La Formule de Cavour - L’Église libre dans l’État libre

La Formule de Cavour - L’Église libre dans l’État libre
Revue des Deux Mondes5e période, tome 28 (p. 343-372).
LA
FORMULE DE CAVOUR

L’ÉGLISE LIBRE DANS L’ÉTAT LIBRE

Il eût été fort surprenant que, dans le débat qui s’est poursuivi sur la séparation des Eglises et de l’Etat, on ne citât point le mot, passé en proverbe, de Cavour : « l’Eglise libre dans l’Etat libre. » Aussi n’y a-t-on pas manqué, et M. Aristide Briand l’a fait, tout le premier, dans son rapport. Mais, puisqu’il l’a fait, il a donc cru qu’en le faisant il servait sa cause, à laquelle l’opinion de Cavour aurait été, selon lui, favorable. Et c’est justement la question. L’opinion de Cavour est-elle vraiment favorable à la thèse de M. Briand et de ses amis ? Cavour a-t-il vraiment voulu la séparation de l’Eglise et de l’Etat ? S’il l’a voulue, a-t-il, sous le même nom de séparation, voulu la même chose que la majorité de notre commission ? Et si par hasard il a voulu la même chose, l’a-t-il voulue dans la même intention, le même esprit et la même forme, pour la même fin, et par les mêmes moyens ?

À cette question on ne saurait répondre avec quelque sûreté qu’après avoir répondu à toute une seconde série de questions. Et d’abord, d’où venait à Cavour la formule : « l’Église libre dans l’Etat libre ? » Était-elle à lui, c’est-à-dire de lui, ou l’avait-il empruntée de quelqu’un, et de qui ? Quand l’a-t-il énoncée pour la première fois ? Quel sens précis y attachait-il et quelle portée exacte entendait-il lui donner ? Qu’était-ce pour lui que « l’Église libre, » et qu’était-ce que « l’État libre ? » S’agissait-il, dans sa pensée, de l’Eglise universelle et de l’État en général ? Ou seulement de l’Église romaine et de l’État italien ? Était-ce une maxime, lapidaire et définitive, un axiome frappé en médaille ou en monnaie à l’usage du politique, valable pour tous les temps et pour tous les pays dans toutes les circonstances. Ou n’était-ce, au contraire, qu’une solution, un expédient, et comme une recette, — à parler sans irrévérence, — bonne simplement pour un temps et pour un pays dans une circonstance qui passe ; bonne, en 1860, pour le Piémont qui cherchait la manière d’aller à Rome ? Était-ce moins encore, comme on l’a prétendu : un paravent, un trompe-l’œil, « le pavillon qui couvre la marchandise ? » Voilà ce qu’il serait intéressant, ce qu’il serait utile, mais ce qu’il n’est pas facile de fixer. L’apparente clarté de la formule n’est en effet qu’une fausse clarté ; et ce serait faire injure à une intelligence aussi nette, aussi puissante, aussi pénétrante que l’intelligence d’un Cavour, d’oser insinuer qu’il n’a peut-être pas très bien su lui-même ce qu’il voulait dire : il l’a sans doute très bien su, — car il savait tout ce qu’il voulait, — mais il ne l’a jamais très explicitement dit.


I

La première expression publique de la règle : « l’Église libre dans l’État libre » se trouve dans le discours prononcé par le comte de Cavour, devant la Chambre des députés de Turin, le 27 mars 1861, à l’occasion de l’interpellation du député Audinot. Le passage vaut d’être traduit littéralement :


Il reste, déclarait Cavour, il reste à persuader le Pontife que l’Église peut être indépendante, en perdant le pouvoir temporel. Mais ici il me paraît que, lorsque nous nous présentons au Pontife et que nous lui disons : « Saint-Père, le pouvoir temporel n’est plus pour vous une garantie d’indépendance ; renoncez-y, et nous vous donnerons cette liberté que vous avez en vain demandée depuis trois siècles à toutes les grandes puissances catholiques ; cette liberté dont vous avez essayé d’arracher quelques lambeaux (strapparne alcune porzioni) au moyen de concordats par lesquels vous étiez contraint, en compensation, de concéder des privilèges, et même pis que des privilèges, de concéder l’usage des armes spirituelles aux puissances temporelles qui vous accordaient un peu de liberté ; eh bien ! ce que vous n’avez jamais pu obtenir de ces puissances qui se vantaient d’être vos alliés et vos fils dévoués, nous venons vous l’offrir en toute sa plénitude ; nous sommes prêts à proclamer en Italie le grand principe : l’Église libre dans l’État libre.

« Vos amis de bonne foi reconnaissent comme nous l’évidence, ils reconnaissent que le pouvoir temporel tel qu’il est ne peut subsister. Ils viennent vous proposer des réformes que vous. Pontife, vous ne pouvez faire ; ils viennent vous proposer de promulguer des ordonnances, où sont contenus des principes qui ne s’accordent pas avec les maximes dont vous devez être le gardien ; et ces amis insistent toujours et continuent à vous reprocher votre obstination : vous opposez une résistance opiniâtre, et vous faites bien ; je ne vous blâme pas, quand, à ceux qui vous reprochent de n’avoir pas une armée fondée sur la conscription, vous répondez que vous ne pouvez imposer le célibat forcé à des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans, à l’âge des plus fortes passions, je ne vous le reproche pas ; quand vous refusez de proclamer, vous, la liberté religieuse, la liberté d’enseignement, je vous comprends ; vous devez enseigner certaines doctrines, et par conséquent vous ne pouvez pas dire qu’il est bien que tous enseignent toute espèce de doctrines ; vous ne pouvez pas accepter les conseils de vos amis de bonne foi, parce qu’ils vous demandent ce que vous ne pouvez donner, et vous êtes forcé de rester dans cette situation anormale de père des fidèles obligé de maintenir sous le joug des peuples avec des baïonnettes étrangères, ou d’accepter le principe de liberté loyalement, largement appliqué dans l’aînée des nations de la race latine, dans le pays où le catholicisme a son siège naturel. »

Il me paraît impossible, messieurs, que ce raisonnement, que cette proposition, faite en toute sincérité, en toute loyauté, ne soit pas favorablement accueillie.

Que ces propositions soient sincères, cela ne peut être mis en doute. Je ne fais point de personnalités ; toutefois je pourrais rappeler à ceux de mes collègues qui faisaient partie des autres Parlemens, je pourrais leur rappeler qu’à la fin de l’année 1850, peu de jours après avoir été élevé au rang de membre du Conseil de la couronne, je proclamais franchement ce principe, quand je repoussais la proposition d’ « incamérer » les biens du clergé, et de le rendre salarié et dépendant de l’État.

Je rappellerai, à l’appui de la sincérité de nos propositions, qu’elles sont conformes à tout notre système. Nous croyons que l’on doit introduire le système de la liberté dans toutes les parties de la société religieuse et civile ; nous voulons la liberté économique, nous voulons la liberté administrative, nous voulons la pleine et absolue liberté de conscience ; nous voulons toutes les libertés compatibles avec le maintien de l’ordre public ; et par suite, comme conséquence nécessaire de cet ordre de choses, nous croyons nécessaire à l’harmonie de l’édifice que nous voulons élever que le principe de liberté soit appliqué aux rapports de l’Église et de l’État[1].


Il nous fallait donner ce morceau tout au long, — si long qu’il puisse paraître à la lecture, — parce que c’est ici le document capital. C’est là que publiquement, solennellement, parlant comme président du Conseil, au moment du vote de l’ordre du jour qui allait clore une interpellation, peut-être provoquée, sur la question romaine[2], Cavour, pour la première fois, a lancé la fameuse phrase : Libera Chiesa in libero Stato. Cette phrase, la tirait-il de son propre fonds, ou se bornait-il à lui faire un sort ? Jaillissait-elle de source, ou bien était-elle amenée d’autre part ? Il nous serait d’autant plus aisé de croire à la sincérité du grand homme d’État piémontais, à cette loyauté, à cette franchise qu’il invoque à trois ou quatre reprises, — et s’il y insiste à ce point, c’est qu’il sent qu’on n’y croit pas assez ; — nous y croirions d’autant plus volontiers que nous pourrions croire à la spontanéité de la formule ou de l’expression même. Or, dans sa Deuxième lettre à M. le comte de Cavour, — lettre d’ailleurs très vive et par endroits violente, — Montalembert en revendique la paternité, tout en désavouant l’usage que Cavour en veut faire :


Monsieur le comte, écrit-il, dans vos discours du 27 mars et du 9 avril, vous me mettez en cause. Dans le premier, vous annoncez qu’une fois à Rome vous proclamerez ce grand principe : l’Église libre dans l’État libre. Vous me faites ainsi l’honneur imprévu d’emprunter la formule dont je me suis servi en vous écrivant il y a quelques mois, et vous résumez par elle ce que vous promettez au monde catholique et à la Papauté en échange de leur capitale profanée et de leur patrimoine volé. Dans le second, vous me citez parmi les précurseurs du libéralisme que vous souhaitez aux catholiques[3]. Vous me donnez ainsi le droit de vous répondre ; vous m’imposez même le devoir de vous arracher des mains une arme que vous m’avez prise, et de ne pas laisser abuser d’une doctrine que j’aime pour des fins que je déteste. En voyant déployer ce drapeau, si nouveau dans vos mains, je reconnais le mien et je me sens ému. Mais, en cherchant qui le porte et la tactique qu’il recouvre, je me sens trompé et je m’indigne[4].


