L’année géographique — 1862, 2d semestre


L’ANNÉE GÉOGRAPHIQUE,

1862

(DEUXIÈME SEMESTRE)
PAR M. VIVIEN DE SAINT-MARTIN.
TEXTE INÉDIT.

I

LES EXPLORATIONS AFRICAINES.

L’expédition anglaise à la région des sources du Nil.

Nous suivons avec l’intérêt qui s’attache à d’aussi grandes entreprises les deux explorations principales dont l’intérieur de l’Afrique est en ce moment l’objet. Celle du capitaine Speke et de son compagnon le capitaine Grant, dirigée de Zanzibar au lac Nyanza découvert en 1858 par M. Speke lui-même (à quatre degrés et demi au sud de l’équateur), a pour but, comme on sait, de poursuivre, à partir du lac Nyanza, l’exploration de la zone équatoriale absolument inconnue qui s’étend de là jusqu’aux derniers points reconnus du haut fleuve Blanc, par quatre degrés environ de latitude nord, ou il doit être rejoint par M. John Petherick avec lequel se concerteront les opérations ultérieures. Après une interruption complète de près de vingt mois, on vient enfin de recevoir des lettres du chef de l’expédition. Ces lettres sont datées du 30 septembre 1861 ; le capitaine et sa caravane étaient alors dans une localité du nom de Baghouèh (Bagweh), par 3° 28’de latitude australe, sur la route de Kazèh au Nyanza, à un degré environ (de quatre à cinq journées) au sud de ce dernier lac. Diverses causes avaient apporté du retard dans la marche de l’expédition. Outre le manque de porteurs, qu’on ne pouvait tirer que de la côte, la famine qui sévissait sur le plateau avait ajouté aux fureurs de la guerre intestine parmi les indigènes, et enfin les pluies torrentielles avaient rendu impraticables les communications dans l’Ouniamoézi. On avait ainsi perdu huit mois entiers. Le capitaine rappelle que le but principal de son voyage est de rechercher si le lac Nyanza (auquel il a donné, en 1858, le nom de lac Victoria) est ou non en connexion avec les rivières supérieures qui forment la tête du Nil, se proposant, s’il en est ainsi, comme il le présume, de descendre par eau jusqu’au fleuve Blanc et en Égypte. Dans le cas contraire, ou si des obstacles imprévus s’opposaient à ce que du Nyanza il pût arriver au fleuve Blanc, le capitaine tâchera de revenir à la côte orientale par une route directe aussi voisine que possible de l’équateur, ce qui le conduirait vers les montagnes neigeuses de Kénia découvertes par le docteur Krapf en 1849. C’est la première fois qu’il est question de ce plan de retour ; mais il est bien rare que dans ces lointaines expéditions la marche qu’on s’était tracée d’avance n’ait pas été modifiée plus ou moins, sinon changée complétement par les circonstances. Au reste, le retour direct du lac Nyanza à la côte du Zanguebar par une ligne parallèle à l’équateur serait aussi d’un haut intérêt géographique. De toute manière, si nul accident n’entrave l’expédition, elle ne peut qu’étendre considérablement nos connaissances encore si faibles sur cette région centrale de l’Afrique.


L’expédition allemande au Soudan oriental.

La grande expédition allemande organisée pour l’exploration du soudan oriental, entre le haut bassin du Nil et le lac Tchad, poursuit activement, de son côté, le cours de ses travaux. Jusqu’à cette heure elle est restée en communication fréquente et régulière avec l’Europe. et les journaux allemands, principalement le journal géographique du docteur Petermann à Gotha (les Mittheilungen), nous ont tenus périodiquement au courant des nouvelles reçues. Bien qu’elles n’aient pas encore atteint le but principal de l’expédition, laquelle n’entrera sur un terrain tout à fait neuf qu’après avoir dépassé le Dârfour, où elle n’était pas encore arrivée à l’époque des dernières lettres, ces communications présentent déjà une réelle importance.

Nous avons dit, il y a six mois, par suite de quelles circonstances la conduite de l’expédition avait été transférée de M. de Heuglin à M. Munzinger, et nous avons mentionné aussi l’adjonction subséquente à l’expédition d’un autre explorateur africain déjà connu par un voyage dans la haute Nubie, M. Moritz de Beurmann, qui doit essayer d’arriver au Ouaday par l’ouest, pendant que M. Munzinger et ses compagnons s’y dirigent par l’est.

M. Munzinger et ses compagnons, après avoir quitté le pays des Bogos, ont traversé la Taka, c’est-à-dire la Nubie méridionale sur la frontière nord de l’Abyssinie, en recueillant une série de relevés topographiques et de déterminations astronomiques dans cette contrée encore assez peu connue. Ils sont arrivés à Khartoûm le 9 mars, et se sont remis en route le 6 avril pour le Kordofan. Une marche de quatorze jours à travers une suite de plaines monotones, les a conduits à el-Obeïd, capitale de ce dernier royaume. Ils ont dû s’arrêter là, pour y attendre que le roi du Dârfour leur ait fait parvenir l’autorisation d’entrer dans son pays. Mais le chef nègre avait assez mal accueilli les premières ouvertures qui lui en avaient été faites. L’extension des Égyptiens dans la haute Nubie, et ce qu’ils savent de l’histoire des Anglais dans l’Asie méridionale, mettent ces roitelets de l’Afrique en singulière défiance contre l’apparition des Européens. M. Munzinger est loin de désespérer, cependant ; il n’est pas venu jusque-là pour reculer, dit-il, si ce n’est devant une impossibilité absolue. Un hasard, qu’on appellerait heureux s’il ne s’agissait pas d’un aussi triste sujet, a mis le chef de la mission, depuis son arrivée à el-Obeïd, en rapport avec un Africain du pays de Timbouktou qui a pu lui donner, sur les circonstances qui amenèrent, il y à six ans et demi, la mort violente du malheureux Vogel, des détails tout à fait précis presque comme témoin oculaire. Nous ne répéterons pas ces détails, qui ont reçu une grande publicité, et que le Tour du Monde a lui-même enregistrés dans un précédent numéro. De ce côté, un des objets de l’expédition est atteint ; d’autant plus que M. Munzinger ne pense pas qu’il y ait lieu d’espérer aujourd’hui qu’une partie quelconque des papiers de Vogel puisse encore être recouvrée.

Nous recevons en ce moment même par la voie d’Allemagne des nouvelles fort inattendues. Des lettres de M. Munzinger, écrites encore d’el-Obeïd et datées du 29 juillet, annoncent que la réponse du sultan du Dârfour venait de lui parvenir. Dans une longue missive écrite par le sultan, non aux voyageurs directement, mais au consul autrichien à Khartoum, le chef noir faisait connaître expressément ses intentions. Ainsi que M. Munzinger le faisait pressentir dans ses dépêches précédentes, elles étaient défavorables. L’air du Dârfour est mauvais pour les étrangers, disait Sa Majesté noire, et la vie d’un voyageur y court des risques dont lui, le sultan, ne voulait pas encourir la responsabilité. Il y a quelques années, un médecin franc, le Dr Cuny, vint au Dârfour accompagné de son jeune fils ; il y mourut le cinquième jour de son arrivée, et des rumeurs malveillantes avaient imputé la faute de cette mort aux serviteurs du sultan. Le sultan ne s’opposait pas à ce que l’on vînt du Kordofan chez lui ; mais il lui serait impossible de permettre que du Dârfour les étrangers pénétrassent plus avant dans le Soudan, où il ne pourrait plus répondre de leur sûreté ni de leur vie.

