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La Demande

Paul Ollendorff (p. 7-52).



La Demande


COMÉDIE EN UN ACTE


Représentée pour la première fois à Paris, sur la scène du Théâtre national

de l’Odéon, le 9 novembre 1895.


JULES RENARD & GEORGES DOGQUOIS


La Demande


COMÉDIE EN UN ACTE


PARIS


PAUL OLLENDORFF, ÉDITEUR


28 bis, RUE DE RICHELIEU, 28 bis


1896


Tous droits de reproduction, de traduction et de représentation réservés pour tous les pays, y compris la Suède et la Norvège.


PERSONNAGES


RÉPIN ………… MM. Montbars.

GAILLARDON ………… Darras.

MALAHIEUDE ………… Paumier.

MADAME RÉPIN ………… Mmes Raucourt.

HENRIETTE ………… Grumbach.

MARIE ………… Marsa.

AUGUSTINE ………… Danzas.



Pour la mise en scène, s’adresser à M. Foucault, Régisseur général au théâtre de l’Odéon.



LA DEMANDE
[1]





La salle principale d’une ferme. — Au fond, une large porte (milieu gauche) et une grande fenêtre (milieu droite) ouvertes sur la cour de la ferme. — Vue d’étables, écuries, champs. — En pan coupé, au fond, droite, porte vitrée de la cuisine. — À gauche, premier plan, porte de la chambre des Répin. — À droite, deuxième plan, porte de celle des filles. — Un bahut à droite, premier plan. — Une grande table, également à droite, premier plan, chaises, etc., etc..




SCÈNE PREMIÈRE
RÉPIN, GAILLARDON, MADAME RÉPIN, — puis AUGUSTINE.
Répin et Gaillardon, assis à la table, prennent le vermouth.

GAILLARDON, le chapeau sur la tête, un verre dans une main, sa pipe dans l’autre.

Oui, c’est un vermouth agréable.


RÉPIN, vernis de régisseur.

C’est que je n’aime guère boire que de bonnes choses, voyez-vous… Et alors, là, c’est par hasard que vous vous êtes trouvé à passer devant la ferme, ce matin ?


GAILLARDON, parisien deux jours par mois pour vendre ses bœufs.

Par hasard, oui… Vous savez que, chaque dimanche, j’ai l’habitude de faire la partie de cartes avec Jean Louvet ?


RÉPIN.

Oui.


GAILLARDON.

Mais le gaillard se marie.


MADAME RÉPIN, parler lent.

Avec qui donc ?


GAILLARDON.

Avec la fille au fermier Patu. Oh ! c’est bien assorti.


MADAME RÉPIN.

Et vous, m’sieu Gaillardon, ça ne vous tente point ?


GAILLARDON.

Quoi ? Ah ! de me marier ? Eh ! on y pense, madame Répin, on y pense. (Il boit.) Oui, on y pense.


RÉPIN.

Vous vous promenez tout seul, alors, ce matin ?


GAILLARDON.

Oui, et, même, en venant de votre côté, j’ai rencontré vos deux demoiselles sur le chemin de la messe.


MADAME RÉPIN.

Elles vous ont vu ?


GAILLARDON.

Oui donc ! qu’elles m’ont vu. Je les ai arrêtées et je leur ai dit : « Mesdemoiselles, ça vous va ? » Et elles m’ont répondu, bien honnêtement : « Très bien, pas mal, merci, monsieur Gaillardon, et vous ? »… C’est même ce qui m’a donné l’idée de pousser jusqu’ici, parce que je me suis mis à repenser à la petite taure ; vous savez, m’sieu Répin ?


RÉPIN.

Ah ! oui, la borgne…


GAILLARDON.

Juste ! Eh bien, vous vous rappelez le prix que je vous en ai offert, il y a quelque temps ?


RÉPIN.

Et vous vous rappelez ce que je vous ai répondu ?


GAILLARDON.

Oh ! à ce prix-là, bien sûr, elle est trop chère.


RÉPIN.

Je l’aurais nourrie depuis le printemps, et j’aurais couru des risques pour ne rien gagner dessus ?


MADAME RÉPIN.

Ça serait vraiment trop triste.


GAILLARDON.

Pourtant, je vous assure…


RÉPIN, se levant.

Non, tenez, venez revoir la bête.


GAILLARDON, vidant son verre et se levant aussi.

D’accord. Entre gens de conscience, on s’entend toujours, n’est-ce pas ? Il rejoint Répin qui se dirige vers la sortie.


RÉPIN, sur le seuil, pariant dans la cour.

Qu’est-ce qu’il y a ?


AUGUSTINE, paraissant, venant de gauche.

Not’maître, c’est Arthur qui ramène la grise qui vient de s’abîmer le genou.


RÉPIN.

Crédié ! une si belle jument ! Il disparaît, suivi de Gaillardon.



SCÈNE II


MADAME RÉPIN, AUGUSTINE, puis HENRIETTE

et MARIE.



MADAME RÉPIN, à Augustine qui est entrée.

Comment que c’est arrivé, ce malheur-là ?


AUGUSTINE

Je ne le sais point. C’est au retourner de l’abreuvoir, qu’m’a dit Arthur. La grise aura butté.


MADAME RÉPIN.

C’est-il grave ?


AUGUSTINE

Je ne le sais point. C’est Arthur qui m’a dit que ça ne serait peut-être pas une grande affaire. Page:Renard Docquois - La demande.djvu/16 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/17 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/18 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/19 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/20 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/21 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/22 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/23 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/24 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/25 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/26 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/27 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/28 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/29 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/30 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/31 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/32 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/33 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/34 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/35 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/36 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/37 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/38 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/39 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/40 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/41 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/42 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/43 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/44 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/45 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/46 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/47 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/48 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/49 Page:Renard Docquois - La demande.djvu/50


MARIE.

Oui, mais, au moins, on pourra m’accorder que si je me suis mariée avant toi, je ne l’ai pas fait exprès.


RÉPIN.

C’est bon, c’est bon, point tant de giries !… Tu t’en moques, toi, maintenant qu’on t’a donné ce qu’il te faut. Mais Henriette n’attendra pas longtemps, marche. Je vais lui en trouver un en ne tardant guère, et un crâne encore, n’est-ce pas, mon Henriette ?

Il frappe amicalement de petits coups sur l’épaule et la joue de son Henriette.

HENRIETTE, essuyant ses yeux, contenant sa grosse peine.

Mais oui, mais oui, va, papa…


GAILLARDON.

Ah ! pour ça, mon cher papa, je suis votre homme. J’ai justement un camarade qui en cherche une. Elle va joliment bien faire son affaire !


Rideau


Imprimerie Générale de Châtillon-sur-Seine. — Pichat et Pepin.
  1. D’après La Demande, nouvelle de Sourires Pincés, par Jules Renard. — Paul Ollendorff, éditeur.