Ce serait donc, d’après Montalembert lui-même, dans une première lettre adressée à Cavour « quelques mois » auparavant, vers la fin de 1860, ou tout au commencement de 1861, que se trouverait l’origine de la formule. Pourtant, le 28 novembre 1860, le président du Conseil piémontais renvoyait à un correspondant romain, après avoir de sa main écrit en marge : « J’approuve » Approvo, un document intitulé : Conditions à offrir comme base d’accommodement entre le Souverain Pontife et le royaume d’Italie dans les affaires ecclésiastiques, dont l’article premier portait expressément : « Si proclamerà il principio : Libera Chiesa in libero Stato. On proclamera le principe : l’Eglise libre dans l’Etat libre[5]. » La proclamation secrète ou du moins discrète, si ces termes associés ne jurent pas trop, avait, par conséquent, précédé de « quelques mois, » sous la plume ou sur les lèvres de Cavour, la profession publique. Sa volonté était d’aller à Rome, et, depuis le discours du 11 octobre 1860 à la Chambre des députés, tout le monde en Italie et en Europe la connaissait. Toute l’Italie et toute l’Europe avaient entendu, avec les « applaudissemens très retentissans et prolongés » (strepitosissimi e prolungati applausi) dont il avait été salué, le grand cri qui annonçait la naissance d’une nation : « Durant les douze dernières années, l’étoile polaire du roi Victor-Emmanuel a été l’aspiration à l’indépendance nationale ; quelle sera cette étoile par rapport à Rome ? (Mouvement d’attention.) Notre étoile, messieurs, je vous le déclare ouvertement, est de faire que la Ville éternelle, sur laquelle vingt-cinq siècles ont accumulé toute sorte de gloire, devienne la splendide capitale du royaume italique [6]. » Mais la volonté ne suffit pas : la fin était certaine, on chercherait les moyens. Une fin unique, tous les moyens : mais encore lesquels entre tous et de préférence ? Là-dessus, Cavour aimait mieux se taire. Savait-il, quelqu’un savait-il ce que seraient dans six mois l’Italie et l’Europe ? Quelque « mathématicien de la diplomatie » pouvait-il lui donner « cette inconnue ? » Quant à lui : « J’ai affirmé et je répète, disait-il, que le problème de Rome ne peut être résolu par l’épée toute seule ; l’épée est nécessaire, elle le fut et le sera encore pour empêcher que des élémens hétérogènes viennent s’immiscer dans la solution de cette question ; mais, messieurs, le problème de Rome ne peut être résolu par l’épée toute seule, les forces morales doivent concourir à sa solution... » Les forces morales... la liberté... « Je crois que la solution de la question romaine doit découler de la conviction qui ira toujours croissant dans la société moderne, et même dans la grande société catholique, que la liberté est hautement favorable au. développement du vrai sentiment religieux[7]. » À ce moment déjà, le bon mathématicien que Cavour avait été dans sa jeunesse, le maître « mathématicien de la diplomatie » qu’il était devenu, apercevait la solution élégante du problème, le plus sûr, sinon le plus court chemin qui eût conduit l’Italie de Turin à Rome, avec l’agrément de la France et le consentement du Pape. Comment il espérait obtenir l’agrément de la France, c’est un point très intéressant, mais ce n’est pas notre sujet ; comment il se flattait, comment il essaya d’avoir le consentement du Pape, c’est une curieuse aventure, et c’est notre sujet lui-même.

On va voir le comte de Cavour, avec, pour mot de passe : l’Église libre dans l’Etat libre, mener l’Italie à l’étoile, en s’attachant au pied et en tenant à la main trois ou quatre fils. Pour retrouver ces fils et pour les suivre, nous descendrons un peu dans les dessous de la politique et de l’histoire : comme Bismarck, et plus encore peut-être, parce qu’avec un même dessein et une égale audace, disposant d’une force moindre, il était tenu à plus de ménagemens et de manèges, obligé de faire plus souvent, selon la comparaison de Machiavel, le renard que le lion, Cavour excellait à les machiner.


II

Le 11 octobre, Cavour découvrait de Turin sur Rome « l’étoile polaire » du royaume d’Italie et de la dynastie de Savoie ; le 18, il annonçait au docteur Pantaleoni qu’il se proposait d’envoyer auprès du Saint-Père une personne chargée, entre autres choses, « de rechercher si le Souverain Pontife commence à se persuader de la nécessité d’en venir avec nous à des accords qui pourraient être très convenables pour la Cour romaine, et assureraient son indépendance spirituelle beaucoup plus efficacement que les armes étrangères. C’est à cette possibilité que j’ai voulu faire allusion dans le discours que j’ai prononcé récemment à la Chambre des députés, et dont le comte della Minerva expédie aujourd’hui quelques exemplaires à Rome. Je vous serai très obligé de vouloir bien me dire si cette tentative de conciliation vous paraît avoir quelque probabilité de succès... »

Le docteur Diomede Pantaleoni était un médecin romain, — et un excellent médecin, « esimio, » dit Nicomede Bianchi[8], — qui de tout temps avait aimé la politique. Né dans les États pontificaux, il achevait à Rome ses études médicales, quand, le 2 février 1831, le conclave élut Grégoire XVI et quand arriva la nouvelle que Bologne, puis la Romagne entière, puis la Marche et l’Ombrie s’étaient révoltées. Pendant quatre ans, il avait parcouru les meilleures universités d’Europe, suivant un usage très répandu dans les bonnes familles italiennes, et, à son retour, en 1836, il avait rapporté de ses voyages la conviction que, « devant la libre évolution intellectuelle et sociale qu’il avait observée en Europe et dans tous les États civils, un gouvernement comme celui de Grégoire XVI et de Lambruschini, absurdement clérical, était non seulement impossible, mais funeste pour les croyances. » Il en tirait aussitôt la conclusion que « deux choses étaient nécessaires pour sauver l’Eglise : séparer les deux pouvoirs à Rome même, le pouvoir temporel du Pape et son pouvoir spirituel, remettre la Papauté et l’Eglise dans les voies de la civilisation et de la liberté. -> Mais c’étaient les jours où Lamennais, Lacordaire et Montalembert étaient condamnés, où le Pape, dans toutes ses encycliques et toutes ses allocutions, « anathématisait les principes libéraux. » Trois prêtres, cependant, le Père Ventura, Rosmini et surtout, plus tard, Gioberti, faisaient, eux aussi, allusion « à la nécessité que l’Église et la papauté reprissent la direction de la civilisation chrétienne. » Et puis, Pantaleoni avait vu l’élection de Pie IX, l’enthousiasme, excessif et démesuré, qu’avaient excité ses premières réformes, les espérances, immenses, infinies, qu’elles avaient éveillées. Il s’était mêlé au mouvement qui avait abouti, — ce sont ses expressions, et elles disent bien ce qu’il voulait dire, — « à la séparation presque entière des deux pouvoirs, par la laïcisation du pouvoir temporel (formation du ministère Antonelli-Pasolini-Minghetti) ; « membre du Conseil des députés, et questeur, lors de l’assassinat de Rossi, de l’attaque du Quirinal et de la fuite de Pie IX à Gaëte, il était « demeuré ferme et fidèle à la constitution, » il avait refusé de siéger à la Constituante et de tremper dans la Révolution ; il avait, par ses écrits, combattu la République et principalement Mazzini, « ne prévoyant que trop l’intervention étrangère et la perte de la liberté. » Pour prix de sa fidélité, remarque-t-il non sans amertume, il avait été exilé deux fois, la première, à l’instigation des réactionnaires, par le général français Rostolan, et la deuxième, par ordre venu directement de Gaëte. Une démarche du ministre de Russie Bouteneff, dont il était le médecin, l’avait tiré d’affaire. Mais il avait, avec un besoin invincible de s’occuper de politique, des relations et, près des libéraux piémontais, une réputation qui pouvaient le rendre suspect aux autorités pontificales. Lié d’amitié avec Massimo d’Azeglio, il connaissait Cavour et « l’estimait hautement » depuis longtemps. Pourtant, jusqu’en 1858 et 1859, il n’avait pas eu l’occasion « d’entrer avec lui en correspondance particulière ou en quelque intimité, » ce qui n’empêche pas que, « sans que Cavour l’ait jamais su, » c’était lui, Pantaleoni, dont l’influence « avait obligé D’Azeglio à le prendre pour collègue, » lui qui, après la rupture du connubio avec Rattazzi, avait de toutes ses forces poussé au rapprochement. En revanche, après la guerre de Crimée et la paix de Paris, lorsqu’il avait été question d’un congrès pour régler les affaires italiennes, et spécialement pour faire cesser cette anomalie d’une occupation étrangère soutenant et maintenant le gouvernement du Pape, il avait reçu la visite du duc Lorenzo Cesarini qui arrivait de Piémont et, de la part de Cavour, lui mandait « d’avoir à se préparer à assister le ministre au congrès pour toutes les questions qui concernaient l’Etat romain. » Il s’était excusé, mais le duc avait refusé de l’entendre : pour les choses de Rome, Cavour « ne pouvait rien faire sans lui. » Le congrès n’eut pas lieu ; « mais cette preuve d’estime de Cavour me lia à lui intimement, et j’entrai, à cette occasion, avec le ministre en une correspondance suivie, vivant d’autre part en amitié avec tous les accrédités du Piémont à Rome[9]. » Deux autres projets de congrès, en 18S9, avant la guerre et après la paix de Villafranca, avortèrent comme le premier, et Pantaleoni en fut pour le mémoire qu’il avait composé et où il se réservait de montrer « la véritable nature et les étranges anomalies du gouvernement papal[10] ; » mais il était quand même et désormais sacré « spécialiste de la question romaine, » et, ayant manqué trois fois d’être le conseiller de Cavour en des congrès diplomatiques, tout désigné pour être son agent quand on jugerait, dans la question romaine, l’heure venue de passer à l’action.