M. Munzinger, dès qu’il a eu connaissance de cette missive, a pris immédiatement le parti de revenir sur ses pas et de rentrer en Europe, bien convaincu que le moins qui pût lui arriver s’il se hasardait au Dârfour, même en admettant que le sultan soit aussi étranger qu’il l’affirme à la mort du Dr Cuny, serait d’y être retenu captif comme l’est depuis deux ans l’envoyé du vice-roi d’Égypte.

Voilà donc, au moins de ce côté, l’expédition allemande abandonnée. Les espérances du Comité de Gotha se reportent maintenant tout entières sur M. de Beurmann.

L’espoir que de son côté avait M. de Beurmann de pénétrer directement du pays de Barkah (ancienne Cyrénaïque) dans la terre encore inconnue des Tiboû, en se portant directement au sud, n’a pu se réaliser. Aucun guide n’a osé prendre avec lui cette direction, tant était grande, jusqu’à ces derniers temps, la terreur qu’inspirait le feu roi du Ouadây. M. de Beurmann a dû se résigner à la voie détournée et déjà connue du Fezzan ; ses dernières lettres sont écrites de Mourzouk, la capitale de ce dernier pays, à la date du 20 juin de cette année. Le voyageur allait partir pour le Bornou, par la route qu’ont déjà suivie plusieurs voyageurs et dont Vogel lui-même a fait une bonne étude, avec l’intention de contourner au sud le lac Tchad par le pays de Baghirmi (dont nous devons la connaissance aux courses savantes de Barth), et de remonter de là au nord vers le Ouadây, où il espère rencontrer Munzinger et ses compagnons. Que Dieu les accompagne et les protége !

Quant à M. de Heuglin et aux deux membres de la mission qui l’ont accompagné, M. Shubert et le docteur Steudner, ils ont quitté Adoa (la capitale du Tigre), le 26 décembre de l’année dernière, et sont arrivés à Gondar, le 23 janvier, après une intéressante excursion aux montagnes du Sémèn, la Suisse de l’Abyssinie. Un mémoire de M. de Heuglin imprimé dans le journal du docteur Petermann, renferme un premier aperçu des régions zoologiques du nord de l’Abyssinie, selon l’élévation des différentes parties du pays au-dessus du niveau de la mer. Les lettres que l’on a dernièrement reçues des trois voyageurs sont du commencement de février ; elles les laissaient encore à Gondar.

Mais en même temps que les nouvelles lettres de M. Munzinger, on a reçu à Gotha d’autres lettres de M. de Heuglin, et ces lettres (écrites au commencement de juillet) sont datées de Khartoum. M. de Heuglin avait quitté l’Abyssinie pour revenir directement à Khartoum, au lieu de pousser vers les contrées explorées du sud comme il en avait manifesté l’intention. Le voyageur ne dit rien des raisons qui l’ont fait renoncer à son projet ; peut-être les circonstances politiques où se trouve en ce moment l’Abyssinie — sur le point d’entrer en guerre contre les Égyptiens du Soudan pour reprendre par la force le Senna’ar et les territoires limitrophes qui ont fait autrefois partie de l’empire des Négousn n’y sont-elles pas étrangères.


Les nouvelles explorations du docteur David Livingstone dans l’Afrique orientale.

Nous n”avons pas besoin de rappeler à ceux qui ont lu les Voyages et Recherches d’un Missionnaire dans l’Afrique méridionale, la place élevée que M. David Livingstone a conquise dans la noble pléiade des grands explorateurs qui depuis quinze ans ont renouvelé l’aspect de la carte d’Afrique. Après avoir accompli, de 1852 à 1856, un véritable voyage de découvertes dans la moitié supérieure du vaste bassin du Zambézi, un des trois grands fleuves du continent africain, le savant missionnaire a quitté de nouveau l’Angleterre pour retourner, en 1860, sur le périlleux théâtre de ses premiers travaux, se proposant cette fois d’étudier le Zambézi inférieur, et quelques-unes des autres rivières qui débouchent dans le canal de Mozambique, en regard de Madagascar. Un petit bateau à vapeur, le Pioneer, construit en vue de cette exploration fluviale, devait le transporter sur les différents points qu’il se proposait de reconnaître dans ces parages. Une première tentative pour remonter la Rovouma, qui à son embouchure non loin du cap Delgado, entre le 10e et le 11e degré de latitude australe, a dû être abandonnée. Selon certains rapports indigènes, la Rovouma viendrait d’un grand lac intérieur appelé Nyanza (ce nom, qui se retrouve sur plusieurs points de l’Afrique australe, signifie seulement la Grande-Eau) ; et cette information, qu’elle soit ou non fondée, n’a pu qu’augmenter le regret de cet insuccès. Mais si M. Livingstone n’a pu atteindre de ce côté la Grande-Eau intérieure, il y est arrivé par une autre voie, et il a réalisé ainsi une conquête géographique qui n’est pas indigne de figurer à côté des belles découvertes de son premier voyage.

Jetez les yeux sur une carte d’Afrique, — sur une carte tout à fait récente, — vous voyez le fleuve Zambézi verser ses eaux dans le bras de mer (qu’on nomme le Canal de Mozambique) qui sépare l’île de Madagascar du continent africain, par un vaste delta dont les bras se déploient entre le 18e et le 19e degré de latitude australe. Quand on remonte le fleuve, dont les eaux profondes coulent ici à travers des terres basses et souvent noyées, domaine éternel des fièvres pernicieuses et des insectes dévorants, on arrive, à quatre-vingts milles anglais de la côte, au confluent d’une belle rivière que les indigènes nomment Chiré. Les rapports que M. Livingstone avait reçus au sujet de cette rivière, le déterminèrent à en entreprendre l’exploration. Le Pioneer s’y engagea et s’avança par une belle vallée toute couverte de villages entourés de plantations. C’était au mois d’août de l’année dernière. On parcourut ainsi un espace de deux cents milles ; mais alors un obstacle infranchissable se dressa devant les voyageurs. Des barrières de rochers coupent la rivière et y forment des rapides dont la violence rappelle les cataractes du Nil. Ces rapides se succèdent et s’échelonnent, en quelque sorte, sur une longueur qui n’est pas moins de trente-cinq à quarante milles, c’est-à-dire de cinquante à soixante kilomètres, et M. Livingstone n’estime pas à moins de douze cents pieds la chute totale de la rivière dans cet intervalle. Il fallut transporter le bateau à bras d’hommes jusqu’au-dessus de la cataracte supérieure. Arrivé là, on vit s’étendre devant soi le bassin large et tranquille d’une rivière qui a presque l’apparence d’un lac ; le véritable lac, d’où s’épanche le Chiré, est cependant encore à soixante milles (environ cent kilomètres). On y arriva le 2 septembre.

