La Bigote (1910)

La Bigote (1908)
Société littéraire et artistique, Librairie Paul Ollendorff (p. 9-152).

Aux artistes de VOdéon, MM. BERNARD, DESFONTAINES, BACQUE, DENIS D’INÈS, STEPHEN. Mmes KERWIGH, MELLOT, BARBIERI, MARLEY, Du EYNER, BARSANGE, qui, dirigés par Antoine, ont aimé et bien joué La Bigote sans avoir le temps de se fatiguer, souvenir de gratitude amicale.

J. R.
PERSONNAGES :


MONSIEUR LEPIC, 50 ans MM. Bernard.

PAUL ROLAND, gendre, 30 ans. . Desfontaines.

FÉLIX LEPIC, 18 ans Denis d’Inès.

MONSIEUR LE CURÉ, jeune Bacqué.

JACQUES, 25 ans, petit-fils d’Honorine Stephen.

MADAME LEPIC, 42 ans Mmes Kerwich.

HENRIETTE, sa fille, 20 ans Mellot.

MADELEINE, amie d’Henriette, 16 ans Du Eyner.

MADAME BACHE, tante de Paul Roland Marley.

LA VIEILLE HONORINE Barbieri.

UNE PETITE BONNE. ....... Barsange.

LE CHIEN Minos.


Les deux actes se passent dans un village du Morvan, dont M. Lepic est le maire.





LA BIGOTE

Décor des deux actes

Grande salle. — Fenêtres à petits carreaux. — Vaste cheminée.

— Poutres au plafond. — Do tous les meubles, sauf des lits : arche, armoire, horloge, porte-fusils. — Par les fenêtres, un paysage de septembre.

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE

M. LEPIC, MADAME LEPIC, HENRIETTE, FÉLIX.

À table, fin de déjeuner. — Table oblongue, nappe de couleur, en toile des Vosges. — M. Lepic à un bout, madame Lepic à l’autre, le plus loin possible. — Le frère et la sœur au milieu, Félix plus près de son père, Henriette plus près de sa mère. — Ces dames sont en toilette de dimanche. — Silence qui montre combien tous les membres de cette famille, qui a l’air d’abord d’une famille de muets, s’ennuient quand ils sont tous là. — C’est la fin du repas. — On ne passe rien. — M. Lepic tire à lui une corbeille de fruits, se sert, et repousse la corbeille. — Les autres font de même, par rang d’âge. — Henriette essaie, à propos d’une pomme qu’elle coupe, de céder son droit d’aînesse à Félix, mais Félix préfère une pomme tout entière, — La bonne, habituée, surveille son monde. — On lui réclame une assiette, du pain, par signes. — La distraction générale est de jeter des choses au chien, qui se bourre. — Madame Lepic ne peut pas « tenir » jusqu’à la fin du repas, et elle dit à Félix, dont les yeux s’attachent au plafond :


MADAME LEPIC, à Félix.

Tu as bien déjeuné, mon grand ?


FÉLIX.

Oui, maman, mais je croyais le lièvre de papa plus gros. Hein, papa ?


M. LEPIC.

Je n’en ai peut-être tué que la moitié.


MADAME LEPIC.

Il a beaucoup réduit en cuisant.


M. LEPIC.

Hum !


MADAME LEPIC.

Pourquoi tousses-tu ?


M. LEPIC.

Parce que je ne suis pas enrhumé.


MADAME LEPIC.

Comprends pas… Qu’est-ce que tu regardes ? Les poutres. Il y en a vingt et une.


FÉLIX.

Vingt deux, maman, avec la grosse : Pourquoi l’oublier ?


MADAME LEPIC.

Ce serait dommage.


FÉLIX.

Ça ne ferait plus le compte !


MADAME LEPIC., enhardie.

Tu ne viendras pas avec nous ?


FÉLIX.

Où ça, maman ?


MADAME LEPIC.

Aux vêpres.


FÉLIX.

Aux vêpres ! À l’église ?


MADAME LEPIC.

Ça ne te ferait pas de mal. Une fois n’est pas coutume. Moi-même, j’y vais quand j’ai le temps.


FÉLIX.

Tu le trouves toujours !


MADAME LEPIC.

Pardon ! mon ménage avant tout ! l’église après !


FÉLIX.

Oh !


MADAME LEPIC.

N’est-ce pas, Henriette ? Mieux vaut maison bien tenue qu’église bien remplie.


FÉLIX.

Ne fais pas dire de blagues à ma sœur! Ça te regarde, maman ! En ce qui me regarde, moi, tu sais bien que je ne vais plus à la messe depuis l’âge de raison, ce n’est pas pour aller aux vêpres.


MADAME LEPIC.

On le regrette. Tout le monde, ce matin, me demandait de tes nouvelles, et il y avait beaucoup de monde. L’église était pleine. J’ai même cru que notre pain bénit ne suffirait pas.


FÉLIX.