Diomede Panteleoni fut très heureux de la lettre du comte de Cavour. Il l’avait bien un peu sollicitée, au moins par son zèle à écrire lui-même et à renseigner le ministre : « Je profite du courrier de la légation anglaise, lui dit Cavour, pour vous remercier des informations que vous avez l’amabilité de me trans- mettre sur les conditions où se trouve la Cour romaine, et pour vous prier de continuer à me prêter votre efficace concours. » Cette mission, qui n’en est pas une, ou qui l’est sans l’être, n’était, en tout cas, à ce moment, octobre 1860, qu’une mission d’informateur. Le ton de la correspondance n’est pas officiel ; il n’est pas non plus amical, ainsi que le prouvent les termes employés par Cavour : « Très estimé Monsieur le docteur, » « Très distingué Monsieur. » On n’y aperçoit pas l’ « intimité » dont parlait Pantaleoni, et peut-être existe-t-elle, mais alors elle se dissimule sous des formes plus strictement polies et froides. Même officieuse, afin d’être mieux cachée, cette correspondance passait par un intermédiaire, le baron Teccio, consul général de Sardaigne à Rome ; quelquefois, comme nous venons de le voir, par la légation anglaise, et par d’autres mains encore. Quoi qu’il en soit, Pantaleoni se hâta de répondre, le même jour, 18 octobre :


Sur le second point, en ce qui touche la possibilité de voir la Cour de Rome consentir à des conventions, bien que je sois de plus en plus convaincu qu’à la longue, la logique des faits et les nécessités religieuses y pousseront le Souverain Pontife, tout me fait croire que le temps n’est pas encore arrivé où nous puissions nous flatter qu’une proposition, si avantageuse qu’elle fût, aurait chance d’être accueillie ou admise, ne fût-ce qu’à discussion, ce qui, pour nous qui voulons être larges le plus possible, serait presque tout un avec le succès... Mais il y aurait un autre moyen plus hardi et qui, bien que, pour l’instant, il échoue à Rome, pourrait peut-être promettre une issue plus facile pour l’avenir : ce serait de faire dès à présent les plus larges offres de conciliation, nous déclarant prêts à accepter toutes les conditions qui peuvent être demandées pour assurer l’indépendance du spirituel, et montrant les grands maux qui s’abattraient sur la religion, spécialement en Italie, si Rome s’opposait à toute conciliation honnête.


Après quoi, découvrant les ressorts de cette machine à double détente, Pantaleoni suggérait :


Sûrs que nous sommes d’un refus de la part de Rome, la connaissance d’un tel acte démasquerait tout d’un trait l’hypocrisie, l’ambition et l’avarice des prélats qui se couvrent du manteau de la religion ; d’une part, elle nous gagnerait l’opinion publique des hommes honnêtes et vraiment religieux en Europe ; de l’autre, elle rejetterait sur Rome la responsabilité des maux qui en adviendraient à l’Église, et elle mettrait les Italiens dans la vraie voie par où obliger Rome à se plier à un accord[11].


Encouragé d’ailleurs par l’invitation du ministre : « Je vous prie de continuer à me prêter votre efficace concours, » et, quoiqu’il ne se fît pas, au début, d’illusions, mais, comme on dit, gardé à carreau en cas d’échec, il entreprit, avec l’approbation de Cavour, au su du consul Teccio, à l’aide du Père jésuite don Carlo Passaglia, « professeur de philosophie supérieure à l’archi-gymnase romain, » sous la bénédiction ou la protection de l’Eminentissime cardinal Santucci, une de ces extraordinaires combinazioni, que peuvent seuls comprendre en toute leur aventureuse et subtile beauté ceux qui connaissent bien Rome et les Romains ; la plus extraordinaire de toutes : le mariage du Grand Turc et de la République de Venise, l’union du royaume d’Italie et de la Papauté, pour laquelle union il suffisait, mais il s’agissait de persuader au Souverain Pontife de se dépouiller de ses États, afin d’assurer son indépendance et d’offrir de son plein gré ce qu’on hésitait à lui prendre.

Tâche ingrate. Pantaleoni, pendant plusieurs mois, s’y emploie de son mieux. Nous ne le suivrons pas dans le dédale de ses démarches, de ses espoirs et de ses tribulations, encore que le récit en doive être curieux, amusant même par endroits. Jusqu’au milieu de décembre, les choses traînèrent. Pantaleoni sondait le terrain : « Vous voyez, disait-il à certains cardinaux, que le temporel est inévitablement perdu par toutes les provinces. Comment voulez-vous que Rome toute seule vous reste, ou comment Rome pourrait-elle vivre toute seule en vos mains : et, quand cela serait, qu’est-ce que vous y gagneriez ? Pourquoi, dès lors, ne vendriez-vous pas contre d’immenses avantages pour l’Eglise ce qui, en tout cas et de toute manière, est perdu ? Et pouvez-vous en conscience ne pas le faire, lorsqu’il y va d’immenses avantages pour l’Eglise ? » Le bon docteur jetait ainsi ses filets parmi les pesci grossi, mais peu s’y laissèrent prendre : tout au plus, quelques prélats opinaient-ils du bonnet, avec une apparence d’acquiescement qui les dispensait de répondre. Un de ces prélats était Mgr Franchi, plus tard cardinal secrétaire d’État de Léon XIII, et alors secrétaire des affaires ecclésiastiques extraordinaires. Pantaleoni l’avait d’abord trouvé fermé et incrédule ; mais, sur l’affirmation du docteur que le cardinal Santucci était au courant et approuvait : « Le cardinal Santucci, s’était-il écrié ; dites-lui qu’il m’en parle et nous verrons, car vous ne pouvez avoir personne qui jouisse de plus de crédit et vous assure mieux le succès ! » C’était indiquer le chemin. Aussitôt Pantaleoni se mit en route. Il rédigea, pour le soumettre au cardinal, un long mémorandum dont nous avons le texte, et qui, vu son destinataire, peut étonner par une hardiesse dont on serait tenté de dire qu’elle eut quelque chose de naïf et presque d’inconscient. La seule précaution qu’il prit fut de ne pas le signer, parce qu’il savait que le cardinal Santucci « avait aux flancs un espion du cardinal Antonelli ; » il le savait, mais il ne pouvait point en avertir l’Eminentissime Santucci, qui regarda comme une marque de méfiance personnelle ce qui n’était qu’une réserve imposée par la composition mêlée de son entourage. Comme c’est la pensée de Cavour, et non l’action de Pantaleoni, que nous tenons à connaître, l’un ne nous intéresse qu’en tant qu’il est le confident, l’inspirateur ou l’interprète de l’autre. Dans le mémorandum au cardinal Santucci, nous cherchons « l’idée de Cavour, » que Pantaleoni jure être « substantiellement identique » à la sienne ; et voici donc le fragment de ce mémorandum où Pantaleoni se fait fort de la traduire. Il a précédemment invoqué le témoignage de trois philosophes qui sont des prêtres, le Père Ventura, Rosmini et Gioberti, puis celui de tous ces libéraux et de tous ces patriotes qui sont des catholiques, un Manzoni, un Tommaseo, un Roberto d’Azeglio, un Giorgini, un Capponi, un Galeotti, un Minghetti. Il veut démontrer que l’Eglise a besoin d’une réforme, qu’elle ne peut se réformer que dans et vers la liberté, qu’il n’y a point d’antagonisme irréductible entre elle et le nouveau royaume d’Italie ; qu’au contraire, s’il ne peut être grand que par elle, elle-même ne peut être indépendante que par lui. Sa thèse est délicate, s’adressant à qui il l’adresse.


Celui qui écrit ces pages est convaincu, intimement convaincu, que, si la papauté le veut sincèrement, l’accord entre la papauté et le nouveau royaume se fera et se fera sur ce régime de liberté que nous avons défini ci-dessus. Il est inutile de dire que l’auteur (du mémorandum] n’a caractère ni officieux ni officiel pour faire des propositions au Souverain Pontife, mais néanmoins, ayant des sentimens communs et uniformes avec ceux qui dirigent les affaires en Italie et lié avec eux d’une longue amitié, il peut garantir que, si l’on donnait ouverture à de loyales négociations, on rencontrerait en eux toute disposition à un arrangement fondé sur les conditions les plus larges, où le Saint-Père aurait la liberté d’action la plus étendue et indéfinie dans l’exercice de son autorité spirituelle et pontificale, aurait l’indépendance, aurait l’inviolabilité pour sa personne, l’inviolabilité pour ses ministres et légats, la libre communication avec tous les fidèles, garantie de temporalité, des biens à lui assurer non seulement en Italie, mais au dehors ; pour les rapports intérieurs de l’Église et de l’État, on adopterait le principe de l’Église libre dans l’État libre ; et par suite abolition, aussi pleine que possible, de toutes les restrictions Joséphines, Léopoldines, Tanucciennes, et autres, même stipulées par des concordats. Liberté de prédication, liberté d’instruction, liberté de l’exercice de l’autorité spirituelle des évêques, libre élection de ceux-ci sans l’intervention du gouvernement, etc. Pour les bénéfices temporels, qui ont été l’éternelle cause, dès Grégoire VII, et avant lui, jusqu’à nos jours, de lutte et de scandale entre l’État et l’Église, on adopterait un tempérament qui rendrait pour toujours indépendante et intangible la portion de ces bénéfices qui s’applique au maintien de l’épiscopat et du clergé ayant charge d’âmes, et les dépenses essentielles du culte. Ces propositions touchent le sommet des libertés ecclésiastiques[12] pour ce qui regarde l’exercice du domaine spirituel, c’est plus que l’Eglise n’ait jamais possèdé, et à quoi osaient à peine aspirer le plus chèrement ceux qui en ont voulu sincèrement la grandeur. Et le royaume italique accorderait tout cela, parce qu’il désire, parce qu’il veut le plein domaine de l’Église dans le spirituel, le triomphe vrai du Saint-Siège dans l’exercice de son autorité, autant qu’il veut pour lui-même la plus entière indépendance et liberté dans le maniement des affaires du temporel[13].


Lorsqu’il remit son mémorandum au cardinal Santucci, Pantaleoni était en possession depuis une quinzaine de jours et d’une lettre du comte de Cavour qui pouvait passer-pour des instructions, et des propositions qui, rédigées à Rome par lui-même Pantaleoni, lui revenaient de Turin approuvées par Cavour. Le président du Conseil recommandait une extrême prudence ; il y avait d’abord la manière : « Comincerò dal modo di procedere. » Pas trop vite, pas trop haut, pas trop fort.