On était sur le Nyanza. C’est une vaste nappe d’eau, profondément encaissée entre des montagnes hautes de quatre mille pieds au moins, et des plateaux très-élevés ; il ne le cède pas en étendue au Tanganiyka, exploré en 1850 par M. Burton et le capitaine Speke. L’extrémité méridionale du Nyanza, d’après les observations du docteur Livingstone, est par 14° 25’de latitude australe ; et le voyageur estime qu’il doit se prolonger au nord au moins jusqu’au 10e parallèle. Les violentes rafales qui tourmentent les eaux du lac à cette époque de l’année ne permirent pas au petit bâtiment de pousser sa reconnaissance jusqu’à l’extrémité nord ; on s’avança seulement de deux cents milles, en serrant de près la côte occidentale coupée de baies nombreuses, puis l’on redescendit vers le Zambézi.

Le Nyanza est d’une largeur médiocre, surtout dans sa partie méridionale, où il y a une bifurcation. Les eaux en sont douces et très-poissonneuses. Cinq rivières y débouchent du côté de l’ouest dans la partie reconnue par le Pioneer. M. Linvingstone estime que l’altitude du lac au-dessus du niveau de la mer est de douze cents à douze cent cinquante pieds anglais, ce qui revient à trois cent soixante-cinq ou trois cent quatre-vingts mètres. Un autre lac appelé Chirva, comparativement de peu d’étendue, est voisin vers le sud-est de la pointe méridionale du Nyanza. L’intervalle entre le Nyanza et la côte de Mozambique est de trois cent cinquante à quatre cents milles, c’est-à-dire de cent trente à cent cinquante de nos lieues communes, ou en moyenne de six cents kilomètres.

Quoique cette excursion n’ait été qu’une première reconnaissance, et que les circonstances n’aient pas permis aux explorateurs de pousser beaucoup dans les terres qui bordent le lac, M. Livingstone n’a pas laissé d’y recueillir quelques notions dignes d’intérêt.

Les provinces riveraines sont d’un bel aspect et très-populeuses. Vers le sud, à l’ouest du lac, les nègres appartiennent à une population appelée Maravi ; en montant au nord, on longe successivement le territoire des Marimba, des Matoumboka, des Makousa et des Mazité. Ces derniers sont des Zoulous (les Kafres de nos relations), originaires de la partie de la côte qui avoisine Sofala, un peu au sud du delta du Zambézi. Le léger vêtement dont se couvrent ces peuples est fait de l’écorce intérieure des arbres, qu’ils font macérer et battent ensuite pour l’assouplir. Ils sont tatoués sur toutes les parties du corps. Le tatouage le plus ordinaire consiste en longues incisions dont on ramène la peau en dehors, de manière à produire des lignes de cicatrices diversement contournées, d’une ligne à une ligne et demie de largeur. D’autres s’enlèvent des lambeaux de la peau du visage. La lèvre supérieure est percée, et l’ouverture graduellement agrandie au moyen d’un fragment de bambou qu’on y insère, jusqu’à ce qu’on y puisse fixer un anneau de deux pouces de diamètre, qui tire la lèvre en bas parfois jusque sur le menton. Ce hideux ornement est la plus grande coquetterie des femmes. C’est une chose merveilleuse que l’imagination des races sauvages pour dépraver et gâter la nature. Chez nous, du moins, on se contente de l’exagérer.

Un petit vapeur construit de manière à se démonter pour franchir les cataractes du Chiré, devait d’ailleurs retourner bientôt jusqu’au lac à la date des dernières lettres de M. Livingstone, et on peut ainsi attendre encore de ce côté une exploration complète et circonstanciée. Ce qui apporte un stimulant de plus à ces reconnaissances anglaises, c’est que les pays qui avoisinent le Nyanza sont signalés par le voyageur, ainsi que par son frère Charles Livingstone, de qui l’on a aussi des communications fort intéressantes, comme admirablement propres à la culture en grand du coton, cette souveraine préoccupation de l’époque actuelle.


II

Un tour rapide en Amérique. — La Colombie anglaise et l’île de Vancouver. — La Guyane française. — Le Mexique et l’isthme américain.

Nous avons à enregistrer, on le voit, plus d’études et d’explorations de détail que de résultats généraux. Mais ce sont ces études de chaque jour, ce sont ces explorations progressives et incessantes qui remplissent peu à peu les blancs de nos cartes ou en corrigent les erreurs, préparant ainsi l’apparition des relations scientifiques qui apportent avec elles une masse imposante d’informations coordonnées, et qui marquent les grandes étapes de l’histoire géographique d’un continent.

La guerre acharnée qui désole les ci-devant États-Unis de l’Amérique du Nord a dû, naturellement, suspendre de ce côté toutes les études scientifiques des territoires de l’ouest, projetées ou en cours d’exécution. Parmi les autres contrées du continent américain sur lesquelles on a reçu dans ces derniers temps des informations notables, les nouveaux établissements anglais de la côte Nord-Ouest sont au premier rang. Ces nouveaux territoires britanniques, qui touchent d’un côté à l’Orégon américain et de l’autre à l’Amérique russe, et qui ont reçu le nom de British Columbia, étaient à peu près inconnus il y a quelques années ; la découverte de gisements aurifères, dont la renommée, dans le premier moment, exagéra peut-être la richesse, a porté tout à coup vers ces froids et tristes parages un énorme flot d’immigrants. Aujourd’hui l’établissement s’organise en vue d’un avenir basé sur l’exploitation du sol non moins que sur le travail des mines. Depuis quatre ans, particulièrement, des reconnaissances officielles ont été poussées en diverses directions, pour étudier la nature du pays, en compléter la géologie, et aussi rechercher les emplacements les plus propres à fonder des centres d’habitation. Le dernier volume du journal de la Société de géographie de Londres ne renferme pas moins de six mémoires ou rapports sur la Colombie continentale et sur l’île de Vancouver ; et la librairie anglaise en a publié en outre depuis quelques mois plusieurs relations considérables, bien qu’un peu hâtives. Dans ces premiers jets de l’ardeur coloniale, on ne laisse pas de trouver de nombreux renseignements, tout à fait neufs, cela va sans dire, dont la géographie et l’ethnographie américaine feront leur profit. Au total, nous avons là un coin de la carte du nouveau monde — et ce coin est bien deux fois grand comme l’Angleterre — qui se couvre chaque jour de détails, comme le pays lui-même se couvre d’immigrants.

Les renseignements rapportés par une commission mixte franco-hollandaise, qui, dans les trois derniers mois de 1861, a opéré une reconnaissance complète du fleuve Maroni, n’embrassent pas un aussi grand développement territorial ; mais ils n’en ont pas moins un intérêt considérable à certains égards, et cet intérêt nous touche plus directement.

