La Comédie de la Mort (1838)/Le Nuage

La Comédie de la MortDesessart éditeur (p. 85-86).


LE NUAGE.


Dans son jardin la sultane se baigne,
Elle a quitté son dernier vêtement ;
Et délivrés des morsures du peigne
Ses grands cheveux baisent son dos charmant.



Par son vitrail le sultan la regarde,
Et caressant sa barbe avec sa main,
Il dit : « L’eunuque en sa tour fait la garde,
Et nul, hors moi, ne la voit dans son bain.


« — Moi, je la vois, lui répond, chose étrange !
Sur l’arc du ciel un nuage accoudé ;
Je vois son sein vermeil comme l’orange
Et son beau corps de perles inondé. »


Ahmed devint blême comme la lune,
Prit son kandjar au manche ciselé,
Et poignarda sa favorite brune…
Quant au nuage, il s’était envolé !