Je ne crois pas que le moment soit venu d’entamer une négociation en règle entre les deux parties. Une proposition d’origine officielle courrait grand risque d’être rejetée sans examen, et cela pourrait compromettre et retarder l’éventualité par nous désirée d’un accord avec le Saint-Siège. Il y a en outre une difficulté quant au moyen de la faire parvenir au Pape et aux cardinaux les moins opposés à la négociation. Il serait dangereux et peut-être inutile de se servir de nos évêques. D’autre part, je crains que, si vous dépouilliez le caractère purement privé que vous avez gardé jusqu’ici pour revêtir celui d’agent même officieux du Roi, votre action n’en devienne moins efficace, parce que plus suspecte et réputée moins impartiale. Or il est très important que vos moyens d’action et de persuasion restent intacts. Dans les négociations avec le Saint-Siège, à cause de la nature spéciale de cette Cour et étant données les divergences actuelles entre les membres du Sacré-Collège, la façon de procéder a une importance capitale. Un faux pas, une démarche prématurée, un signe quelconque qui puisse faire croire, de notre côté, à un désir excessif d’en venir à des arrangemens, suffiraient à faire naître des prétentions exagérées et des retards.


Que Pantaleoni prenne bien garde à éviter ces inconvéniens, et qu’en même temps il avise à faire parvenir aux oreilles qui doivent les entendre les choses qui doivent pourtant être dites. « A mon avis, poursuit Cavour, il y en a deux moyens, l’un public et l’autre secret.


Le premier serait de soumettre hardiment la question à l’examen de l’opinion publique ; par exemple, si moi ou un autre membre du gouvernement, ou même le Roi, nous déclarions officiellement ou dans un discours de circonstance, ou dans un document à publier, ou dans une adresse aux électeurs, ou enfin devant le Parlement, quelles sont les dispositions du gouvernement quant au différend ecclésiastique. Le second moyen serait d’envoyer un agent secret dont la présence à Rome fût ignorée de qui nous est hostile, et par conséquent d’Antonelli, lequel agent apporterait tout entière la pensée du gouvernement et sa confiance tout entière, si bien qu’il réussît à engendrer la foi en la sincérité des propositions qu’il serait chargé de faire et de recevoir[14].


Dans le second cas, dans le cas où l’on recourrait à cet homme de confiance, conviendrait-il que ce fût le Père Pagani, général des Rosminiens ? « Ce religieux a longuement habité l’Angleterre, il pense librement (ou libéralement), et il est imbu de l’esprit de liberté pratique qui domine dans tout le mécanisme du gouvernement et de la société du Royaume Uni. » De plus, il peut aller et venir de Turin à Rome et de Rome à Turin, sans appeler l’attention. Mais Pantaleoni préféra sans doute que l’on n’employât, en dehors de lui, ni le Père Pagani, ni personne. Peut-être même la crainte que ses voies ne fussent traversées par d’autres l’animait-elle à se presser un peu. Le certain, c’est que, le 20 décembre, lorsque Cavour lui fit passer par son consul Teccio le télégramme suivant (en français) : « Dites à Pantaleoni de suspendre le mémorandum et de s’abstenir de toute démarche jusqu’à de nouvelles instructions ; la plus grande prudence est indispensable[15], » il était trop tard : le cardinal Santucci, depuis le 11 ou le 13, avait le mémorandum entre les mains. Mais voici bien une autre affaire. Dans l’intervalle, Cavour a eu beau répéter sur tous les tons : Sia reservatissimo con tutti. « Soyez très réservé avec tout le monde[16] ; » ce n’est pas encore l’heure de l’action directe, mais seulement des prospections et des travaux préparatoires, dans la presse, dans le public, dans les antichambres : « Je vous autorise à faire les dépenses nécessaires, que je vous ferai rembourser où et quand vous le direz[17]… » « Ci-joint, en pièces de vingt francs, cinq cents francs pour l’usage indiqué[18]. » Continuez, et distribuez par-ci par-là la mancia competente, mais ne vous engagez pas, et surtout ne m’engagez pas ; — il a beau tirer et retenir : tout est engagé à fond. Le 12 janvier 1861, Teccio télégraphie en chiffres au comte de Cavour[19] :


Pantaleoni vous mande : « Le cardinal Santucci, malgré ses instances, a cru devoir tout dire au Pape qui lui demandait quel était ce projet d’arrangement. Le cardinal Santucci lui a parlé de la perte inévitable du temporel, des propositions reçues amicalement. Le Pape a montré se résigner à tout. On a appelé Antonelli. II a d’abord opposé, mais après il s’est résigné aussi, et il a demandé au Pape de relâcher lui et Santucci du serment pour traiter du possible abandon du temporel, » Ils verront Passaglia vendredi 18 : et celui-ci me demande de leur part que l’on nomme pour négocier officieusement ou quelqu’un ici ou de Turin. Dans ce dernier cas, on désire connaître l’individu d’avance, et ils prient qu’il ne soit pas un avocat. Pantaleoni vous écrit et envoie un courrier à la frontière. Si vous vouliez gagner du temps, télégraphiez-lui, comme quoi vous lui envoyez des instructions par le courrier anglais. Il montrera le télégramme.


Si maître qu’il fût de lui-même, Cavour éprouva certainement quelque émotion à la lecture de cette dépêche. Il y avait bien, à la vérité, ce mouvement d’ Antonelli se jetant presque à genoux, et demandant au Souverain Pontife de les relever, le cardinal Santucci et lui, du serment qu’ils avaient prêté de défendre le patrimoine de l’Eglise usque ad effusionem sanguinis ! La feinte était habile et devait toucher Pie IX en plein cœur. Mais ce mot restait : « Le Pape a montré se résigner à tout. » Avec quelle impatience Cavour attendait donc le courrier qui devait lui apporter le compte rendu de l’entrevue du cardinal Antonelli et du Père Passaglia, fixée au vendredi 18 janvier ! Le 24, il n’a rien encore ; le 27, rien ; il n’y tient plus, il télégraphie à Teccio : « Dites à P... que son courrier n’est pas arrivé, et que nous sommes inquiets[20]. » Le 29 : « Veuillez dire à Pant... que son courrier n’est pas arrivé[21]. » Les télégrammes eux-mêmes circulent désormais difficilement, et sont tout défigurés. Enfin, le 31 janvier : « Dites à Pantaleoni que j’ai reçu les lettres du 19 et du 22[22]. » Pantaleoni, qui se voit déjà au but, voudrait que tel Roi écrivît de sa main ; Cavour le calme : « La personne désignée ne peut écrire la lettre qu’on demande, que lorsqu’on sera à peu près sûr de se mettre d’accord[23]. » Le fer est au feu. De la prudence, la plus grande prudence ! Prudenza ! Massima prudenza[24] ! « Au point où nous sommes, avant de présenter proposition formulée, il serait bon de s’entendre verbalement. Qu’il engage le Père Passaglia à faire une course à ; Turin à nos frais,[25]. »

Le 5 février, contre-ordre : « Veuillez suspendre le départ du Père Passaglia. » Mais cette fois encore il est trop tard. « Passaglia a eu une conversation avec Antonelli, avec le Pape, et annoncé son départ. Il a communications intéressantes pour les négociations. » Cavour se résigne et répond, le 6 : « Si le Père Passaglia n’est pas encore parti, engagez Pantal... à lui recommander lapins grande réserve et de garder l’incognito. Je fais préparer une chambre pour lui chez moi. Il pourra venir directement du débarcadère à mon hôtel. » Ainsi est-il fait dans le plus grand mystère. Don Carlo reste trois ou quatre jours chez le ministre, et le quitte le .11 pour retourner à Rome. Cavour écrit à Pantaleoni :


11 février 1861.

Cher docteur,

Le Père Passaglia part après avoir eu quelques conférences avec Minghetti et avec moi ; nous sommes d’accord sur tous les points. Nous avons arrêté les articles sur lesquels doivent porter les négociations.

Il reste à rédiger les instructions pour les négociateurs, qui seront vous et le Père, sans personne autre pour le moment. Ces instructions demanderont quelque temps, en raison du voyage du Roi à Milan, qui me sépare de Minghetti, le seul conseiller que j’aie en cette affaire. J’espère pourtant que vers la fin de la semaine elles seront prêtes. Je vous les expédierai par mon bon ami le Père Molinari, qui peut aller à Rome et en revenir sans éveiller le moindre soupçon. J’y joindrai une espèce de lettre de créance pour le cardinal Antonelli, à ne remettre que lorsqu’il sera bien établi que l’on traite, et que l’on traite sérieusement. Je confierai aussi à Molinari une lettre ostensible pour vous et pour Passaglia.


A ce détail, on peut mesurer le chemin parcouru, ou que Cavour, d’après les informations de Pantaleoni et le témoignage du Père Passaglia, croit parcouru. Lui qui n’a cessé de répéter : « De la prudence ! De la réserve ! Ne vous montrez pas, ne me laissez pas entrevoir ; vous me connaissez à peine, je ne vous connais pas ! » le voilà maintenant qui accrédite, éventuellement, il est vrai, mais qui accrédite le Père Passaglia et Pantaleoni. Cavour ne néglige pas du reste d’envoyer des munitions :


J’ai remis à Passaglia 100 napoléons d’or, en l’invitant à vous les consigner... Je vous donne toute faculté de dépenser ce que vous jugerez nécessaire pour gagner l’amitié (amicarsi) des agens subalternes de la Curie. S’il y avait lieu de recourir à des moyens identiques, mais sur une plus large échelle, pour les gros poissons (pei pesci grossi), vous me l’indiquerez et je verrai à les mettre en œuvre, en me servant toutefois d’une autre voie que de celle des négociateurs, qui, à mon avis, doivent rester étrangers à cette partie la moins belle de notre entreprise[26]...