La Guyane, on le sait, est une contrée de l’Amérique du Sud comprise entre l’Orénoque et l’Amazone, depuis le 9e degré de latitude septentrionale jusqu’à l’équateur ; dans cet intervalle, le développement de côtes que cette grande contrée présente aux flots de l’Atlantique n’est pas de moins de neuf cents lieues marines[1], qui répondent à trois cent soixante-quinze de nos lieues communes[2], ou près de dix-sept cents kilomètres. Cinq puissances colonisatrices se sont partagé cet immense domaine, bien qu’aucune n’y ait poussé ses établissements bien loin dans l’intérieur : c’est, à partir de l’Orénoque, l’Espagne[3], l’Angleterre, la Hollande, la France et le Brésil. La Guyane française a pour limite au nord-ouest, du côté de la Guyane hollandaise, le Maroni, au sud, du côté des territoires brésiliens, l’Oyapoc : limites assez incertaines et mal définies, qui, du côté du Brésil au moins, ont été a plusieurs reprises l’occasion de longues controverses. Quoiqu’il n’y ait pas eu de discussion semblable du côté de la colonie hollandaise, à cause du peu d’intérêt que les deux gouvernements devaient prendre à des territoires intérieurs tout à fait sauvages et inexplorés, il y a eu néanmoins de temps à autre quelques velléités de reconnaissances, particulièrement au temps ou M. Malouet, il y a tout près d’un siècle, reçut mission d’appliquer dans la colonie française ses plans sagement conçus de réforme administrative. Les projets d’établissements pénitentiaires arrêtés dans ces derniers temps et déjà réalisés en partie, ont ramené l’attention de ce côté. Une première reconnaissance, au mois de novembre 1860, prépara les voies ; c’est à la suite de cette étude préliminaire qu’une convention a été conclue avec le gouvernement colonial de Surinam pour la formation d’une commission mixte, chargée de relever le cours du fleuve dans toute son étendue en remontant jusqu’aux sources, et de fixer ainsi d’une manière définitive la limite des deux colonies. Cette commission a heureusement accompli son œuvre, d’août en octobre 1861, et un intéressant rapport du chef de la commission française, M. le lieutenant de marine Vidal, a été publié il y a quelques mois dans un recueil officiel riche en bons documents, la Revue maritime et coloniale. Le Maroni a été reconnu dans toute son étendue, et une carte exacte, appuyée sur une série de déterminations astronomiques, en a été dressée.

Dans une contrée presque entièrement couverte de forêts vierges, la population ne saurait être très-nombreuse. Celle du haut Maroni se compose à peu près exclusivement des descendants de nègres fugitifs des colonies limitrophes, principalement des plantations hollandaises, qui depuis un siècle et demi se sont constitués dans ces cantons sauvages en communautés indépendantes. Ces nègres marrons, comme on les appelle, parlent un idiome formé de lambeaux défigurés d’anglais et de hollandais. Leurs idées religieuses sont des plus simples, ou plutôt c’est un retour aux impressions tout à fait primitives des peuplades les plus grossières. Tout ce qui, dans la nature, les frappe et les étonne, devient dieu pour eux : — le tonnerre qui gronde, l’éclair qui brille, le fleuve qui mugit ; bien moins encore, l’animal qui les effraye, un arbre d’une grandeur peu commune, une montagne, une caverne, un rocher. À un certain endroit de la rivière, où les eaux se brisent contre un récif élevé qui en barre le cours, et que les nègres indigènes nomment dans leur jargon Wheaty-Headé, la Tête-Blanche, il fallut s’arrêter jusqu’à ce que l’équipage de la barque eût fait une offrande à la roche sacrée. Ce fut une véritable libation dans le sens antique. Chacun des noirs, tenant à la main une tasse remplie de tafia, en répandait quelques gouttes sur le rocher en marmottant des sons inarticulés, après quoi il avalait d’un air de componction le reste de la liqueur, dont le dieu n’avait pas eu la plus grosse part. Dans les villages, chaque famille possède sa case sacrée, où se trouvent jetés pêle-mêle des têtes informes, des pots, des boules de terre blanche, des plantes desséchées, des ustensiles divers destinés à ce qu’ils regardent comme leurs usages sacrés. Dans leurs cérémonies religieuses, ils se teignent le corps en blanc à l’aide d’une terre argileuse commune dans le pays. « Nous fûmes souvent témoins, dit l’auteur du rapport, des prétendues inspirations de plusieurs d’entre eux. Selon leur expression pittoresque, le gado entre en eux et s’y manifeste par des hurlements prolongés qui n’ont rien d’humain ; puis, à cette excitation, succède un abattement, une prostration naturelle ou simulée. »

Parmi les animaux, ceux qui paraissent le plus particulièrement vénérés, sans doute parce que ce sont les plus redoutables, sont le serpent et le caïman. Même dans ce naturalisme grossier, on aime à saisir la trace et la première ébauche de ce sentiment inné dans l’homme qui le pousse à chercher en dehors de lui les objets d’une adoration instinctive, sentiment que chez les races mieux douées de l’antiquité païenne la réflexion épura en le développant, que l’imagination colora de son prestige en même temps que le culte l’entourait de ses pompes ou le voilait de ses mystérieux emblèmes, mais qui fut au total, chez toutes les grandes nations du monde ancien, le point de départ commun de la religion, de l’art et de la poésie.

Nous ne nous éloignerons pas du continent américain sans porter les yeux vers le Mexique. Non pas pour ce qui s’y fait en ce moment ou pour ce qui s’y est fait dans ces derniers temps, — je n’entends parler que des recherches et des études locales, auxquelles les circonstances actuelles sont peu propices, — mais pour ce qu’on annonce y vouloir faire.

Un comité a été formé dernièrement près d’un de nos ministères pour préparer des instructions destinées à une commission scientifique que l’on veut envoyer, dit-on, dans le Mexique, à la suite de notre drapeau. Il est certain qu’il y a là un vaste et beau champ d’investigations sur le pays, ses populations et ses antiquités, et que ces études bien dirigées pourront puissamment servir tout à la fois la science qui tourne ses regards vers le passé, et la politique qui envisage l’avenir. De bons et solides travaux historiques, physiques, linguistiques, archéologiques, ont depuis quelques années préparé la voie ; ces travaux peuvent devenir le point de départ d’une série d’études plus profondes encore et plus étendues, qui marqueraient glorieusement le passage de la France sur la terre mexicaine, comme le monument de la Commission d’Égypte a marqué avec éclat, au commencement du siècle, notre passage sur la terre des Pharaons.

Pour l’étude des Indiens, si importante à tous les points de vue, non pas seulement de ceux qui végètent sur le plateau mexicain, mais aussi des tribus moins dégénérées de l’Isthme central, nous avons quelques esquisses récentes qui méritent d’être signalées. Les récits de M. Ferry, dans leur cadre romanesque, mettent heureusement en relief, avec autant de vérité que de justesse d’observation, les mœurs et les habitudes des diverses classes de la population mexicaine, aussi bien que les traits caractéristiques de la nature du pays.

M. Brasseur de Bourbourg a donné un récit très-intéressant et très-instructif (mais encore inachevé, malheureusement) de son voyage au Guatémala en 1859 par l’isthme de Tehuantepec ; et plus récemment un autre de nos compatriotes établi à la Vera-Cruz, M. Lucien Biart (qu’il ne faut pas confondre avec M. Auguste Biard, le spirituel touriste du Brésil, bien connu des lecteurs du Tour du monde), a publié l’amusant récit d’une course un peu à travers champs dans les Terres Chaudes de sa province, piquante Odyssée ou des scènes de mœurs et des observations très-substantielles se cachent, comme chez l’auteur des Scènes de la vie mexicaine, sous un entrain plein de bonne humeur et d’imprévu[4].


III

Retour en Orient. — Les parties inconnues de la Syrie.

D’Amérique nous revenons en Orient, et c’est d’abord un voyage archéologique qui nous y rappelle.

