La Comédie de la Mort (1838)/Le Trou du Serpent

La Comédie de la MortDesessart éditeur (p. 171-172).


LE TROU DU SERPENT.



Au long des murs, quand le soleil y donne,
Pour réchauffer mon vieux sang engourdi ;
Avec les chiens, auprès du lazarrone,
Je vais m’étendre à l’heure de midi.

 
Je reste là sans rêve et sans pensée,
Comme un prodigue à son dernier écu,
Devant ma vie, aux trois quarts dépensée,
Déjà vieillard et n’ayant pas vécu.


Je n’aime rien parce que rien ne m’aime,
Mon âme usée abandonne mon corps,
Je porte en moi le tombeau de moi-même,
Et suis plus mort que ne sont bien des morts.


Quand le soleil s’est caché sous la nue,
Devers mon trou, je me traîne en rampant,
Et jusqu’au fond de ma peine inconnue,
Je me retire aussi froid qu’un serpent.