Quelle fut « l’autre voie » et quels devaient être « les gros poissons ? » L’ « autre voie » fut-elle le cavalière avvocato Salvatore Aguglia, qui, plus tard, a raconté, à ce propos, — soit dit sans nulle insinuation, — une véritable « histoire de brigands ; » lui et ses deux correspondans, l’abbé Isaïa et Omero Bonzino ? Mais plutôt, ces trois personnages paraissent avoir fait figure de naïfs ; et de toute cette intrigue, où il s’agit d’acheter pour trois millions le cardinal Antonelli, en réservant par surcroît de bonnes petites affaires à sa famille, le principal artisan avait été sans doute Antonelli lui-même, qui espérait, selon le mot de Pantaleoni, prendre Cavour « les mains salies de cette triste poix. »

Comme par hasard, il s’était en effet rencontré qu’aussitôt la trame découverte, Aguglia et l’abbé Isaïa avaient, pour qu’ils fussent en sûreté, fait porter leurs papiers au Père Passaglia, lequel habitait chez une dame anglaise. Le cavalière Aguglia, le Père Passaglia, Pantaleoni, Cavour, on établissait ainsi la liaison, et de Cavour à Antonelli, de Cavour, auteur premier, à Antonelli, victime d’une tentative de corruption, on fermait le circuit, discréditant d’un seul et même coup, par la farce grossière que jouait, probablement sans le savoir, Salvatore Aguglia, l’initiative généreuse et désintéressée de Pantaleoni, et toutes celles qui, malgré lui et à son vif mécontentement, non moins désintéressées, non moins généreuses, s’exerçaient parallèlement, en dehors d’elle[27]. Désormais, la police pontificale est sur pied, Un peu étourdiment peut-être, ou peut-être avec une candeur qui de toute façon ferait honneur à son caractère et témoignerait de l’excellence de ses intentions, le docteur Pantaleoni s’est confié à Monsignor Matteucci, governatore di Roma ; « il a cherché à le gagner à sa cause[28]. » Or, qu’est-ce que le governatore di Roma ? Le préfet de police du Pape ! Les instructions et les lettres de créance que le Père Molinari devait apporter sont en route. Mais où est passé le Père Molinari ? Tandis qu’on l’attend à Rome, il a reçu de son général l’ordre de n’y point toucher barres et de pousser d’une traite jusqu’à Naples. C’est de Naples et par l’entremise de Nigra que Pantaleoni reçoit, le 10 ou le 11 mars, les papiers partis de Turin le 22 février. Rien ne va plus, ou tout va de travers. Les choses se gâtent, le dénouement se précipite. Pour la troisième fois, Pantaleoni est banni de Rome. Ainsi finit cette aventure, et, à quarante-cinq ans de distance, il semble bien qu’elle ne pouvait guère finir autrement. Le plus étonnant serait que Cavour, avec toute sa prudence, s’y fût non pas lancé, ni jeté, mais seulement prêté, si sa prudence même n’eût été à l’occasion aventureuse et si son génie politique n’eût été un génie italien total, où se composent et se complètent ces deux termes : la prudence, la patience, patienza, et l’aventure, le risque toujours, qui sait, chi lo sa ? La dernière lettre, ou plus exactement les dernières lettres de Cavour à Pantaleoni, — car il y en a deux du même jour, 22 mars 1861, — font allusion à la discussion qui va s’ouvrir. Dans l’une :


Je vous écris ces deux lignes pour vous avertir que, la semaine prochaine, devant répondre aux interpellations qui me seront adressées sur les affaires de Rome, je m’abstiendrai de parler des négociations entamées ; mais je répéterai que le gouvernement croit que la liberté est pour l’Église et pour l’État la seule garantie réciproque et efficace de dignité et d’indépendance[29].


Et dans l’autre : ,


J’augure bien de la discussion qui aura lieu la semaine prochaine au Parlement. Les principes de liberté auront de chauds et éloquens défenseurs ; ce qui prouvera aux hommes de bonne foi qui sont à Rome la sincérité de nos intentions et la loyauté de notre conduite.


Cavour se rit des inquiétudes du docteur :


Adieu, mon cher Pantaleoni, j’espère que vous passerez tranquillement les fêtes de Pâques et que nous ne serons pas obligés d’aller vous délivrer des cachots de l’Inquisition[30].


Mais les pressentimens de Pantaleoni ne le trompaient pas, et, depuis la veille, 21 mars, il avait notification de la sentence qui l’exilait. L’affaire se terminait par une faillite. Cela n’empêcha point le grand ministre, dans le discours qu’il annonçait et qu’il prononça le 27, de dire plus haut et plus fort que jamais : « L’Église libre dans l’État libre. Libera Chiesa in libero Stato. »


III

Maintenant, tâchons de saisir la pensée derrière la formule. Si elle est quelque part, cette pensée de Cavour, elle est dans les instructions données par lui à ses hommes de confiance, Pantaleoni et le Père Passaglia : dans la lettre du 28 novembre-1860, contenant en annexe les propositions de Pantaleoni, annotées, approuvées ou corrigées ; dans celle du 21 ou du 22 février 1861, que le Père Molinari promena vainement de Turin à Naples, mais qui devait servir de lettre de créance, et à laquelle était joint un capitolato où Cavour lui-même avait, résumé ses conditions et comme marqué sa position. Le 28 novembre, le président du Conseil écrit :


Venons-en à présent aux propositions. Elles peuvent être considérées de deux façons :

1° D’une façon absolue, c’est-à-dire selon la conception personnelle que je m’en fais et dans l’hypothèse que les autres membres du gouvernement et le pays puissent être amenés à partager mes convictions ;

2° D’une façon relative, c’est-à-dire par rapport seulement à ce qui est immédiatement praticable et possible, en tenant compte drs difficultés qu’on rencontrerait de la part des autorités et de l’opinion publique des différentes parties de l’Italie, comme des traditions locales, surtout à Turin, à Naples et en Sicile. En effet, il ne faut pas se dissimuler, d’un côté les conséquences immenses de la révolution que nous voudrions opérer, et de l’autre, les préjugés fortement enracinés dans les écoles, au barreau, dans le Parlement, chez les personnes même les plus cultivées et les plus libérales, quant aux périls d’une pleine liberté accordée à l’Église. Je ne partage pas ces préjugés, je ne redoute la liberté en aucune de ses applications. Je puis promettre de promouvoir, avec l’énergie dont je suis capable, la mise en œuvre de ces principes ; je dirai plus, j’espère réussir ; mais je ne puis répondre dès aujourd’hui d’une manière positive du succès, ou au moins du succès complet.


Mais voici mieux que des mots : voici un texte qui, accepté par le Saint-Siège, eût pu devenir un acte diplomatique, engageant et liant l’Italie. Cavour n’y va certainement que jusqu’où il veut aller ; il n’y dit que ce qu’il veut dire. Or il dit (dans la colonne de gauche sont les propositions de Pantaleoni, et dans la colonne de droite les observations du comte) :


Conditions à convenir pour l’indépendance spirituelle du Pontife et dans l’exercice de son autorité spirituelle sur le monde catholique.

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PROPOSITIONS DE PANTALEONI OBSERVATIONS DE CAVOUR
1. Le Pape sera reconnu comme souverain nominal, bien que sa souveraineté ne s’exerce sur aucun territoire. J’approuve.
2. En conséquence sa personne sera inviolable, et non sujette, même civilement, d’un autre prince. J’approuve.
3. A double titre de due compensation et de gratitude et vénération nationale, il lui sera assigné en propre telle masse de biens immobiliers qui d’un commun accord paraîtra suffire non seulement aux nécessités, mais encore au decorum du Souverain Pontife et de sa cour. J’approuve le principe, mais je réserve la discussion quant à la nature des biens je ne crois pas indispensable que ces biens soient tous immobiliers, ni que tous soient situés en Italie. Il me semble même qu’il conviendrait à la dignité et à l’indépendance du Pontife qu’il eût des biens ailleurs encore et qu’il pût disposer à son gré, c’est-à-dire en immeubles ou en meubles, de tout ce qui lui serait assigné.

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4. Cette masse de biens sera déclarée exempte de toute taxe, et de toute action politique du gouvernement. J’approuve l’exemption des taxes, mais des explications sont nécessaires en ce qui concerne l’immunité de toute action politique du gouvernement. Que signifie cette clause ? On ne pourrait en aucune manière permettre que tel ou tel territoire devînt un lieu d’asile pour les délinquans, et fût soustrait aux mesures de police, de justice et d’hygiène, etc.
5. Une égale inviolabilité est accordée au Conclave en temps de vacance du Siège, et au Camerlingue et Chefs d’ordre qui représentent le Pontife avant que le Conclave se réunisse. J’approuve : de plus, en fait de conclave, je proposerais l’abolition du veto exercé par certains États.
6. Il sera très libre (sarà liberissimo) au Pontife d’expédier canoniquement les légats, nonces et autres ministres, lesquels seront reconnus inviolables, tant qu’ils ne se départiront pas notoirement de leur mission ecclésiastique. J’approuve en ce qui concerne notre État, et dans les limites des coutumes diplomatiques.
7. A tous les chrétiens indistinctement sera consenti pour affaires ecclésiastiques l’accès le plus libre au Pontife. J’approuve même pour les non-chrétiens sous [réserve de] l’observation des lois de l’État ; la résidence du Pape ne pourra servir d’asile aux délinquans, ni de notre pays, ni d’un autre.
8. Les dispositions ci-dessus feront partie des lois fondamentales du royaume, et seront regardées comme le résultat d’un traité bilatéral en compensation de la renonciation à l’exercice et à la possession du domaine temporel. J’approuve.
9. En cas de difficulté, pourrait même être invoquée la garantie des puissances catholiques. J’accepte bons offices ou médiation, mais je ne puis admettre ni garantie ni aucun lien semblable qui puisse donner prétexte à conflits ou à intervention étrangère.

Cette première partie des propositions de Pantaleoni, qui forme la première annexe à la lettre du 28 novembre 1860, vise les relations en général du royaume d’Italie ayant Rome pour capitale avec l’Église catholique, universelle, avec la Papauté ayant elle aussi son siège à Rome. La seconde s’occupe des rapports particuliers entre l’État italien et l’Église en Italie, indépendamment de la question romaine (si quelque chose ici en peut être indépendant, puisque tout lui est subordonné).

Conditions à offrir comme base d’accommodement entre le Pontife et le Royaume d’Italie dans le règlement des affaires ecclésiastiques.

