La Cité de Carcassonne/éd. 1888/Intérieur de la cité

Librairie des imprimeries réunies (p. 82-85).


INTÉRIEUR DE LA CITÉ.


Il n’existe plus, dans l’intérieur de la cité, que quelques débris des maisons anciennes et trois puits. L’un large, avec belle margelle surmontée de trois piliers, margelle et piliers qui datent du xive siècle. Ce puits a été creusé dans le roc dès une époque très-ancienne et est comblé aujourd’hui ; l’autre, beaucoup plus étroit, dont la margelle date du xve siècle, le troisième, dans le cloître de Saint-Nazaire. Il devait exister des citernes dans la cité, car ces trois puits et ceux établis dans quelques-unes des tours, ainsi qu’on l’a vu, ne pouvaient suffire aux besoins de la garnison et des habitants. Une seule de ces citernes a été découverte par nous ; elle est creusée sous la montée de la porte de l’Aude, entre les deux enceintes. On y descend par un escalier, pratiqué dans l’épaisseur du mur de la première enceinte, et on pouvait puiser l’eau qu’elle contenait par un regard avec margelle que l’on voit le long de ce mur en montant à la porte de l’Aude. Cette citerne est aujourd’hui comblée en partie : elle devait être alimentée par les eaux de pluies recueillies entre la porte de l’Aude et le cloître de Saint-Nazaire, et peut-être par une source qui aujourd’hui ne donne que très-peu d’eau.

On voit encore, accolés aux remparts intérieurs, des logis qui ont été élevés en même temps que les défenses et qui étaient probablement destinés à contenir des postes et des commandants supérieurs. Ces restes sont apparents : à la porte Narbonnaise, face intérieure de gauche, derrière les tours nos 51, 52, 48 et 44, à l’intérieur de la porte de l’Aude et derrière la tour no 25.

Une petite église existait le long des murailles, près de la porte Narbonnaise ; c’était l’église de Saint-Sernin, dont la tour no 53 formait l’abside. Au xve siècle, une fenêtre à meneaux fut ouverte dans cette abside, à travers la maçonnerie visigothe. L’église fut démolie pendant le dernier siècle ; elle était de construction romane.

Cette description sommaire de la cité de Carcassonne peut faire comprendre l’importance de ces restes, l’intérêt qu’ils présentent et combien il importait de ne pas les laisser périr. L’église de Saint-Nazaire a été complètement restaurée par les soins de la Commission des monuments historiques. Ces travaux, entrepris en 1844, n’ont été terminés qu’en 1860. Toutes les tours de l’enceinte intérieure, découvertes depuis un grand nombre d’années, et particulièrement celles qui sont voûtées, avaient beaucoup souffert des intempéries de l’atmosphère. Longtemps ces ruines ont été abandonnées aux habitants de la cité, qui ne se faisaient pas faute d’enlever les matériaux des parapets et des chemins de ronde à leur portée, et de se servir des tours comme de dépôts d’immondices. La circulation, sur le chemin de ronde, était très-difficile. Sur le front sud, un grand nombre de maisons et de baraques s’adossaient aux remparts. Ces maisons, qui composent ce qu’on appelle encore aujourd’hui le quartier des Lices, sont occupées par une population pauvre de tisserands qui vivent dans des rez-de-chaussée humides, pêle-mêle avec des animaux domestiques.

Depuis 1855, des travaux de restauration, et principalement de consolidation et de couverture des tours, ont été entrepris dans la cité de Carcassonne, sous la direction supérieure de la Commission des monuments historiques.

Chaque année, depuis cette époque, des crédits sont ouverts pour restaurer les parties de l’enceinte qui souffrent le plus et qui présentent le plus d’intérêt. Déjà la plupart des tours de l’enceinte intérieure sont couvertes comme elles l’étaient jadis. Des pans de mur qui menaçaient ruine, particulièrement du côté de la porte de l’Aude, ont été remontés et consolidés, les chemins de ronde sont praticables. De son côté, l’administration de la guerre a mis quelques fonds à notre disposition, et tous les ans le Conseil général de l’Aude et la ville de Carcassonne accordent des crédits qui sont spécialement affectés aux acquisitions des maisons adossées encore aux remparts.

Bien que les crédits disponibles soient faibles chaque année, cependant le résultat obtenu est considérable et les nombreux étrangers qui visitent aujourd’hui la cité de Carcassonne peuvent se faire une idée exacte du système de défense employé dans les fortifications des diverses époques du moyen âge.

Je ne sache pas qu’il existe nulle part en Europe un ensemble aussi complet et aussi formidable de défense des vie, xiie et xiiie siècles, un sujet d’étude aussi intéressant, et une situation plus pittoresque. Tous ceux qui tiennent à nos anciens monuments, qui aiment et connaissent l’histoire de notre pays, désirent voir achever cette restauration, et déjà, dans le Midi, la cité de Carcassonne, à peine visitée autrefois, est devenue le point d’arrêt de tous les voyageurs.


Fig. 16 — Plan général de la Cité.