Ils n’avaient donc pas mangé depuis huit jours ? Ah ! ils le dévorent, notre pain ! Prends garde !


MADAME LEPIC.

J’offre quand c’est mon tour, par politesse ! Je ne veux pas qu’on me montre au doigt ! Oh ! sois tranquille, je connais les soucis de M. Lepic, je sais quel mal il a à gagner notre argent. Je n’offre pas de la brioche, comme le château. Ah ! si nous étions millionnaires ! C’est si bon de donner !


FÉLIX.

Au curé… Tu ferais de son église un restaurant. Il y a déjà une petite buvette ! Page:Renard - La Bigote.djvu/15 Page:Renard - La Bigote.djvu/16 Page:Renard - La Bigote.djvu/17 Page:Renard - La Bigote.djvu/18 Page:Renard - La Bigote.djvu/19 Page:Renard - La Bigote.djvu/20 Page:Renard - La Bigote.djvu/21 Page:Renard - La Bigote.djvu/22 Page:Renard - La Bigote.djvu/23 Page:Renard - La Bigote.djvu/24 Page:Renard - La Bigote.djvu/25 Page:Renard - La Bigote.djvu/26 Page:Renard - La Bigote.djvu/27 Page:Renard - La Bigote.djvu/28 Page:Renard - La Bigote.djvu/29 Page:Renard - La Bigote.djvu/30 Page:Renard - La Bigote.djvu/31 Page:Renard - La Bigote.djvu/32 Page:Renard - La Bigote.djvu/33 Page:Renard - La Bigote.djvu/34 Page:Renard - La Bigote.djvu/35 Page:Renard - La Bigote.djvu/36 Page:Renard - La Bigote.djvu/37 Page:Renard - La Bigote.djvu/38 Page:Renard - La Bigote.djvu/39 Page:Renard - La Bigote.djvu/40 Page:Renard - La Bigote.djvu/41 Page:Renard - La Bigote.djvu/42 Page:Renard - La Bigote.djvu/43 Page:Renard - La Bigote.djvu/44 Page:Renard - La Bigote.djvu/45 Page:Renard - La Bigote.djvu/46 Page:Renard - La Bigote.djvu/47 Page:Renard - La Bigote.djvu/48 Page:Renard - La Bigote.djvu/49 Page:Renard - La Bigote.djvu/50 Page:Renard - La Bigote.djvu/51 Page:Renard - La Bigote.djvu/52 Page:Renard - La Bigote.djvu/53 Page:Renard - La Bigote.djvu/54 Page:Renard - La Bigote.djvu/55 Page:Renard - La Bigote.djvu/56 Page:Renard - La Bigote.djvu/57 Page:Renard - La Bigote.djvu/58 Page:Renard - La Bigote.djvu/59 Page:Renard - La Bigote.djvu/60 Page:Renard - La Bigote.djvu/61 Page:Renard - La Bigote.djvu/62 Page:Renard - La Bigote.djvu/63 Page:Renard - La Bigote.djvu/64 Page:Renard - La Bigote.djvu/65 Page:Renard - La Bigote.djvu/66 Page:Renard - La Bigote.djvu/67 Page:Renard - La Bigote.djvu/68 Page:Renard - La Bigote.djvu/69 Page:Renard - La Bigote.djvu/70 Page:Renard - La Bigote.djvu/71 Page:Renard - La Bigote.djvu/72 Page:Renard - La Bigote.djvu/73 Page:Renard - La Bigote.djvu/74 Page:Renard - La Bigote.djvu/75 Page:Renard - La Bigote.djvu/76 Page:Renard - La Bigote.djvu/77 Page:Renard - La Bigote.djvu/78 Page:Renard - La Bigote.djvu/79 Page:Renard - La Bigote.djvu/80 Page:Renard - La Bigote.djvu/81 Page:Renard - La Bigote.djvu/82 Page:Renard - La Bigote.djvu/83 Page:Renard - La Bigote.djvu/84 Page:Renard - La Bigote.djvu/85 Page:Renard - La Bigote.djvu/86 Page:Renard - La Bigote.djvu/87 Page:Renard - La Bigote.djvu/88 Page:Renard - La Bigote.djvu/89 Page:Renard - La Bigote.djvu/90 Page:Renard - La Bigote.djvu/91 Page:Renard - La Bigote.djvu/92 Page:Renard - La Bigote.djvu/93 Page:Renard - La Bigote.djvu/94 Page:Renard - La Bigote.djvu/95 Page:Renard - La Bigote.djvu/96 Page:Renard - La Bigote.djvu/97 Page:Renard - La Bigote.djvu/98 Page:Renard - La Bigote.djvu/99 Page:Renard - La Bigote.djvu/100 Page:Renard - La Bigote.djvu/101 Page:Renard - La Bigote.djvu/102 Page:Renard - La Bigote.djvu/103 Page:Renard - La Bigote.djvu/104 Page:Renard - La Bigote.djvu/105 Page:Renard - La Bigote.djvu/106 Page:Renard - La Bigote.djvu/107 Page:Renard - La Bigote.djvu/108 Page:Renard - La Bigote.djvu/109 Page:Renard - La Bigote.djvu/110 Page:Renard - La Bigote.djvu/111 Page:Renard - La Bigote.djvu/112 Page:Renard - La Bigote.djvu/113 Page:Renard - La Bigote.djvu/114 Page:Renard - La Bigote.djvu/115 Page:Renard - La Bigote.djvu/116 Page:Renard - La Bigote.djvu/117 Page:Renard - La Bigote.djvu/118 Page:Renard - La Bigote.djvu/119 Page:Renard - La Bigote.djvu/120 Page:Renard - La Bigote.djvu/121 Page:Renard - La Bigote.djvu/122 Page:Renard - La Bigote.djvu/123 Page:Renard - La Bigote.djvu/124 Page:Renard - La Bigote.djvu/125 Page:Renard - La Bigote.djvu/126 Page:Renard - La Bigote.djvu/127 Page:Renard - La Bigote.djvu/128 Page:Renard - La Bigote.djvu/129 Page:Renard - La Bigote.djvu/130 Page:Renard - La Bigote.djvu/131 Page:Renard - La Bigote.djvu/132 Page:Renard - La Bigote.djvu/133 Page:Renard - La Bigote.djvu/134 Page:Renard - La Bigote.djvu/135 Page:Renard - La Bigote.djvu/136 Page:Renard - La Bigote.djvu/137 Page:Renard - La Bigote.djvu/138 Page:Renard - La Bigote.djvu/139 Page:Renard - La Bigote.djvu/140 Page:Renard - La Bigote.djvu/141 Page:Renard - La Bigote.djvu/142 Page:Renard - La Bigote.djvu/143 Page:Renard - La Bigote.djvu/144 Page:Renard - La Bigote.djvu/145 Page:Renard - La Bigote.djvu/146 Page:Renard - La Bigote.djvu/147 Page:Renard - La Bigote.djvu/148


