L’Osmanomanie

Chansons de Gustave NadaudHenri Plon (p. 514-516).


L’OSMANOMAME.


Osman, préfet de Bajazet,
Fut pris d’un étrange délire :
Il démolissait pour construire,
Et pour démolir construisait.
Est-ce démence ? je le nie ;
On n’est pas fou pour être musulman.
Tel fut Osman,
Père de l’osmanomanie.

Expropriant tout sous ses pas,
Sauf indemnité préalable,
Il fit une ville habitable
Pour ceux qui ne l’habitaient pas.
Sa mémoire sera bénie ;
On n’est pas turc pour être musulman.
Tel fut Osman,
Père de l’osmanomanie.


De son chef ayant résolu
La question municipale,
Il sut pourvoir sa capitale
D’un conseil qu’il avait élu.
Ce n’était point une ironie ;
On n’est pas fier pour être musulman.
Tel fut Osman,
Père de l’osmanomanie.

D’aucuns ont voulu parier
Que, pour compléter son système,
Portant la pioche sur lui-même,
Il se faisait exproprier.
C’est une pure calomnie ;
On n’est pas juif pour être musulman.
Tel fut Osman,
Père de l’osmanomanie.

Ce qu’auraient tenté sans profit
Les rats, les castors, les termites,
Le feu, le fer et les jésuites,
Il le voulut faire et le fit.
Puis, quand son œuvre fut finie,
Il s’endormit comme un bon musulman.
Tel fut Osman,
Père de l’osmanomanie.

Un jour qu’il passait triomphant
Sur le macadam de Byzance,
Il entendit cette romance
Que chantait une voix d’enfant.

Sa gloire n’en fut pas ternie :
On n’est pas sot pour être musulman.
Tel fut Osman,
Père de l’osmanomanie.