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1. On proclamera le principe : l’Église libre dans l’État libre. J’approuve.
2. Seront en conséquence abolies ou cesseront toutes les dispositions Joséphines, Léopoldines, etc., plus ou moins contraires aux libertés ecclésiastiques. J’approuve comme conséquence du principe précédent ; mais il faudra spécifier et déterminer chacune des dispositions législatives mentionnées ci-contre. Alors seulement je pourrai donner une réponse catégorique.
3. Sera également aboli tout ce qu’il a été stipulé, dans les concordats, de restrictif pour l’action de l’Église. Comme dessus : ici encore il faut spécifier et déterminer.
4. Cesseront aussi tous les privilèges d’us, et d’abus concernant autrefois le royaume des Deux-Siciles. Expliquer et déterminer l’extension et l’application pratique de tous les privilèges.
5. Il sera très libre au Pontife d’exercer en toute forme canonique son pouvoir ecclésiastique législatif tant en matière de dogme qu’en matière de discipline. J’approuve, en excluant, bien entendu, toute sanction civile, toute invocation au bras séculier.
6. L’État renonce donc à l’usage du placet et de tout droit présumé inspiciendi et cavendi. J’approuve. Les documens ecclésiastiques et leur publication seront soumis aux lois générales du royaume.
7. Il sera très libre au Pontife d’exercer en forme canonique son pouvoir judiciaire et de sanctionner ses jugemens par les censures et peines ecclésiastiques. J’approuve avec l’exclusion dont il est question au n° 5, et en réservant la question de l’interdit de l’Église, interdit réel, comme chose à examiner.
8. Il sera très libre au Pontife de communiquer canoniquement avec tout le clergé du royaume. J’approuve.
9. Il sera très libre au Pontife de convoquer canoniquement toute forme de synodes. J’approuve.
10. Il sera convenu entre le Pontife et le royaume d’Italie de fixer telle somme de biens temporels qui soit réputée suffisante à l’entretien de tout le clergé ayant charge d’âmes. J’approuve.
11. Une fois fixée cette somme de biens, elle ne dépendra que du clergé seul. J’approuve quant à la répartition. Je réserve la discussion sur les autres questions auxquelles cette clause peut donner lieu.
12. Le gouvernement renonce à toute espèce de droit à la nomination et présentation des évêques. J’approuve.
13. Ceux-ci seront présentés à la confirmation pontificale par le clergé et le peuple qui les éliront suivant un système à convenir. J’accepte la proposition faite par le clergé seul.

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14. Les évêques, dans leurs diocèses, seront indépendans de toute surveillance gouvernementale dans l’accomplissement de leur droit législatif, judiciaire, exécutif dans les matières ecclésiastiques. On demande des explications surtout pour ce qui est du droit exécutif.
15. Sera libre au clergé l’usage canonique de la prédication, sauf le respect des lois, de la morale et de l’ordre public. J’approuve.
16. Sera également libre l’usage de la presse dans les matières ecclésiastiques, sauf pourtant la condition de se soumettre au pouvoir répressif de l’État dans les cas prévus par la loi. J’approuve.
17. L’enseignement sera libre, mais il reste à l’évêque le droit de censure pour ce qui regarde l’enseignement religieux. On refuse à l’évêque tout droit de censure sur l’enseignement donné par l’administration civile : le clergé pourra vaquer à l’enseignement religieux dans les séminaires et dans les églises ; le pouvoir civil s’abstiendra de toute ingérence, mais l’évêque s’abstiendra également de toute ingérence dans les écoles et dans les universités, même en ce qui touche les chaires de religion et de théologie.
18. Libre au clergé de fonder d’autres écoles pour les matières ecclésiastiques en concurrence à celles du gouvernement ; celui-ci n’aura sur elles aucun droit, sauf le respect de l’ordre public. J’approuve.
19. Les associations ecclésiastiques et corporations religieuses seront libres, mais il reste à l’État le pouvoir de leur reconnaître ou refuser la personnalité civile pour la possession des biens et les actes civils. J’approuve

Quelque importantes que soient ces pièces annexées à la lettre du 28 novembre 1860, il y en a une plus importante encore, et c’est le résumé, le capitolato, du 21 ou du 22 février 1861, avec la lettre qui le commentait et le développait. En effet, le 28 novembre, c’est Pantaleoni qui parle, Cavour ne fait qu’acquiescer ; mais, en février, Cavour lui-même prend la parole ; bien plus, il prend la plume, et, dans l’intervalle, trois mois se sont écoulés, au cours desquels des sondages ont été opérés, le terrain a été reconnu, on a tourné et retourné la situation sous tous ses aspects, les choses se sont tassées, les idées se sont assises, le plan s’est dessiné, à mesure qu’on a cru approcher de la réalisation. Finalement, et pour traiter, Cavour déclare donc :


1° Le Souverain Pontife conserve la dignité, l’inviolabilité et toutes les autres prérogatives personnelles de souverain, et en outre ces prééminences par rapport au Roi et aux autres souverains qui sont fixées par les coutumes. Les cardinaux, de la sainte Église romaine conserveront le titre de prince et les honneurs correspondans. Ils sont irresponsables pour les actes qu’ils accomplissent en qualité de conseillers du Souverain Pontife.

2° Il sera assigné au Souverain Pontife une quantité de biens immobiliers et mobiliers tels qu’ils fournissent une rente de... à lui-même, et de... au Sacré Collège. Appartiendront aussi au Souverain Pontife le Vatican et quelques autres palais. Ces lieux seront considérés comme non sujets à la juridiction de l’État.

3° Est établi le principe de la liberté et indépendance de l’Église et de l’État, et conséquemment :

a) Le Souverain Pontife conserve en tout cas ses nonciatures à l’extérieur, et il envoie des légations inviolables même en cas de guerre ;

b) Il exerce en toute forme canonique son pouvoir législatif, judiciaire et exécutif ;

c) Il a libre communication avec tous les évêques et fidèles, et réciproquement, sans ingérence gouvernementale ;

d) Il convoque et célèbre à son gré toute espèce de conciles et de synodes ;

e) Les évêques dans leurs diocèses et les curés dans leurs paroisses sont également indépendans de toute ingérence gouvernementale dans l’exercice de leur ministère et dans l’administration des sacremens ;

f) Sont libres la prédication, la presse, l’association et l’enseignement ecclésiastique, pourvu qu’ils n’offensent pas l’ordre public.

4° L’État, respectant la liberté, ne lui prête en aucun cas le bras séculier pour l’exercice de ses droits spirituels. Dans les rapports temporels le clergé, comme être moral, et les individus qui en font partie, sont soumis aux lois générales de l’État comme tout autre citoyen. L’État ne reconnaît la personnalité civile d’aucune corporation religieuse.

5° La nomination des évêques sera faite par un système électif dans des formes à combiner. L’État renonce à tout droit sur cette matière, sauf un veto dans les cas graves. L’État abandonne à l’Église la nomination des chanoines et des curés, qui jusqu’ici avait appartenu au gouvernement.

6° Il sera assigné dans le royaume d’Italie telle quantité de biens immobiliers et mobiliers qui suffira à l’entretien et au décorum de l’épiscopat, des chapitres, des cathédrales, des séminaires et du clergé ayant charge d’âmes.

Les diocèses se calculeront sur le nombre de quatre-vingts. Ces biens une fois fixés, ils paieront les taxes publiques, mais ils dépendront uniquement du clergé sans aucune espèce de contrôle gouvernemental.

La quantité des biens, pour la partie qui consiste en immeubles, ne pourra être augmentée sans l’assentiment du gouvernement.

En outre, le gouvernement paiera une pension viagère aux membres des corporations dissoutes.

7° Toute loi, tout concordat, coutume ou privilège, tant de l’État que de l’Église, contraire aux principes ci-dessus posés, est tenu pour aboli.

8° Les présens chapitres, signés du secrétaire d’État de Sa Sainteté le Souverain Pontife et du ministre des Affaires étrangères de Sa Majesté le Roi, seront soumis au Parlement italien ; ensuite, après avoir reçu la sanction du Souverain Pontife et du Roi, non seulement ils formeront loi, mais ils feront partie du Statut fondamental du royaume, et ils seront en outre considérés comme un traité bilatéral.

Immédiatement après, le gouvernement de Sa Majesté prendra possession formelle des États pontificaux. Une commission de six personnages, choisis trois par chaque partie, se réunira à Rome pour déterminer dans le plus bref délai possible les applications, et pour résoudre les différends qui se rapporteraient à la présente convention.


La lettre qui accompagne le projet, et qui l’illustre, comme on dit, qui l’éclairé et le met en son vrai jour, cette lettre en dégage, en accuse la signification. La formule elle-même : Libera Chiesa in libero Stato n’y revient pas moins de trois fois, et, à chaque fois, elle se resserre, elle se précise. « L’Italie est la terre où la liberté produirait les effets les plus favorables aux intérêts de l’Eglise, le champ destiné par la Providence à l’application du principe : Libera Chiesa in libero Stato. » Puis, crescendo, à la page suivante : « Le système le meilleur, celui qui est le plus conforme à la dignité des parties et au but sublime qu’elles se proposent d’atteindre, serait certainement de présenter directement au Pontife, sinon tous les articles ci-après formulés, au moins le principe dont ils sont inspirés, et qui se résume dans la maxime : Libera Chiesa in libero Stato. » L’Italie,... les circonstances que traverse l’Italie,... là-dessus est tendue la pensée de Cavour, et il la livre presque, ou, s’il ne la livre pas, il la laisse voir et en quelque sorte toucher dans ces deux ou trois phrases.


Il n’y a qu’un moyen de fonder sur des bases solides l’indépendance complète et effective de la papauté et de l’Église : c’est de renoncer au pouvoir temporel et de déclarer avec l’Évangile que le royaume du Saint-Siège n’est pas circonscrit par des conditions de temps ni d’espace. Pareillement, il n’y a qu’un gouvernement, celui du roi Victor-Emmanuel, qui puisse et veuille se faire l’instrument de cette glorieuse transformation de la papauté Les autres gouvernemens européens n’accorderont jamais à l’Église cette complète liberté d’action à laquelle elle a droit : n’ayant aucune compensation à lui demander, aucun avantage à retirer de cet acte de justice, ils ne consentiront jamais à renoncer à des privilèges dont ils se sont montrés jusqu’à présent de très jaloux défenseurs. Le roi Victor-Emmanuel, au contraire, se ferait gloire d’inaugurer le premier, de Rome, le système de la complète indépendance de l’Église ; et c’est seulement quand il en aurait donné l’exemple, que les autres princes seraient contraints par l’opinion publique à s’abstraire de toute préoccupation égoïste, et à laisser à l’Église cet empire de l’âme qui appartient à l’Église.


