de Brunswick, fut donné au musée de Brunswick en 1767, emporté par le duc Charles Iors de la révolution de 4830, et vendu après sa mort (4873) par Genève au musée de Brunswick. Ce vase est décoré de douze figures en relief représentant une fête religieuse, peut-être les petites Eleusinies. Sa provenance antique est douteuse.

Bibl. : Volta, Compendio della Storia di Mantova ; Mantoue, 1807-38, 5 vol. — Comte d’Arco, Studj intorno al municipo Mantova ; Mantoue, 1871-74. 7 vol.