Il y a au fond de la Syrie, à l’orient des grandes montagnes littorales et au midi de Damas, une contrée qu’on nomme le Haourân. Couverte de ruines innombrables et habitée seulement par quelques tribus à demi pastorales, cette contrée, où pénètrent peu d’Européens et où se sont réfugiés, il y a deux ans, les Druses échappés du Liban, fut une des plus belles provinces et des plus populeuses de la Syrie romaine. L’invasion des Arabes sous les premiers khalifes en a commencé la ruine ; la domination destructive des Ottomans l’a consommée. Sur la frontière orientale du Haourân, et formant en quelque sorte le vestibule du désert qui de là se prolonge jusqu’aux rives du bas Euphrate, il existe un canton de nature volcanique, présentant l’aspect d’un pays bouleversé par les feux intérieurs : on le nomme le Safah. Ce canton, de même que le désert pierreux de Harra qui lui est contigu, est pour les tribus voisines une terre de légendes ; jusqu’à ces derniers temps aucun Européen n’y avait pénétré. Un voyageur anglais, M. Gyril Graham, etM. Wetzstein, consul de Prusse à Damas, sont les premiers qui presque simultanément, il y a quatre ans environ, en aient forcé la barrière. Les récits que tous deux en ont faits étaient de nature à exciter vivement la curiosité, notamment la singulière découverte de plaines entières couvertes de pierres qu’on pourrait presque comparer aux cailloux de nos grèves, et sur un grand nombre desquelles on voit tracées les images grossières de palmiers ou d’animaux, fréquemment accompagnées de mots ou de noms en caractères archaïques dont plusieurs rappellent les plus vieilles inscriptions de la Phénicie et de l’Arabie méridionale. C’était comme une énigme jetée aux archéologues de l’Europe.

Deux d’entre eux en ont voulu chercher le mot sur les lieux mêmes. Au commencement de cette année, M. le comte Melchior de Vogué et M. Waddington, connus l’un et l’autre depuis longtemps par de savantes recherches en Palestine et en Asie Mineure, ont pu renouveler avec le même succès la tentative de MM. Graham et Wetzstein, et ont même poussé plus loin que leurs devanciers. Ils ont revu le Harra et le Safah, et en ont rapporté plusieurs centaines de pierres écrites ou de copies d’inscriptions. Voici ce que dit M. Vogué à ce sujet : « Le trait particulier du Salah, ce sont ses inscriptions. Il y en a par milliers sur les rochers, sur des pierres isolées, et principalement sur et autour de petites accumulations en partie artificielles, en partie naturelles, nommées Ridjm. L’alphabet est très-singulier, mais fort simple ; il se compose d’un mélange de caractères grecs et sémitiques, et de lettres d’une forme toute particulière. Beaucoup d’inscriptions commencent par des croix, ce qui semble indiquer que, comme celles du Sinaï, elles sont postérieures à l’ère chrétienne. Elles accompagnent souvent des représentations grossières de femmes, de chevaux, de chameaux, de chasses au lion ; tout semble indiquer qu’elles sont l’œuvre de populations nomades. »

De là les deux explorateurs sont rentrés dans le Haourân, où ils se sont surtout occupés de l’étude des monuments. Ce n’est pas le côté le moins frappant de cette singulière région. Il y a là une civilisation entière dont les œuvres matérielles se sont conservées presque intactes : des maisons, des temples, des basiliques, des arcs, des aqueducs, des routes, etc., et tout cela en nombre presque incalculable. Dans toutes les constructions, dans les constructions privées comme dans les monuments publics, un seul élément a été employé, la pierre : les murs, les plafonds, les portes, les fenêtres, tout est en pierre basaltique, ce qui donne au pays un aspect indescriptible. C’est quelque chose de bizarre et de morne à la fois, que ces constructions indestructibles qui restent debout comme si elles dataient d’hier, et où ne se montre plus un être vivant. Cela rappelle les palais des contes de l’Orient, frappés d’un sommeil séculaire par la main d’un méchant génie.


Nouvelles recherches dans l’Inde. — L’Afghanistan. — Vastes opérations géodésiques.

S’il y a au monde deux contrées différentes, c’est l’Arabie et l’Inde : l’Arabie avec son sol aride et ses déserts sans fin ; l’Inde avec les luxuriants trésors de son inépuisable végétation. Il y a néanmoins un trait commun entre ces deux régions que la nature a faites si dissemblables, c’est de se perdre à demi dans l’inconnu. L’inconnu, pour l’Inde, c’est son passé. Les anciens temps de l’Inde ne nous apparaissent que par de rapides échappées. Ceci n’est pas seulement vrai de son histoire, mais aussi de sa géographie ; les documents qui nous reportent aux époques antérieures à la conquête musulmane, c’est-à-dire aux premières années du onzième siècle de notre ère, avec lequel commencent les temps modernes de la péninsule, sont rares, incomplets, dispersés. C’est toujours une bonne fortune pour ceux qui prennent intérêt à l’histoire de ces belles contrées de l’Orient, d’en retrouver quelque débris, et surtout d’en pouvoir tirer quelque lumière pour éclairer les périodes obscures de l’Inde brahmanique.

Un document de ce genre a été livré à l’Europe, il y a quelques années, par la traduction des voyages du bouddhiste chinois Hiouen-thsang dans l’Inde au milieu du septième siècle de l’ère chrétienne, ouvrage important qui n’est pas un des moindres titres que notre profond sinologue, M. Stanislas Julien, a conquis près du monde savant. Dans un mémoire considérable que nous-même, à la demande du docte traducteur, nous joignîmes à cette publication, nous exprimions le vœu que parmi les officiers de l’armée de l’Inde, qui a donné tant d’hommes éminents à la science, il s’en trouvât un à qui les circonstances permissent de reprendre, sur le terrain même, l’itinéraire du bouddhiste chinois, de suivre ainsi pas à pas nos identifications, et de rechercher, d’après les indications très-circonstanciées de l’ancien voyageur, les restes d’antiquités qui n’ont sûrement pas entièrement disparu de certaines localités particulièrement consacrées par la vie du Bouddha Çâkyamouni et la vénération de ses sectateurs. Nulle entreprise ne nous paraissait et ne nous paraît encore devoir être plus féconde en résultats géographiques et archéologiques. C’est avec une vive satisfaction que nous avons appris que le vœu que nous exprimions allait être rempli. Le colonel Alexandre Cunningham, déjà bien connu par de savantes études topographiques dans le nord-ouest de l’Inde, annonce que, sur sa proposition, le gouvernement colonial de Calcutta l’a autorisé à entreprendre un voyage archéologique sur la trace de l’itinéraire de Hiouen-thsang. Le colonel avait commencé ses investigations par la province de Bérar, dans les derniers mois de 1861. Ce territoire répond à ce que, dans l’ancienne géographie sanscrite, on appelait le Magadha, et il a, en effet, un intérêt particulier. C’est là que le fondateur de la Réforme bouddhique commença le cours de ses enseignements religieux ; et ce pays de Magadha, qui fut toujours regardé comme une terre sainte par les sectateurs du nouveau culte, se couvrit dès l’origine d’édifices et de monuments religieux. Les prochains numéros du journal de Calcutta nous tiendront sans doute au courant des progrès de l’entreprise. Cette nouvelle a de l’importance ; elle annonce la reprise des travaux scientifiques dans l’Inde, que le formidable soulèvement de 1857 avait nécessairement suspendus.