Cette fois, c’est clair, c’est catégorique, et cela signifie : Saint-Père, donnez-nous Rome, et nous, nous donnerons à l’Eglise la liberté ; ce qui apprendra aux autres à la lui -donner.


IV

Voilà donc, en ses nuances, en sa gradation, la pensée de Cavour : il veut ardemment Rome capitale ; il veut, ou plutôt il désire sincèrement, ou plutôt même il accepte loyalement l’Eglise libre, mais à ce prix et à ce seul prix : l’Italie dans Rome, Rome à l’Italie. Sur le premier point, aucun doute, personne ne l’a jamais contesté ; mais, pour ce qui touche la liberté de l’Eglise, on a laissé percer des doutes sur la sincérité de Cavour. On a laissé entendre qu’il n’aimait la liberté de l’Eglise que pour Rome capitale et qu’il ne l’aimait point pour elle-même ; ou qu’il ne l’aimait, ainsi que nous l’avons dit, que comme un moyen, parce qu’il voulait Rome capitale et la poursuivait comme une fin. En 1871, lors de la discussion de cette Loi des garanties pontificales où venait se consolider, se cristalliser en quelque sorte, et presque dans les formes qu’il lui avait données, la pensée de Cavour, on a disserté longuement là- dessus[31]. Un juriste des plus distingués, M. Guido Padelletti, écrivait, en 1875 encore, dans la Nuova Antologia : « Nous pouvons légitimement nous demander si la promesse faite d’accorder à l’Église dans tous les cas la plus ample liberté, même quand la Curie lui aurait opposé un refus obstiné[32], pouvait lui, paraître (à Cavour) vraiment sincère et réalisable... Probablement a-t-il voulu montrer ainsi qu’il tenait toujours une voie ouverte vers la conciliation de la Curie avec le royaume d’Italie, mais il n’a sûrement pas entendu abandonner pour cela l’idée qui a animé toutes les négociations avec Rome. Cette idée était que l’Etat doit tenir bien serrées en ses mains ces vieilles armes juridictionnelles (nous dirions en France ces vieilles armes des légistes), rouillées et inutiles à son avis, mais riches encore d’une très haute valeur intrinsèque, si elles avaient pu servir comme de contre-partie (corrispettivo] et d’échange dans le traité qu’il se proposait de conclure avec l’Église... La liberté de l’Église aurait continué à être dans ses mains un moyen politique et diplomatique, elle n’aurait jamais eu pour lui valeur et dignité de fin. Ne nous laissons pas tromper, comme la plupart de ses admirateurs, par les splendides paroles avec lesquelles il exposa et recommanda la liberté de l’Église au Parlement et ailleurs. De sa bonne foi à les prononcer, il n’est permis à personne de douter ; elles répondaient par surcroît aux réminiscences théoriques de sa jeunesse, et à la confiance, démontrée vaine désormais, que les tendances du siècle étaient conformes à la solution par lui proposée. Mais il n’en est pas moins vrai que ces considérations tinrent, dans les desseins de Cavour, une place très secondaire. C’était comme le pavillon destiné à couvrir la marchandise. » L’année précédente déjà, dans la même revue, la Nuova Antologia, M. Padelletti avait pris à témoin « quiconque connaissait l’esprit éminemment pratique du comte de Cavour et la genèse de sa célèbre formule, » de ce qu’elle n’avait été et n’avait pu être dans sa pensée qu’une arme politique[33]. Et il y insistait si fort que le confident, le conseiller de Cavour, son unique conseiller pour les affaires romaines, l’illustre Marco Minghetti, croyait devoir intervenir pour rectifier : « Qu’en énonçant cette formule, Cavour considérât aussi les circonstances où se trouvait l’Italie et l’opinion publique de l’Europe qui nous accusait de vouloir faire de la Papauté l’esclave et l’instrument du nouveau royaume, j’en conviens ; mais, outre ces raisons spéciales et diplomatiques, pour employer les expressions de M. Padelletti, il y avait encore chez le comte de Cavour l’intime conviction que le système juridictionnel ne convenait plus aux temps modernes, et que seule la liberté aurait pu résoudre le difficile problème[34]. » Le système juridictionnel, les précautions, les restrictions, et les constructions des légistes, s’il faut en juger par ce qu’il en a dit, il semble en effet que Cavour les ait eus en petite estime. Dans toute leur correspondance, ils font chorus, Pantaleoni et lui, sur le régime des concordats, qu’ils voient à travers les stipulations des concordats sardes et siciliens, et qu’ils accablent : « l’infausta ma dei Concordati,... quella pessima instituzione dei Concordati ; la voie malheureuse des concordats, cette détestable institution des concordats, » s’écrie Pantaleoni, « ces chaînes qui nous enlèvent à nous-mêmes la liberté des réformes, et enlèvent à l’Église la liberté de s’organiser et d’agir à sa guise ; ce misérable bagage de réserves juridictionnelles incompatibles avec un vrai régime de liberté, qui sont une contradiction et une honte pour nous autres vrais amis de la liberté, pour nous qui voulons notre liberté entière et par conséquent devons la laisser entière aux croyances, en proclamant hardiment la liberté de l’Église dans l’État libre. » Et il prie, il conjure, il crie vers Cavour, qui répond froidement :


Il est à prévoir que les négociateurs pontificaux chercheront à attirer les négociateurs sardes sur le terrain des questions religieuses, et voudront changer l’accord proposé de manière à en faire un de ces concordats vieillis, où, bien loin de stipuler l’indépendance réciproque de l’État et de l’Église, l’Église et l’État usurpent réciproquement l’un le domaine de l’autre. Les négociateurs pour Sa Majesté auront donc présent que, quelle que soit la méthode suivie pour ouvrir et conduire les négociations, le résultat auquel ils doivent tendre est indivisible, et que le gouvernement du Roi ne fera jamais aucune concession à l’Église sur le terrain spirituel, si elle ne renonce pas absolument à tout domaine temporel. Il ne s’agit pas en effet de composer quelques dissidences existantes dans les rapports actuels de l’Église et de l’État, mais de changer tout à fait la base même de ces rapports et de substituer à l’antagonisme et à la lutte, qui depuis trois ou quatre siècles existent entre la société civile et la société religieuse, un système harmonique d’indépendance réciproque et de mutuelle liberté[35].


C’est entendu : point de concordat ; mais ce que Cavour et Pantaleoni détestent dans les concordats, n’est-ce pas l’immixtion, l’invasion, d’un domaine par l’autre ; ne sont-ce pas les empiétemens réciproques, et funestes aux deux parties, du temporel sur le spirituel et du spirituel sur le temporel ; non pas les concordats en eux-mêmes, les Concordats en tant que traités entre l’Église et l’État ? La preuve en est que Cavour, au nom de l’État italien naissant, traite ou essaye de traiter avec l’Église, par l’intermédiaire de Pantaleoni ; si leurs propositions sont agréées, si l’on signe, ce ne sera pas, puisqu’ils ne veulent pas que c’en soit un, un Concordat ; mais cependant, vingt ans après, ayant à qualifier ce projet, on le qualifiera de concordat[36], tellement on lui trouvera, au moins dans la forme, de ressemblance avec les concordats condamnés ; et quant au fond, ce sera la séparation que Cavour et Pantaleoni auront voulu faire, mais ils ont voulu la faire par traité, et pour Rome, mais dans la liberté. Pantaleoni n’a jamais cessé de rêver d’une réforme apportant à l’Eglise un renouveau, et Cavour, qui ne rêvait pas, qui n’en avait ni le temps ni le goût, et qui d’ailleurs n’avait point charge des intérêts et des destinées de l’Eglise, Cavour lui-même abordait la séparation dans un esprit non seulement sans hostilité, mais libéral, et plus que libéral, favorable, — dans un esprit hautement et largement chrétien. Un des hommes qui l’ont le mieux connu, qui ont vécu le plus près de lui, le mari de sa nièce préférée, le marquis Carlo Alfieri di Sostegno, n’hésitait pas à s’en porter garant :


Un jugement bien superficiel ou la mauvaise foi, remarque le marquis Alfieri dans des notes qu’il nous a laissées, peuvent seuls confondre le comte de Cavour avec les ennemis de toute religion, et en particulier du catholicisme. Sa pensée était, au contraire, de rendre au sentiment religieux, au moyen de la liberté la plus étendue, — comme elle est aux États-Unis, si cela eût été possible, — cette puissance moralisatrice sur les âmes qui a permis au christianisme de conquérir les peuples.

Le comte de Cavour voulait le libre exercice de l’autorité spirituelle de l’Église. Le grand libéral qu’il était, toujours en quête d’armes défensives contre le despotisme,... aspirait à rajeunir la résistance morale la plus formidable que nous montre l’histoire à l’encontre des pouvoirs humains, celle qui trouve jusque dans le sang des martyrs la source du triomphe définitif !...