FÉLIX

Ça coûte trois francs !


MADAME LEPIC.

Il va de soi que la place de M. le Curé est à la table d’honneur des invités.


FÉLIX.

Il y serai


LE CURÉ.

Madame Lepic me gâte toujours ! J’ai dû, ce matin, interrompre mon jeûne pour ne pas laisser perdre ce merveilleux civet qu’elle a daigné me faire parvenir.


FÉLIX.

Ah ! oui ! Le lièvre de papa qui avait tant réduit en cuisant !


MADAME LEPIC.

M. le Curé exagère et Félix manque de tact ! Comme cadeau de retour, M. le Maire ferait bien de rétablir la subvention de la commune à M. le Curé… C’est accordé ?

M. Lepic la regarde fixement.

LE CURÉ.

Oh ! Madame Lepic, je vous en supplie, pas de politique ! Je sais que, par M. Lepic, l’argent qui se détourne de moi, va aux pauvres.


PAUL.

Pas trop longue, hein ! la messe, monsieur le Curé ?


LE CURÉ

Monsieur ! s’il vous plait ?


PAUL.

À cause de M. Lepic.


M. LEPIC.

Parlez pour vous ! Ça ne me gène pas ! Je n’irai pas !


MADAME LEPIC.

Ce jour-là, un franc-maçon saurait se tenir ! M. le Curé fera décemment les choses. Il sait son monde, comme M. Lepic, il n’a que des délicatesses et il vient de me promettre une surprise. Après la messe, mon cher Paul, dans la sacristie, il vous récitera une allocution en vers de sa composition.


TANTE BLANCHE.

Oh ! Des vers ! On va se délecter. Un mariage d’artistes !


PAUL.

Ah ! Monsieur le Curé taquine la muse ?


M. LEPIC.

Parbleu !


LE CURÉ.

Oh ! à ses heures !


FÉLIX.

Et il a le temps !


LE CURÉ.

Humble curé de campagne !… Page:Renard - La Bigote.djvu/151


FÉLIX.

Toujours comme papa !

Moment pénible, mais madame Lepic sauve la situation.



Scène XIV


MADAME LEPIC. M. Lepic va faire son petit tour de jardin. C’est son heure. Il ne se permettrait pas de fumer sa cigarette devant ces dames. Il reviendra. Il revient toujours. (Elle pousse le fauteuil à M. le Curé.) Monsieur le Curé ! le fauteuil de M. Lepic ! (M. la curé s’installe ; elle offre une chaise à tante Bâche.) Vous devez être fatiguée ?… Assieds-toi donc Madeleine !… Annette, servez le goûter !… Mes enfants ! votre mère est heureuse ! Cher Paul, embrassez notre Henriette, M. le Curé vous bénira. Embrassez-la, allez ! Vous ne l’embrasserez jamais autant que M. Lepic m’a embrassée.


RIDEAU.




Imprimerie Générale de Châtillon-sur-Seine. — A. Pichat.