Nous pouvons noter aussi, moins à cause de la place très-restreinte qu’ils peuvent avoir dans le mouvement général des sciences géographiques qu’en raison de leur étendue et de leur importance locale, les résultats géodésiques obtenus par les ingénieurs anglais en dehors de la frontière occidentale du Pendjab. On sait que le Sindh ou Indus, dans la moitié inférieure de son cours, est dominé à l’ouest, à une médiocre distance, par une chaîne parallèle de montagnes très-élevées qu’on appelle le Souleïmân-koh, c’est-à-dire la montagne de Salomon. Le nom de Salomon ne joue pas un moins grand rôle dans les traditions légendaires des tribus musulmanes de ces cantons que dans les contes des Mille et une Nuits. La longue plaine comprise entre le pied des montagnes et la rive occidentale du Sindh fait aujourd’hui partie des provinces de l’Inde britannique ; mais la montagne elle-même, et les rudes vallées du revers opposé dans la direction de Ghazni et de Kandahar, sont occupées par des tribus indépendantes non moins sauvages que les âpres cantons où paissent leurs nombreux troupeaux. Ce pays est ce que les anciens connurent sous le nom d’Arachosie ; il y a là, entre les crêtes du Souleïmân et la route de Khélat à Ghazni et à Kaboul, suivie par les armées anglaises dans la guerre de l’Afghanistan, une étendue de pays grande comme la moitié de la France, qu’aucun voyageur n’a jamais visitée, que les Européens ont à peine entrevue. Des circonstances favorables ont permis aux Anglais d’y pénétrer en 1859 ; et par une suite de reconnaissances militaires on a pu en construire des cartes qui font connaître au moins la configuration générale de la contrée, la direction des grandes vallées et l’emplacement des tribus. Ces cartes ont été présentées manuscrites à la société asiatique de Calcutta ; il est présumable qu’elles arriveront à la société de géographie de Londres, où viennent tôt ou tard aboutir tous les travaux de cette nature exécutés dans l’étendue du monde britannique, et que par elle nous en aurons en Europe une notion plus précise.

C’est par ces travaux, souvent obscurs et silencieux, qui se poursuivent incessamment partout où pénètre l’activité européenne, que la carte du globe s’enrichit chaque jour, se complète et se perfectionne. Un vaste ensemble d’opérations géodésiques, exécutées officiellement par les ingénieurs anglais dans le cours des trois dernières années, a également complété, pour tout le Pendjab et pour le Kachmir, l’immense carte de l’Inde que le gouvernement colonial a fait lever et dont les opérations durent depuis un demi-siècle. Les triangulations des ingénieurs ne se sont pas arrêtées à la limite de l’Inde. Elles ont couvert le Petit-Tibet, au nord et au nord-ouest du Kachmir, et elles se sont étendues jusqu’aux grandes montagnes de Karakoroum, atteignant ainsi, à travers de hautes vallées et de froids plateaux en partie inexplorés, les limites indécises du Turkestan chinois, et venant se rejoindre aux belles reconnaissances tibétaines des frères Schlagintweit.


Les frères Schlagintweit.

La grande expédition scientifique des trois explorateurs que nous venons de mentionner (Hermann, Adolphe et Robert) remonte à cinq années (elle s’est terminée en 1857) ; mais comme l’ouvrage, dans ses proportions grandioses, est maintenant encours de publication, nous pouvons en donner un rapide aperçu. L’expédition, entreprise sous les auspices et aux frais de la ci-devant Compagnie des Indes, n’a pas duré moins de quatre ans, de 1854 à la fin de 1857 ; elle a embrassé tous les grands objets de recherche qui peuvent entrer dans le cercle d’une exploration scientifique, depuis les observations de diverse nature qui se rattachent à la physique du globe, jusqu’à l’étude des types humains chez les diverses populations et les nombreuses tribus que les trois explorateurs ont visitées. L’hypsométrie, c’est-à-dire les observations des hauteurs par les indications du baromètre, observations si importantes pour déterminer le relief d’une région et apprécier les conditions générales des climats, a eu naturellement une grande place dans cette masse d’études simultanées, aussi bien que les déterminations astronomiques qui marquent la place exacte des lieux sur le globe. Artistes en même temps que physiciens, les trois observateurs remplissaient admirablement les conditions qu’une pareille expédition exige. Cette magnifique relation nous rappelle involontairement celle de notre spirituel et regrettable Jacquemont, fruit d’un voyage isolé exécuté avec des moyens incomparablement plus modestes, et qui cependant est digne, à bien des égards, de figurer à côté de celle des trois explorateurs allemands[5].

MM. Schlagintweit ont sillonné, soit ensemble, soit séparément, une partie considérable du Dékhan et du bassin du Gange ; ils ont coupé en divers sens et profondément étudié l’Himâlaya occidental ; ils ont sillonné le Kachmir, ce paradis de l’Inde, exploré le Petit-Tibet, franchi les terrasses étagées et les chaînes qui l’enveloppent de leurs cimes neigeuses ; ils ont foulé les plaines les plus élevées que l’homme habite sur le globe, après et stériles régions où la vie animale arrive épuisée au dernier terme qu’elle puisse atteindre en s’élevant vers la région des nuages ; ils ont traversé les passes du Karakoroum et du Kouènloun, noms qui jusqu’alors n’étaient arrivés en Europe que comme un vague et lointain écho des relations chinoises ; ils sont entrés, au delà du Kouènloun, dans les steppes du Turkestan, et l’un d’eux, Adolphe, coupant les pays inexplorés de Khotan et de Yarkand en se portant vers la Boukharie, a trouvé la mort près de Kachgar, au milieu d’une tribu musulmane. L’immense collection d’observations, de journaux, de croquis de toute espèce recueillie dans le cours de ce vaste itinéraire, ne formera pas moins de neuf volumes de grand format, accompagnés d’un nombre très-considérable de planches représentant, outre le détail des routes étudiées, tout ce que les voyageurs ont rencontré de plus digne d’observation en monuments, en archéologie, en histoire naturelle, en ethnologie, en sites pittoresques. Plusieurs de ces magnifiques gravures, que les voyageurs ont bien voulu nous communiquer et que nous avons dû faire réduire aux dimensions du Tour du monde, donneront à nos lecteurs une faible idée de la beauté des planches originales. Si l’on éprouve un regret en présence de cette publication somptueuse, qui d’une relation de voyage fait une œuvre d’art, c’est que la richesse même et les dimensions d’un pareil livre le tiennent non-seulement hors de la portée du grand public, mais le rendent même très-difficilement accessible aux hommes d’étude, auxquels, en définitive, un ouvrage de ce genre s’adresse. Il faut espérer qu’une édition plus modeste, sans qu’on y retranche rien d’utile, répondra plus tard à ce besoin de la science.

La Dervâsa du glacier Milum. — Dessin de A. de Bar d’après MM. Schlagintweit.
Vue intérieure d’un temple tibétain. — Dessin de Thérond d’après MM. Schlagintweit.
Forêt morte, à la limite des sapins de Sikim. — Dessin de A. de Bar d’après MM. Schlagintweit.
Plateau de Gartok (Thibet). — Dessin de A. de Bar d’après MM. Schlagintweit.
Lac de Kink-Kiôl (Thibet). — Dessin de A. de Bar d’après MM. Schlagintweit.


IV

Les Russes dans l’Asie centrale.