Ainsi la pensée de Cavour, c’est d’abord de se faire donner Rome par l’Église, mais c’est ensuite, ou en même temps, de donner à l’Eglise la liberté, en souhaitant qu’elle en use pour le bien, pour la force, pour le développement, le rayonnement, l’épanouissement de la religion catholique en Italie et dans le monde


V

Cette pensée emplit jusqu’à la dernière heure, qui était proche, les derniers jours du fondateur de l’unité italienne. Dès le début de sa maladie, le comte de Cavour avait recommandé au domestique qui le soignait d’appeler, lorsqu’il en serait temps, le frère Giacomo. Le mercredi 5 juin (on se rappelle que les discours au Parlement étaient de la fin de mars et du commencement d’avril), les médecins déclarèrent qu’il était temps. Le frère Giacomo resta une demi-heure dans la chambre du mourant. Après qu’il en fut sorti, Cavour manda Farini et lui dit : « Ma nièce (la marquise Alfieri) m’a fait appeler le Père Giacomo : Je dois me préparer au grand pas de l’éternité. Je me suis confessé et j’ai reçu l’absolution ; plus tard je communierai. Je veux que l’on sache, je veux que le bon peuple de Turin sache que je meurs en bon chrétien. Je suis tranquille, je n’ai jamais fait de mai à personne. » Quand le viatique lui fut administré, la foule triste et silencieuse se pressait autour de la maison. Le matin du 6 juin, le pieux frère accourut adoucir l’agonie du grand homme par les suprêmes consolations de la religion. Le mourant le reconnut et, lui serrant la main, lui dit : Frate, libera Chiesa in libero Stato ; « Mon frère, l’Eglise libre dans l’Etat libre ! » Ce furent ses dernières paroles. A six heures trois quarts du matin, il rendit le dernier soupir[37].

Sur les lèvres déjà à demi fermées d’un si grand homme, en un si grand moment, une si grande parole est évidemment beaucoup plus qu’une formule d’algèbre politique, qu’une maxime dans un discours : c’est l’expression en quelque sorte incoercible de l’idée et de la volonté subconscientes : c’est comme, la hantise, l’obsession, comme la respiration déjà haletante, comme le souffle, déjà étouffé et râlant, d’un grand dessein ; c’en est, aux portes de l’histoire, comme l’affirmation déjà historique. « Mon Père, mon Père ! l’Eglise libre dans l’Etat libre ! » — Si haut qu’ils fassent sonner l’exemple de Cavour, et quelque soin qu’ils se donnent de se couvrir de son autorité, lequel de nos séparatistes français, — non pas même M, Combes, qui fut premier ministre, — oserait prendre à son compte, avec un tel sens, une telle parole, se vanter d’avoir formé un tel dessein, et se promettre de faire une telle fin ?


CHARLES BENOIST.

  1. Discorsi pronunziati nella Camera dei deputati ai 23 e 27 marzo 1861 in occasione della discussione sulle interpellanze del deputato Audinot al Ministero intorno alla questione di Roma. Seconde discorso (27 marzo). — Discorsi parlamentari del conte Camillo di Cavour raccolti e pubblicati per ordine della Camera dei deputati. Roma, Botta, 1872 ; t. XI, p. 346-348.
  2. Ordre du jour de M. Bon-Compagni, amendé par M. Regnoli : « La Chamore, après avoir entendu les déclarations du Ministère, confiante qu’en assurant la dignité, l’honneur et l’indépendance du Pontife et la pleine liberté de l’Église, aura lieu de concert avec la France l’application du principe de non-intervention, et que Rome, capitale acclamée par l’opinion nationale, sera réunie à l’Italie, passe à l’ordre du jour. » M. Bon-Compagni avait écrit : « sera rendue, resa ». M. Regnoli substitua à ce mot le mot : « congiunta, réunie. » Discorsi di Cavour, XI. 337, 349.
  3. Voici le passage du discours du 9 avril 1861 auquel Montalembert fait allusion : « Je suis d’avis, dit Cavour au Sénat, que beaucoup et beaucoup de membres du clergé français désirent ardemment voir s’accomplir, se réaliser le programme qui, dans les premiers temps qui suivirent 1830, avait été publié par l’illustre abbé Lamennais et par ses amis le Père Lacordaire et le comte de Montalembert. » — Discorsi pronunziati nei Senato del Regno il 9 aprile 1861 in occasione della discussione sulle interpellanze del senatore Vacca intorno alle cose di Roma. Primo discorso. — Discorsi parlamentari del conte Camillo di Cavour, XI, 358.
  4. Deuxième lettre à M. le comte de Cavour, président du Conseil des ministres, à Turin, par le comte de Montalembert, l’un des quarante de l’Académie française. Paris, Lecoffre, 1861. — Il existe, à la Bibliothèque de la Chambre des députés, un très curieux recueil, en vingt-deux volumes, des principales pièces publiées sur la question romaine (Ba 399, 400 et 400).
  5. L’idea italiana nella soppressione del potere temporale dei Papi, per Diomede Pantaleoni, con documenti inediti, 1 vol. pet. in-8° ; Turin, Lœscher, 1884, p. 170. — Cf. Storia documentata della diplomazia europea in Italia dall’ anno 1814 air anno 1861, per Nicomede Bianchi, vol. VIII (année 1859-1861) ; in-8°, Unione tipografico-editrice torinese, 1872. Chap. VIII, IV, p. 405.
  6. Discorsi parlamentari, XI, 261.
  7. Ibid., p. 261-262.
  8. Storia documentata della diplomazia europea in Italia, t. VIII, p. 411.
  9. Cf. Lettre de Cavour à Pantaleoni, du 18 avril 1859. Il semble, d’après cette lettre, que ce soit D’Azeglio qui ait suggéré à Cavour l’idée de se faire accompagner au congrès par le docteur Pantaleoni. — L’Idea italiana... Documenti, I, p. 155.
  10. Proposizioni preparate per un Congresso europeo sulla questione romana ed al quale Cavour voleva che il Pantaleoni accedesse. — Ibid., Documenti, II, p. 156.
  11. Risposta Pantaleoni alla lettera di Cavour, 18 octobre -1860. — L’Idea italiana. Documenti, IV, p. 161, 163.
  12. Queste proposizioni toccano l’apice delle ecclesiastiche libertà...
  13. Nel maneggio delle bisogna del temporale. Les mots, dans une négociation menée par Cavour, ont une importance telle que j’ai cru devoir traduire littéralement tous ces textes, dût l’élégance ou même la correction du français en souffrir. — Memorandum presentato al cardinale Santucci, verso 11, 13 dicembre 1860. — Voyez l’idea ilaliana nella soppressione del potere temporale dei Papi, Documenti, IX, p. 173-186, et particulièrement p. 182-183.
  14. L’Idea italiana, Documenti VIII, Lettera del Cavour, 28 novembre 1860, replica alle proposte Pantaleoni, p. 166-167.
  15. Ibid., Documenti, X. Teccio trasmette un telegramma di Cavour, 20 décembre 1860.
  16. Ibid., Documenti, XI, Lettera di Cavour, 27 décembre 1860, p. 188.
  17. Ibid., Documenti, VIII, 28 novembre 1860, p. 167.
  18. L’Idea ilaliana, Documenti, XI, 27 décembre 1860, p. 188.
  19. Ibid., Documenti, XII, 12 janvier 1861, p. 189. En français, dans l’original.
  20. Ibid., Documenti, XIV. Telegramma di Cavour, 27 janvier 1861, p. 190.
  21. Ibid., Documenti, XV. Telegramma di Cavour, 29 janvier 1861, p. 191.
  22. L’Idea ilaliana, Documenti, XVII. Telegramma di Cavour, 31 janvier 1861, p. 192. Les lettres, si impatiemment attendues, n’apportèrent qu’une déception, car l’entrevue, projetée pour-, le 18, entre le cardinal Antonelli et le P, Passaglia, n’avait pas eu lieu.
  23. Ibid., Documenti, XVII. Telegramma di Cavour, 31 janvier 1861, p. 192.
  24. Ibid., Documenti. XIII bis. Lettera di Cavour, 24 janvier 1861, p. 190. (Le texte porte 1860, mais c’est une faute d’impression évidente.)
  25. Ibid., Documenti, XVIII. Telegramma di Cavour, sans date, mais des premiers jours de février 1861, p. 193.
  26. L’Idea italiana, Documenti, XXIII. Lettera dcl conte Cavour, 11 février 1861, p. 196.
  27. Et cependant peut-être « y avait-il quelque chose, » car le comte de Cavour s’en explique bien longuement, dans sa lettre à Pantaleoni, du 22 mars 1861, où il abonde en détails sur Omero Bonzino, avec lequel il dit avoir eu une entrevue, où il l’avait chargé « de faire connaître à Rome ses intentions, soit pour traiter au moment opportun, soit par rapport au cardinal Antonelli. » — L’idea italiana, Documenti, XXXV, p. 206. — Une de ces initiatives, parfaitement désintéressées, mais désagréables à Pantaleoni, fut celle du professeur Carlo Matteucci, qu’il ne faut pas confondre avec le governatore di Roma, préfet de la police pontificale, Mgr Matteucci. Voyez la dépêche chiffrée de Cavour à Pantaleoni (transmise par Teccio) du 20 février 1861, et l’Extrait d’une lettre de Pantaleoni au professeur Carlo Matteucci. L’idea italiana, Documenti, XXIV, p. 196 et XXXVI, p. 207.
  28. Ibid., Documenti, XXXIII, Lettera 10 marzo 1860. Pantaleoni al conte Cavour, p. 202.
  29. L’Idea italiana, Documenti. XXXIV, Cavour à Pantaleoni, 22 mars 1861, p. 204.
  30. Ibid., XXXV, p. 205-206.
  31. Francesco Scaduto, Guarentigie pontificie e relazioni fra Stato e Chiesa, Lœscher, 1884.
  32. Voyez le discours de Cavour à la Chambre piémontaise, du 25 mars 1861, Discorsi parlamentari del conte di Cavour, t. XI, p. 314.
  33. Guido Padelletti, Scritti di diritto publico, 1880, Florence, Pellas ; reproduisant entre autres deux articles de la Nuova Antologia de janvier 1874 et juillet 1875.
  34. Minghetti, Stato e Chiesa, 1878. Milan, Hœpli (1re édition, p. 68, note 3). Traduit en français sous le titre : l’État et l’Église. Alcan.
  35. Nicomede Bianchi, Storia documentata della diplomazia europea in Italia, t. VIII, p. 426. -
  36. Francesco Scaduto, Guarentigie pontificie.
  37. Giuseppe Massari, Il Conte di Cavour, ricordi biografici, 2e édition, 1873, p. 434.