La Doctrine du fascisme/15

Traduction par Charles Belin.
Vallecchi (p. 26-28).


2. Développement


Les années qui précédèrent la marche sur Rome furent des années pendant lesquelles les nécessités de l’action ne permettaient ni des recherches, ni des élaborations doctrinales complètes. On bataillait dans les villes et dans les villages. On discutait, mais — ce qui était plus sacré et plus important — on mourait. On savait mourir. La doctrine — toute faite, divisée en chapitres et en paragraphes avec assaisonnement d’élucubrations — pouvait manquer ; mais, pour y suppléer, il y avait quelque chose de plus décisif : la foi. Toutefois, ceux dont la mémoire puise dans les livres, les articles, les votes des Congrès, les discours grands et petits, ceux qui savent chercher et choisir verront que les fondements de la doctrine furent jetés alors que la bataille faisait rage. C’est précisément au cours de ces années que la pensée fasciste s’arme, s’affine, s’organise. Les problèmes de l’individu et de l’État, les problèmes de l’autorité et de la liberté, les problèmes politiques et sociaux et ceux plus spécifiquement nationaux, la lutte contre les doctrines libérales, démocratiques, socialistes, maçonniques, contre celles du parti catholique populaire, furent menés en même temps que « les expéditions punitives ». Mais, comme le « système » manquait, les adversaires du fascisme lui nièrent, en mauvaise foi, toute capacité de doctrine, alors que la doctrine naissait, tumultueusement il est vrai, tout d’abord sous l’aspect d’une négation violente et dogmatique — comme il arrive pour toutes les idées qui commencent, — puis sous l’aspect positif d’une construction, qui trouvait, successivement au cours des années 1926–27 et 28, sa réalisation dans les lois et dans les institutions du Régime.

Le fascisme est aujourd’hui individualisé, non seulement comme régime, mais aussi comme doctrine. Ce mot doit être interprété dans le sens qu’aujourd’hui le fascisme exerce sa critique sur lui-même et sur les autres, à son point de vue propre et distinct quant aux principes — et par conséquent quant à ses directives —, pour tous les peuples du monde.