Il a été question de plusieurs autres expéditions anglaises, projetées ou déjà commencées, dans les hautes régions qui forment la frontière commune du Pendjab et du Tibet. La politique, et surtout les vues commerciales, ne sont certainement pas étrangères à ces entreprises persévérantes de l’Angleterre sur les frontières indo-chinoises de son empire de l’Orient ; mais quels que soient les mobiles de ces nombreuses expéditions, elles n’en profitent pas moins à la science. C’est à elles que nous devons de connaître aujourd’hui des contrées d’un accès difficile, qui étaient restées fermées aux voyageurs ou qu’ils avaient à peine entrevues ; c’est par elles que nous connaissons les rudes tribus qui, depuis les plus anciens temps, vivent enfermées dans leurs âpres vallées, et dans lesquelles on retrouve nombre de peuples que les auteurs grecs et latins, après l’expédition d’Alexandre, ont mentionnés dans ces contrées qui formaient alors la limite extrême du monde connu.

Types sibériens (Asie orientale). — Dessin de Catenacci d’après M. Raddé.

On a aussi annoncé que les ingénieurs qui ont achevé la triangulation du Kachmîr et des parties limitrophes du haut bassin du Sindh devaient pousser leurs opérations au nord, à travers le Turkestan chinois, jusqu’à la chaîne du Thian-chan ou Montagnes Célestes, où les triangulations anglaises se rejoindraient à celles que les ingénieurs russes ont effectuées depuis quatre ou cinq ans sur cette partie des frontières russo-chinoises. Ici l’Angleterre et la Russie se donneront la main : rivales ou émules, peu importe.

Types sibériens (Asie orientale). — Dessin de Catenacci d’après M. Raddé.

Le gouvernement de Saint-Pétersbourg a fait exécuter en effet, depuis plusieurs années, dans ces régions centrales où jusqu’à présent elle a eu seule accès, des reconnaissances et des relevés trigonométriques sur de vastes étendues. Sa prise de possession des territoires de l’Amoûr, en lui ouvrant tout à coup d’immenses perspectives commerciales sur les mers du Japon et le grand Océan, a surtout donné une soudaine et vigoureuse impulsion aux travaux de ses explorateurs. Plusieurs commissions scientifiques, organisées sous les auspices de l’Académie impériale et de la société de géographie de Saint-Pétersbourg, ont réuni sur ces contrées, jusqu’à présent si peu connues, plus d’informations et de notions positives pour la géographie, l’histoire naturelle et les populations natives, que les rares voyageurs de la Sibérie orientale n’en avaient recueilli depuis un siècle. Déjà la carte de ces parties de l’Asie a pris un aspect tout nouveau.

Plantes herbacées gigantesques des bords de l’Amoûr. — Dessin de Catenacci d’après M. Raddé.

Un des naturalistes qui faisaient partie d’une des commissions scientifiques de l’Amoûr, M. Gustave Raddé, a publié récemment la relation ou plutôt le recueil de ses observations. Ces observations ne sont pas susceptibles pour nous d’extraits ni même d’analyse ; mais elles présenteront un haut degré d’intérêt aux naturalistes et aux géologues. La géographie physique de la région altaïque y pourra puiser aussi de précieuses notions. Nous avons emprunté au bel atlas de M. Raddé un ou deux spécimens où les types de végétation du haut Amoûr sont heureusement figurés, ainsi que la physionomie caractéristique de quelques-uns des peuples de l’Asie orientale.

Intérieur de forêt vierge (haut Amoûr). — Dessin de Catenacci d’après M. Raddé.

Nous n’avons pas sans doute à nous excuser près de nos lecteurs du caractère un peu sévère de ces faits scientifiques. Le tableau des progrès simultanés d’une science telle que la connaissance du globe et des peuples, même en ne s’attachant qu’aux choses générales et aux traits caractéristiques, ne saurait jamais être une page frivole.


V

Nécrologie géographique. — M. Jomard.

Notre revue semestrielle ne serait pas complète si nous négligions d’y mentionner la perte douloureuse que la science a faite dans la personne de M. Jomard, et de rappeler en quelques mots ce que fut la vie de cet homme respectable. On nous permettra de reproduire ici une notice que nous avons écrite sous le coup même du triste événement.

M. Edme-François Jomard, mort à Paris le 23 septembre dernier à l’âge de quatre-vingt-cinq ans (il était né au mois de novembre 1777), était chez nous le doyen et en quelque sorte le représentant officiel des sciences géographiques, auxquelles fut consacrée la plus grande partie d’une vie laborieuse et dignement remplie. La carrière où le poussait sa première vocation et à laquelle l’avaient préparé ses premières études n’était pas l’érudition historique ; élève de l’École des ponts et chaussées et de l’École polytechnique, il se destinait au corps des ingénieurs-géographes, dont les applications exigent surtout l’habitude pratique de la géographie et des méthodes géodésiques.

M. Jomard, fondateur du Cabinet des cartes à la Bibliothèque impériale. — Dessin de Rousseau d’après une photographie d’Adam Salomon.

Ce fut en cette qualité d’ingénieur-géographe qu’en 1798 il fut attaché, bien jeune encore, à l’expédition d’Égypte ; mais transporté dans la vallée du Nil, en présence des vieux monuments des temps pharaoniques, le jeune ingénieur, de même que la plupart de ses collègues de la commission, sentit se développer en lui l’instinct archéologique. Il fut un de ceux qui concoururent le plus activement à mesurer, à décrire, à dessiner les innombrables débris de tombeaux et de temples qui forment au fleuve comme une voie sacrée.

Cette tâche était immense ; elle fut accomplie avec un dévouement admirable. La commission ne pouvait aller au delà. Elle ne pouvait pénétrer le sens des inscriptions mystérieuses dont la connaissance a tant reculé depuis les bornes de notre horizon historique. Un quart de siècle devait s’écouler encore avant que Champollion retrouvât la clef, depuis si longtemps perdue, des hiéroglyphes ; mais cette mémorable découverte, une des gloires scientifiques du dix-neuvième siècle, ce sont les travaux de la commission d’Égypte qui l’ont préparée.

La commission d’Égypte a produit Champollion, comme Champollion a produit, en leur ouvrant la voie, les profonds travaux des égyptologues dont s’honorent aujourd’hui la France, l’Allemagne et l’Angleterre. Le magnifique monument élevé par la France aux antiquités égyptiennes, quelles qu’en soient les inévitables lacunes, restera comme le point de départ de ces belles études, qui sont devenues une des branches importantes de l’érudition historique.

M. Jomard, qui avait contribué avec tant d’ardeur à en réunir les matériaux, a eu, par une singulière faveur de la fortune, la gloire d’attacher son nom au frontispice même du monument. Désigné, en 1803, comme secrétaire de la commission chargée de préparer la publication de l’ouvrage, et, quatre ans plus tard, élevé aux fonctions de commissaire du gouvernement pour la surveillance de la gravure et de l’impression, il se consacra tout entier à ce grand travail, qui ne fut achevé qu’en 1825. Son entrée à l’Académie des inscriptions, ou il remplaça l’illustre Visconti, en fut pour lui, dès l’année 1818, une première et glorieuse récompense ; en 1828, il en reçut une autre non moins précieuse par l’établissement du Cabinet des cartes et de la géographie à la Bibliothèque royale, création due tout entière à sa persistante initiative, et dont il a conservé la direction jusqu’à l’heure de sa mort.

Ce n’est pas sans un sentiment de douleur qu’il me faut ajouter que ce bel établissement, qui faisait tant d’honneur à la Bibliothèque impériale, privé désormais d’une direction spéciale, est en danger de disparaître ou tout au moins de s’amoindrir dans je ne sais quelle nouvelle organisation réglementaire.

