La Grande Encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres, et des arts/Agathon poète

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AGATHON, poète tragique athénien, né vers 447 av. J.-C., mort vers 400. Il était fils de Tisamène et appartenait à l’une des familles les plus considérables d’Athènes. Beau, riche, aimable, généreux, sa maison était le centre d’une société polie et lettrée qui aimait à se réunir à sa table hospitalière et qui fêtait son succès avec une sympathie quelque peu intéressée. C’est chez lui que Platon place la scène de son Banquet. La première victoire tragique d’Agathon est de l’année 446. Nous n’avons de lui que des fragments. Elève de Gorgias, ami d’Euripide, il nous apparaît comme un poète dramatique de la nouvelle école. Il portait sur la scène, à l’exemple d’Euripide, les doctrines des sophistes et alliait la rhétorique à la poésie. C’est lui qui introduisit dans la tragédie ces morceaux lyriques appelés embolima, sorte d’intermèdes chantés par le chœur entre les différentes scènes et sans rapport apparent avec le fond du drame. Agathon était une âme tendre et délicate. Son style, très coloré, contenait un grand nombre d’antithèses. Aristophane, dans sa comédie des Femmes aux Thesmophories, a tracé de sa personne et de son talent une esquisse qui, pour être chargée, n’en offre pas moins, semble-t-il, une image assez fidèle de ce qu’il était comme homme et comme poète. Il parait avoir fait preuve, dans le choix de ses sujets, d’une grande indépendance : tandis que ses contemporains donnaient, en général, à leurs tragédies des titres qui en laissaient aisément deviner le contenu, le nom d’Anthos (la Fleur), titre d’une pièce d’Agathon, reste pour nous une énigme et s’éloigne sensiblement des traditions de la scène attique. Agathon passait à Athènes pour un fin connaisseur en littérature ; lorsque Antiphon de Rhamnus fut condamné comme un des chefs de la conjuration des Quatre-Cents (441 av. J.-C.), comme Agathon louait l’éloquence avec laquelle il s’était défendu : « Quand on a l’àme grande, répondit Antiphon, on tient plus au suffrage d’un seul homme de valeur qu’à celui d’une foule grossière. » (Aristote, Morale à Eudème, III, 5, 6.) En 403, à l’époque de la représentation des Grenouilles d’Aristophane, Agathon n’habitait plus Athènes : i1 vivait auprès d’Archélaus, roi de Macédoine. On croit que c’est à sa cour qu’il mourut. On trouvera les fragments d’Agathon dans Nauck, Tragicorum græcorum fragmenta ; Leipzig, 1856.

P. G.

Bibl. : Ritschl, Commentationis de Agathonis vita, arte et tragædiarum reliquiis particula ; Halle, 1829 (cf. id., Opuscula philologica, I, 1866, pp. 411-436). — Reichardt, De Agathonis poetæ tragici vita et poesi ; Ratibor, 1853.