Le Cabinet des cartes, tel que l’avait conçu et organisé M. Jornard, devait être le dépositaire universel de tous les documents qui intéressent la géographie ; ce sont les archives générales de la science. Une de ces parties les plus rares et les plus précieuses sont les cartes du moyen âge. Aucun monument de ce genre appartenant à l’antiquité n’est arrivé jusqu’à nous ; mais les deux ou trois siècles qui ont précédé la découverte de l’Amérique, avec laquelle commence l’ère de la géographie moderne, nous en ont laissé une suite nombreuse et d’un grand intérêt pour l’étude, depuis les esquisses informes tracées dans quelques vieux manuscrits, jusqu’aux beaux portulans des écoles italiennes et de l’école catalane, et à la splendide mappemonde dessinée par Fra Mauro, en 1457, sur une des murailles du couvent des Camaldules, à Venise.

C’est dans ces œuvres curieuses des derniers siècles du moyen âge que l’on peut suivre aujourd’hui, mieux que chez les arides chroniqueurs de ces temps d’ignorance, l’extension progressive des notions del’Europe sur l’Asie orientale et sur l’Afrique à partir des croisades. M. Jomard en a réuni au Cabinet des cartes, soit en originaux, soit en copies exactes, une série qui est certainement la plus belle qui existe en Europe. La vue de ces richesses lui suggéra une autre pensée d’une utilité incontestable : ce fut de les faire entrer, par la publication d’un bon choix reproduit en fac-simile, dans la circulation scientifique. La même idée était venue dans le même temps (il y a une vingtaine d’années) à un autre savant d’origine portugaise fixé depuis longtemps à Paris, M. le vicomte de Santarem, et les deux collections ont longtemps marché simultanément sans se nuire ni faire double emploi. M. Jomard, lorsque la mort l’a surpris, préparait une nouvelle livraison de la sienne, et venait de mettre la dernière main à une introduction générale. Ce sera là un de ses grands titres à la reconnaissance des amis des sciences géographiques.

En dehors de cette collection, M. Jomard n’aura laissé, à vrai dire, aucune œuvre importante et de longue haleine ; car les mémoires qu’il a donnés à la description de l’Égypte sont à peu près exclusivement descriptifs. C’est beaucoup moins par ses écrits que par ses actes qu’il a servi la science. Doué d’une incomparable activité de corps et d’esprit, il ne voulait rester étranger à rien de ce qui se faisait d’utile ; il était devenu le centre d’un mouvement immense de correspondances et de rapports, aussi bien du dehors que de la France. À ce point de vue principalement, notre Société de géographie de Paris, dont il fut, en 1821, l’un des principaux fondateurs, a perdu en lui un soutien qu’elle remplacera difficilement.

Cette activité, d’ailleurs, s’étendait à bien d’autres objets qu’à la géographie. Tout ce qui pouvait contribuer à la diffusion des lumières et à l’extension du bien-être général, trouvait en lui un apôtre dévoué, un infatigable auxiliaire. Il contribua plus que personne, dans les premiers temps de la Restauration, à la fondation des écoles d’enseignement mutuel qui ont tant servi l’éducation élémentaire ; ce fut grâce à lui que M. le colonel Amauros put ouvrir ses écoles de gymnastique, qui ont pris depuis lors un si grand et si utile développement. C’est à lui également et à son active intervention que sont dues les premières écoles d’enseignement populaire du chant. On peut dire, en un mot, qu’il fut passionné pour tout ce qui est utile, et que sa vie tout entière fut dévouée au bien. Quelle œuvre scientifique égalerait un pareil éloge ?

Vivien de Saint-Martin.




Sur un nouveau livre intitulé : ANNÉE GÉOGRAPHIQUE.

L’article, que nous publions à la fin de chaque semestre sous le titre d’Année géographique, a pour objet de combler les lacunes que peuvent laisser entre elles les relations des voyageurs, de passer en revue les faits géographiques contemporains selon leur ordre chronologique, en un mot d’informer périodiquement et avec régularité nos lecteurs de tout ce qui survient d’intéressant et d’utile dans le courant annuel des connaissances qui sont la matière et le fond même du Tour du monde. Nous voulons parvenir et nous parviendrons ainsi à ne rien omettre dans notre recueil de ce qu’il importe à tout esprit curieux d’instruction de ne pas ignorer en géographie. Il nous paraît vraisemblable, toutefois, que notre zèle à réveiller le goût public pour des études qu’on regrettait de voir trop négligées, a dû faire naître chez plus d’un lecteur le désir de pénétrer aussi avant que possible dans la recherche des documents spéciaux qui se produisent chaque année, soit en France, soit dans les pays étrangers, et que se bornent à résumer nos revues semestrielles. Il est certain qu’un tableau complet et détaillé de tout le mouvement géographique d’une année dans les diverses parties du monde, n’est pas une œuvre qui se puisse renfermer aisément dans l’espace de quelques livraisons. Il faut tout au moins l’étendue d’un petit volume, si l’on veut parcourir un à un tous les points du globe où il y a encore des découvertes à faire, ou des informations à compléter ; raconter la marche des grandes expéditions maritimes ou terrestres et en exposer les résultats, en y rattachant les précédents historiques qui peuvent en faire mieux ressortir le lien et la portée ; suivre, en même temps que les voyages et les explorations, les travaux d’érudition et de critique dans les académies, dans les sociétés spéciales, dans les journaux savants, dans les publications particulières, et dégager de cette étude incessante qui se poursuit chez toutes les nations littéraires de l’Europe, ce qui appartient à la géographie historique et à la géographie descriptive, à la physique du globe et à l’ethnologie ; dresser enfin, en dehors de cet exposé historique, le bilan bibliographique de l’année en tout ce qui tient aux diverses branches de la géographie, en consacrant à chaque livre, français ou étranger, une notice plus ou moins développée selon l’importance de l’ouvrage, et suffisante, dans tous les cas, pour en indiquer le contenu et en faire apprécier la valeur. Assurément voilà bien des travaux qui touchent à la spécialité du Tour du monde, mais qui, par leur nature plus particulièrement digressive et scientifique, seront, ce nous semble, mieux à leur place un peu en dehors de notre cadre qu’en dedans. C’est pourquoi nous avons eu la pensée de faire paraître tous les ans au mois de janvier, sous le titre même d’Année géographique, un volume qui viendra accroître la collection de nos « Annuaires scientifiques et littéraires, » déjà si bien accueillie par le public.

Notre savant collaborateur, M. Vivien de Saint-Martin, a bien voulu se charger de cette sorte de supplément au Tour du monde, et le premier volume paraîtra au commencement de la prochaine année.


FIN DU SIXIÈME VOLUME.
  1. De soixante au degré équatorial.
  2. De vingt-cinq au degré.
  3. La Guyane espagnole n’a jamais constitué une colonie distincte ; elle fait aujourd’hui partie de la république de Vénézuela.
  4. Les récits de M. Lucien Biart ont été publiés en 1861 dans la Revue européenne.
  5. Nous entendons parler, cela va sans dire, de la relation scientifique de Jacquemont en 5 volumes in-4o. Avons-nous besoin d’ajouter que ce n’est pas ce journal du consciencieux et savant observateur qui a rendu son nom populaire, mais seulement sa spirituelle Correspondance, modèle achevé du genre ?